Château de Chambert
Sommaire
- Mille ans de vignes à Floressas, dont soixante en friche
- Un vignoble de 300 hectares vendu jusqu’en Russie
- Du château à tours carrées aux pâturages à moutons
- Marc Delgoulet replante le causse en 1974
- Depuis 2007, un vignoble repensé parcelle par parcelle
- La biodynamie dès la reprise, puis Ecocert et Demeter
- Du Tannat et du Merlot arrachés au profit du Malbec
- Du béton et des foudres à la place de l’inox et des barriques
- Trois terres sur les hauts coteaux du causse
- À 300 mètres au-dessus de la vallée du Lot
- Kimméridgien et sidérolithique, les terroirs T5, T7 et T9
- Cahors, une appellation de rouges bâtie sur le Malbec
- Des Malbecs tendus, du Causse aux parcellaires
- La structure du Malbec, la fraîcheur du calcaire
- Le Puits, Petite Maison et Cerisiers, trois parcelles en cru
- Du Causse aux bulles de Malbec et au Rogomme
- Venir à Chambert, de la grange au Holodeck
- Des dégustations dans une grange du XIXe siècle
- Vigneron d’un jour, le temps d’un atelier
- Le Holodeck, une étoile dans l’ancienne grange
Mille ans de vignes à Floressas, dont soixante en friche
Un vignoble de 300 hectares vendu jusqu’en Russie
Le Château de Chambert cultive 45 hectares de vignes en biodynamie certifiée. Elles s’étendent sur le causse de Floressas, en appellation Cahors. Les plus vieux textes y mentionnent des vignes dès le Xᵉ siècle. Du XIIIᵉ au XVIᵉ siècle, le vignoble couvre 300 hectares, administrés depuis une ferme fortifiée, le « repaire ».
En 1690, le domaine appartient à Mlle de Lavalette, puis aux Lathèze. Son vin se vend alors en France, en Angleterre et en Russie. Au XIXᵉ siècle, les écluses et les chemins de halage du Lot lui ouvrent l’Amérique. En 1854, le vignoble couvre 392 hectares.
Cette année-là, l’oïdium détruit les trois quarts de la récolte. Le vignoble est replanté dès l’année suivante, toujours en Malbec. En 1857, Mélanie Lathèze épouse le notaire Louis Bataille. Le domaine produit alors 400 barriques, marquées aux armoiries de Chambert avant l’expédition.
Du château à tours carrées aux pâturages à moutons
En 1873, un château de style Viollet-le-Duc à tours carrées remplace le petit château fortifié du XVIᵉ siècle. Un incendie le détruit aux trois quarts en 1886. Seule la partie centrale est reconstruite.
Le phylloxéra frappe à partir de 1877. En 1914, le général Bataille, né au château, meurt sur le front des Vosges. Sa sœur, religieuse, hérite et laisse revenir les vignes aux taillis et aux moutons. Jusqu’en 1973, les terres restent en friche.
Le domaine voit une chance dans ce long abandon. Le vignoble a échappé aux cultures chimiques de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre. Le site est resté vierge de tout pesticide.
Marc Delgoulet replante le causse en 1974
En 1973, Marc Delgoulet, négociant en vins corrézien, tombe sous le charme du site. Il retient les meilleures parcelles et replante dès 1974, en choisissant porte-greffes et cépages selon l’exposition et les sols. Son premier millésime, 1978, décroche l’or aux concours nationaux de Mâcon et de Bourg-en-Blayais.
Il conduit déjà le vignoble en bio. En 1989, il consulte Jacques Mell, de l’association « Terres en devenir », sur la biodynamie. Son fils Joël prend la suite dans les années 1990. Il bâtit le grand chai de stockage. Avec 15 hectares rachetés au lieu-dit Récès, le domaine atteint 65 hectares.
Depuis 2007, un vignoble repensé parcelle par parcelle
La biodynamie dès la reprise, puis Ecocert et Demeter
Philippe Lejeune succède à la famille Delgoulet en 2007. Ancien ingénieur en électronique et en informatique, il a arpenté les vignes avec Stéphane Derenoncourt avant de signer. Le consultant l’aide à comprendre ses terroirs et reste l’œnologue conseil du domaine.
Dès 2007, tout le vignoble passe en biodynamie, et les vinifications se font en levures indigènes. Une table de tri sert depuis pour la totalité des raisins. La certification bio est lancée en 2009 avec Ecocert, celle de la biodynamie en 2012 avec Demeter. Le domaine figure aujourd’hui parmi ses adhérents.
Du Tannat et du Merlot arrachés au profit du Malbec
Le Tannat a été arraché : même à plus de 15 degrés potentiels, il n’atteignait pas ici sa maturité phénolique. En 2010, le domaine plante du Chardonnay et du Malbec en sélections massales. Les Malbec occupent trois parcelles aux sols très différents, pépinières du domaine de demain.
En 2021, le Merlot est arraché à son tour : il ne supporte plus le stress hydrique. Le vignoble compte désormais 97 % de Malbec et 3 % de Chardonnay, sur 45 hectares. Le domaine s’étend sur 120 hectares de vignes, de terres et de bois.
Les vignes comptent 4 500 pieds par hectare. Les sélections massales plantées depuis 2007 en comptent 7 400. Le vignoble se divise en plus de 100 parcelles et sous-parcelles, repérées selon leur orientation, leur sol et l’âge des vignes.
Du béton et des foudres à la place de l’inox et des barriques
En 2015, le chai commence à remplacer ses cuves inox par du béton brut, pour vinifier et élever plus en douceur. En 2016, il compte plus de 50 cuves béton de toutes tailles, qui permettent un suivi parcelle par parcelle.
La même année, Chambert abandonne les barriques de 225 litres pour des foudres de 30 hectolitres. Plus de 40 foudres en chêne de Tronçais reposent dans un chai de pierre semi-enterré sous le château.
Les vendanges débutent désormais début septembre, contre début octobre avant 2015. Chaque parcelle est ramassée après dégustation de ses raisins, puis égrappée et triée. Au chai, ni levures ni sucre ajoutés. Le vin passe en général 12 à 16 mois en foudres. La mise en bouteille se fait en lune décroissante.


