Vignes du Domaine Delacroix Kerhoas à l'automne

Domaine Delacroix Kerhoas

Sommaire

Sept générations de paysans à Théziers, bio depuis 1973

Michel Delacroix, l’oncle qui a tout passé en bio

Le Domaine Delacroix Kerhoas est une ferme familiale de Théziers, dans le Gard, à 10 km du Pont du Gard. La famille s’y présente comme « paysans depuis 7 générations ». On y fait du vin bio en Côtes du Rhône et en Vin de France, mais aussi des fruits, des jus et de l’huile d’olive.

Le tournant date de 1973. Cette année-là, Michel Delacroix fait passer l’exploitation familiale en agriculture biologique. Les parcelles situées autour du village sont conduites ainsi depuis, soit plus de cinquante ans de bio sur les mêmes terres.

Le domaine est contrôlé par Ecocert, auprès de qui il est engagé depuis 1995. Ses raisins de cuve et ses vins sont certifiés en agriculture biologique, tout comme ses jus et son huile d’olive.

Thibault Kerhoas, le neveu aux commandes depuis 2012

En 2012, son neveu Thibault Kerhoas reprend l’exploitation. Il est aujourd’hui à la tête de la cave familiale. Vignes et vergers y sont tous conduits en bio.

Raisins secs, un vin doux pour les cinquante ans

Pour fêter le cinquantième anniversaire du passage en bio, le domaine a tenté une première. Les raisins ont été vendangés tard, à la main, le 1er novembre, pour élaborer un vin doux naturel.

La cuvée, baptisée Raisins secs, a été pressée directement puis mise en bouteilles de 50 cl. Le domaine en a produit 600. « On en était assez content », raconte Thibault Kerhoas.

La rive gardoise des Côtes du Rhône

Théziers, dans la « Côte du Rhône » historique

Théziers figure dans la liste des communes du Gard retenues pour l’AOC Côtes du Rhône. Le nom vient de loin. Au XVe siècle, une région nommée « la Côte du Rhône » s’établit sur les limites de l’ancien diocèse civil d’Uzès.

En 1737, un arrêt du Conseil d’État impose d’inscrire les lettres « CDR » sur les tonneaux d’une dizaine de communes, dont Roquemaure et Tavel. L’appellation d’origine contrôlée est reconnue en 1937. Elle autorise aujourd’hui 21 cépages, en préservant la dominance du Grenache dans la partie méridionale.

Le climat y est méditerranéen, avec des étés chauds et secs et peu de pluie. Le mistral, vent du nord asséchant, souffle en moyenne 120 jours par an. Il protège les vignes des maladies cryptogamiques.

Argiles de plaine et éboulis calcaires des coteaux

Le domaine compte 7,5 hectares de vignes. Elles se partagent entre deux terroirs bien distincts, et chacun a ses vins.

En plaine, les sols sont argilo-limoneux, avec des argiles caillouteuses. C’est là que naissent les Vin de France du domaine. Sur les coteaux, les sols deviennent argilo-calcaires. Les éboulis calcaires s’y mêlent à des galets roulés, et ce sont eux qui donnent les Côtes du Rhône.

Vignes du Domaine Delacroix Kerhoas

Du Grenache au Niellucio, un encépagement varié

Côté rouge, le domaine cultive le Grenache et la Syrah, deux des cépages principaux de l’appellation. S’y ajoutent le Marselan, le Merlot et le Niellucio.

Pour les blancs, on trouve le Sauvignon, un peu de Muscat à petits grains et de Chardonnay, ainsi que la Roussanne. Une partie des vins sort en Côtes du Rhône, l’autre en Vin de France.

Une cave qui se passe de soufre

Vinifier sans sulfites, le fil conducteur

Thibault Kerhoas le résume lui-même : « Vinifier sans sulfites et préserver le potentiel aromatique de nos vins sont les principales motivations de notre travail en cave. »

Le domaine n’ajoute pas de soufre pendant la vinification. Les vins sont protégés par des doses élevées de gaz carbonique dans les cuves. Les rouges sont sans sulfites ajoutés. Le rosé reçoit 3 g/hl de sulfites avant la mise en bouteille, le blanc 2 g/hl après la malolactique puis 3 g/hl à l’embouteillage.

