Barriques en chêne du Vignoble Simian

Vignoble Simian

Région viticole

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Sommaire

Une clef, une bastide et deux familles réunies à Piolenc

1880, Hippolyte Serguier achète ses premières vignes

Le Vignoble Simian est un domaine viticole bio et biodynamique de Piolenc, dans le Vaucluse, au nord d’Orange. Son histoire commence avec Hippolyte Serguier, simple ouvrier vigneron. À force d’économies, il achète avec son épouse, en 1880, quelques hectares de vignes à bas prix sur des terres de Châteauneuf-du-Pape.

Les parcelles sont pauvres et mal situées, et l’appellation n’a pas encore sa réputation. La famille est modeste : elle a retrouvé l’acte de notaire d’un emprunt au boulanger, une avance de 400 francs, dont 300 en pain, à rembourser sur cinq ans. Certains grenaches plantés par Hippolyte donnent encore aujourd’hui la cuvée Grandes Grenachières d’Hippolyte.

Son fils Marcel s’installe après la Seconde Guerre mondiale au nord de l’appellation, sur les terres du Grès. Ce choix marque encore la typicité des vins du domaine.

La promesse de Sophie Simian

Le nom du domaine vient d’une autre histoire. Au début du XXe siècle, Sophie Simian possède une bastide et les terres qui l’entourent. Marcelle Ladret travaille à son service depuis des années. Un jour, Sophie perd la clef de sa demeure en promenade, et Marcelle la retrouve en refaisant le chemin.

Sophie lui promet alors qu’un jour, cette clef sera la sienne. Elle tient parole : à sa mort, en 1936, Marcelle et son époux héritent du domaine. Ils restaurent la demeure vieillissante et remettent les terres en état. Ils ont deux filles, Madeleine et Jacqueline.

1956, la Simiane rassemble les terres

Les deux histoires se rejoignent quand Madeleine Ladret épouse Yves Serguier, le fils de Marcel. En 1956, le couple s’installe dans la bastide appelée la Simiane. Les terres de Piolenc, d’Uchaux et de Châteauneuf-du-Pape forment dès lors un seul patrimoine.

Leur seul fils, Jean-Pierre Serguier, reprend le domaine. En 1981, il réalise le rêve de quatre générations : devenir vigneron-récoltant, élever son vin et le mettre en bouteille au domaine. Aujourd’hui, ses enfants Florian et Marion Serguier forment la cinquième génération.

Quatre terroirs entre Châteauneuf-du-Pape et le Massif d’Uchaux

Sables et safres au nord de Châteauneuf-du-Pape

Le domaine conduit 36 hectares, répartis sur quatre terroirs : Châteauneuf-du-Pape, Orange, Piolenc et Uchaux. Les parcelles de Châteauneuf-du-Pape, 7,4 hectares de vignes d’environ 70 ans, occupent la partie septentrionale de l’appellation.

Le sol y est fait de sables et de safres, avec peu de galets roulés. Ce sol meuble laisse les racines descendre facilement et profondément, ce qui réduit le stress hydrique. Il donne aux vins une structure aérienne, un fruité immédiat et un grain tannique très fin. On y trouve grenache noir, syrah, counoise, mourvèdre et cinsault, et en blanc grenache blanc, bourboulenc, roussanne et clairette.

Les grès de Jocundaz et de la Louronne

À une dizaine de kilomètres au nord d’Orange, le domaine cultive 11,2 hectares sur le Massif d’Uchaux, avec des vignes d’environ 50 ans. Deux lieux-dits, Saint-Martin de Jocundaz et La Louronne, ont donné leur nom à des cuvées.

Leurs grès silico-calcaires offrent à la vigne de la chaleur et des réserves en profondeur. Des bois de pins et de chênes verts entourent les parcelles. Grenache noir, carignan, mourvèdre, syrah et counoise y côtoient deux blancs, le grenache gris et le viognier.

La Combe des Avaux et les terres de Piolenc

Les 10,9 hectares de Côtes du Rhône se trouvent en grande partie dans la Combe des Avaux, au pied du Massif d’Uchaux. Sur ces sables siliceux, entourés de pins, de chênes verts et d’oliviers, les vignes ont une quarantaine d’années. Grenache noir, gris et blanc, carignan, mourvèdre et clairette y poussent côte à côte.

Autour du domaine, à Piolenc, 9,6 hectares de sols argilo-calcaires limoneux et profonds donnent les Vins de France. Malgré la plaine, ces parcelles se drainent bien, aidées par l’enherbement. On y cultive syrah, merlot, caladoc, alicante et couston en rouge, rolle, marsanne et sauvignon en blanc.

Les vignes du Vignoble Simian

Deux appellations voisines aux histoires très différentes

Châteauneuf-du-Pape, première AOC viticole de France

Reconnue en 1936, l’AOC Châteauneuf-du-Pape est la première appellation viticole de France. Ses 3 150 hectares couvrent cinq communes, dont Orange. Les galets roulés font sa réputation, mais ses sols sont très divers.