Trois terres sur les hauts coteaux du causse
À 300 mètres au-dessus de la vallée du Lot
Chambert se trouve sur le causse du Sud-Quercy, à 35 kilomètres à l’ouest de Cahors. Le vignoble domine la vallée du Lot à 300 mètres d’altitude en moyenne. L’écart de température entre le jour et la nuit y dépasse celui de la vallée. La maturité y est plus tardive.
Les vignes sont exposées du levant au couchant, sous des influences océaniques et méditerranéennes. En septembre et en octobre, le vent d’autan, chaud et venu du sud, aide à achever la maturation des raisins.

Kimméridgien et sidérolithique, les terroirs T5, T7 et T9
Le vignoble occupe trois terroirs de la carte de Cahors. T5 et T9 sont le versant et le plateau calcaires du Kimméridgien, formés il y a 155 à 150 millions d’années. On y croise encore des ammonites et des huîtres fossilisées entre les rangs. Ces sols très filtrants forcent la vigne à s’enraciner profondément.
T7 désigne le Sidérolithique : des argiles rouges chargées de minerai de fer, résidu d’un ancien sol tropical. Plus froides et plus tardives que les calcaires, elles donnent au vin puissance et fruits noirs épicés. Chaque parcelle mêle ces profils dans des proportions différentes.
Les fiches des vins parlent de « trois terres », en ajoutant les argilo-calcaires bruns. La cuvée Les 3 Terres assemble trois parcelles qui les représentent.
Cahors, une appellation de rouges bâtie sur le Malbec
Créée en 1971, l’AOC Cahors est réservée aux vins rouges de Malbec. Le Tannat et le Merlot y sont admis en appoint, mais le Malbec doit peser au moins 70 % de l’assemblage. L’aire couvre 21 700 hectares sur 45 communes du Lot.
Au-dessus de 250 mètres s’étendent les causses calcaires. Le plateau rouge sidérolithique n’y affleure que très localement, et Chambert en est riche. Hors appellation, les blancs et les rosés relèvent de l’IGP Côtes du Lot. Le Merlot pur est sorti en Vin de France, sous le nom de Biodynamite.
Des Malbecs tendus, du Causse aux parcellaires
La structure du Malbec, la fraîcheur du calcaire
Le domaine résume son style ainsi : la structure du Malbec, alliée à l’élégance rafraîchissante des terroirs calcaires. Du Causse aux parcellaires, ses Cahors sont en Malbec pur, fermentés en levures indigènes en cuves béton, parcelle par parcelle.
Château de Chambert est la cuvée historique. Ses vignes ont plus de 40 ans, et elle passe 12 mois en foudres. Avant le millésime 2015, elle pouvait contenir un peu de Merlot. Avec le réchauffement climatique, le domaine juge que le Malbec se suffit à lui-même. Elle se garde 15 à 20 ans selon les millésimes.
Le Grand Vin vient des plus vieilles parcelles, sur les trois types de sols. Il fermente sans soufre ajouté, et le domaine lui prête une garde de plusieurs décennies, portée par une acidité tendue. Le millésime 2009 a obtenu 95/100 dans la sélection des 50 meilleurs vins au monde 2015 de Decanter.
Le Puits, Petite Maison et Cerisiers, trois parcelles en cru
Les parcellaires sont nés de l’étude des sols menée avec Stéphane Derenoncourt. La première cuvée, Le Puits, date du millésime 2010. Les trois parcelles sont classées en cru dans le projet de hiérarchisation de Cahors.