Pied de cuve, béton et inox

La vendange est mécanique. Les Côtes du Rhône sont égrappés, vinifiés en cuve béton et pressés au pressoir pneumatique. Pour l’Esquisse rouge, les fermentations démarrent à l’aide d’un pied de cuve, et le vin n’est pas collé.

Les Côtes du Rhône sont élevés six mois en cuves béton et inox. Le blanc, lui, reste six mois en inox, avec un bâtonnage des lies fines.

Des rouges sur le fruit au pétillant de Roussanne

Esquisse rouge et rosé, les vins de la plaine

Esquisse rouge est un Vin de France issu des argiles de plaine. Sa vinification se fait en deux temps. Une macération courte sur le Grenache et le Niellucio apporte le fruit. Le Marselan et le Merlot macèrent plus longtemps, pour la structure.

Le domaine le décrit comme un vin velouté, riche et gourmand, aux tanins fondus. Esquisse rosé repose sur le Niellucio. Débourbé au froid pendant 24 heures, il est vinifié doucement en cuve inox. Le domaine lui trouve de la structure, du volume et une bouche fraîche, pour l’apéritif ou une viande blanche.

Convoitise et Saint Amant, les Côtes du Rhône des coteaux

Convoitise assemble 60 % de Grenache et 40 % de Syrah. Le domaine y met ses plus beaux Grenaches, qui macèrent environ trois semaines en cuve béton. Le vin se montre croquant et fruité, sur les fruits rouges et noirs, avec une structure souple. Il se garde environ trois ans.

Saint Amant inverse les proportions : 80 % de Syrah et 20 % de Grenache, issus d’une sélection de parcelles dominées par les éboulis calcaires. Sa robe est sombre, son nez va vers les fruits surmûris et les épices. Les tanins sont puissants, et le domaine lui donne cinq ans de garde.

Friandise et le pétillant brut nature

Friandise est un blanc de Sauvignon, complété d’un peu de Muscat et de Chardonnay. Il vient d’une parcelle dont « certains disent que c’est la plus belle de la plaine ». Le nez s’ouvre sur le buis, puis sur les fruits exotiques. La bouche reste fraîche et gourmande.

Le pétillant blanc est élaboré en méthode traditionnelle, en brut nature, avec 100 % de Roussanne. La bulle est fine, la bouche fruitée, et une pointe d’amertume en finale laisse une sensation de fraîcheur.

Cent variétés de fruits à côté des vignes

Trois hectares de vergers, de mai à octobre

Le domaine cultive aujourd’hui 3 hectares d’oliviers et d’arbres fruitiers, tous en bio. Son verger réunit plus de 100 variétés de fruits. La récolte court de mai à octobre : cerises, abricots, pêches, nectarines, pommes, poires, raisins de table et kakis, selon la saison.

« Au pays de l’abricot, du vin et du raisin de table », écrit le domaine, il lui tient à cœur de garder une agriculture diversifiée. Parmi ses cultures bio figurent aussi des pistaches, des noisettes et des grenades.

L’huile du Castellas, les jus et le nectar

L’huile d’olive reste une production confidentielle. Les oliviers sont des rejets du gel de 1956. Ils poussent à Théziers, au pied du Castellas, exposés plein sud, en bordure du terroir des Côtes du Rhône. Le domaine en tire une huile fruitée.

Rien ne se perd des fruits déclassés. Avec Le Pressoir, le domaine les transforme en jus de pomme et en nectar d’abricot. Le domaine reçoit sur rendez-vous, pour goûter les vins comme les fruits.

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Les autres domaines de la région Vallée du Rhône

  • Domaine Usseglio Raymond et Fils

    Le Domaine Usseglio Raymond et Fils descend d’un métayer piémontais arrivé à Châteauneuf-du-Pape en 1931, et d’un domaine fondé par son fils Raymond en 1963. Aux commandes depuis 1999, Stéphane Usseglio conduit 55 hectares en Châteauneuf-du-Pape, Lirac, Côtes-du-Rhône et Vin de France. Ses vins sont certifiés bio et labellisés Demeter et Biodyvin, sur des sols de grès, d’argiles rouges et de galets roulés. Treize cuvées en sortent, dont La Part des Anges et la Cuvée Impériale, chacune distinguée d’un coup de cœur au Guide Hachette.

