Domaine Bio Château Coupe-Roses

Château Coupe-Roses

Région viticole

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Languedoc-Roussillon

BioDemeter
Sommaire

La « fabrique de Coupe-Rose », des tuiles au vin

Une argile gorgée de manganèse

Le Château Coupe-Roses cultive ses vignes en biodynamie à La Caunette, village de l’Hérault classé en appellation Minervois. Son nom ne doit rien aux fleurs. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, une partie de la famille était tuilière. Les fours se trouvaient à l’emplacement de l’actuelle cave de vinification.

La toponymie garde la trace de ce passé. Le site s’appelait la « fabrique de Coupe-Rose », sans le « s » du pluriel. Le mot désignait une argile pure gorgée de manganèse, qui donnait de jolies tuiles, vendues un peu plus cher que les autres. Peu à peu, la famille Pons a racheté maisons, vignes, bergeries et cave au baron Treilh de Pardailhan.

Une agronome et trois œnologues

Le domaine se présente d’abord comme une histoire de famille. Françoise Frissant est ingénieure agronome. Mathias Paicheler, Sarah Frissant et Pascal Frissant sont tous trois œnologues. Ce sont eux qui reçoivent les visiteurs à La Caunette.

L’exploitation s’est engagée en agriculture biologique en mai 2010, sous le contrôle d’Ecocert. Elle figure aujourd’hui parmi les adhérents de Demeter, le label de la biodynamie, avec ses vins blancs, rouges et orange ainsi que ses olives.

Vingt-deux hectares en archipel sur le causse

Entre 250 et 400 mètres, au pied de la Montagne Noire

Le Minervois s’étend au nord-est de Carcassonne, au sud de la Montagne Noire, dont il forme le piémont. Le domaine y voit une synthèse entre l’ensoleillement méditerranéen et la rudesse montagnarde. L’altitude pèse davantage dans la région du Causse, où se trouve l’exploitation.

Le vignoble totalise 22 hectares de petites parcelles, sur des coteaux arides et caillouteux, entre 250 et 400 mètres d’altitude. Les écarts de température y sont assez marqués. La maturation est lente et l’acidité augmente, ce qui exacerbe les arômes. Les sols alternent des calcaires durs, qui gardent la chaleur, et des argiles plus profondes, qui captent l’eau de ruissellement.

Le Causse, 4,8 hectares de vieux cépages sur une argile noire

Le tènement du Causse était couvert de garrigue quand la famille l’a replanté. Des repousses de Rupestris du Lot montraient pourtant que la vigne y avait déjà poussé. Les recherches historiques indiquent qu’elle en avait disparu depuis les années 1950. Ces sols, où tout n’est que minéral, sont très difficiles à travailler pour la plantation.

Sous cette couche se cache une argile noire dont le taux de matière organique dépasse 6 %. Elle sert de réserve d’eau. Les faibles pluies d’été s’infiltrent entre les éclats calcaires, et la couche de pierre freine leur évaporation, comme un paillage naturel. Le domaine juge ce terroir remarquablement résistant à la sécheresse.

Sur 4,8 hectares, divisés en sept parcelles, il a planté du Ribayrenc, de l’Aramon, du Piquepoul, du Cinsault et des Grenaches noir et gris. Chaque parcelle est complantée d’autres cépages, parfois rares, comme le Brun Fourca, le Marocain noir ou l’Œillade. Une seule parcelle peut en réunir jusqu’à 25.

Babio et ses argiles violacées

Les tènements de Babio sont les plus argileux du domaine. Après les rares pluies, des traînées rouges violacées y trahissent l’abondance de manganèse. Les vins blancs s’y expriment de façon ciselée, dans la vivacité. Trois parcelles y sont plantées : du Grenache blanc, du Viognier, et de la Roussanne avec un peu de Marsanne.

Cette dernière parcelle donne parfois des vendanges tardives, vinifiées en vieux rancios selon la tradition paysanne. D’autres argiles s’accumulent derrière les murs de pierre du Chemin des Crozes, où le Carignan s’associe au Grenache noir. Plus bas, dans le lit de la Cesse, elles se mêlent aux sables et aux graviers des inondations.

