Château Malfard
Sommaire
- « Mal à faire », un vignoble qui porte sa difficulté dans son nom
- Plus de huit mètres d’argile sous les ceps
- Vingt hectares d’un seul tenant autour du château
- Deux siècles de propriétaires, des Decazes aux Rivière
- La maison natale du duc Decazes
- Des deuxièmes côtes de Fronsac au phylloxéra
- Trente ans de silence, puis le sauvetage
- Un cuvier du XIXe siècle remis en service
- Le chai « médocain » et ses trois étages
- Du pressoir de 1907 aux cuves inox
- Chapelle, orangerie et hangar à fermettes
- Des Bordeaux Supérieur bio élevés en fûts neufs
- Trois ans de conversion, de 2007 à 2009
- Des rouges d’assemblage, parfois menés par le Petit Verdot
- Un blanc de Sémillon fermenté en barriques neuves
- La Grande Réserve dans les concours et au Guide Hachette
- Bordeaux Supérieur, entre Fronsac et Pomerol
- Un coin du Nord Libournais voisin des grands noms
- Une appellation plus exigeante que le Bordeaux
- Visiter Malfard, de la chapelle aux gîtes
- La chapelle et les chais sur rendez-vous
- Deux gîtes aux noms de cépages
« Mal à faire », un vignoble qui porte sa difficulté dans son nom
Le Château Malfard produit des vins bio en appellations Bordeaux Supérieur et Bordeaux, à Saint-Martin-de-Laye, dans le Nord Libournais. Son nom annonce la couleur. Il contracte l’expression « mal à faire » : ici, la vigne donne de la peine, parce que le sol est très argileux. Vers 1850, la propriété s’appelait encore le domaine de Bellevue.
La famille Rivière a racheté le château en 2000, après des décennies d’abandon. Elle a relevé les bâtiments un à un. Le vignoble est passé en agriculture biologique à partir de 2007, sous le contrôle d’Ecocert, et la récolte 2010 a été la première certifiée.
Plus de huit mètres d’argile sous les ceps
Le vignoble occupe un plateau argilo-calcaire, sur les contreforts de la vallée de l’Isle, affluent de la Dordogne. Sous les pieds de vigne, la couche d’argile dépasse 8 mètres d’épaisseur. C’est cette argile qui a valu son nom au domaine.
La rivière a longtemps servi le commerce du vin. Pendant des siècles, le vin descendait l’Isle par bateau jusqu’à Bordeaux, en passant par Libourne.
Vingt hectares d’un seul tenant autour du château
La propriété s’étend sur 75 hectares, dont 20 hectares de vignes plantées d’un seul tenant autour du château. Les rangs suivent une orientation nord-sud. La densité va de 4 400 à 5 000 pieds par hectare, pour une moyenne de 4 800, avec 2 mètres entre les rangs. Les rouges occupent 95 % du vignoble :
- Merlot : 12 hectares
- Cabernet Sauvignon : 5 hectares
- Cabernet Franc : 2 hectares
- Petit Verdot : 70 ares
- Sémillon, seul cépage blanc : 30 ares
Un rang sur deux est labouré et hersé, l’autre reste enherbé. La taille se fait à la main. Elle vise à garder les rendements sous les plafonds fixés par l’INAO. Les vendanges, elles, sont mécanisées.

Deux siècles de propriétaires, des Decazes aux Rivière
La maison natale du duc Decazes
Le plus ancien propriétaire connu s’appelle Michel Decazes. Né à Libourne en 1747, il est avocat au parlement de Bordeaux. Son fils Élie Decazes naît à Malfard en 1780. Il devient ministre de Louis XVIII, qui l’anoblit pour services rendus à l’État. On lui doit aussi la création de la ville minière de Decazeville.
Entre-temps, le domaine a changé de mains. Les frères Lacaze le rachètent en 1796, puis il passe au baron de Berthoumieu. Le duc et la duchesse Decazes le reprennent en 1823 et le gardent 26 ans. En 1849, le duc passe le relais à Élie Beylot, son cousin par alliance.
Des deuxièmes côtes de Fronsac au phylloxéra
Sous les Beylot, qui conservent Malfard jusqu’en 1872, le vignoble est classé en deuxièmes côtes de Fronsac. Au XIXe siècle, il couvre plus de 60 hectares, en vignes blanches. Les rendements sont très faibles et les maladies nombreuses. Jusqu’en 1900, Malfard compte environ 60 personnes.
