Les vignes du Château Anthonic

Château Anthonic et Lestage-Darquier Grand Poujeaux

Région viticole

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Bordeaux

Bio
Sommaire

Un ingénieur forestier à la tête d’un vieux cru de Moulis

De Puy de Minjon à Anthonic, un nom tiré d’un prénom

Le Château Anthonic compte parmi les plus anciennes propriétés de l’appellation Moulis-en-Médoc, entre Margaux et Saint-Julien. La première édition du Guide Féret, en 1850, le cite déjà sous le nom de Puy de Minjon (Hugon). En 1932, le classement des Crus Bourgeois du Médoc le reconnaît Cru Bourgeois Supérieur. Son vignoble est certifié bio depuis le millésime 2019.

La propriété a changé plusieurs fois de nom : Puy de Minjon, Graves de Queytignan, Le Maliney. Elle devient Anthonic dans les années 1920. André Hugon rend ainsi hommage à son aïeul, Antonic Hugon. Le « h » ajouté s’expliquerait peut-être par des ventes alors très tournées vers l’Angleterre.

L’étiquette est dessinée à la même époque. Deux aigles s’y disputent une grappe de raisin. Dans le pays, on y voit une allégorie de la lutte entre le négoce et la propriété. Le château se tient à l’entrée de Moulis, près de l’église romane Saint-Saturnin, classée, qui date du XIIe siècle.

Le domaine du Château Anthonic

De Gembloux au Congo, puis le retour à Moulis

Pierre Cordonnier rachète Anthonic à la famille Hugon en 1977. Courtier en vin sur les marchés belge et luxembourgeois, il gère la propriété à distance. Son fils Jean-Baptiste y passe pourtant une grande partie de sa jeunesse. Enfant, il passe des heures dans les fossés du domaine à traquer la vie sauvage.

Il étudie à l’université de Gembloux, en Belgique, et en sort ingénieur agronome spécialisé en eaux et forêts. Il se forme ensuite à l’écologie forestière tropicale en Guinée. Puis il travaille comme coopérant et enseignant au Congo-Brazzaville. En septembre 1993, il rejoint Anthonic et succède à son père.

Le retour est un choc. En 1987, la propriété était passée à un programme conventionnel, avec désherbage intégral. À son arrivée, l’appauvrissement de la biodiversité saute aux yeux. Il abandonne peu à peu les insecticides, laisse l’herbe pousser et module les doses. Mais il acquiert la certitude que cela ne suffira pas.

Une affaire de famille, du chai aux étiquettes

Son fils aîné, Théophile Cordonnier, diplômé de l’IÉSEG à Lille, rejoint le domaine le 1er janvier 2020. Il prend en charge la partie commerciale, et notamment l’export.

Son frère Pierre-Louis Cordonnier est artiste sous le nom de Picor. Il signe toutes les étiquettes du domaine, où il dessine des oiseaux. Ses fresques, peintes avec d’autres artistes, couvrent le cuvier et le chai à barriques et amphores. Il participe aussi aux vinifications depuis plusieurs campagnes.

Éric Boissenot conseille le domaine en œnologie.

Faire d’Anthonic un bocage

Une première haie en 2010, six kilomètres aujourd’hui

Le déclic vient de l’arbre, que l’ingénieur forestier estime avoir trop longtemps oublié dans son métier de vigneron. Le chef de culture de l’époque rencontre l’association Arbres et Paysages, qui milite pour le retour des haies champêtres. Depuis 2010, le domaine plante des haies le long des fossés, entre les parcelles. La première, d’environ 100 mètres, borde un fossé devant la propriété.

Dès le printemps suivant, des couleuvres reviennent dans les haies. Ces couloirs relient les espaces boisés et laissent circuler la faune. Les oiseaux et les insectes qui s’y installent chassent aussi certains ravageurs de la vigne. Le réseau atteint 4 kilomètres en 2022, puis 6 kilomètres au début de 2026.

Un arbre à moins de quinze mètres de chaque pied

L’équipe plante son premier arbre dans les vignes à la fin de 2016. Depuis 2017, chaque nouvelle plantation de vigne prévoit des arbres au milieu et en bordure des parcelles. L’objectif : qu’un pied de vigne se trouve toujours à 15 mètres au plus d’un arbre. En 2023, 500 arbres cohabitaient déjà avec les vignes.

