Vue aérienne du Château Vieux Mougnac

Château Vieux Mougnac

Région viticole

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Bordeaux

Bio
Sommaire

Un Bordeaux supérieur qu’on ne vend qu’une fois mûr

Pas de primeur, des rouges de dix ans

Le Château Vieux Mougnac produit des vins bio à Petit-Palais-et-Cornemps, dans le Grand Saint-Émilionnais, à une dizaine de kilomètres de Saint-Émilion. La famille Milhard-Bessard y fait du vin depuis 1870. Sa singularité tient en une règle : aucun vin n’est proposé en primeur.

Les rouges ne partent en vente directe qu’après dix ans de garde, parfois quinze. À ce stade, leurs tanins sont fondus. Le domaine se présente d’ailleurs comme spécialiste des vieux millésimes prêts à boire, à contre-courant de la mode des primeurs.

Des bouteilles qui vieillissent à la propriété

Ce parti pris oblige à garder plusieurs millésimes en cave. Après deux hivers en cuve, chaque bouteille passe encore six années dans les chais du domaine. La gamme présentée par la famille remonte ainsi jusqu’au millésime 2006.

Pour l’amateur, l’intérêt est simple : il achète un vin qui a déjà fait son chemin. Le domaine vend en direct, au chai comme sur les salons, et se voit comme la cave de ses clients.

Six générations entre la grange et le pavillon de chasse

1870, le premier Merlot de Félix et Elisabeth

Les Milhard s’installent à Petit-Palais-et-Cornemps au milieu du XIXe siècle. Ils sont alors cultivateurs, entre céréales et bovins. En 1870, Félix et Elisabeth Milhard achètent des terres et plantent leurs premières vignes de Merlot. Ils transforment la grange en chai et signent le premier millésime du domaine.

Le Sémillon, héritage d’une captivité

Maxime et Marcelle Milhard, deuxième génération, produisent et vendent du vin rouge. Pendant la guerre, Maxime reste prisonnier en Allemagne jusqu’en 1945. Il y travaille dans une ferme et apprend à cultiver les cépages blancs. Marcelle gère seule la propriété pendant ces cinq années.

À son retour, le couple plante les premiers pieds de Sémillon. Le domaine en tire depuis 1945 des blancs 100 % Sémillon, sur une petite parcelle d’un hectare.

Yves et Maria tournent le dos à la chimie

En 1960, Yves et Maria Milhard reprennent le domaine et achètent le pavillon de chasse avec ses terres. Yves refuse les produits chimiques pour privilégier la qualité. Il s’entoure d’un œnologue, le même que celui du Château Cheval Blanc. Maria, elle, développe la vente directe sur les marchés.

Yves a résumé son refus d’une phrase que la famille cite toujours : « Il y a une tête de mort sur les emballages, je ne veux pas m’empoisonner, ni empoisonner mes clients. »

Sylvie, Michel, puis Laetitia

Sylvie Milhard reprend la propriété en 1991, après une expérience en comptabilité dans de grandes maisons de vin. Elle écarte tout intrant et applique des pratiques biodynamiques. Pour dégager de la trésorerie, elle crée aussi une maison de négoce. En 2000, elle quitte les marchés traditionnels pour les salons et les AMAP de Bordeaux.

Son mari, Michel Bessard, professeur à la retraite, la rejoint en 2010. La même année, la famille adhère aux Vignerons Indépendants. Laetitia Ouspointour, cinquième génération, compte parmi les copropriétaires. Elle développe l’œnotourisme et les ventes à l’export, et a fondé LO Wine en 2016.

Un Bordeaux supérieur aux portes de Saint-Émilion

Une commune de vignes, de bois et de prairies

Petit-Palais-et-Cornemps compte 750 habitants. Le village appartient à la communauté de communes du Grand Saint-Émilionnais, qui réunit 22 communes, Saint-Émilion comprise. On y trouve 320 hectares de vignes en Bordeaux et Bordeaux supérieur, et 407 hectares de bois.

Le domaine décrit un territoire partagé entre vignes, forêts, prairies et étangs. Le Merlot et le Cabernet franc y sont entourés par la forêt. Le petit hectare de Sémillon, lui, se cache entre l’étang et la prairie voisine.