Au nord et à l’est, les sables, grès et marnes de la fin du Tertiaire donnent des vins assez fins, aux tanins soyeux. Treize cépages peuvent entrer dans les vins rouges comme dans les blancs, et le grenache domine la plupart des cuvées.

Le Massif d’Uchaux, dénomination depuis 2005

Le Massif d’Uchaux est une colline très boisée au nord de Châteauneuf-du-Pape. Une partie de son vignoble obtient l’appellation Côtes du Rhône dès 1937. Ses vins passent en Côtes du Rhône Villages en 1983, puis la dénomination géographique arrive en 2005.

Elle s’étend sur cinq communes du Vaucluse, dont Piolenc et Uchaux. L’appellation est réservée aux vins rouges, à base obligatoire de grenache noir, avec syrah et mourvèdre. Son sol, formé au Crétacé supérieur, est surtout calcaire et très caillouteux, riche en grès silico-calcaire. Les vignes y sont installées en coteaux, entre 100 et 280 mètres d’altitude.

De la remise en question de 1994 au label Demeter

Sortir du modèle intensif

Dès 1994, la famille Serguier prend conscience des déséquilibres agronomiques, écologiques et sociaux nés de l’agriculture intensive des années 1970. Elle cherche alors à réduire l’impact de ses pratiques sur l’environnement.

Depuis 2008, tout le vignoble est cultivé selon une approche biodynamique, pour produire un vin bio. Le domaine est contrôlé en agriculture biologique par Ecocert, et obtient la certification Demeter en 2011 pour sa conduite biodynamique. Sa devise pourrait être : « On ne commande la nature qu’en lui obéissant ».

Préparations dynamisées et cycles lunaires

Dans la mesure du possible, les travaux de la vigne et de la cave suivent les cycles lunaires et les rythmes naturels. Des préparations dynamisées vivifient et régénèrent les sols, pour renforcer la résistance naturelle des vignes.

Ici, on ne parle plus de « mauvaises herbes » : l’écosystème doit être préservé. Le domaine recherche des grappes aux peaux épaisses, riches en couleur et en arômes, et une pulpe juteuse à l’acidité stable.

Quinze cuvées vinifiées parcelle par parcelle

Des levains faits avec les levures du domaine

Le domaine ne vinifie qu’avec les levures indigènes de ses grappes, en préparant des pieds de cuve. Pour la famille, des levures du commerce tendraient à uniformiser les vins. Chaque parcelle est vinifiée et élevée à part.

Les vendanges se font parfois en plusieurs passages, pour jouer sur les maturités. C’est surtout le cas des vieilles vignes, complantées de plusieurs cépages. Un tri rigoureux des baies permet de réduire nettement les doses de sulfites. Aucun intrant n’est ajouté jusqu’à la mise en bouteille, et décuvages, soutirages et assemblages suivent le calendrier lunaire.

Béton, demi-muids, inox et terre cuite

Vinifier 15 cuvées demande une cuverie variée. Les rouges sont vinifiés et élevés en cuve béton, et en demi-muids pour certains. Les blancs passent par l’inox, le bois ou la terre cuite.

Le Jocundaz rouge, par exemple, reste 14 à 16 mois en cuve béton. Le Louronne blanc s’élève un an sur lies en demi-muids de chêne français.

Le grenache gris, terrain d’essai

La plupart des cuvées ont une dizaine d’années, mais le domaine continue d’expérimenter. La Louronne et L’Orange, deux vins 100 % grenache gris, sont nés de premiers essais concluants. La Louronne vient des plus vieilles vignes de grenache gris du domaine, environ 80 ans en moyenne. L’Orange est un blanc de macération.

Ces vins rejoignent d’autres « cuvées créatives » : Noria, un blanc de rolle et de sauvignon, et Les Trois Pisseuses, un pétillant naturel de vermentino. La gamme se construit à tâtons, en modifiant quelques composantes à chaque millésime.

Finesse et fraîcheur, la signature des vins Simian

Un caractère par terroir

Assemblages ou vins d’un seul cépage, les vins du domaine se distinguent par leur fraîcheur, leur fruité élégant et leur finesse. La gamme couvre les AOC Châteauneuf-du-Pape, Côtes du Rhône Villages Massif d’Uchaux et Côtes du Rhône, et des Vins de France, en rouge, blanc et rosé.

Chaque terroir a sa marque. Les Châteauneuf-du-Pape jouent la finesse et l’élégance. Les Massif d’Uchaux montrent une fraîcheur étonnante et une subtile minéralité, sur des tanins fins. Les Côtes du Rhône sont fruités, minéraux et gourmands. Les Vins de France de Piolenc misent sur la gourmandise.

Trois vins étoilés au Guide Hachette 2027

Le Guide Hachette des vins 2027 distingue trois vins du domaine : les deux Traversier de Châteauneuf-du-Pape, le rouge 2023 et le blanc 2024, et le Jocundaz rouge 2024 en Massif d’Uchaux.