Pour le domaine, l’arbre nourrit le sol et agit en régulateur face aux excès du climat. Il sert aussi de repère aux chauves-souris, précieuses contre les papillons du ver de la grappe. Troisième pilier, un couvert végétal est semé entre les rangs au moment des vendanges : légumineuses, céréales, crucifères.

Dix hectares de bois laissés à eux-mêmes depuis 1977

Le vignoble est pratiquement d’un seul tenant, et deux tiers des parcelles entourent la maison. Deux îlots de vignes encadrent un espace boisé, où le domaine possède une bande de 10 hectares. Ce bois est en libre évolution depuis 1977, l’année du rachat. Il abrite un ruisseau et une zone humide.

Depuis 2008, une station d’épuration traite les eaux usées du chai. Début juin, l’Ophrys abeille fleurit sur le bord des fossés, et la Spiranthe d’automne pendant les vendanges. Chouettes chevêches, huppes, busards, lièvres et tritons fréquentent les vignes. Un élanion blanc, petit rapace, s’y montre depuis le printemps 2024.

Bio certifié depuis le millésime 2019

La conversion à l’agriculture biologique commence officiellement en août 2016. Après les trois années obligatoires, la certification vaut à partir du millésime 2019. Les produits phytosanitaires de synthèse sont abandonnés et le sol est labouré sous le rang.

Château Lestage-Darquier Grand Poujeaux, racheté en 2022, a suivi son propre calendrier : sa certification bio a été lancée après le rachat. L’Agence Bio indique d’ailleurs une mixité sur l’exploitation, qui produit donc à la fois en bio et en non bio.

Moulis-en-Médoc, un Médoc en miniature

La plus ancienne AOC du Médoc, et la plus petite

L’appellation Moulis-en-Médoc naît du décret du 14 mai 1938. C’est la plus ancienne AOC du Médoc, et aussi la plus petite, avec environ 600 hectares en production. Son vignoble forme un étroit ruban de 7 kilomètres d’est en ouest. Il commence à 3 kilomètres de la Gironde et s’étend vers l’intérieur.

Ses sols résument le Médoc. À l’est, vers Grand Poujeaux, s’élèvent des croupes de graves garonnaises. À l’ouest s’étend une plaine sablo-argileuse. Au centre, des terrains graveleux reposent sur un fond d’argilo-calcaire, où le Merlot se plaît particulièrement.

Pour des vins du Médoc, les Moulis font une place importante au Merlot, souvent à parts égales avec le Cabernet Sauvignon. Aucun cru de Moulis n’a été retenu au classement de 1855.

Un plateau argilo-calcaire où domine le Merlot

Le vignoble d’Anthonic couvre une trentaine d’hectares, plantés pour la plupart sur les terres argilo-calcaires du plateau de Moulis. Les sols se répartissent en 68 % d’argilo-calcaire, 26 % de sablo-argileux et 6 % de graves garonnaises.

Ces terres mettent le Merlot en valeur, d’où sa place : 62 % de l’encépagement. Viennent ensuite le Cabernet Sauvignon (29 %), le Cabernet Franc (7 %) et le Petit Verdot (2 %). Ce Merlot dominant explique la souplesse des vins, même jeunes.

La densité atteint 7 000 pieds par hectare, sur des porte-greffes de faible vigueur. Les vignes ont plus de 20 ans en moyenne. Taille courte, effeuillage et vendanges en vert limitent les rendements pour concentrer les raisins. En 2021, le mildiou a ramené le rendement à 20 hl/ha.

Au chai, extraire en douceur

Cuves béton et inox, macérations courtes

Selon l’âge de la parcelle, la vendange se fait à la main ou à la machine, puis passe au tri mécanique. Les raisins fermentent en cuves béton et inox équipées d’une régulation thermique, sans dépasser 26 °C. Les macérations restent courtes, de 17 à 25 jours. Le domaine veut ainsi extraire les tanins les plus souples et préserver le fruit.

Le parti pris est aussi de respecter chaque millésime, sans chercher à refaire tous les ans le même vin. En 2025, la maître de chai a mené deux fermentations en amphore avec les seules levures indigènes.

Barriques et amphores pour l’élevage

L’élevage dure 18 mois, dont 12 en barriques de chêne. Le domaine en renouvelle chaque année de 25 à 30 %. Depuis le millésime 2019, une part s’élève aussi en amphores, qui apportent la même micro-oxygénation que le bois en laissant le fruit s’exprimer.