Saint-Émilion à côté, Bordeaux supérieur sur l’étiquette

Le domaine ne revendique pas l’étiquette Saint-Émilion. Ses rouges sortent en AOC Bordeaux supérieur, une appellation reconnue par décret en 1943. Petit-Palais-et-Cornemps figure dans son aire de production.

Le cahier des charges impose aux rouges un élevage au moins jusqu’au 15 juin qui suit la récolte. Il décrit des vins de garde, qui demandent un élevage long et évoluent vers des notes épicées et de fruits cuits. Vieux Mougnac pousse cette logique bien au-delà du minimum.

Un vignoble resserré en 2026

Le domaine cultivait jusqu’ici 9 hectares de vignes. En 2026, face à une conjoncture économique difficile et au changement climatique, la famille a réduit la superficie. Elle veut ainsi maîtriser ses traitements avec plus de précision.

Les vignes ont entre 45 et 80 ans. Elles poussent sur des sols argileux et sableux, sous un climat océanique. La plus vieille parcelle de Merlot, âgée de 80 ans, donne la cuvée élevée en fût.

Des plantes au vignoble, la lune au chai

Ortie, prêle et osier contre les maladies

Le domaine est certifié en agriculture biologique par Ecocert depuis 2012, après un engagement pris en 2009. La famille dit avoir toujours pratiqué une agriculture naturelle. Elle a choisi la certification dès l’arrivée du logo européen du vin bio.

Elle y ajoute des pratiques biodynamiques. Les traitements reposent surtout sur des préparations de plantes : ortie, prêle et osier. Selon le domaine, cette approche réduit de 60 % ses traitements au cuivre. Il a noué un partenariat avec Biovitis. Les travaux de la vigne, vendanges comprises, suivent pour l’essentiel le cycle de la lune.

L’herbe entre les rangs depuis 2000

Le domaine a longtemps labouré ses vignes. Face au changement climatique, il a adapté ses méthodes dès 2000 et privilégie désormais l’enherbement des rangs. L’herbe préserve la fraîcheur des sols argileux. Selon la période de l’année, on peut encore voir le labour au cheval au domaine.

Abeilles, coccinelles, fleurs sauvages et champignons comestibles cohabitent sur les talus. Les lièvres y sont des habitués. Au printemps, orchidées et tulipes fleurissent dans les rangs.

2017 et 2018, deux récoltes frappées

Le climat n’épargne pas ce vignoble bio. En 2017, un gel tardif a détruit toute la récolte. En 2018, un été chaud et pluvieux a apporté le mildiou, qui a ravagé 80 % des vignes. La famille a malgré tout maintenu sa conduite en bio.

Deux hivers en cuve, six ans en bouteille

Des rouges vinifiés sans levures ajoutées

Les vendanges sont manuelles et décidées parcelle par parcelle. Les baies de Merlot et de Cabernet franc sont éraflées, puis mises en cuves béton. La macération naturelle dure trois à quatre semaines, sans aucun additif. Aucune levure n’est ajoutée pour lancer la fermentation.

Les vins passent ensuite deux hivers en cuve béton. Ils sont clarifiés en lune descendante, puis assemblés à 80 % de Merlot et 20 % de Cabernet franc. Une dose minimale de sulfites est ajoutée à la mise en bouteille. Les rouges ne sont produits que les années propices. Les autres années, la famille élabore des rosés.

Une cuvée de vieux Merlot passée en fût

Les plus belles années, la parcelle de Merlot de 80 ans donne une cuvée à part, en petite quantité. Elle passe un an en cuve béton, puis dix mois en fût de chêne. Selon la famille, le fût arrondit les tanins et apporte des notes de vanille et de cacao torréfié.

Ces cuvées rendent hommage aux membres de la famille Milhard. Le domaine présente ainsi la Cuvée Maria 2009, la Cuvée Michel 2010 et la Cuvée Jérémie 2012.

