Château Franc Baudron
Sommaire
- Quatre hectares, un bœuf et un cheval : Baudron en 1923
- Albert-Georges Guimberteau achète à Baudron
- Nelson et Laure, une ferme de vignes, de vaches et de bois
- Michel et Bernadette triplent le vignoble
- Vincent en 1999, Sophie et Charles en 2010
- Du raisonné au bio, avec les plantes du domaine
- 2005, le raisonné ; 2010, la conversion
- Orties, prêles et fougères dans une marmite de 300 litres
- Un rang labouré, un rang enherbé
- Des moutons savoyards sur la parcelle de Baudron
- Montagne-Saint-Émilion pour la garde, Bordeaux pour le plaisir
- Montagne, de l’autre côté de la Barbanne
- Plateaux argilo-calcaires, argiles lourdes et crasse de fer
- 32 hectares pour la garde, 10 pour le plaisir
- Des barriques usées à la sève aux cuves sans sulfites
- Levures indigènes et barriques de sept ou huit vins
- Le Château Franc Baudron et L’Audacieux en barrique
- Authentique, Baudron et Mirande, trois rouges sans barrique
- Recto, Verso, Bucolique et les vins doux
- À Baudron, la visite passe par la vigne
- Deux dégustations au choix
- Pique-nique et Oenolympiades aux portes ouvertes
Quatre hectares, un bœuf et un cheval : Baudron en 1923
Albert-Georges Guimberteau achète à Baudron
Le Château Franc Baudron est un vignoble bio de l’appellation Montagne-Saint-Émilion, dans le Libournais. Son histoire commence en 1923. Cette année-là, Albert-Georges Guimberteau achète une propriété au lieu-dit Baudron. Elle compte 4 hectares de vignes, un bœuf et un cheval.
Juste à côté, son beau-père Frédéric Beychade possède déjà 4 hectares de vignes et des bâtiments d’exploitation. Il transmet ce patrimoine à sa fille Adrienne et à son gendre, qui agrandissent ainsi leur propriété. Celle-ci compte en tout quatre sources d’eau naturelle. Albert-Georges y développe un élevage de vaches à viande, à côté de la vigne et du vin.
Nelson et Laure, une ferme de vignes, de vaches et de bois
Né en 1921, Nelson Guimberteau commence à travailler sur l’exploitation en 1936, après son certificat d’études. La propriété compte alors 8 hectares de vignes et un cheptel de vaches. S’y ajoutent des terres pour le foin et des forêts exploitées pour le bois de chauffage. En 1949, il épouse Laure Berteau, elle aussi fille d’agriculteur. Le couple a deux fils, Jean-Marie et Michel.
Michel et Bernadette triplent le vignoble
Né en 1952, Michel Guimberteau entre à son tour sur l’exploitation, qui compte alors 9 hectares de vignes. Le vin l’attire bien plus que le reste de la ferme. Il arrête peu à peu l’élevage et l’exploitation forestière.
En 1976, il épouse Bernadette Milhard, fille de viticulteurs de Petit-Palais. Ensemble, ils triplent la surface du vignoble. Il atteint 32 hectares en AOC Montagne-Saint-Émilion et 10 hectares en AOC Bordeaux. Michel et Bernadette restent les gérants de l’exploitation familiale.
Vincent en 1999, Sophie et Charles en 2010
Leur fils Vincent Guimberteau rejoint l’exploitation en 1999. Sa sœur Sophie arrive en 2010 avec son compagnon Charles Foray, originaire de Savoie. Le couple revient de cinq années en Alsace, dans le monde du vin.
Là-bas, Sophie s’occupait de la commercialisation et de la communication à la cave coopérative du Vieil Armand. Charles était chef de culture au Domaine Marcel Deiss, un domaine alsacien en biodynamie. À Baudron, chacun reprend son rôle, avec davantage de responsabilités. Le syndicat de l’appellation nomme aujourd’hui Charles Foray et Vincent Guimberteau comme responsables du château.

Du raisonné au bio, avec les plantes du domaine
2005, le raisonné ; 2010, la conversion
Le domaine obtient d’abord la certification en agriculture raisonnée en 2005, pour limiter les produits chimiques. En 2010, il engage sa conversion à l’agriculture biologique. L’Agence Bio date cet engagement du 10 septembre 2010, sous le contrôle de l’organisme Qualisud.
La famille le dit sans détour. Elle a été séduite un temps par la facilité des produits de l’industrie, puis elle en est revenue. Le bio exclut les désherbants, les engrais chimiques et les pesticides de synthèse. En retour, il demande plus de travail à la vigne, davantage d’observation et de rigueur.
