Domaine Claude Quenard & Fils
Sommaire
- De la ferme des Chartreux à la biodynamie
- 1906, une ferme rachetée aux Pères Chartreux
- Claude, puis André et Guy Quenard
- Du désherbage abandonné au label Demeter
- Chignin, Arbin et Saint-Jeoire-Prieuré, trois noms de la Savoie
- Des éboulis pierreux au pied des Bauges
- Chignin-Bergeron et Arbin, un seul cépage chacun
- Dix cépages à 7 500 pieds par hectare
- Tout faire soi-même, de la vigne à la bouteille
- Des plantes, des algues et des composts liquides
- Une cave sans levures ajoutées ni œnologue extérieur
- Jacquère, Roussanne et Mondeuse : le style des vins
- Des blancs légers en alcool
- Des rouges de Mondeuse, de Gamay et de Persan
- Sansoufrir et les Jacquère macérées
- Bière, Segway et table d’hôtes au Villard
- La brasserie Quardin et l’orge du domaine
- Balades, repas au braséro et chambres d’hôtes
De la ferme des Chartreux à la biodynamie
1906, une ferme rachetée aux Pères Chartreux
Le Domaine Claude Quenard & Fils, que l’on connaît aussi sous le nom de La Gerbelle, produit des vins bio et biodynamiques à Chignin, au sud-est de Chambéry. Il est installé au hameau du Villard, dans une ancienne ferme des Chartreux.
En 1906, au moment de la séparation de l’Église et de l’État, un aïeul de la famille Quenard rachète la ferme aux Pères Chartreux, dont il était le fermier. La vente se fait aux enchères, à Chignin. Elle comprend le bâtiment et des terres portant des vignes. On y pratique alors la polyculture et l’élevage.
Claude, puis André et Guy Quenard
En 1957, Claude Quenard, petit-fils de l’acheteur, reprend l’exploitation. La vigne y prend de l’importance à partir des années 1960, sous son impulsion. En 1981, la ferme arrête les céréales et se consacre à la viticulture, avec 5 hectares de vignes. Elle reprend la même année une exploitation de 2 hectares.
Ses deux fils le rejoignent ensuite. André, l’aîné, s’installe en 1987 avec un BTS viticulture-œnologie obtenu à Beaune. Guy suit en 1990, avec un BTS technico-commercial en vins passé à Montpellier. Après plusieurs plantations et reprises de vignes, la propriété atteint 14 hectares en 1993.
Les deux frères sont aujourd’hui les gérants du domaine. Celui-ci compte trois associés et un salarié permanent, et la génération suivante y a déjà fait son entrée.
Du désherbage abandonné au label Demeter
Le changement de cap s’amorce au début des années 1990. En 1992, les Quenard commencent à enherber leurs vignes et passent à la lutte raisonnée. En 1998, ils cessent les traitements chimiques et font leurs premiers essais de travail du sol.
La conversion à l’agriculture biologique est lancée officiellement en 2000, sur les 15 hectares du domaine, sous le contrôle d’Ecocert. Le premier vin bio, un Chardonnay, sort en 2003, et toute l’exploitation est convertie en 2007. À l’époque, en Savoie, les exploitations qui travaillaient ainsi se comptaient sur les doigts d’une main.
La biodynamie a suivi le même chemin. Les préparations dynamisées entrent dans les vignes à l’automne 2012. La famille demande ensuite le label Demeter, qu’elle porte depuis le millésime 2016. Le domaine figure aujourd’hui parmi les adhérents de Demeter France.
Chignin, Arbin et Saint-Jeoire-Prieuré, trois noms de la Savoie
Des éboulis pierreux au pied des Bauges
Le vignoble de Chignin fait partie du parc naturel régional des Bauges. Il couvre 200 hectares de coteaux ensoleillés, à 350 mètres d’altitude en moyenne. Son sol d’éboulis pierreux convient, pour la famille, aussi bien à ses blancs qu’à ses rouges.
Ces éboulis post-glaciaires empâtent le pied des reliefs. Dans toute la Savoie, les vignes s’étagent de 250 à 500 mètres, orientées au sud, au sud-est ou à l’ouest. Le vignoble reçoit plus de 1 000 millimètres de pluie par an et environ 1 600 heures de soleil.
Le domaine décrit des sols marno-calcaires sous la Jacquère et la Roussanne, argilo-calcaires sous les rouges. Il qualifie son climat de continental-montagnard, avec des influences océaniques et méditerranéennes.