La famille des Cordes, propriétaire à partir de 1872, construit la chapelle et l’orangerie. Puis le phylloxéra détruit le vignoble. En difficulté financière, elle doit vendre Malfard au tribunal en 1899. La catastrophe entraînera plus tard le déclassement du vignoble. Il sera intégré à l’aire des appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur.
Trente ans de silence, puis le sauvetage
La famille Richer achète le domaine en 1899 et le fait vivre jusqu’au début des années 1970. Les vignes, elles, déclinent dès l’après-guerre, jusqu’à un quasi-abandon dans les années 1960. Pendant plus de trente ans, plus aucune fermentation ne s’entend dans les chais. Les toitures s’effondrent, les ronces envahissent les communs.
Un marchand de biens achète la propriété en 1993. Il la revend en 2000 à la famille Rivière, qui entreprend son sauvetage. Dans les années 1990, le vignoble avait déjà commencé à renaître. Les pieds sauvages qui couraient entre les chênes et les vieux pieux ont été arrachés, les souches extirpées. De nouveaux rangs de Merlot, de Cabernets, de Petit Verdot et de Sémillon les ont remplacés.
Pour le domaine, le millésime 2001 marque l’année de la reprise en main. C’est son millésime de départ et de référence.
Un cuvier du XIXe siècle remis en service
Le chai « médocain » et ses trois étages
Deux bâtiments servent à la vinification : un cuvier, dit chai « médocain », et un chai à barriques. Le cuvier date des environs de 1860. Il abritait six foudres en bois de 150 hectolitres chacun, posés sur un socle de pierres rondes.
Au début du XXe siècle, sa partie nord a été reconstruite selon le principe de la gravité, sur trois étages. En haut, le raisin blanc arrivait dans des bastes en bois, hissées par une poulie, et passait aussitôt au pressoir. Le raisin rouge était foulé et égrappé de l’autre côté. En bas, les foudres recevaient le jus blanc par gravité, le moût rouge par un chariot sur rails.
Du pressoir de 1907 aux cuves inox
Toute la structure a été conservée, jusqu’au vieux pressoir hydraulique en fonte Coq de 1907, qui fonctionne encore. La cuverie, elle, a été modernisée. Une douzaine de cuves inox thermorégulées reposent sur un sol carrelé, et une station d’épuration traite les effluents.
Le chai à barriques avait perdu une partie de son toit. Il a reçu une charpente et une toiture neuves, une isolation, une ventilation naturelle et un sol refait.
Chapelle, orangerie et hangar à fermettes
À partir de 2000, plus de 2 500 m² de toitures ont été reconstruits sur l’ensemble du domaine. La chapelle de 1877, restée en service jusque vers 1960, a retrouvé sa toiture d’ardoises et ses vitraux. Sa porte massive a été refaite à l’identique. Au sol, des carreaux de ciment d’origine dessinent un motif à fleur de lys.
L’orangerie, bâtie en même temps que la chapelle, sert aujourd’hui de salle de dégustation, tout comme les Grands Chais. Un immense hangar des années 1890, charpenté en fermettes américaines, compte sans doute parmi les premiers de ce type dans la région. Sa toiture porte désormais une centrale photovoltaïque. Les logements du domaine sont chauffés au bois.
Des Bordeaux Supérieur bio élevés en fûts neufs
Trois ans de conversion, de 2007 à 2009
Malfard s’est engagé en agriculture biologique auprès d’Ecocert en avril 2007. Après trois années de conversion, 2007, 2008 et 2009, la récolte 2010 est la première certifiée AB. Toute l’exploitation est certifiée, sans partie conduite en conventionnel.
Pendant la conversion, le domaine n’a pas mis de Château Malfard en bouteille pour les millésimes 2006 à 2008, jugés assez moyens. Le rouge a aussi sauté les millésimes 2013, 2020 et 2021. Au vignoble, aucun désherbant chimique. Seuls le cuivre et le soufre, autorisés en bio, sont employés, à doses minimales.
