Domaine Rotier - Rangs de vigne au printemps sur les terrasses du Tarn

Domaine Rotier

Région viticole

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Sud-Ouest

Bio

Duras et len de l’el, le pari des cépages gaillacois

À Cadalen, entre Gaillac et Albi, le Domaine Rotier cultive 35 hectares de vignes sur les graves de la rive gauche du Tarn. Alain Rotier et son beau-frère Francis Marre y ont fait un choix net. Ils bâtissent leurs vins bio sur deux cépages que l’on ne trouve presque qu’en appellation Gaillac : le duras en rouge, le len de l’el en blanc. Le domaine est certifié en agriculture biologique depuis le millésime 2012.

Les rouges tournent autour du duras, les blancs autour du len de l’el. Les autres cépages tiennent chacun un rôle d’appoint précis, et plusieurs ont été arrachés en chemin. Le vignoble se partage entre 25 hectares de cépages rouges et 10 de blancs.

Le duras, devenu le cépage principal du domaine

Le duras est présent à Gaillac depuis au moins le XVe siècle. Il a pourtant failli disparaître : en 1968, il ne couvrait plus que 75 hectares dans tout le Gaillacois. Son inscription comme cépage obligatoire dans le décret de l’AOC Gaillac rouge, en 1970, l’a sauvé. Il dépasse aujourd’hui les 800 hectares, presque tous dans l’appellation.

Au domaine, il est devenu le plant principal et entre dans presque toutes les cuvées rouges. Ses bois durs, qui lui ont donné son nom, lui font un port dressé. Il débourre et mûrit tôt, craint l’oïdium et réagit fortement au rendement. Le domaine le plante donc serré, pour que chaque pied produise moins et concentre davantage.

Domaine Rotier - Grappe de duras mûre sous le feuillage
Le duras entre dans presque toutes les cuvées rouges du domaine.

Le len de l’el, deux tiers des blancs

Le len de l’el, ou loin de l’œil en occitan, doit son nom à sa grappe : un long pédoncule l’éloigne du bourgeon qui l’a portée. Des documents du XVIe siècle le citent déjà. Il occupe aujourd’hui les deux tiers des surfaces en blanc du domaine, soit environ 7 hectares, le dernier tiers étant planté en sauvignon blanc.

Le domaine l’a pris au sérieux à partir de 1989, pour un blanc sec à rendement modéré, la cuvée Renaissance. En 1994, il compte parmi les premiers de l’appellation à en tirer un gaillac doux. Cette cuvée est devenue en 2011 le Renaissance Vendanges Tardives.

Ni mauzac ni gamay, des renoncements assumés

Le mauzac n’a pas sa place ici. Alain Rotier explique qu’il donne des vins mous sur les graves du domaine. Le gamay, qui servait aux gaillacs primeurs des débuts, a été arraché, tout comme le cabernet-sauvignon fin 2020 : par étés très secs, ses baies restaient trop petites, aux tanins ingrats.

Autour du duras, trois rouges complètent l’encépagement. Le braucol (ou fer servadou) apporte la couleur et la structure, la syrah le gras et le velouté. Le prunelart, père du malbec, a été planté sur un hectare en 2009, l’année de son autorisation en AOC Gaillac. Il était tombé sous les 10 hectares à la fin des années 1980.

Des graves du Tarn plantées serré

Une terrasse de galets à 200 mètres d’altitude

Le vignoble occupe la terrasse alluviale moyenne du Tarn, qui court d’Albi jusqu’à Moissac, à 200 mètres d’altitude. Ces graves datent de la période du Riss, il y a 130 000 à 300 000 ans. Sur 1,5 à 3 mètres d’épaisseur, galets et graviers roulés par la rivière reposent sur des marnes bien plus anciennes.

Domaine Rotier - Galets et graviers roulés par le Tarn au pied des vignes
Galets et graviers roulés par le Tarn : les graves de la terrasse moyenne.

Le sol est pauvre, caillouteux, et ne retient pas l’eau. Il se réchauffe vite au printemps et rend pendant les nuits d’automne la chaleur accumulée le jour. Les rendements restent donc limités, et les raisins plus petits. L’âge moyen des vignes est de 20 ans.