Le Sémillon, sec ou moelleux selon l’été

Le blanc change de style selon le millésime. Si le mois d’août est frais et pluvieux, la famille vendange mi-septembre, avec une pointe d’acidité, pour un blanc sec. Si l’été est chaud, elle attend mi-octobre et des baies légèrement confites par la pourriture noble. Elle en tire alors un moelleux.

Pour le sec, le jus subit un débourbage à froid d’une semaine. Il reste ensuite six mois sur ses lies les plus fines avant la mise en bouteille. Le moelleux suit le même chemin, avec une fermentation arrêtée plus tôt pour garder du sucre.

Des rouges tuilés, entre cacao et sous-bois

Les notes de dégustation du domaine décrivent des vins qui ont évolué. Le 2006 prend une teinte brune à reflets brique, avec des arômes de fève de cacao et de cire d’abeille. En bouche, ses tanins sont fondus, portés par des notes d’épices, de sous-bois et de champignons.

Le 2011 affiche une teinte tuilée et des fruits rouges mûrs aux notes de pâtisserie. Les millésimes plus jeunes, 2016 et 2018, restent sur le fruit rouge, avec des tanins encore à fondre. Le domaine prête à ses rouges un potentiel de garde de 20 ans.

Côté blanc, le blanc sec 2022 joue la fraîcheur, avec des notes minérales et florales. Le rosé 2023, aux arômes de pêche, sert à savourer le Cabernet du domaine.

Recevoir au domaine, du chai au camping-car

Visites, dégustations et ateliers d’assemblage

La famille ouvre le domaine toute l’année pour des visites, des dégustations et des ateliers. La visite mène des vignes au chai, puis se termine par la dégustation de trois millésimes. L’atelier CREAWINE apprend à déguster puis à composer son propre vin. On repart avec une bouteille personnalisée.

Avec LO Wine, Laetitia anime aussi des ateliers œnologiques au château, le dernier samedi du mois. Elle est titulaire du DUAD, le diplôme universitaire d’aptitude à la dégustation de l’ISVV de Bordeaux. Elle donne également des dégustations à l’École du Vin de Bordeaux.

Un château du XVIIIe siècle et une longère à louer

Le château du XVIIIe siècle se loue comme gîte, pour sept personnes au plus. Sa cuisine a été faite à partir du vieux pressoir de la famille. La Longère rénovée accueille jusqu’à 15 personnes, en entier ou en deux parties.

Labellisé France Passion, le domaine reçoit aussi les camping-cars sur une aire plate et ombragée, face aux vignes et au château. La salle de dégustation, une ancienne grange de 60 m², et le parc de 1 000 m² se louent pour des réunions, des séminaires ou des anniversaires.

Le Routard, la Cité du Vin et le Best Of Wine Tourism

En octobre 2013, le Best Of Wine Tourism de Bordeaux a distingué le domaine pour la valorisation œnotouristique de ses pratiques environnementales. Le domaine présente ce prix comme un prix spécial du jury.

Le Guide du Routard le décrit comme « un petit qui a tout d’un grand ». Il figure aussi dans le Lonely Planet et dans le guide Wine & Spirit Tourism. Alain Marty l’a reçu dans son émission In Vino, sur Sud Radio.

À la Cité du Vin de Bordeaux, le domaine dit figurer parmi le top 5 des ventes. Son responsable caviste raconte que la Cuvée Yves a bluffé six professionnels du vin. Ils ont été surpris d’apprendre qu’il s’agissait d’un Bordeaux supérieur.

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Les autres domaines de la région Bordeaux

  • Château La Grâce Fonrazade

    Le Château La Grâce Fonrazade n’avait plus produit de vin depuis 1985 quand François-Thomas Bon et Bénédicte Simonet l’ont racheté en 2010. Ses parcelles de Saint-Émilion Grand Cru, réparties autour du village, mêlent graves fines, sables et argiles calcaires, à dominante de merlot. Engagé en bio depuis 2013, le domaine vinifie dans un chai reconstruit la même année et autonome en chauffage. Il signe aussi un bordeaux blanc de sauvignon gris, et son grand cru 2022 a reçu deux étoiles au Guide Hachette 2026.

