Château de Chambert - Terrasse panoramique surplombant le vignoble

Château de Chambert

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Sommaire

Mille ans de vignes à Floressas, dont soixante en friche

Un vignoble de 300 hectares vendu jusqu’en Russie

Le Château de Chambert cultive 45 hectares de vignes en biodynamie certifiée. Elles s’étendent sur le causse de Floressas, en appellation Cahors. Les plus vieux textes y mentionnent des vignes dès le Xᵉ siècle. Du XIIIᵉ au XVIᵉ siècle, le vignoble couvre 300 hectares, administrés depuis une ferme fortifiée, le « repaire ».

En 1690, le domaine appartient à Mlle de Lavalette, puis aux Lathèze. Son vin se vend alors en France, en Angleterre et en Russie. Au XIXᵉ siècle, les écluses et les chemins de halage du Lot lui ouvrent l’Amérique. En 1854, le vignoble couvre 392 hectares.

Cette année-là, l’oïdium détruit les trois quarts de la récolte. Le vignoble est replanté dès l’année suivante, toujours en Malbec. En 1857, Mélanie Lathèze épouse le notaire Louis Bataille. Le domaine produit alors 400 barriques, marquées aux armoiries de Chambert avant l’expédition.

Du château à tours carrées aux pâturages à moutons

En 1873, un château de style Viollet-le-Duc à tours carrées remplace le petit château fortifié du XVIᵉ siècle. Un incendie le détruit aux trois quarts en 1886. Seule la partie centrale est reconstruite.

Le phylloxéra frappe à partir de 1877. En 1914, le général Bataille, né au château, meurt sur le front des Vosges. Sa sœur, religieuse, hérite et laisse revenir les vignes aux taillis et aux moutons. Jusqu’en 1973, les terres restent en friche.

Le domaine voit une chance dans ce long abandon. Le vignoble a échappé aux cultures chimiques de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre. Le site est resté vierge de tout pesticide.

Marc Delgoulet replante le causse en 1974

En 1973, Marc Delgoulet, négociant en vins corrézien, tombe sous le charme du site. Il retient les meilleures parcelles et replante dès 1974, en choisissant porte-greffes et cépages selon l’exposition et les sols. Son premier millésime, 1978, décroche l’or aux concours nationaux de Mâcon et de Bourg-en-Blayais.

Il conduit déjà le vignoble en bio. En 1989, il consulte Jacques Mell, de l’association « Terres en devenir », sur la biodynamie. Son fils Joël prend la suite dans les années 1990. Il bâtit le grand chai de stockage. Avec 15 hectares rachetés au lieu-dit Récès, le domaine atteint 65 hectares.

Depuis 2007, un vignoble repensé parcelle par parcelle

La biodynamie dès la reprise, puis Ecocert et Demeter

Philippe Lejeune succède à la famille Delgoulet en 2007. Ancien ingénieur en électronique et en informatique, il a arpenté les vignes avec Stéphane Derenoncourt avant de signer. Le consultant l’aide à comprendre ses terroirs et reste l’œnologue conseil du domaine.

Dès 2007, tout le vignoble passe en biodynamie, et les vinifications se font en levures indigènes. Une table de tri sert depuis pour la totalité des raisins. La certification bio est lancée en 2009 avec Ecocert, celle de la biodynamie en 2012 avec Demeter. Le domaine figure aujourd’hui parmi ses adhérents.

Du Tannat et du Merlot arrachés au profit du Malbec

Le Tannat a été arraché : même à plus de 15 degrés potentiels, il n’atteignait pas ici sa maturité phénolique. En 2010, le domaine plante du Chardonnay et du Malbec en sélections massales. Les Malbec occupent trois parcelles aux sols très différents, pépinières du domaine de demain.

En 2021, le Merlot est arraché à son tour : il ne supporte plus le stress hydrique. Le vignoble compte désormais 97 % de Malbec et 3 % de Chardonnay, sur 45 hectares. Le domaine s’étend sur 120 hectares de vignes, de terres et de bois.

Les vignes comptent 4 500 pieds par hectare. Les sélections massales plantées depuis 2007 en comptent 7 400. Le vignoble se divise en plus de 100 parcelles et sous-parcelles, repérées selon leur orientation, leur sol et l’âge des vignes.