Des vins de finesse, du Moulis au Vin de France

Château Anthonic, la fraîcheur avant la puissance

Le domaine décrit ses vins comme classiques, frais et sans excès, marqués par la finesse et l’élégance. À table, la famille les sert sur toutes sortes de plats, même épicés, vinaigrés ou exotiques, y compris sur du poisson. Jean-Baptiste conseille d’aérer 2 à 3 heures avant le service tout Anthonic de moins de 5 ans.

Les boire entre 3 et 7 ans n’est jamais une erreur, même si les grands millésimes tiennent bien plus longtemps. La Revue du Vin de France a donné 92/100 au 2019, malgré une récolte amputée de 70 % par la grêle. En juin 2026, elle note le 2025 en primeur 92-93, pour la netteté de son fruit.

Les Aigles d’Anthonic, un vin de fruit

Les Aigles d’Anthonic tire son nom des deux aigles de l’étiquette. Il vient de parcelles choisies dès la récolte, suit une vinification peu extractive et un élevage de 9 mois en cuve. Il vise le fruit et se boit jeune, à contre-pied de l’image traditionnelle du Médoc.

Lestage-Darquier Grand Poujeaux, le cru des graves

Au printemps 2022, la famille rachète Château Lestage-Darquier Grand Poujeaux, 10 hectares en AOC Moulis. C’est Théophile qui en a repéré le potentiel. Brigitte et François Bernard, qui prenaient leur retraite, l’avaient mis en vente. 6,5 hectares rejoignent Château Anthonic et lui apportent un terroir de graves.

Environ 3 hectares restent dédiés à un cru à part entière. Son élevage se fait à 40 % en amphores et à 60 % en demi-muids neufs de 500 litres, le double d’une barrique bordelaise. La production reste petite, autour de 14 500 bouteilles, vendues surtout en primeur à l’export.

La Revue du Vin de France a jugé le 2024 « vraiment spectaculaire ». Elle note le 2025 en primeur 93-94, pour sa matière droite, dense et structurée.

Rouge, rosé et blanc « dans les arbres »

Fin 2025, le domaine présente trois cuvées expérimentales, en quantités très limitées. Leur nom renvoie aux arbres plantés dans les vignes. Elles sortent en Vin de France, pour explorer hors des contraintes des AOC. Chaque étiquette de Picor porte un oiseau du domaine : huppe fasciée, gravelot ou élanion blanc.

Le rouge dans les arbres est un pur Merlot, vinifié avec les levures indigènes et sans sulfites ajoutés, puis élevé en amphores. Le rosé dans les arbres, très pâle, est né d’une idée de Francesco, venu renforcer l’équipe du chai. Il l’a eue devant les roses d’une fresque du cuvier, et le jus a fermenté en barrique neuve.

Le blanc dans les arbres vient du Bouysselet, un cépage blanc originaire de Villaudric, dans l’AOC Fronton. Cité dès 1805, il avait presque disparu. On lui a depuis établi une parenté avec le Savagnin du Jura. Le domaine l’a surgreffé sur une parcelle de Merlot au printemps 2024, puis vendangé en septembre 2025.

Former des jeunes et ouvrir le vignoble

Les Vignerons du Vivant, avec les Apprentis d’Auteuil

Anthonic est à l’origine, avec un collectif de vignerons du Médoc, des Vignerons du Vivant. Portée par les Apprentis d’Auteuil, cette formation accueille chaque année 10 à 15 jeunes très éloignés de l’emploi. Elle les forme au métier d’ouvrier viticole, avec une forte fibre agroécologique.

Visiter un vignoble planté d’arbres

Le domaine reçoit pour une visite du vignoble et des chais, suivie d’une dégustation. La visite peut commencer par une explication de la démarche agroforestière, directement dans les vignes.

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Les autres domaines de la région Bordeaux

  • Château de la Craffe

    Repris en 2021 par trois amis, le Château de la Craffe cultive 9 hectares de vignes bio à Francs, en Francs Côtes de Bordeaux. Imprimeur de formation, Quentin Vidal sérigraphie sur chaque bouteille l’œuvre d’un artiste et reverse 1 € par bouteille à une association. Sur 20 hectares sans labour, le domaine a planté 2 250 arbres en bocage et fait pâturer des moutons d’Ouessant. Ses vins suivent le millésime, du rosé pétillant naturel au rouge muté, en tirages de quelques centaines de bouteilles.