  • Château de Chelivette

    Le Château de Chelivette, à Sainte-Eulalie, est l’une des plus anciennes propriétés viticoles de Gironde, aux mains des Jésuites de 1626 à 1764. Venus de la finance à Londres, Florence et Jacques Borel la reprennent en 2014 et la conduisent en biodynamie, certifiée Demeter depuis 2019. Sur 30 hectares, une douzaine d’hectares de vigne côtoient prairies, verger, potager, ruches et moutons. Le domaine signe des Bordeaux supérieur, un Cadillac Côtes de Bordeaux et des cuvées élevées en amphore.

  • Château Vieux Chevrol

    Le Château Vieux Chevrol cultive 34 hectares sur le plateau de Néac, commune du nord de l’appellation Lalande-de-Pomerol qui eut sa propre AOC avant de la rejoindre en 1954. Venue d’Auvergne par le négoce en 1921, la famille Champseix en est à sa troisième génération avec Michel, ingénieur agronome et œnologue arrivé en 2013. Il a converti tout le vignoble en bio dès 2015, deux ans après sa première vinification. Le domaine produit un seul vin rouge, à 80 % de merlot, élevé douze mois en demi-muids de 600 litres.

  • Château Paloumey

    Le Château Paloumey cultive 37 hectares en Haut-Médoc, sur les graves de Ludon-Médoc et de Cussac-Fort-Médoc. Arraché au XXe siècle, son vignoble a été replanté à partir de 1990 par Martine Cazeneuve, sur une propriété qui n’avait plus un pied de vigne. Son fils Pierre, ingénieur agronome, l’a engagé en bio dès 2016 et y plante des lignes d’arbres depuis 2021. Classé Cru Bourgeois Exceptionnel en février 2025, le château ouvre aussi son chai aux visiteurs.

  • Château Gadet Terrefort

    Le Château Gadet Terrefort est un cru artisan du Médoc fondé en 1921 à Gaillan-en-Médoc et tenu aujourd’hui par Anaïs Bernard, troisième génération. Ses 30 hectares de vignes se partagent entre les sables graveleux de Gaillan et les argilo-calcaires d’Ordonnac, au bord de l’estuaire. Engagé en bio en 2019, le domaine est entièrement conduit en agriculture biologique depuis 2023. Une cinquantaine de vaches limousines fournissent le fumier des vignes, et la scierie familiale taille les piquets d’acacia du palissage.

  • Château Bastor-Lamontagne

    Le Château Bastor-Lamontagne cultive 50 hectares de vignes d’un seul tenant à Preignac, dans l’appellation Sauternes, sur la deuxième terrasse de la Garonne. Engagé en bio en 2010, le vignoble est entièrement certifié depuis 2016, planté de 80 % de sémillon et de 20 % de sauvignon. Ancienne propriété royale passée par les Larrieu de Haut-Brion puis par le Crédit Foncier, il appartient depuis 2018 à la famille Helfrich. Ses Sauternes, fermentés en barriques neuves, misent sur le fruit, la fraîcheur et un sucre modéré.

  • Château Fougas

    Le Château Fougas cultive 22 hectares en Côtes de Bourg, sur un plateau de Lansac où des argiles bleues reposent sur la molasse du Fronsadais. Racheté en 1976 par Jean-Yves Béchet, qui le tient avec Michèle Béchet, il est certifié en biodynamie depuis 2010 et porte le label Demeter. Ses rouges à dominante de merlot, de Maldoror à Forces de Vie, cherchent « la violette plutôt que le goudron ». Premier à pratiquer la location de pieds de vigne, le château invite ses locataires à vendanger leur propre millésime.

  • Château Tire Pé

    Le Château Tire Pé cultive 6 hectares de vignes en bio à Gironde-sur-Dropt, dans l’Entre-deux-Mers, sur une colline argilo-calcaire au-dessus de la Garonne. David Barrault, installé en 1997, y a replanté le castets et le mancin des palus, deux cépages bordelais oubliés depuis le phylloxéra, élevés en jarres de terre cuite. Ses vins sortent en AOC Bordeaux ou en Vin de France, vinifiés en douceur et peu soufrés. Travaillé en bio depuis 2008, le domaine est certifié par Ecocert depuis 2014.

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