Domaine Saladin
Vingt et une générations sur la rive droite du Rhône
Le Domaine Saladin cultive 18 hectares de vignes à Saint-Marcel-d’Ardèche, village des Côtes du Rhône méridionales posé sur la rive droite du fleuve, à mi-chemin entre Montélimar et Avignon. Deux sœurs le conduisent, Élisabeth et Marie-Laurence Saladin, aux côtés de leurs parents Louis et Annick. Leurs vins sortent en Côtes du Rhône, en Côtes du Rhône Villages Saint-Andéol et, pour deux cuvées, en Vin de France.
Ce qui distingue la maison tient en une phrase de son site : le domaine a toujours été cultivé, vendangé et vinifié en bio. Il n’y a donc pas eu de conversion à raconter. La certification par Ecocert est venue en 2007 poser un label sur des pratiques que la famille n’avait jamais quittées.
Un plantier acheté au lieu-dit Chaveyron en 1422
Les archives départementales de l’Ardèche conservent la copie, faite au XVIIe siècle, d’un compoix de Saint-Marcel. On y lit qu’en 1422, Raymond Saladin achetait un plantier de vigne au lieu-dit Chaveyron. Depuis, vingt et une générations de vignerons-paysans se sont succédé sur ces terres.

La famille rattache son nom à l’époque des croisades. Au XIIIe siècle, le village servait de halte et abritait la commanderie hospitalière de Saint-Jean-d’Artignan. Plus tard, de 1824 à 1914, Joseph, Adrien puis Paul Saladin furent aussi négociants en vin et en huile d’olive. La cave historique se trouve en plein village, dans l’ancien château du XVIIIe siècle de la famille de Villeperdrix.
Paul et Loï, le cheval et le plateau de Brissan
À 13 et 15 ans, Louis, que tout le monde appelle Loï, et son frère aîné Paul travaillaient déjà au cheval les 6 hectares de vignes familiales, avec leur père Henri et leur grand-père. Vignerons-paysans, ils entretenaient en bio la vigne, les céréales, les abricotiers et les cerisiers. La famille fut la dernière du village à garder des vaches et à vendre son lait et son beurre, jusqu’en 1965.

Cadet de six enfants, Loï a choisi et acquis jusqu’aux années 1980 douze hectares sur le plateau de Brissan. Ces terres couvertes de galets roulés étaient peu à peu abandonnées, tant leur travail était pénible. Les fruitiers ont ensuite cédé la place aux amandiers, qui couvrent aujourd’hui 4 hectares du domaine.
En 1978, Louis épouse Annick, restauratrice à Veyras, près de Privas. Ensemble, ils tiennent jusqu’en 1990 un restaurant champêtre au milieu des vignes et des chênes du domaine, le Mazet. Stéphane, le fils d’Annick, le rouvre de 2007 à 2009.
Septembre 2003, deux étudiantes reprennent la cave
Quand Louis doit suivre une convalescence, ses filles prennent le relais. En septembre 2003, encore étudiantes, Élisabeth et Marie-Laurence vinifient leurs premiers vins. Marie-Laurence sort d’une école d’ingénieurs en agriculture, Élisabeth d’une école supérieure de commerce.
Toutes deux ont travaillé chez Marcel Guigal et Marcel Richaud en France, chez Randall Grahm en Californie et chez Philippe Debrus au Chili. En 2006, leur oncle Paul leur confie en fermage les six hectares historiques de la famille. Elles se surnomment elles-mêmes les Frangines, ou les Saladines.

Galets villafranchiens et argiles, deux terroirs pour deux appellations
Les vignes ont été plantées il y a une quarantaine d’années par Louis et Paul, amateurs des vieux cépages du Midi. Le domaine en compte treize : grenache noir, blanc et rose, cinsault, carignan, mourvèdre, syrah, viognier, clairette rose et blanche, bourboulenc, marsanne et roussanne. Certaines vignes sont complantées, comme la vieille parcelle de grenache et de clairette de l’oncle Paul, ou celle des six cépages blancs de Per Èl.
Cinq à six mètres de galets sur le plateau de Brissan
Les cuvées Per Èl, Fan dé Lune, Haut Brissan et Chaveyron 1422 viennent des terrasses villafranchiennes de la commune : le plateau de Brissan, les pentes de Font de Mazade et de Chaveyron. Le sol y est fait de gros galets roulés sur 5 à 6 mètres de profondeur. Ils captent la chaleur le jour, la rendent à la vigne la nuit et limitent l’évaporation pendant l’été.

