Château Coupe-Roses
Sommaire
- La « fabrique de Coupe-Rose », des tuiles au vin
- Une argile gorgée de manganèse
- Une agronome et trois œnologues
- Vingt-deux hectares en archipel sur le causse
- Entre 250 et 400 mètres, au pied de la Montagne Noire
- Le Causse, 4,8 hectares de vieux cépages sur une argile noire
- Babio et ses argiles violacées
- Une Roussanne sur des schistes précambriens
- Complanter plutôt qu’irriguer
- L’assemblage se décide à la vigne
- Un sol à peine griffé, sans engrais
- Une mention aux Trophées de l’agroécologie
- Des vins de texture, presque sans intrant
- Tirer le vin encore chaud et trouble
- Des blancs de schistes et d’argile, un vin orange en jarre
- Du rouge de comptoir à la cuvée de garde
- Le Minervois vu depuis La Caunette
- Une commune de l’aire du Minervois
- Des cépages accessoires remis en avant
- Des oliviers en terrasses et un cellier au village
La « fabrique de Coupe-Rose », des tuiles au vin
Une argile gorgée de manganèse
Le Château Coupe-Roses cultive ses vignes en biodynamie à La Caunette, village de l’Hérault classé en appellation Minervois. Son nom ne doit rien aux fleurs. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, une partie de la famille était tuilière. Les fours se trouvaient à l’emplacement de l’actuelle cave de vinification.
La toponymie garde la trace de ce passé. Le site s’appelait la « fabrique de Coupe-Rose », sans le « s » du pluriel. Le mot désignait une argile pure gorgée de manganèse, qui donnait de jolies tuiles, vendues un peu plus cher que les autres. Peu à peu, la famille Pons a racheté maisons, vignes, bergeries et cave au baron Treilh de Pardailhan.
Une agronome et trois œnologues
Le domaine se présente d’abord comme une histoire de famille. Françoise Frissant est ingénieure agronome. Mathias Paicheler, Sarah Frissant et Pascal Frissant sont tous trois œnologues. Ce sont eux qui reçoivent les visiteurs à La Caunette.
L’exploitation s’est engagée en agriculture biologique en mai 2010, sous le contrôle d’Ecocert. Elle figure aujourd’hui parmi les adhérents de Demeter, le label de la biodynamie, avec ses vins blancs, rouges et orange ainsi que ses olives.
Vingt-deux hectares en archipel sur le causse
Entre 250 et 400 mètres, au pied de la Montagne Noire
Le Minervois s’étend au nord-est de Carcassonne, au sud de la Montagne Noire, dont il forme le piémont. Le domaine y voit une synthèse entre l’ensoleillement méditerranéen et la rudesse montagnarde. L’altitude pèse davantage dans la région du Causse, où se trouve l’exploitation.
Le vignoble totalise 22 hectares de petites parcelles, sur des coteaux arides et caillouteux, entre 250 et 400 mètres d’altitude. Les écarts de température y sont assez marqués. La maturation est lente et l’acidité augmente, ce qui exacerbe les arômes. Les sols alternent des calcaires durs, qui gardent la chaleur, et des argiles plus profondes, qui captent l’eau de ruissellement.
Le Causse, 4,8 hectares de vieux cépages sur une argile noire
Le tènement du Causse était couvert de garrigue quand la famille l’a replanté. Des repousses de Rupestris du Lot montraient pourtant que la vigne y avait déjà poussé. Les recherches historiques indiquent qu’elle en avait disparu depuis les années 1950. Ces sols, où tout n’est que minéral, sont très difficiles à travailler pour la plantation.
Sous cette couche se cache une argile noire dont le taux de matière organique dépasse 6 %. Elle sert de réserve d’eau. Les faibles pluies d’été s’infiltrent entre les éclats calcaires, et la couche de pierre freine leur évaporation, comme un paillage naturel. Le domaine juge ce terroir remarquablement résistant à la sécheresse.
Sur 4,8 hectares, divisés en sept parcelles, il a planté du Ribayrenc, de l’Aramon, du Piquepoul, du Cinsault et des Grenaches noir et gris. Chaque parcelle est complantée d’autres cépages, parfois rares, comme le Brun Fourca, le Marocain noir ou l’Œillade. Une seule parcelle peut en réunir jusqu’à 25.