Du béton et des foudres à la place de l’inox et des barriques

En 2015, le chai commence à remplacer ses cuves inox par du béton brut, pour vinifier et élever plus en douceur. En 2016, il compte plus de 50 cuves béton de toutes tailles, qui permettent un suivi parcelle par parcelle.

La même année, Chambert abandonne les barriques de 225 litres pour des foudres de 30 hectolitres. Plus de 40 foudres en chêne de Tronçais reposent dans un chai de pierre semi-enterré sous le château.

Les vendanges débutent désormais début septembre, contre début octobre avant 2015. Chaque parcelle est ramassée après dégustation de ses raisins, puis égrappée et triée. Au chai, ni levures ni sucre ajoutés. Le vin passe en général 12 à 16 mois en foudres. La mise en bouteille se fait en lune décroissante.

Trois terres sur les hauts coteaux du causse

À 300 mètres au-dessus de la vallée du Lot

Chambert se trouve sur le causse du Sud-Quercy, à 35 kilomètres à l’ouest de Cahors. Le vignoble domine la vallée du Lot à 300 mètres d’altitude en moyenne. L’écart de température entre le jour et la nuit y dépasse celui de la vallée. La maturité y est plus tardive.

Les vignes sont exposées du levant au couchant, sous des influences océaniques et méditerranéennes. En septembre et en octobre, le vent d’autan, chaud et venu du sud, aide à achever la maturation des raisins.

Château de Chambert - Vue sur le vignoble depuis le château
Le vignoble s’étend sur le plateau calcaire, à environ 300 mètres d’altitude.

Kimméridgien et sidérolithique, les terroirs T5, T7 et T9

Le vignoble occupe trois terroirs de la carte de Cahors. T5 et T9 sont le versant et le plateau calcaires du Kimméridgien, formés il y a 155 à 150 millions d’années. On y croise encore des ammonites et des huîtres fossilisées entre les rangs. Ces sols très filtrants forcent la vigne à s’enraciner profondément.

T7 désigne le Sidérolithique : des argiles rouges chargées de minerai de fer, résidu d’un ancien sol tropical. Plus froides et plus tardives que les calcaires, elles donnent au vin puissance et fruits noirs épicés. Chaque parcelle mêle ces profils dans des proportions différentes.

Les fiches des vins parlent de « trois terres », en ajoutant les argilo-calcaires bruns. La cuvée Les 3 Terres assemble trois parcelles qui les représentent.

Cahors, une appellation de rouges bâtie sur le Malbec

Créée en 1971, l’AOC Cahors est réservée aux vins rouges de Malbec. Le Tannat et le Merlot y sont admis en appoint, mais le Malbec doit peser au moins 70 % de l’assemblage. L’aire couvre 21 700 hectares sur 45 communes du Lot.

Au-dessus de 250 mètres s’étendent les causses calcaires. Le plateau rouge sidérolithique n’y affleure que très localement, et Chambert en est riche. Hors appellation, les blancs et les rosés relèvent de l’IGP Côtes du Lot. Le Merlot pur est sorti en Vin de France, sous le nom de Biodynamite.

Des Malbecs tendus, du Causse aux parcellaires

La structure du Malbec, la fraîcheur du calcaire

Le domaine résume son style ainsi : la structure du Malbec, alliée à l’élégance rafraîchissante des terroirs calcaires. Du Causse aux parcellaires, ses Cahors sont en Malbec pur, fermentés en levures indigènes en cuves béton, parcelle par parcelle.

Château de Chambert est la cuvée historique. Ses vignes ont plus de 40 ans, et elle passe 12 mois en foudres. Avant le millésime 2015, elle pouvait contenir un peu de Merlot. Avec le réchauffement climatique, le domaine juge que le Malbec se suffit à lui-même. Elle se garde 15 à 20 ans selon les millésimes.

Le Grand Vin vient des plus vieilles parcelles, sur les trois types de sols. Il fermente sans soufre ajouté, et le domaine lui prête une garde de plusieurs décennies, portée par une acidité tendue. Le millésime 2009 a obtenu 95/100 dans la sélection des 50 meilleurs vins au monde 2015 de Decanter.