Une Roussanne sur des schistes précambriens

À 400 mètres, une parcelle de Roussanne pousse sur des schistes précambriens, issus de sols qui comptent parmi les plus vieux du monde. La terre fine y est rare et retient mal l’eau. Les racines s’installent lentement dans ce schiste organisé à l’horizontale.

La Roussanne supporte mal ce stress hydrique. Des apports réguliers de matière organique entretiennent la vie microbienne du sol. Le rendement tombe à 15 hectolitres par hectare. Le vin y gagne des touches végétales de bruyère et des notes de tabac à rouler.

Vignoble du Château Coupe-Roses

Complanter plutôt qu’irriguer

L’assemblage se décide à la vigne

Depuis plusieurs années, le domaine cherche à limiter les effets du changement climatique sur ses vignes. Il commence par le matériel végétal. Ses plantations sont complantées : les cépages sont mélangés au hasard dans la parcelle. L’assemblage se fait alors à la vigne et non à la cave, et le sol passe devant le cépage.

La famille replante de préférence les cépages endémiques qui ont mieux résisté à la sécheresse lors de ses essais : Aramon, Ribayrenc, Piquepoul noir et Clairette rose. Les porte-greffes sont adaptés au climat local, comme le 110R, le Rupestris du Lot ou le 1103 Paulsen. Les nouvelles vignes sont conduites en gobelet bas, à une trentaine de centimètres du sol.

Un sol à peine griffé, sans engrais

Le sol n’est presque pas travaillé : un à deux griffages de surface, à la fin du printemps et au début de l’été. Le domaine évite le rognage, pour laisser la vigne terminer son cycle végétatif. Les traitements associent soufre, cuivre, huiles essentielles, tisanes, extraits fermentés et purins. Le domaine annonce une dose totale de cuivre de 4 kg sur cinq ans.

Aucun engrais, même organique : la famille préfère nourrir le sol plutôt que la plante. Elle apporte de temps en temps un mélange de fumier et de BRF, à petites doses. Selon elle, tout cela favorise des pH bas dans les vins et facilite le travail sans intrants en cave.

Le paysage compte aussi. Le domaine réfléchit aux abords, aux murets, aux haies, à la plantation d’arbres et à la taille des parcelles. Il veut inscrire ses vignes dans la mosaïque de forêts, de garrigues et de falaises qui compose son terroir. La famille cite un mot du père : une belle vigne donne de bons vins.

Une mention aux Trophées de l’agroécologie

En décembre 2021, le jury régional des Trophées de l’agroécologie a désigné le Château Coupe-Roses lauréat du prix de l’innovation pour l’Occitanie. Il décrivait une exploitation reprise par de jeunes agriculteurs, en zone défavorisée de montagne. Elle mise sur la biodiversité dans et autour des parcelles, et se passe d’irrigation.

Parmi ses initiatives figurent la plantation de haies, l’agroforesterie, la participation à des groupes comme un GIEE ou une ferme Dephy, et une coopération avec un éleveur pour le pâturage dans les vignes. En mars 2022, au Salon international de l’agriculture, le jury national lui a décerné une mention pour sa stratégie d’adaptation face au changement climatique.

Des vins de texture, presque sans intrant

Tirer le vin encore chaud et trouble

En cave, le domaine n’utilise aucun intrant, si ce n’est un à deux grammes de SO2 à la mise en bouteille sur certaines cuvées. Sur ces plateaux calcaires, il travaille le toucher de bouche et la texture plutôt que l’aromatique ou l’expression simple du fruit. Certaines cuvées sont vinifiées en grappes entières, toutes à froid, et plutôt en macération courte d’une semaine environ.

La famille tient à préserver l’énergie du vin. Elle le tire quand il est encore chaud et trouble, plutôt que froid et limpide. Sur plusieurs cuvées, le pressurage reste doux, à 1,5 bar au maximum. Plusieurs cuvées terminent leurs fermentations en jarres de grès, en demi-muids ou en barriques ayant déjà contenu plusieurs vins.

Des blancs de schistes et d’argile, un vin orange en jarre

Schistes, Minervois blanc, est un pur Roussanne de la parcelle d’altitude. Ses arômes de coing et de fleurs mellifères se doublent, certaines années, de bruyère et de tabac. Argès assemble Roussanne, Grenache blanc, Chenin, Vermentino, Viognier et Muscat sur les argiles de Coupe-Roses. Ce blanc non filtré joue sur la pêche, la poire et les écorces d’agrumes.

