Domaine du Château d’Arlay
Douze siècles d’histoire au-dessus des vignes
Le Domaine du Château d’Arlay produit des vins bio en AOC Côtes du Jura. Ses vignes couvrent la colline qui porte les ruines d’une ancienne forteresse comtoise. Il se présente comme l’un des plus anciens châteaux viticoles de France. Château, parc et vignoble sont restés dans la même lignée familiale, qui en revendique plus de douze siècles de transmission.
Des Chalon-Arlay à Louis XI
La tradition attribue les premières fortifications d’Arlay à Gérard de Roussillon, au IXe siècle. En 1269, le domaine passe à Jean Ier de Chalon-Arlay, fondateur de la lignée des Chalon-Arlay. Enrichis notamment par les salines de Salins-les-Bains, ces seigneurs bâtissent la plus importante forteresse de la plaine jurassienne. Ils développent aussi le vignoble.
Après la mort de Charles le Téméraire, le roi Louis XI mène campagne contre les places fortes comtoises. En 1479, il fait détruire la forteresse d’Arlay. Il en reste 1,5 km de murailles au sommet de la colline, au-dessus des rangs de vigne.

Un château du XVIIIe siècle au pied des ruines
Les héritages le lient ensuite pendant des siècles aux princes d’Orange. Au XVIIIe siècle, il revient à Élisabeth-Pauline de Gand de Mérode de Montmorency, comtesse de Lauraguais. Vers 1770, elle rachète l’ancien couvent des Minimes, au pied des ruines, pour en faire sa résidence. Elle y fait construire le château actuel et les écuries, et aménager un grand parc romantique.
La comtesse est guillotinée en 1794. Son petit-fils, Pierre d’Arenberg, reprend possession des lieux en 1825. Il réaménage les intérieurs dans le goût de la Restauration et fait réaliser une grande partie du mobilier par l’ébéniste jurassien Alexis Répecaud.
Les Laguiche à la tête du vignoble depuis 1960
À partir de 1960, Renaud de Laguiche, puis son fils Alain de Laguiche, développent le domaine viticole. Ils ouvrent aussi davantage le château aux visiteurs. Aujourd’hui, le comte Pierre-Armand de Laguiche, dernier descendant en date de la famille, mène le domaine.
Le château reste habité par les descendants de la même lignée. Ses intérieurs sont classés monument historique, et ses jardins portent le label « Jardin remarquable ».
Une colline de marnes plein sud, d’un seul tenant
Marnes grises du Lias et calcaires à fossiles
Le vignoble compte 22 hectares de vieilles vignes, toutes autour du château. La colline est couverte de marnes grises du Lias et de morceaux de calcaires du Bajocien remplis de fossiles. Très argileux, ce sol est difficile à cultiver.
Les vignes forment un seul bloc, orienté plein sud. Le pinot noir vient principalement de vieilles vignes, et le vin jaune de vieux savagnins plantés dans les années 1950, à faibles rendements.

Les cinq cépages historiques du Jura
Les cinq cépages historiques du Jura poussent sur cette même pente. Trois rouges : pinot noir, poulsard et trousseau. Deux blancs : chardonnay et savagnin.
Le domaine peut ainsi les assembler tous les cinq, comme dans le Corail. Il peut aussi en isoler un, comme le trousseau d’En Treize Vent.
En Treize Vent, la terrasse du trousseau
Le trousseau ne représente que 7 % du vignoble jurassien. Arlay en tire une cuvée de lieu-dit, En Treize Vent, sur une terrasse exposée plein sud sous les ruines du château médiéval. Le domaine décrit ce terroir comme chaud et léger, et le vin comme fruité et épicé.
Tous les vins du Jura, sauf les bulles
Le domaine pratique tous les types de vinification, sauf la champagnisation : vins tranquilles, passerillés, oxydatifs, mutés, et spiritueux. Arlay ne fait donc pas de crémant.
Blancs ouillés et savagnin sous voile
Le blanc Tradition assemble dès la vendange un tiers de savagnin et deux tiers de chardonnay, élevés en fûts de chêne ouillés. Les raisins viennent de vignes à faible rendement. Sur le millésime 2023, le domaine y trouve une élégance sobrement typée, avec de la fraîcheur et de la longueur.
Le Savagnin élevage long passe sept ans en fûts non ouillés. Ce blanc sec y prend les arômes typiques du Jura et une longue finale.
Le vin jaune vieillit près de sept ans en fût de chêne sans ouillage. On ne compense donc pas le vin évaporé, la part des anges. Un voile de levures naturelles se forme alors en surface, et donne au vin ses notes de noix et d’épices tendres. Il est mis en clavelin de 62 cl.