- Le Puits : 1,8 hectare de calcaire kimméridgien (T9) exposé à l’est et au sud-est, pour un vin d’une grande pureté, au profil proche d’un blanc
- Petite Maison : 2,3 hectares d’argiles ferrugineuses sidérolithiques (T7) orientés au sud, pour une grande densité de tanins fins
- Cerisiers : 0,8 hectare d’argilo-calcaire kimméridgien (T5) bordé de cerisiers, pour un vin aux tanins soyeux
Leurs vignes ont 37 ans en moyenne et donnent 28 hl/ha. Vendangés à la main, les raisins fermentent sans soufre ajouté, avant 12 mois en foudres de 12 hectolitres. Le critique Michel Bettane a désigné Le Puits « meilleur Malbec du monde ». Le domaine revendique plus de 190 médailles et distinctions.
Du Causse aux bulles de Malbec et au Rogomme
Le Causse, pur Malbec élevé 12 mois en cuve béton, offre un fin bouquet de fruits noirs et des tanins soyeux. Le rosé, lui aussi en Malbec, associe rosé de presse et rosé de saignée. Les vieilles vignes donnent encore un brut rosé en méthode traditionnelle, élevé 18 mois sur lattes.
Le Rogomme reprend une recette du Quercy vieille de plus de trois cents ans. Le raisin chauffe quelques heures dans un chaudron, puis le jus est muté à l’eau-de-vie de vin. Le domaine y voit l’origine du surnom de « black wine » que les Anglais donnaient au Cahors.


Venir à Chambert, de la grange au Holodeck
Des dégustations dans une grange du XIXe siècle
L’espace dégustation occupe une grange qui entreposait encore, au XIXᵉ siècle, les barriques à expédier. Selon la saison, des dégustations à thème y mettent les parcellaires côte à côte. La visite guidée, d’une heure, parcourt le vignoble et les caves, puis se termine verre en main.
En 2019, Chambert a construit un bâtiment suspendu au-dessus des vignes pour les séminaires. Il abrite aussi le laboratoire du domaine, avec son microscope. Depuis 2023, l’Everest, bar à vin et à tapas, occupe la petite maison de pierre de l’entrée, face aux Pyrénées.


Vigneron d’un jour, le temps d’un atelier
Au Pavillon Chambert, l’atelier « Vigneron d’un jour » fait composer à chacun son propre assemblage, diplôme à la clé. « L’Art de la dégustation » initie à la dégustation et aux accords mets et vins. Pour les groupes jusqu’à 60 personnes, l’équipe construit des programmes sur mesure.
Des kilomètres de pistes traversent les vignes et les bois autour du château. On les parcourt librement, à pied avec la carte de l’accueil. À VTT, elles mènent à des points de vue qu’on ne voit pas autrement.


Le Holodeck, une étoile dans l’ancienne grange
En 2021, le restaurant Holodeck a ouvert dans l’ancienne grange du château, qui stockait le vin au XIXᵉ siècle. Le chef Baptiste Moura y cuisine des produits de saison. Le restaurant a reçu une étoile au Guide Michelin en 2026.
La carte des vins est signée Lin Liu, Master of Wine depuis 2020. Son mémoire portait sur l’AOC Cahors. Le château fait l’objet d’un projet d’hôtel et spa lancé en 2020, encore en travaux.
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