Champ du Roy se veut un vin de comptoir, comme son homologue rouge, Bastide. Okros est un blanc de macération, un vin orange tiré à 80 % d’une vigne de Grenache gris complantée de quinze cépages. Il finit ses fermentations et s’élève en jarre de grès jusqu’au printemps. On lui trouve des notes de safran, d’orange confite et de pamplemousse.

Du rouge de comptoir à la cuvée de garde

Bastide, issu de Carignan, Grenache, Cinsault et Syrah fermentés ensemble dans la même cuve, reste sur le fruit rouge frais. Bara Gwin assemble Cinsault, Lledoner pelut et Syrah, avec des arômes de cassis et de groseille. Le rosé Frémillant réunit Mourvèdre, Grenache, Cinsault et Syrah.

Karst naît de nombreuses micro-vinifications, menées au bac et au seau, sans aucune pompe, à partir de vignes complantées. Granaxa, cuvée parcellaire à 90 % de Grenache, vient du lieu-dit la Coquille, à 400 mètres. Les Plots assemble Syrah, Grenache et Cinsault, sur des notes d’épices, de cassis et de fruits confits.

Orience, à 90 % de Syrah, se veut le haut de gamme du domaine. Il passe l’hiver en barriques et peut se bonifier pendant bien des années. Vertige réunit à parts égales Grenache, Syrah, Carignan et Cinsault. Son marc infuse de trois à cinq mois dans une jarre de terre cuite fermée.

Le Minervois vu depuis La Caunette

Une commune de l’aire du Minervois

La Caunette fait partie des 16 communes de l’Hérault comprises dans l’aire de l’AOC Minervois, aux côtés de 45 communes de l’Aude. Reconnue par décret en 1985, l’appellation couvre les vins tranquilles blancs, rosés et rouges. Elle s’adosse à la Montagne Noire, dont le point culminant, le pic de Nore, atteint 1 210 mètres.

Ses sols les plus caractéristiques se sont développés sur des terrasses caillouteuses, des marnes, des grès et des calcaires durs dégradés. Le cahier des charges signale aussi quelques lentilles de schistes dans les zones d’altitude. Selon ce même texte, les rouges représentaient 92 % de la production de l’appellation en 2009.

Des cépages accessoires remis en avant

Le cahier des charges range le Piquepoul noir, le Rivairenc et le Terret noir parmi les cépages accessoires des rouges. Ensemble, ils ne peuvent dépasser 10 % de l’encépagement de l’exploitation. Le domaine replante pourtant le Piquepoul noir en priorité, et complante ses parcelles de terrets.

Une partie de la production sort de l’appellation. Le Viognier pur de Babio est vendu en Vin de France, tout comme la cuvée Claret Net. Schistes, Argès, Champ du Roy et la plupart des rouges portent, eux, l’AOP Minervois.

Des oliviers en terrasses et un cellier au village

Le domaine produit aussi une huile d’olive biologique. L’oliveraie occupe des coteaux en terrasses, sans irrigation, et les arbres ont mis une dizaine d’années à produire. Les variétés locales, Picholine, Lucques et Olivière, côtoient l’Aglandau et le Bouteillan, venus de la vallée du Rhône. Les olives, récoltées tard et à la main, sont pressées à froid au moulin.

La Caunette est une petite cité médiévale au pied de sa falaise, point de départ de nombreux sentiers de randonnée. Au village, le cellier de dégustation accueille des expositions d’artistes locaux tout au long de l’année. La visite de la cave et des vignes se fait sur rendez-vous. En juin 2025, le domaine a aussi relancé ses soirées guinguettes.

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Les autres domaines de la région Languedoc-Roussillon

  • Château Lancyre

    Au hameau de Lancyre, à Valflaunès, la famille Durand-Valentin cultive 80 hectares en Pic Saint-Loup, sur les premiers contreforts des Cévennes. Elle compte parmi la poignée de vignerons à l’origine de l’appellation, et ses premières bouteilles sont sorties en 1984. Engagé en bio en 2019, le domaine a vu ses rouges certifiés dès le millésime 2022, ses blancs et ses rosés en 2024. Ses vignes se partagent entre trois îlots, Clapassous, Les Couronnes et Valflaunès, et plusieurs cuvées portent le nom d’une parcelle.