Le climat mêle l’influence de l’Atlantique, qui apporte fraîcheur et pluie, à celle de la Méditerranée. Le vent d’Autan, sec et chaud, accompagne souvent l’arrière-saison. Il assainit les vignes et concentre en quelques jours la pourriture noble sur le len de l’el, sans laquelle les vendanges tardives du domaine n’existeraient pas.

6 170 pieds par hectare depuis 2001

Depuis 2001, toutes les nouvelles plantations passent de 4 000 à 6 170 pieds par hectare, avec des rangs à 1,80 mètre et des ceps espacés de 90 centimètres. Chaque kilo de raisin dispose ainsi d’une plus grande surface de feuilles. Les premières parcelles plantées de cette façon ont donné leurs résultats à partir de 2005 et rejoignent peu à peu les meilleures cuvées.

La densité ne montera pas davantage. Alain Rotier ne compte pas aller plus loin, le réchauffement climatique l’en dissuade.

Une conversion bio préparée depuis 1985

Aucun engrais minéral de synthèse n’est entré dans les vignes depuis 1985, seulement des amendements organiques, et le sol a toujours été travaillé entre les rangs. En 2005, les produits systémiques de synthèse cèdent la place au cuivre et au soufre. La conversion officielle démarre en 2009, et le millésime 2012 est le premier certifié bio, sur l’ensemble du domaine.

Un rang sur deux reçoit un semis d’avoine ou de seigle, de vesce et de navette. Les racines aèrent le sol et la légumineuse lui apporte de l’azote. Contre les vers de la grappe, le domaine diffuse des phéromones qui perturbent la reproduction des ravageurs sans toucher aux insectes auxiliaires.

Domaine Rotier - Rang de vigne enherbé en hiver
Un rang sur deux est semé de céréales, de vesce et de navette.

De la cave coopérative à Petit Nareye, quarante millésimes

1975, une famille angevine rachète Petit Nareye

Le lieu-dit Petit Nareye, qui forme l’essentiel du domaine, a livré des outils en quartz du Paléolithique. Gérard et Michèle Rotier, enfants de cultivateurs angevins installés dans le Tarn en 1960, achètent la propriété en 1975. Le vignoble produisait alors des vins de consommation courante. Ils remplacent les plants médiocres par des cépages de qualité, surtout rouges.

En 1985, leur fils Alain les rejoint, tout juste diplômé. La famille quitte la cave coopérative où partaient ses raisins, construit un chai et commence à vendre son vin. Le premier commercialisé est un gaillac rouge primeur. Le millésime 2024 a ainsi été le quarantième du domaine.

Deux beaux-frères ingénieurs de Purpan

Francis Marre, fils d’agriculteurs et de viticulteurs de Montans, arrive en 1997. Les deux beaux-frères sont ingénieurs agricoles, diplômés de l’école de Purpan à Toulouse, et Alain est aussi œnologue. Ils gèrent ensemble la SARL Rotier Marre. Francis conduit le vignoble et la gestion, Alain élabore les vins et les vend.

Sandra, Hélène et Philippe complètent l’équipe, rejointe par des saisonniers aux périodes chargées. Le domaine vend environ 170 000 bouteilles par an, dont 60 % à des professionnels en France, 30 % à des particuliers et 10 % à l’export. Celui-ci passe par Accents et Terroirs, un bureau monté avec d’autres vignerons du Sud-Ouest.

Domaine Rotier - L’équipe du domaine réunie devant les barriques
L’équipe du domaine réunie au chai autour des deux associés.

Ce que donnent ces cépages dans le verre

La gamme compte une quinzaine de vins, du rouge de soif à la grande cuvée de garde. Le domaine vinifie tous ses vins sans ajout de sulfites, et la cuvée Esquisse, créée en 2013, n’en reçoit aucun jusqu’à la mise en bouteille.

Des rouges poivrés construits sur le duras

Le duras se reconnaît à son poivre noir, dû à la rotundone, la molécule qui marque aussi la syrah du nord du Rhône. En année fraîche, cette note domine. À pleine maturité, le fruit prend le dessus, cerise noire et kirsch. Ses moûts riches en acide malique gardent aux vins une fraîcheur que le domaine voit comme un atout face au réchauffement.