Le Puits, Petite Maison et Cerisiers, trois parcelles en cru

Les parcellaires sont nés de l’étude des sols menée avec Stéphane Derenoncourt. La première cuvée, Le Puits, date du millésime 2010. Les trois parcelles sont classées en cru dans le projet de hiérarchisation de Cahors.

  • Le Puits : 1,8 hectare de calcaire kimméridgien (T9) exposé à l’est et au sud-est, pour un vin d’une grande pureté, au profil proche d’un blanc
  • Petite Maison : 2,3 hectares d’argiles ferrugineuses sidérolithiques (T7) orientés au sud, pour une grande densité de tanins fins
  • Cerisiers : 0,8 hectare d’argilo-calcaire kimméridgien (T5) bordé de cerisiers, pour un vin aux tanins soyeux

Leurs vignes ont 37 ans en moyenne et donnent 28 hl/ha. Vendangés à la main, les raisins fermentent sans soufre ajouté, avant 12 mois en foudres de 12 hectolitres. Le critique Michel Bettane a désigné Le Puits « meilleur Malbec du monde ». Le domaine revendique plus de 190 médailles et distinctions.

Du Causse aux bulles de Malbec et au Rogomme

Le Causse, pur Malbec élevé 12 mois en cuve béton, offre un fin bouquet de fruits noirs et des tanins soyeux. Le rosé, lui aussi en Malbec, associe rosé de presse et rosé de saignée. Les vieilles vignes donnent encore un brut rosé en méthode traditionnelle, élevé 18 mois sur lattes.

Le Rogomme reprend une recette du Quercy vieille de plus de trois cents ans. Le raisin chauffe quelques heures dans un chaudron, puis le jus est muté à l’eau-de-vie de vin. Le domaine y voit l’origine du surnom de « black wine » que les Anglais donnaient au Cahors.

Venir à Chambert, de la grange au Holodeck

Des dégustations dans une grange du XIXe siècle

L’espace dégustation occupe une grange qui entreposait encore, au XIXᵉ siècle, les barriques à expédier. Selon la saison, des dégustations à thème y mettent les parcellaires côte à côte. La visite guidée, d’une heure, parcourt le vignoble et les caves, puis se termine verre en main.

En 2019, Chambert a construit un bâtiment suspendu au-dessus des vignes pour les séminaires. Il abrite aussi le laboratoire du domaine, avec son microscope. Depuis 2023, l’Everest, bar à vin et à tapas, occupe la petite maison de pierre de l’entrée, face aux Pyrénées.

Vigneron d’un jour, le temps d’un atelier

Au Pavillon Chambert, l’atelier « Vigneron d’un jour » fait composer à chacun son propre assemblage, diplôme à la clé. « L’Art de la dégustation » initie à la dégustation et aux accords mets et vins. Pour les groupes jusqu’à 60 personnes, l’équipe construit des programmes sur mesure.

Des kilomètres de pistes traversent les vignes et les bois autour du château. On les parcourt librement, à pied avec la carte de l’accueil. À VTT, elles mènent à des points de vue qu’on ne voit pas autrement.

Le Holodeck, une étoile dans l’ancienne grange

En 2021, le restaurant Holodeck a ouvert dans l’ancienne grange du château, qui stockait le vin au XIXᵉ siècle. Le chef Baptiste Moura y cuisine des produits de saison. Le restaurant a reçu une étoile au Guide Michelin en 2026.

La carte des vins est signée Lin Liu, Master of Wine depuis 2020. Son mémoire portait sur l’AOC Cahors. Le château fait l’objet d’un projet d’hôtel et spa lancé en 2020, encore en travaux.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Château Lafitte

    Le Château Lafitte cultive 5 hectares de petit manseng et de gros manseng à Monein, dans le vignoble du Jurançon, en biodynamie certifiée Demeter. Depuis 2012, Antoine Arraou y vinifie des vins naturels, sans aucun produit œnologique ni sulfites ajoutés, élevés en jarre de grès, en amphore ou en solera. Son chai de 2018, enterré et équipé de panneaux solaires, fait circuler les vins par gravité. Le Sec 2013 du domaine a reçu trois étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette 2016.