Des rouges d’assemblage, parfois menés par le Petit Verdot
Les rouges assemblent Merlot, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc et Petit Verdot. La part de chacun varie avec les rendements, la maturité, l’état sanitaire et la météo de l’année. La Grande Réserve 2019 réunit ainsi 50 % de Merlot, 30 % de Cabernet Sauvignon et 20 % de Petit Verdot.
Au chai, selon les années, une macération à froid, vers 8 à 10 °C, précède une fermentation thermorégulée avec remontages. Le vin part ensuite en fûts de chêne neufs pour 12 mois d’élevage. La mise en bouteille a lieu aux premiers jours du printemps, environ quinze mois après la récolte.
Le Guide Hachette décrit la Grande Réserve 2019 comme un vin « chaleureux, rond et corsé », au fruit parfaitement mûr, avec des notes d’épices et de grillé.
La Grande Réserve 2014 faisait exception : le Petit Verdot y dominait, à 40 %, un « fait rare » selon le guide. Vendue en magnums, elle a servi de cuvée du 30e anniversaire de l’École Émile Cohl. À côté, la cuvée Allegro 2018 est un pur Merlot.
Un blanc de Sémillon fermenté en barriques neuves
Le blanc sec, en appellation Bordeaux, vient du seul Sémillon, un cépage fragile à récolter. Dès le pressurage, le jus part en barriques neuves, où il fermente pendant douze jours. Suit un bâtonnage quotidien pendant quatre mois. Le domaine le décrit minéral et floral, avec une note d’agrumes en attaque et une finale longue.
La Grande Réserve dans les concours et au Guide Hachette
Le domaine détaille son palmarès millésime par millésime. Ses distinctions récentes portent toutes sur la Grande Réserve :
- Millésime 2019 : médailles d’or au Concours de Bordeaux Vins d’Aquitaine 2021 et au Concours Expression des Vignerons Bio Nouvelle-Aquitaine 2021, 2 étoiles au Guide Hachette 2023
- Millésime 2018 : médailles d’or au Concours de Bordeaux Vins d’Aquitaine 2020 et au Concours Général Agricole de Paris 2020
- Millésime 2014 : 2 étoiles au Guide Hachette 2018
Bordeaux Supérieur, entre Fronsac et Pomerol
Un coin du Nord Libournais voisin des grands noms
Malfard se trouve dans le secteur qu’on appelle traditionnellement le Nord Libournais. Il est limitrophe des territoires de Fronsac et de Pomerol. Saint-Émilion est à 25 kilomètres, Bordeaux à environ 35 kilomètres.
Depuis le château, on part à pied, à vélo ou à cheval vers les vignobles de Saint-Émilion, Pomerol et Fronsac. Les environs comptent aussi des caves troglodytes et l’abbatiale de Guîtres.
Une appellation plus exigeante que le Bordeaux
Saint-Martin-de-Laye fait partie de l’aire de l’AOC Bordeaux Supérieur. Son cahier des charges se définit par rapport à l’AOC Bordeaux. Il demande une densité de plantation plus élevée, moins d’yeux à la taille et une charge maximale plus réduite par parcelle. Il en attend des vins plus concentrés.
Les rouges de l’appellation sont élevés au moins jusqu’au 15 juin de l’année qui suit la récolte. Avec ses quinze mois de cuve et de barrique, Malfard dépasse ce minimum. Son blanc de Sémillon relève de l’AOC Bordeaux.
Visiter Malfard, de la chapelle aux gîtes
La chapelle et les chais sur rendez-vous
Le domaine fait visiter la chapelle et les chais, sur rendez-vous. La visite guidée dure en moyenne 90 minutes, pour les individuels comme pour les groupes, jusqu’à 50 personnes. Elle se fait en français ou en anglais, et le site est équipé pour les personnes handicapées. La dégustation est payante. Des animations œnologiques et des dégustations à thème sont aussi proposées.
Deux gîtes aux noms de cépages
Deux gîtes ruraux mitoyens, classés 3 épis par Gîtes de France, occupent les dépendances. Ils donnent sur la deuxième cour carrée du château, face aux chevaux et aux vignes. Le plus grand, Le Sémillon, reçoit jusqu’à 7 personnes dans une maison de vigneron du XVIIIe siècle, en pierre et bois blanchi. Le Petit Verdot en accueille 5.
Les deux se louent à la semaine, toute l’année. Autour, un parc aux arbres centenaires, des chevaux, un mouton et une basse-cour.
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