Les Choses Simples le vinifie en grain entier, sans éraflage, pour un rouge léger à boire dans l’année. Esquisse et Les Gravels l’assemblent au braucol et à la syrah. Renaissance y ajoute le prunelart pour la garde. Au sommet, L’Âme, créée en 2007, fermente directement en barrique, à partir de parcelles à faibles rendements.

Domaine Rotier - Rangée de barriques dans le chai d’élevage
L’Âme, créée en 2007, fermente directement en barrique.

Du blanc sec à l’amertume fine aux vendanges tardives

En sec, le len de l’el sent les fleurs blanches, l’acacia, les agrumes, la pêche et la poire. Il finit sur une légère amertume, sa signature. Esquisse et Les Gravels l’associent au sauvignon, qui apporte de la vivacité, tandis que le Renaissance blanc sec vient des meilleures parcelles, à rendement modéré.

Récolté en surmaturité, il change de registre : fruits exotiques, miel, fruits secs et cire. Le domaine en propose un moelleux, Les Gravels blanc doux, et surtout le Renaissance Vendanges Tardives, dont il garde des millésimes depuis 1996.

Des bulles et un retour au primeur

Pour ses quarante ans, le domaine a élaboré en 2024 un pétillant rosé brut nature, La Vie en Bulles. Surtout issu de duras, il finit sa fermentation en bouteille selon la méthode ancestrale, sur la fraise et la cerise. Un Brut Nature de len de l’el, en méthode traditionnelle, a rejoint la gamme Renaissance.

Le cahier des charges de l’AOP Gaillac autorise désormais le primeur de duras. Le domaine en a profité pour renouer avec le primeur après quinze ans d’arrêt, avec un rouge de pur duras vinifié en grains entiers.

Gaillac, le Guide Hachette et le caveau de Cadalen

Une appellation d’assemblage ancrée dans le Tarn

La vigne est cultivée dans le Gaillacois depuis le Ier siècle avant notre ère. L’AOC Gaillac est une appellation d’assemblage, et ce sont ses cépages autochtones qui la distinguent. Le domaine en cultive quatre : duras, braucol, prunelart et len de l’el.

Pour sauvegarder le duras, un conservatoire de 150 origines a été planté dans le vignoble gaillacois. Le domaine appartient aussi à la Java Sud-Ouest, qui réunit neuf vignerons indépendants de Bergerac, Cahors, Madiran, Jurançon, Marcillac, Irouléguy, Fronton et Gaillac.

Vignerons de l’année du Guide Hachette 2024

Le Guide Hachette des vins 2024 a désigné Alain Rotier et Francis Marre vignerons de l’année pour le Sud-Ouest. Leur Renaissance rouge 2020, assemblage de duras, syrah, braucol et prunelart élevé en fût, y obtient deux étoiles et le neuvième coup de cœur du domaine dans l’appellation.

Les doux du domaine avaient déjà été distingués. Le Doux Renaissance 1999 avait reçu trois étoiles et un coup de cœur dans l’édition 2002 du guide.

Un caveau à mi-chemin de Lagrave et Cadalen

Le domaine se trouve à une vingtaine de minutes d’Albi et à une heure de Toulouse. Son caveau de dégustation reçoit sans rendez-vous. Sur réservation, l’Immersion gourmande fait parcourir en 1 h 30, à 8 personnes au plus, les vignes puis les chais, avant une dégustation commentée de cinq vins.

Domaine Rotier - Entrée du caveau de dégustation
Le caveau de dégustation de Petit Nareye, entre Lagrave et Cadalen.

Le domaine propose aussi un apéritif en marchant entre les rangs, ou à vélo à travers les parcelles. Pour les groupes, il organise des repas en cave avec un traiteur. Un gîte rural permet enfin de séjourner au domaine.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Domaine Damiens

    Le Domaine Damiens cultive 16 hectares à Aydie, en appellations Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, engagés en bio depuis 2011. Son nom vient d’un aïeul trouvé sous un porche d’église le jour de la Saint-Côme-et-Damien, et les Beheity tiennent la propriété depuis 1950. Pierre-Michel Beheity restructure le vignoble à partir de 2008 en faveur du tannat, tout en gardant un capital de vieilles vignes. Du tannat de printemps sans sulfites ajoutés aux Madiran de garde, la gamme compte aussi des Pacherenc secs et doux de petit et gros manseng.