  • Château Barouillet

    Le Château Barouillet appartient à la famille Alexis depuis huit générations, à Pomport, au milieu de l’aire du Monbazillac. Revenu en 2010, Vincent Alexis a quitté le vrac, converti le vignoble en bio puis obtenu la certification Demeter en 2021. Ses 40 hectares, répartis entre Pomport, Mescoules et Lembras, portent plus de vingt-cinq cépages en Bergerac et en Pécharmant. Levures indigènes, amphores et soufre minimal donnent des blancs macérés, des rouges souvent sans sulfites et un liquoreux déclassé en Vin de France.

  • Château Feely

    Le Château Feely cultive 7 hectares de vignes à Saussignac, en Dordogne, repris en 2005 par Caro et Sean Feely. Engagé en bio auprès d’Ecocert en 2007, le vignoble suit aussi des pratiques biodynamiques et n’utilise en moyenne que 1,5 kg de cuivre par hectare. La plupart des vins sortent en Vin de France sous des noms en « ité », dont le Silex, né d’un sémillon planté en 1945. Les rouges sont des vins naturels depuis 2014, et un parcours biodynamique balisé fait découvrir les vignes.

  • Château de Mayragues

    Le Château de Mayragues cultive 12 hectares de vigne en biodynamie depuis 1999 dans l’appellation Gaillac, près de la forêt de la Grésigne. Premier domaine du Gaillacois labellisé en biodynamie, il porte aujourd’hui le label Demeter. Ses vins reposent sur les cépages locaux, duras et braucol en rouge, mauzac et loin de l’œil en blanc, du sec jusqu’au vin de voile. La famille Geddes restaure depuis 1980 cette maison forte du XIIe siècle, inscrite aux Monuments historiques.

  • Domaine des Rouillats

    Le Domaine des Rouillats cultive environ 3 hectares à Saint-Antoine-de-Breuilh, dans l’aire du Montravel, en Dordogne. Danièle et Benoît Coq ont repris ce domaine familial en 2008, certifié bio par Ecocert depuis 2010 et labellisé Demeter depuis le millésime 2025. Plantées à 7 000 pieds par hectare parmi des arbres fruitiers, leurs vignes mêlent merlot, chenin et abouriou, un vieux cépage local qui a failli disparaître. Le rouge Élévation porte l’AOC Montravel, et les autres cuvées sortent en IGP Périgord ou en vin de France.

  • Domaine de Sarros

    Le Domaine de Sarros cultive 2,12 hectares à Gelos, aux portes de Pau, dans le vignoble le plus oriental du Jurançon. Sans vigne depuis la Seconde Guerre mondiale, cette propriété du XIXe siècle a été replantée en 2005 et conduite en bio depuis. Jean-Luc Ducasse et Hugues Chapal, deux amateurs venus des clubs de dégustation, la dirigent depuis 2017. Leurs Jurançon secs et moelleux, surtout de petit manseng, s’élèvent 10 à 14 mois en fûts de chêne français.

  • Domaine de Beyssac

    Le Domaine de Beyssac cultive 20 hectares d’un seul tenant sur un coteau plein sud de Marmande, en AOP Côtes du Marmandais. Créé en 2009 sur une terre familiale, il est conduit en bio depuis l’origine et en biodynamie Demeter depuis 2016. Le cépage local, l’abouriou, y signe l’Essentiel, élevé en fût, et Le Monde d’Après, vinifié seul. Pauline Broutet, arrivée en 2017, a repris le domaine fondé par ses parents, Véronique et Frédéric.

  • Vigne de Signols

    La Vigne de Signols cultive 3 hectares de mansois en terrasses sur le grès rouge de Conques-en-Rouergue, dans l’appellation Marcillac. Yvan-Marie Rufié, qui a fondé l’orchestre aveyronnais Obsession en 1975, l’a plantée entre 2008 et 2014 sur la colline de son enfance. Engagé en bio en 2011 et certifié Demeter, il nourrit sa vigne de compost de sous-bois et d’engrais verts, sans chimie ni engrais. Ses rouges de goutte, de presse et d’assemblage naissent sans aucun intrant ni sulfite ajouté, avec des levures indigènes.

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