La certification ne couvre pas toute la gamme. Seuls les moelleux et les liquoreux ne sont pas certifiés bio, les autres vins le sont. L’Agence Bio enregistre d’ailleurs l’exploitation en mixité.
Orties, prêles et fougères dans une marmite de 300 litres
Pour protéger la vigne, Baudron fait ses propres tisanes et purins. Les orties, les prêles et les fougères sont ramassées sur le domaine. On les mêle à l’eau des sources de la propriété. Le tout bout, puis macère dans une marmite de 300 litres.
Ces préparations servent à diluer les traitements à base de soufre et de cuivre. La famille ne s’en cache pas : traiter n’a rien d’exaltant. Même bio, un produit envoyé dans la nature demande de la mesure. Tout se joue sur la bonne dose et, surtout, sur le bon moment.
Un rang labouré, un rang enherbé
La taille se fait en hiver, pendant le repos de la vigne, à raison d’environ 5 500 pieds par hectare. Les labours se font un rang sur deux, en inversant chaque année le rang travaillé. L’autre reste enherbé. Le sol se tasse moins au passage des tracteurs et résiste mieux au ruissellement des pluies d’été.
Sous le rang, une griffe passe entre chaque pied, sans aucun désherbant chimique. Sur 7 hectares autour du domaine, un rang sur deux reçoit un semis de légumineuses, de plantes condimentaires et mellifères. Certaines relâchent de l’azote dans le sol, d’autres attirent une faune auxiliaire. Les abeilles, elles, y trouvent une nourriture sans produits chimiques.
Le fumier de vache va aux parcelles de faible vigueur. Au printemps et en été, épamprage, ébourgeonnage, rognage et effeuillage aèrent les grappes et calment la vigueur de la vigne.
Des moutons savoyards sur la parcelle de Baudron
Sur le terroir argileux de Baudron pâture un troupeau de moutons savoyards Thônes-et-Marthod. Leur bélier, Franky, trône sur l’étiquette de la cuvée qui porte le nom de la parcelle. Pendant les visites, avec un peu de chance, on les aperçoit dans les vignes.
Les vendanges se font à la main et à la machine. Avec une telle surface, il faut ramasser sans trop attendre quand le raisin est mûr. Et très vite en cas d’intempéries, pour éviter l’éclatement des grappes et la pourriture.
Montagne-Saint-Émilion pour la garde, Bordeaux pour le plaisir
Montagne, de l’autre côté de la Barbanne
L’AOC Montagne-Saint-Émilion s’étend sur la commune de Montagne. Celle-ci a rassemblé en 1973 trois paroisses voisines : Montagne, Saint-Georges et Parsac. Le vignoble s’étend entre Pomerol à l’ouest et Saint-Émilion au sud. Ses 1 600 hectares occupent la rive droite de la Barbanne, un affluent de l’Isle.
L’appellation ne produit que des vins rouges. Un jugement de 1921 permet à ses vins d’ajouter le nom de Saint-Émilion. L’appellation d’origine est reconnue en 1936. Le merlot y trouve des sols argilo-calcaires propices. Le cabernet franc et le cabernet sauvignon sont réservés aux sols plus chauds.
Plateaux argilo-calcaires, argiles lourdes et crasse de fer
La majorité des parcelles de Baudron sont situées sur des plateaux argilo-calcaires. Le domaine a aussi des terroirs d’argiles lourdes et des sols sablo-graveleux, sur lesquels les vins s’expriment différemment. Il a commencé à vinifier séparément ces types de terroir.
Sur ces sols, les rouges supportent une macération assez longue, de trois à quatre semaines. Le Recto et les vins doux au sauvignon gris viennent, eux, de sols sablo-argileux à crasse de fer.
32 hectares pour la garde, 10 pour le plaisir
Le Montagne-Saint-Émilion est le cœur de la production, avec près de 32 hectares exploités. Le domaine y fait ses vins de garde, qui se gardent de 5 à 15 ans selon les millésimes. Deux cuvées de ce terroir passent en barrique, deux autres sont élevées sur le fruit.
Sur 10 hectares, Baudron produit chaque année ses Bordeaux, en majorité rouges, avec un peu de blanc. Un crémant complète la gamme les années qui s’y prêtent. Ces vins de plaisir font environ un an d’élevage en cuve avant la mise en bouteille.