Babio et ses argiles violacées
Les tènements de Babio sont les plus argileux du domaine. Après les rares pluies, des traînées rouges violacées y trahissent l’abondance de manganèse. Les vins blancs s’y expriment de façon ciselée, dans la vivacité. Trois parcelles y sont plantées : du Grenache blanc, du Viognier, et de la Roussanne avec un peu de Marsanne.
Cette dernière parcelle donne parfois des vendanges tardives, vinifiées en vieux rancios selon la tradition paysanne. D’autres argiles s’accumulent derrière les murs de pierre du Chemin des Crozes, où le Carignan s’associe au Grenache noir. Plus bas, dans le lit de la Cesse, elles se mêlent aux sables et aux graviers des inondations.
Une Roussanne sur des schistes précambriens
À 400 mètres, une parcelle de Roussanne pousse sur des schistes précambriens, issus de sols qui comptent parmi les plus vieux du monde. La terre fine y est rare et retient mal l’eau. Les racines s’installent lentement dans ce schiste organisé à l’horizontale.
La Roussanne supporte mal ce stress hydrique. Des apports réguliers de matière organique entretiennent la vie microbienne du sol. Le rendement tombe à 15 hectolitres par hectare. Le vin y gagne des touches végétales de bruyère et des notes de tabac à rouler.

Complanter plutôt qu’irriguer
L’assemblage se décide à la vigne
Depuis plusieurs années, le domaine cherche à limiter les effets du changement climatique sur ses vignes. Il commence par le matériel végétal. Ses plantations sont complantées : les cépages sont mélangés au hasard dans la parcelle. L’assemblage se fait alors à la vigne et non à la cave, et le sol passe devant le cépage.
La famille replante de préférence les cépages endémiques qui ont mieux résisté à la sécheresse lors de ses essais : Aramon, Ribayrenc, Piquepoul noir et Clairette rose. Les porte-greffes sont adaptés au climat local, comme le 110R, le Rupestris du Lot ou le 1103 Paulsen. Les nouvelles vignes sont conduites en gobelet bas, à une trentaine de centimètres du sol.
Un sol à peine griffé, sans engrais
Le sol n’est presque pas travaillé : un à deux griffages de surface, à la fin du printemps et au début de l’été. Le domaine évite le rognage, pour laisser la vigne terminer son cycle végétatif. Les traitements associent soufre, cuivre, huiles essentielles, tisanes, extraits fermentés et purins. Le domaine annonce une dose totale de cuivre de 4 kg sur cinq ans.
Aucun engrais, même organique : la famille préfère nourrir le sol plutôt que la plante. Elle apporte de temps en temps un mélange de fumier et de BRF, à petites doses. Selon elle, tout cela favorise des pH bas dans les vins et facilite le travail sans intrants en cave.
Le paysage compte aussi. Le domaine réfléchit aux abords, aux murets, aux haies, à la plantation d’arbres et à la taille des parcelles. Il veut inscrire ses vignes dans la mosaïque de forêts, de garrigues et de falaises qui compose son terroir. La famille cite un mot du père : une belle vigne donne de bons vins.
Une mention aux Trophées de l’agroécologie
En décembre 2021, le jury régional des Trophées de l’agroécologie a désigné le Château Coupe-Roses lauréat du prix de l’innovation pour l’Occitanie. Il décrivait une exploitation reprise par de jeunes agriculteurs, en zone défavorisée de montagne. Elle mise sur la biodiversité dans et autour des parcelles, et se passe d’irrigation.
Parmi ses initiatives figurent la plantation de haies, l’agroforesterie, la participation à des groupes comme un GIEE ou une ferme Dephy, et une coopération avec un éleveur pour le pâturage dans les vignes. En mars 2022, au Salon international de l’agriculture, le jury national lui a décerné une mention pour sa stratégie d’adaptation face au changement climatique.
Des vins de texture, presque sans intrant
Tirer le vin encore chaud et trouble
En cave, le domaine n’utilise aucun intrant, si ce n’est un à deux grammes de SO2 à la mise en bouteille sur certaines cuvées. Sur ces plateaux calcaires, il travaille le toucher de bouche et la texture plutôt que l’aromatique ou l’expression simple du fruit. Certaines cuvées sont vinifiées en grappes entières, toutes à froid, et plutôt en macération courte d’une semaine environ.