Vin de paille et Corail
Pour le vin de paille, poulsard, trousseau, chardonnay et savagnin sont récoltés à maturité et triés à la main, grappe après grappe. Les raisins sèchent ensuite trois à quatre mois sur claies. Il en faut plus de 3 kg pour une demi-bouteille. Le vin s’élève ensuite quatre ans en fûts de chêne.

Le Corail naît de la cofermentation et de la macération des trois cépages rouges et des deux blancs. Le domaine le rattache à une tradition locale aujourd’hui disparue, dont il reste le seul représentant dans la région. Il le range parmi ses Côtes du Jura rouges.
Macvins et eaux-de-vie de la maison
Le Macvin blanc assemble à parts égales du très vieux marc, du moût de chardonnay et du moût de savagnin. Il s’élève trois ans en foudre de chêne. Le Macvin rouge associe un tiers de vieux marc et deux tiers de moût de pinot noir, avec un an de fût. Il tire vers la cerise griotte.
Le domaine distille aussi une Fine blanche du Jura, à partir de vins rouges de vieilles vignes de pinot noir. Son Marc du Jura vient de marcs de pinot noir macérés, dans le style de la grappa italienne. Les deux eaux-de-vie sont distillées sans ajout ni colorant.
L’année 2021, frappée par le gel et un mildiou hors du commun, n’a donné qu’une cuvée : Ambre. Ce vin de liqueur mêle des moûts non fermentés à la Fine blanche du domaine, puis passe deux ans en fût de chêne. Il n’en a été mis en bouteille que 1 129 litres.
Le Côtes du Jura, l’appellation d’Arlay
Une AOC de 105 communes
L’AOC Côtes du Jura est née d’un décret du 31 juillet 1937. C’est la plus étendue des appellations jurassiennes : elle court du nord au sud du vignoble et regroupe aujourd’hui 105 communes. Arlay compte parmi celles qui y pèsent le plus en surface, avec Poligny, Rotalier ou Voiteur.
Tous les produits jurassiens peuvent y être élaborés, mais les blancs et le Crémant du Jura dominent sa production.
Des élevages plus longs que les minimums
Le cahier des charges impose au vin jaune au moins six ans et trois mois en fût de chêne, sans soutirage ni ouillage. Les raisins du vin de paille doivent sécher au moins six semaines. Le Macvin du Jura, AOC depuis le 14 novembre 1991, vieillit au moins dix mois en fût.
Arlay va au-delà sur chacun de ces trois vins. Son jaune passe près de sept ans en fût, ses raisins de paille sèchent trois à quatre mois. Ses Macvins restent un à trois ans sous bois.
Engagé en bio depuis 2021, avec peu d’intrants
Ecocert et simplicité des moyens
Le domaine est engagé en agriculture biologique depuis le 29 mars 2021, sous le contrôle d’Ecocert. Ses raisins de cuve et ses vins sont aujourd’hui certifiés bio. Il revendique des vins « quasi sans intrants ».
Sa philosophie tient en trois mots : simplicité des moyens, exigence, liberté. L’équipe se dit ouverte à la technique, mais elle écarte la technologie. Elle refuse qu’elle prenne le pas sur le vin et travestisse sa nature. « Le terroir du Jura est plus fort que nous », écrit le domaine.

Fraîcheur et longue garde, le style d’Arlay
Le domaine décrit son pinot noir comme frais et sans lourdeur, avec un caractère jurassien tiré du terroir marneux. Il lui prête une garde de 10 à 15 ans. Le Savagnin élevage long se veut puissant, riche et équilibré, à servir tempéré, entre 14 et 17 °C.
Pour le vin jaune, le domaine annonce une garde de plus d’un siècle. Il le conseille sur une volaille ou un canard en sauce, des champignons, des fromages affinés ou des cuisines épicées. Le vin de paille, lui, va de l’apéritif au foie gras et au chocolat aux épices.

Venir à Arlay, du caveau aux remparts
Le caveau du domaine
Le domaine reçoit au caveau pour la dégustation et la vente de ses vins, et tient une boutique en ligne. Il adhère aux Vignerons Indépendants.
Parc romantique et forteresse
Le château et son parc se visitent selon les saisons. La promenade dure environ 1 h 30. Elle traverse les vestiges de la forteresse, un parc romantique de 8 hectares et le château du XVIIIe siècle. Ses intérieurs ouvrent en haute saison. Du haut des tours, la vue porte à 360° sur le Jura.
Les enfants suivent un jeu de piste, avec des légendes audio accessibles par QR codes. Depuis 1996, un « Jardin des Jeux » complète les jardins historiques.
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