  • Causse Marines

    Causse Marines cultive à peine 10 hectares sur un causse calcaire de Vieux, dans le vignoble de Gaillac, repris par Patrice Lescarret en 1993. Le domaine y conduit plus de quinze cépages, dont le mauzac, l’ondenc, le verdanel et le prunelart, tous issus de sélection massale. Certifiées bio depuis 2006 et travaillées en partie au cheval, les vignes donnent des vins nature, sortis pour la plupart en Vin de France. Les cuvées jouent du verlan, de Zacmau à Rasdu, et refusent les fiches techniques trop sérieuses.

  • Mas del Périé

    Le Mas del Périé cultive 23 hectares de vignes à Trespoux-Rassiels, sur des coteaux calcaires à 350 mètres, aux confins de l’appellation Cahors. Fabien Jouves l’a créé en 2006 sur l’exploitation de ses parents, certifiée bio depuis 2009 et Demeter depuis 2011. Ses Cahors parcellaires, vinifiés sans intrants, suivent trois sols : le kimméridgien, la marne du Miocène et le sidérolithique. Autour des vignes vivent des haies, des truffiers, un conservatoire de cépages autochtones et les porcs noirs gascons de la Ferme du Tessou.

  • Domaine Le Passelys

    Installé à Douelle, au bord du Lot, le Domaine Le Passelys cultive la vigne depuis 1857 et compte plus de huit générations de Baudel. Ses 9,5 hectares en agriculture biologique occupent surtout les troisièmes terrasses argilo-siliceuses de l’AOC Cahors. Dès 2016, la famille plante des cépages résistants, qui suppriment 95 à 100 % des traitements utilisés en bio. Ils donnent la gamme Colibri, à côté des Cahors Tradition, Prestige et Centenaire, ce dernier issu de vignes de plus de 120 ans.

  • Domaine AntocyÂme

    Chimiste de formation, diplômée œnologue à l’Ensat de Toulouse, Muriel Zoldan a acheté en 2017 le Domaine AntocyÂme, à La Salvetat-Belmontet, près de Montauban. Ses 7,5 hectares, engagés en agriculture biologique depuis 2012, relèvent des Coteaux et Terrasses de Montauban, unité de l’IGP Comté Tolosan. Les fermentations partent des levures indigènes, et presque toutes les cuvées sont sans sulfites ajoutés. Le domaine vinifie en cuve, en barrique et en amphore sept cépages, dont le Tannat et l’Abouriou.

  • Château Lacapelle Cabanac

    Sur le causse argilo-calcaire qui domine la vallée du Lot, le Château Lacapelle Cabanac produit des Cahors bio à environ 300 mètres d’altitude. Thierry Simon et Philippe Vérax l’ont repris en 2001 et le conduisent en agriculture biologique depuis 2002. Les vignes poussent sur des pierrailles calcaires et des argiles du Kimméridgien, et le merlot y pèse moins de 10 % de l’encépagement. Du Tradition au Malbec Original, élevé sur lies en cuve béton, la gamme compte aussi un savagnin en Vin de France.

  • Château Haut-Monplaisir

    À Lacapelle-Cabanac, dans l’appellation Cahors, Cathy et Daniel Fournié ont repris en 1998 une exploitation familiale de 15 hectares, qui compte aujourd’hui près de 30 hectares. Leurs vignes occupent la troisième terrasse du Lot, plein sud, sur des sols argilo-siliceux à galets roulés. Engagé en bio chez Ecocert en 2009, le domaine a sorti ses premières cuvées labellisées en 2012. Leur fille Mathilde les a rejoints en 2015, l’année de L’Envie, un malbec vinifié et élevé sans soufre ajouté.

  • Château du Cèdre

    À Vire-sur-Lot, le Château du Cèdre cultive 27 hectares dans le vignoble de Cahors, sur un cône d’éboulis calcaire, les grèzes, et sur les hautes terrasses du Mindel. Venue de Belgique en 1914, la famille Verhaeghe y plante sa première vigne en 1958 et met en bouteille dès 1973. Certifié en agriculture biologique depuis 2012, le domaine vinifie en levures indigènes, sans intrant ni sulfites ajoutés. Ses rouges sont en 100 % Malbec, d’Extra Libre, sans soufre, à Charly, et ses blancs en Viognier ou Sauvignon.

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