La famille tient à préserver l’énergie du vin. Elle le tire quand il est encore chaud et trouble, plutôt que froid et limpide. Sur plusieurs cuvées, le pressurage reste doux, à 1,5 bar au maximum. Plusieurs cuvées terminent leurs fermentations en jarres de grès, en demi-muids ou en barriques ayant déjà contenu plusieurs vins.
Des blancs de schistes et d’argile, un vin orange en jarre
Schistes, Minervois blanc, est un pur Roussanne de la parcelle d’altitude. Ses arômes de coing et de fleurs mellifères se doublent, certaines années, de bruyère et de tabac. Argès assemble Roussanne, Grenache blanc, Chenin, Vermentino, Viognier et Muscat sur les argiles de Coupe-Roses. Ce blanc non filtré joue sur la pêche, la poire et les écorces d’agrumes.
Champ du Roy se veut un vin de comptoir, comme son homologue rouge, Bastide. Okros est un blanc de macération, un vin orange tiré à 80 % d’une vigne de Grenache gris complantée de quinze cépages. Il finit ses fermentations et s’élève en jarre de grès jusqu’au printemps. On lui trouve des notes de safran, d’orange confite et de pamplemousse.
Du rouge de comptoir à la cuvée de garde
Bastide, issu de Carignan, Grenache, Cinsault et Syrah fermentés ensemble dans la même cuve, reste sur le fruit rouge frais. Bara Gwin assemble Cinsault, Lledoner pelut et Syrah, avec des arômes de cassis et de groseille. Le rosé Frémillant réunit Mourvèdre, Grenache, Cinsault et Syrah.
Karst naît de nombreuses micro-vinifications, menées au bac et au seau, sans aucune pompe, à partir de vignes complantées. Granaxa, cuvée parcellaire à 90 % de Grenache, vient du lieu-dit la Coquille, à 400 mètres. Les Plots assemble Syrah, Grenache et Cinsault, sur des notes d’épices, de cassis et de fruits confits.
Orience, à 90 % de Syrah, se veut le haut de gamme du domaine. Il passe l’hiver en barriques et peut se bonifier pendant bien des années. Vertige réunit à parts égales Grenache, Syrah, Carignan et Cinsault. Son marc infuse de trois à cinq mois dans une jarre de terre cuite fermée.
Le Minervois vu depuis La Caunette
Une commune de l’aire du Minervois
La Caunette fait partie des 16 communes de l’Hérault comprises dans l’aire de l’AOC Minervois, aux côtés de 45 communes de l’Aude. Reconnue par décret en 1985, l’appellation couvre les vins tranquilles blancs, rosés et rouges. Elle s’adosse à la Montagne Noire, dont le point culminant, le pic de Nore, atteint 1 210 mètres.
Ses sols les plus caractéristiques se sont développés sur des terrasses caillouteuses, des marnes, des grès et des calcaires durs dégradés. Le cahier des charges signale aussi quelques lentilles de schistes dans les zones d’altitude. Selon ce même texte, les rouges représentaient 92 % de la production de l’appellation en 2009.
Des cépages accessoires remis en avant
Le cahier des charges range le Piquepoul noir, le Rivairenc et le Terret noir parmi les cépages accessoires des rouges. Ensemble, ils ne peuvent dépasser 10 % de l’encépagement de l’exploitation. Le domaine replante pourtant le Piquepoul noir en priorité, et complante ses parcelles de terrets.
Une partie de la production sort de l’appellation. Le Viognier pur de Babio est vendu en Vin de France, tout comme la cuvée Claret Net. Schistes, Argès, Champ du Roy et la plupart des rouges portent, eux, l’AOP Minervois.
Des oliviers en terrasses et un cellier au village
Le domaine produit aussi une huile d’olive biologique. L’oliveraie occupe des coteaux en terrasses, sans irrigation, et les arbres ont mis une dizaine d’années à produire. Les variétés locales, Picholine, Lucques et Olivière, côtoient l’Aglandau et le Bouteillan, venus de la vallée du Rhône. Les olives, récoltées tard et à la main, sont pressées à froid au moulin.
La Caunette est une petite cité médiévale au pied de sa falaise, point de départ de nombreux sentiers de randonnée. Au village, le cellier de dégustation accueille des expositions d’artistes locaux tout au long de l’année. La visite de la cave et des vignes se fait sur rendez-vous. En juin 2025, le domaine a aussi relancé ses soirées guinguettes.




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