  • Oratoire Saint-Martin

    Le Domaine de l’Oratoire Saint-Martin cultive 25 hectares à Cairanne, sur des coteaux escarpés à 200 mètres d’altitude. Son nom vient d’un oratoire promis à saint Martin en 1953, quand Frédéric Alary vendit ses autres vignes pour acheter ce lieu-dit aux enchères. Pionniers du bio dans les années 1990, ses petits-fils passent à la biodynamie en 2008, aujourd’hui certifiée Demeter. Depuis 2020, la famille Abeille-Fabre poursuit leur travail, du Côtes du Rhône aux cuvées de garde du cru, où le mourvèdre tient une place rare.

  • Château Cohola

    Le Château Cohola cultive ses vignes en banquettes sur les hauteurs de Sablet, au pied des Dentelles de Montmirail, en bio depuis 2013. Jérôme Busato, ingénieur agronome et œnologue, et Cheli Alberca y font des Côtes du Rhône Villages Sablet dans les trois couleurs, fermentés sur levures indigènes. Syrah nouée en arches contre la chaleur, champignons dans le sol, musique dans les rangs : le vigneron expérimente sans rien promettre. Le domaine produit aussi un miel d’abeilles noires et une huile d’olive de tanche, et reçoit pour des dégustations comme en gîte.

  • Domaine de Ferrand

    Le Domaine de Ferrand cultive 7,5 hectares de Châteauneuf-du-Pape et une dizaine d’hectares de Côtes du Rhône à Orange, au nord de l’appellation. Philippe Bravay a pris la suite de son père Charles en 1995, avec sa femme Mireille, quatrième génération de la famille. Engagé en bio en 2021 et certifié en 2024, le domaine fermente sans levures ajoutées et élève ses vins en cuve béton ou inox. Six cuvées en sortent, du Châteauneuf rouge à dominante de Grenache au Viognier baptisé Hors la loi.

  • Domaine du Chat Blanc

    Le Domaine du Chat Blanc cultive 4 hectares de grenache et de syrah en bio à Saint-Didier, au pied du Mont Ventoux. Rentrés de quatorze ans à Londres, Catherine et Stéphane Chatal ont relevé un mas du XVIIIe siècle et repris des vignes jusque-là exploitées via la cave coopérative. Travaillé sans désherbant, le vignoble donne trois cuvées en AOC Ventoux et en IGP Méditerranée, vinifiées avec 20 % du soufre permis en bio. Le nom vient de Bonbon, la chatte blanche de la famille, devenue la mascotte du domaine.

  • Domaine Leschancel

    Le Domaine Leschancel cultive 9 hectares de vignes bio à Mormoiron, à 350 mètres d’altitude face au mont Ventoux, sur 30 hectares d’un seul tenant. Anne et Pierre Chancel y ont repris fin 2017 une ferme de raisin de table, regreffée en chenin, carignan blanc, ugni blanc et bourboulenc. Le blanc occupe deux tiers des vignes et s’élève sur lies en demi-muids de 600 litres, sans filtration ni collage. Les rouges sortent en AOP Ventoux, plusieurs blancs comme L’Evrest en IGP Vaucluse.

  • Château d’Or et de Gueules

    À Saint-Gilles, aux portes de la Camargue, le Château d’Or et de Gueules cultive 45 hectares en Costières de Nîmes, en bio depuis 2011 et en biodynamie certifiée Demeter depuis 2018. Diane de Puymorin l’a rebaptisé en 1998 aux couleurs de son blason familial, l’or et le rouge. Sur les galets du Rhône, des mourvèdres de 90 ans et de vieux carignans donnent des cuvées à très petits rendements, en levures indigènes. Les vins portent des noms occitans, de Trassegum à La Bolida, et la musique résonne jusque dans les vignes.

  • Domaine Lafoy

    Le Domaine Lafoy est né en 1993 à Ampuis, où la famille vit depuis trois générations, et Gaëtan Lafoy y a rejoint ses parents Jocelyne et Yves fin 2011. Leurs 9 hectares se partagent entre côte-rôtie, condrieu, saint-joseph et IGP Collines rhodaniennes, en bio depuis 2021. Sur la Côte Blonde, une vigne date de 1934, et la parcelle Côte Rozier, sur la Côte Brune, de 1966. Le Prélude 2018 a reçu deux étoiles au Guide Hachette des Vins 2022.

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