  • Château Coutet

    Château Coutet, domaine familial de Saint-Émilion Grand Cru transmis sans interruption depuis 1601, cultive ses vignes sur un plateau calcaire classé UNESCO. Pionnier historique de l’agriculture biologique, le domaine n’a jamais utilisé de produits chimiques, bien avant sa certification officielle obtenue en 2012. Le vignoble repose sur des sols calcaires à astéries et une biodiversité exceptionnelle, étudiée par des laboratoires agronomiques pour son équilibre naturel unique. Les vins, issus de vieilles vignes et vinifiés sans artifices, expriment une minéralité calcaire, une structure profonde et une remarquable capacité de garde.

  • SCEA Vignobles Barron

    Les Vignobles Barron, situés à La Brède en AOC Graves, incarnent plus de sept générations de viticulture familiale engagée en agriculture biologique depuis 1964. Le domaine réunit le Château Méric et le Château Chante l’Oiseau sur des terroirs graveleux favorables à des vins précis, équilibrés et fidèles au sol. Conduites sans intrants chimiques, les vignes sont travaillées manuellement, avec une vinification naturelle respectant l’expression variétale et la typicité des vins bio de Graves. Au-delà des vins, le domaine propose visites, dégustations, événementiel et une guinguette estivale, affirmant une vision conviviale et vivante du vin biologique.

  • La Bastane

    Ancien Château de L’Espinglet, surnommé le « Petit Yquem » pour ses liquoreux, La Bastane a été reprise en 2017 par Anaïs Bernard et Bastien Pestourie. Ses 15 hectares d’un seul tenant dominent la Garonne à Rions, sur graves, argilo-calcaires et cailloux de fer. Certifié en agriculture biologique depuis le millésime 2020, le domaine y ajoute des pratiques biodynamiques non certifiées. Il produit des rouges en AOC Côtes de Bordeaux, un blanc étoilé au Guide Hachette et un liquoreux en AOC Cadillac, et reçoit en chambres d’hôtes.

  • Château Moulin de Peyronin

    À Pujols, dans l’Entre-deux-Mers, le Château Moulin de Peyronin est conduit en agriculture biologique depuis 1975 et certifié par Ecocert depuis 1985. Véronique et Franck Terral l’ont racheté en 2006, à 25 ans, puis converti à la biodynamie, certifiée Demeter depuis 2019. Leurs 14 hectares de vignes d’un seul tenant, sur argilo-calcaire, dominent la vallée de la Dordogne, entre moutons, haies et chênes truffiers. Le domaine produit neuf vins, en AOC Bordeaux, en Crémant de Bordeaux et en Vin de France, dont un clairet et un vin orange.

  • Château du Grand Bos

    À Castres-Gironde, en appellation Graves, le Château du Grand Bos cultive 23 hectares de vignes dans une clairière bordée de bois, autour d’une chartreuse des XVIIe et XVIIIe siècles. Racheté en 1988 par André Vincent, il est aujourd’hui conduit par sa petite-fille Lou Rochet, troisième génération de la famille. Engagé en agriculture biologique depuis 2020 avec Ecocert, le domaine s’intéresse aussi aux pratiques biodynamiques. Son rouge 2019 a obtenu trois étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette, et il signe des vins nature sans sulfites ajoutés.

  • Domaine de Saint-Amand

    À Cambes, sur les coteaux de la Garonne, le Domaine de Saint-Amand cultive 3,2 hectares en Cadillac Côtes de Bordeaux et en Bordeaux. Sarah Simon l’a repris en février 2018, à l’aube de ses 50 ans, et vinifie tout elle-même. Certifié bio depuis septembre 2024, le domaine fermente ses rouges sous bio-protection, sans soufre. Son rouge a décroché une étoile au Guide Hachette trois millésimes de suite, et la vigneronne reçoit pour des visites comme pour des séminaires.

  • Château L’Inclassable

    Ancien Château Lafon, cité dès 1796, le Château L’Inclassable a pris ce nom en 2003 après avoir perdu sa marque pour 14 jours de retard. La famille Fauchey y cultive 23 hectares en AOC Médoc à Blaignan-Prignac, sans herbicide ni insecticide, en s’appuyant sur les insectes auxiliaires. Certifié HVE depuis 2013 et végan depuis 2017, le domaine signe son premier millésime bio en 2020. Le petit verdot tient 30 % de l’assemblage du Château L’Inclassable, élevé en barriques de 400 litres.

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