  • Domaine Benastra

    Le Domaine Benastra cultive 12 hectares en agriculture biologique depuis sa création en 2015, à Saint-Paul-de-Fenouillet, dans les Pyrénées-Orientales. Ses parcelles s’étagent entre 250 et 500 mètres d’altitude, sur des schistes noirs et des roches granitiques. La fraîcheur des nuits et la tramontane donnent des rouges de fruit et des blancs tendus, tous vendangés à la main. La gamme va de l’effervescent au Maury tuilé hors d’âge, en passant par six à dix cuvées en IGP Côtes Catalanes.

  • Domaine Terre des Âmes

    Au Bosc, dans l’Hérault, Benjamin Lureau a repris en famille le domaine du Vieux Clocher après une carrière dans les ONG et un tour du monde à vélo. Ses 10 hectares, partagés entre les argilo-calcaires de Loiras et les ruffes de Saint-Alban, ne sont jamais irrigués. Engagé en conversion bio depuis 2024, le Domaine Terre des Âmes travaille à la main et vinifie avec un minimum d’interventions. Ses cinq cuvées, en Terrasses du Larzac et en IGP Saint-Guilhem-le-Désert, portent des noms tirés de cultures animistes.

  • Le Clos Rivieral

    Créé en 2008 par Olivier Bellet, fils de coopérateur, Le Clos Rivieral est aujourd’hui mené avec Célia Bellet à Loiras du Bosc, dans l’Hérault. Ses 7 hectares se répartissent sur une vingtaine de parcelles de schistes et de grès rouges. Engagé en agriculture biologique depuis 2008, le domaine signe des rouges en AOC Terrasses du Larzac et un blanc de chenin et de grenache blanc. Le Roc des Cistes a reçu un coup de cœur du Guide Hachette pour le millésime 2017.

  • Mas Llossanes

    Créé en 2016 par Solenn et Dominique Génot, le Mas Llossanes cultive 11 hectares entre 600 et 700 mètres d’altitude, à Tarerach et Arboussols, face au Canigou. Ses vignes, plantées à partir des années 1940, poussent sur des arènes granitiques et des schistes. Conduit en agriculture biologique depuis 2016 et en biodynamie depuis 2020, le domaine est membre de Biodyvin. Il a déclassé ses vins en IGP Côtes Catalanes pour travailler librement deux cépages rares, le chasan et le chenanson.

  • Domaine du Traginer

    Fondé en 1975 à Banyuls-sur-Mer par Jean-François Deu, le Domaine du Traginer doit son nom au muletier catalan, en hommage à son oncle Anicet. Ses plus de 18 hectares de vignes, entre mer et montagne, sont encore en grande partie labourés au mulet. Engagé en bio en 1998 et certifié Demeter depuis 2013, le domaine est membre de la Renaissance des Appellations. Il élabore des Banyuls, dont un grand cru, des Collioure et un vin orange.

  • Domaine du Petit Chaumont

    À Aigues-Mortes, le Domaine du Petit Chaumont cultive 120 hectares de vignes sur les sables de Petite Camargue, à un mètre au-dessus de la mer. Déminé au début des années 1970 par Alain Bruel, il est mené aujourd’hui par Nathalie et Laurent, de la famille Bruel. Engagé en bio depuis 2008, il diffuse aussi de la musique dans une partie de ses vignes contre l’esca. Ses gris d’AOP Sable de Camargue, dont la cuvée Elles, côtoient des rouges élevés en fût.

  • Domaine Les 3 Mazets

    Créé en 2016 par Luc Fonta, ancien technicien du traitement de l’eau, le Domaine Les 3 Mazets cultive 6 hectares à Villeveyrac, au bord de l’étang de Thau. Certifié en agriculture biologique depuis sa création, il ne traite plus ses vignes depuis 2019, ni cuivre ni soufre. Luc Fonta les pilote selon l’approche pH/redox du chercheur Olivier Husson, en agroécologie et en agroforesterie. Vendangées à la main, ses parcelles donnent cinq cuvées, dont trois rouges nature sans sulfites ajoutés.

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