Ces parcelles furent les premières de l’Ardèche méridionale à entrer dans l’aire des Côtes du Rhône Villages. Des clapas les abritent du mistral : ce sont des tas de galets alignés d’est en ouest, amassés à la main par les paysans depuis l’Antiquité.
La mention Saint-Andéol est née en 2017. Elle reconnaît les terroirs historiques de trois villages où la vigne remonte à l’Antiquité : Saint-Marcel-d’Ardèche, Saint-Just-d’Ardèche et Bourg-Saint-Andéol. Son nom rend hommage au diocèse de Bourg-Saint-Andéol, l’un des plus anciens de France.
Les collines argilo-calcaires des Côtes du Rhône
Le rosé Tralala ! et les rouges Une goutte, Loï et Paul naissent sur les collines qui dominent le village. Les sols sont argilo-calcaires, sur des alluvions graveleuses. Bordées de chênes, ces terres argileuses gardent de la fraîcheur en sous-sol.
Le vignoble y est découpé en micro-parcelles, qui varient par leur exposition et leur orientation. Selon les cuvées, les vignes ont autour de 40 ans, et plus de 50 ans pour celles de l’oncle Paul. Les rendements restent bas, entre 28 et 35 hectolitres par hectare.
Ni pesticide ni herbicide depuis l’origine
Chaque fiche technique du domaine le répète : aucun pesticide, herbicide ni insecticide n’a été utilisé depuis l’origine. Les sols sont labourés et travaillés. Le domaine est engagé en agriculture biologique depuis le 6 août 2007, certifié par Ecocert pour son raisin, ses vins et ses amandes.
Le domaine reste une ferme : à côté des 18 hectares de vignes, il cultive 4 hectares d’amandiers et 8 hectares de céréales.
Une cave enterrée où l’on n’ajoute que du soufre
Des vendanges entre amis, voisins et étudiants
Depuis toujours, le domaine vendange à la main, avec une équipe faite d’amis, de voisins et d’étudiants. Le raisin est cueilli à pleine maturité et trié avec soin à la vigne. Pour le blanc, la cueillette se fait tôt le matin, à la fraîcheur.

Élisabeth et Marie-Laurence se partagent entre les vignes et la cave. Elles vinifient en micro-cuvées, en choisissant selon le grain de la peau, la rafle, les pépins, et une part d’intuition.
Levures indigènes, gravité, foudres et cuves béton
Le domaine présente ses vins comme naturels. Ils sont vinifiés sans levures ajoutées, sans tanins ni enzymes, et seule une dose minimale de soufre est ajoutée, en cuve et à la mise en bouteille. Les levures indigènes mènent les fermentations.
La cave est enterrée et travaille par gravité. Un pressoir pneumatique traite en douceur les vins de presse. Les rouges s’élèvent en foudre de chêne ou en cuve béton, souvent pendant neuf mois. Les blancs et le rosé fermentent lentement à basse température en cuve enterrée, puis s’élèvent en cuve inox.
Des assemblages à l’aveugle en fin d’hiver
Les premières idées d’assemblage naissent pendant les vendanges, selon le millésime et les parcelles. Une fois l’hiver avancé, Marie-Laurence et Jean-Louis Grippat composent les assemblages à l’aveugle, en une ou plusieurs séances.

Toute la famille s’en mêle alors. Annick et Louis donnent leur avis, puis Élisabeth tranche.
Des cuvées en provençal, et deux vins sortis de l’appellation
Loï, Per Èl, Fan dé Lune : les noms de la famille
Presque chaque cuvée raconte quelqu’un. Loï, le surnom de Louis en provençal, est le Côtes du Rhône rouge qu’il a créé. Per Èl, « pour elle », est le blanc qu’il a imaginé au début des années 1980 pour Annick, au temps du Mazet. Paul vient des vignes les plus anciennes de la famille, celles de l’oncle, vinifiées par ses nièces depuis le millésime 2006.
Fan dé Lune, « enfant de la lune » en patois, salue à la fois la naissance des Côtes du Rhône Villages à Saint-Marcel et celle des deux sœurs. Une goutte est la première cuvée créée par Élisabeth et Marie-Laurence, après dix-huit vinifications. Le rosé Tralala ! se veut un clin d’œil, « un vin blagueur ».
Haut Brissan et Chaveyron 1422, déclassés par choix
Deux parcelles des terrasses à galets donnent des vins que les sœurs ont choisi de sortir de l’appellation. Depuis 2006, elles déclassent ces cuvées parce qu’elles n’entrent pas dans le standard de la commission d’agrément. Elles paraissent aujourd’hui en Vin de France.
Haut Brissan naît de vieux grenaches noirs du plus haut plateau du village, des terres que Louis, son père et son grand-père ont remises en culture au cheval. Chaveyron 1422 vient de la parcelle achetée par Raymond Saladin. Sa syrah et une pointe de viognier y poussent sur une terre rouge et ferreuse, parsemée de galets, à 28 hectolitres par hectare.
Des rouges légers et des vins de garde
La gamme va des rouges légers aux vins de garde. Une goutte assemble des jus légers de plusieurs terroirs, vinifiés en grappes entières, autour de 12,5 degrés. Loï, Paul et Haut Brissan passent par une macération semi-carbonique.
Fan dé Lune, à dominante de mourvèdre, combine une récolte tardive du mourvèdre et une longue cuvaison de la syrah, puis neuf mois de foudre. Chaveyron 1422, cuvé un mois et élevé lui aussi en foudre, se garde plus de dix ans. Per Èl assemble six cépages blancs plantés ensemble, élevés en cuve inox avec bâtonnage.
Le domaine produit aussi un jus de raisin issu des grenaches d’une parcelle de Loï, pressé par une ferme bio de la Drôme.
Un domaine qui ouvre ses portes
Le domaine adhère à la charte d’accueil Rendez-vous Terroirs d’Inter Rhône et reçoit les visiteurs à Saint-Marcel. En juin 2026, la journaliste Jancis Robinson l’a cité dans le Financial Times, parmi les domaines de ce coin de vallée du Rhône situé entre Bagnols-sur-Cèze et Viviers.
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