Chignin-Bergeron et Arbin, un seul cépage chacun
La plupart des vins portent l’AOP Vin de Savoie, parfois complétée d’une dénomination géographique. Le blanc de Chignin vient de la Jacquère, le cépage emblématique des blancs savoyards. Le domaine lui consacre 6 hectares, avec des vignes de 5 à 60 ans.
Le Chignin-Bergeron est réservé à la seule Roussanne, plantée à Chignin sur des coteaux exposés plein sud. La famille en conduit 2,5 hectares. Selon les parcelles, les ceps ont de 10 ans à plus de 100 ans.
Côté rouge, la dénomination Arbin ne s’obtient qu’avec la Mondeuse. La cuvée du domaine provient de 1,5 hectare de vignes âgées de 15 à 80 ans. La famille travaille aussi 1,7 hectare de Jacquère à Saint-Jeoire-Prieuré, en bio depuis l’automne 2003.
La cave présente d’ailleurs une seconde gamme, Prieuré Saint Hughes. On y trouve notamment un Saint-Jeoire-Prieuré, une Altesse, un Gamay et une bulle blanche.
Dix cépages à 7 500 pieds par hectare
L’encépagement réunit dix cépages. Côté blanc, la Jacquère, la Roussanne appelée ici Bergeron, l’Altesse, le Chardonnay et l’Aligoté. Côté rouge, la Mondeuse, le Gamay, le Pinot noir, le Persan et la Douce Noire.
Les vignes sont plantées à 7 500 pieds par hectare. Les blancs sont taillés en Guyot, les rouges en éventail. Les rendements vont de 35 à 40 hectolitres par hectare selon les cuvées.
Tout faire soi-même, de la vigne à la bouteille
Des plantes, des algues et des composts liquides
Le but est de stimuler les défenses naturelles de la vigne, pour qu’elle résiste aux parasites. Les Quenard utilisent pour cela des plantes, des algues ou des éléments minéraux. Selon la météo de l’année, ils ajoutent du soufre et de faibles doses de cuivre.
Le sol reçoit une attention particulière. De petites quantités de composts liquides, mûris pendant 24 heures, nourrissent sa vie microbienne. L’entretien combine enherbement maîtrisé et travail du sol. Depuis 2006, une station traite aussi les eaux usées de la cave.
Une cave sans levures ajoutées ni œnologue extérieur
La famille assure toutes les tâches : la culture de la vigne, la vinification, la mise en bouteille et la vente. Aucun œnologue extérieur n’intervient au domaine.
Au chai, les adjuvants sont réduits au strict minimum. Les vins ne reçoivent ni enzymes ni levures. Le domaine fait les fermentations malolactiques : elles lui permettent de réduire les doses de soufre et rendent les vins plus stables. Les rouges mis en bouteille tardivement ne sont plus filtrés.
Les blancs passent par un pressurage doux de trois heures. Les vins s’élèvent ensuite sur lies fines, douze mois pour la plupart. La Jacquère reste en cuve, le Chignin-Bergeron passe en cuve et en fût, et la Mondeuse d’Arbin en foudre.


Jacquère, Roussanne et Mondeuse : le style des vins
Des blancs légers en alcool
D’après leurs fiches techniques, les vins titrent entre 11 et 12,5 degrés. Le Chignin offre des arômes légers d’aubépine et de noisette. Il se boit à l’apéritif, sur une entrée, un poisson grillé ou des asperges.
Le Chignin-Bergeron joue sur les fruits : la pêche et l’abricot, puis la figue, le coing et la violette. Le domaine lui prête plus de dix ans de garde. Après quelques années, il le conseille sur un foie gras ou un Beaufort d’alpage.
Matéria blanc assemble Jacquère, Roussette et Chardonnay. La Roussette domine ses arômes, et la bouche montre une belle amplitude.
Des rouges de Mondeuse, de Gamay et de Persan
La Mondeuse donne un vin pourpre aux tanins fondus mais bien présents, sur la myrtille et la mûre. Arbin, d’une couleur rouge-noir, se présente comme un vin complexe aux beaux tanins. Tous deux macèrent environ trois semaines.
Matéria rouge associe Gamay, Pinot et Persan. C’est un vin léger, marqué par la groseille, auquel le Persan apporte sa fraîcheur. Le rosé naît d’une saignée de Mondeuse, léger et fruité, sur la fraise.

Sansoufrir et les Jacquère macérées
Né en 2012, Sansoufrir est le vin nature du domaine. En blanc, c’est une Jacquère macérée trois jours sur ses peaux et vinifiée sans sulfite, aux notes de poire et très digeste. La version rouge assemble Mondeuse, Gamay et Pinot, sur la groseille et la myrtille.
Les 1er Récoltants pousse plus loin la macération : la Jacquère reste 20 jours sur ses peaux avant le pressurage. Il en sort une robe jaune soutenue, des arômes de poire et de curry, et une bouche tannique.
La gamme compte aussi des effervescents. L’Étincelant, en blanc, et une méthode traditionnelle en rosé sont nés en 2008.
Bière, Segway et table d’hôtes au Villard
La brasserie Quardin et l’orge du domaine
La nouvelle génération a lancé une brasserie artisanale, en bio elle aussi. La Brasserie Quardin est installée à Chignin, au milieu des vignes. L’orge est en grande partie cultivée par la famille, en agriculture biologique, et l’eau vient du massif des Bauges.
La gamme va de la blonde à l’IPA, en passant par une blanche, une ambrée et une brune. Deux bières font le lien avec le vignoble : une blonde assemblée à du moût de Roussanne, une autre à du moût de Mondeuse. L’orge et la bière sont certifiées bio, comme le raisin et le vin.
Balades, repas au braséro et chambres d’hôtes
Le domaine propose des balades en Segway dans ses vignes. Elles se terminent par une dégustation, accompagnée de planches de spécialités locales. Pour les groupes d’au moins 20 personnes, il organise des repas cuisinés au braséro, accordés à ses vins.
Sylvie et Guy Quenard reçoivent aussi en chambre d’hôtes, dans l’ancienne ferme des Chartreux. La suite familiale réunit deux chambres communicantes à l’étage, et les repas peuvent se prendre à la table d’hôtes.
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