Des barriques usées à la sève aux cuves sans sulfites
Levures indigènes et barriques de sept ou huit vins
Le domaine vise une qualité constante chaque année, sans gommer la typicité du millésime. Il cherche la maturité sans aller jusqu’à la surmaturité, et se méfie des fûts neufs employés à outrance. Il veut des vins qui expriment leur caractère et leur origine.
Au chai, ciment, inox et bois servent à l’élevage. Quand c’est possible, la fermentation part sur levures indigènes. Pour les rouges, elle se fait en cuves thermorégulées, avec plusieurs remontages par jour.
Les Montagne destinés à la barrique y passent environ un an. Le parc mêle barriques neuves et fûts qui ont déjà porté jusqu’à sept ou huit vins. Le boisé s’y fait plus discret : il ne gomme plus les arômes du vin, il se fond dedans.

Le Château Franc Baudron et L’Audacieux en barrique
La cuvée Château Franc Baudron porte le nom du domaine, dont elle est la cuvée emblématique. Elle assemble 70 % de merlot et 30 % de cabernet franc. L’élevage dure 12 mois, en barriques de différents âges. Fruits noirs, café torréfié et épices tournent au sous-bois et au cuir avec l’âge.
L’Audacieux est la cuvée prestige. Selon la famille, son nom vient de la racine germanique de Baudron, qui signifie « audacieux ». Issue de vieilles vignes, elle naît en 2000 et ne se fait que les excellentes années. Elle passe 12 mois en barriques neuves de chêne français.
Un Audacieux blanc lui fait pendant, en sémillon de vieilles vignes élevé sous bois. On y trouve des notes de fleurs, de fruits jaunes et de brioche.
Authentique, Baudron et Mirande, trois rouges sans barrique
La cuvée Authentique reste 10 mois en cuve inox, sans barrique. Le domaine veut y garder l’éclat du fruit et du terroir, sans intrant. Merlot et cabernet franc y viennent d’argiles profondes. Le vin joue la mûre, le cassis et la réglisse.
Le Baudron et le Mirande sont élevés en cuve sans sulfites. Le raisin est égrappé, foulé, puis pigé aux pieds et aux mains. Le Baudron assemble merlot, cabernet franc et malbec à parts égales, sur les argiles de sa parcelle.
Le Mirande, né en 2018, tire son nom de son terroir argilo-calcaire. Il rend hommage à Nelson Guimberteau, disparu un an plus tôt. C’est lui qui avait planté ses cabernets francs. Merlot et cabernet franc s’y partagent à moitié, sur des notes de mûre, de fraise et de fleurs.
Recto, Verso, Bucolique et les vins doux
En AOC Bordeaux, Recto et Verso sont issus du même sol. Recto, rouge 100 % merlot, passe 10 mois en cuve inox. Verso assemble sémillon et sauvignon blanc, avec un peu de sauvignon gris et de muscadelle.
Bucolique est un rosé de presse 100 % cabernet franc, mis en bouteille très tôt. Côté vins doux, Grains de Soleil est un moelleux et Grains d’Automne un liquoreux. Tous deux naissent de sauvignon gris récolté en surmaturité.
Aux Portes de Baudron est une cuvée accidentelle. En 2023, une parcelle de malbec a été vendangée en dernier, d’autres récoltes passant avant elle. Le raisin était très concentré en sucres. Le rouge liquoreux qui en est né garde 100 g/L de sucres résiduels.
La presse suit cette gamme. En 2022, La Revue du Vin de France écrivait que « l’ensemble de la gamme du domaine vaut que l’on s’y arrête un instant ». Decanter a noté le Verso 2022 à 90/100.
À Baudron, la visite passe par la vigne
Deux dégustations au choix
Le domaine reçoit pour des visites et des dégustations. La visite commence dans la vigne, pour parler d’agriculture biologique, de terroirs et de cépages. Elle se poursuit au chai, sur la vinification et l’élevage en barriques.
Deux formules d’une heure trente sont proposées. La dégustation Plaisir porte sur quatre vins au choix, la dégustation Audacieuse sur six vins.
Pique-nique et Oenolympiades aux portes ouvertes
Pour ses portes ouvertes, Baudron organise une journée pique-nique chez le vigneron. Tables, tonneaux, tonnelles et barbecues sont mis à disposition, et des musiciens jouent une ambiance guinguette. Les Oenolympiades proposent aux petits comme aux grands des épreuves autour du vin.
Pour la famille, le vin est une boisson vivante. Il porte la marque de son terroir et de son année. Le domaine, lui, s’affiche en « fournisseur de bonheur depuis 1923 ».
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