Le guide citait déjà le domaine dans son édition 2008. Il a retenu Le Traversier dans ses éditions 2024 et 2026, et le Jocundaz dans l’édition 2023. Pour le Traversier rouge 2023, ses dégustateurs évoquent des sables et des grès rouges « vecteur de finesse », et des tanins soyeux.

Rencontrer la cinquième génération au caveau de Piolenc

Florian, Marion et Jean-Pierre

Florian Serguier est installé comme vigneron depuis 2010. Présent à la vigne comme à la cave, il supervise la gestion du domaine et son activité commerciale. Sa sœur, Marion, met ses compétences en communication et en gestion administrative au service du domaine. Leur père, Jean-Pierre, leur cède peu à peu ses prérogatives.

Une petite équipe les entoure. Thomas, maître de chai et commercial, vinifie et élève les vins avec Florian. Christelle suit les ventes et reçoit au caveau. Stéphanie, ancienne saisonnière, travaille aujourd’hui à temps plein, à la vigne comme à la cave. Nathan est à temps complet dans les vignes.

Dans les vignes ou dans les coulisses de la cave

Le caveau de Piolenc accueille les visiteurs pour une simple dégustation. Marion guide aussi deux visites, sur réservation, à partir de quatre personnes. Au premier rang est une balade d’une heure et demie dans le vignoble, face au Massif d’Uchaux, au Mont Ventoux et aux Dentelles de Montmirail.

Backstages ouvre pendant une heure les espaces de la cave habituellement fermés. On y suit le parcours du raisin, de son arrivée à la cave jusqu’à la mise en bouteille. Les deux visites se terminent par une dégustation commentée de quatre vins.

En 2026, le domaine a aussi organisé la quatrième édition des Vendredis Simian, des soirées au vignoble avec musique live les derniers vendredis du mois.

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Les autres domaines de la région Vallée du Rhône

  • Domaine l’Ancienne École

    Sur le plateau qui domine Vinsobres, à 400 mètres, Anna et Wilson Thorburn ont créé le Domaine l’Ancienne École en 2007, dans l’ancienne école du quartier. Leurs 13 hectares de Grenache noir et de Syrah sont conduits en agriculture biologique, certifiée depuis 2014. Le domaine produit du cru Vinsobres et des Côtes du Rhône, dont le Terra Firma 2023, médaille d’or au Concours des Vignerons Indépendants 2025. Deux chambres d’hôtes et trois gîtes partagent une piscine à débordement face au Mont Ventoux.

  • Domaine Barou

    Ancienne ferme de polyculture-élevage passée en agriculture biologique dès 1971, le Domaine Barou s’est tourné vers la vigne avec Emmanuel Barou en 1997. Ses 15 hectares environ de granits altérés se partagent entre Charnas et Limony, en Ardèche. Le domaine y produit du Saint-Joseph, du Condrieu et des IGP Collines Rhodaniennes, surtout à partir de Syrah, de Marsanne, de Roussanne et de Viognier. Couverts semés entre les rangs, petit-lait et préparations biodynamiques 500 et 501 accompagnent le travail des sols.

  • Mas de Libian

    Propriété de la famille Thibon depuis 1670, le Mas de Libian cultive ses vignes à Saint-Marcel-d’Ardèche, sur la rive droite du Rhône. Conduit en bio depuis toujours, il est certifié en biodynamie Demeter depuis 2005 et travaille une partie du sol avec un cheval de trait. Ses 20 hectares de vignes, taillées en gobelet et vendangées à la main, côtoient oliviers, céréales et ruches. Hélène Thibon et sa famille en tirent six vins, en Côtes du Rhône et en Vin de France.

  • Mas des Terrasses

    Repris en 2024 par la famille Voisin, l’ancien Domaine de Graillefiot est devenu le Mas des Terrasses, sur une colline de Sabran à 150 mètres d’altitude. Un peu plus de 7 hectares s’y partagent entre terrasses en Côtes du Rhône Villages et parcelles vallonnées en Côtes du Rhône, sur grès et sables. Conduit en agriculture biologique depuis plus de vingt ans, le domaine vendange à la main et élève trois cuvées en fût de chêne. Il reçoit au caveau et loue deux gîtes au milieu du domaine.

  • Château Clématis

    Créé en 2004 par Xavier Tronc, hors du cadre familial, le Château Clématis cultive 30 hectares à Sainte-Cécile-les-Vignes, dans le Vaucluse. Ses vins relèvent de trois appellations : Côtes du Rhône, Côtes du Rhône Villages Sainte-Cécile et Rasteau. Engagé chez Ecocert depuis 2019, le domaine passe au bio cuvée par cuvée, depuis le Fruité 2020, et reste en partie en conversion. Ses rouges reposent surtout sur le Grenache, à côté d’un blanc boisé et d’un rosé de Cinsault médaillés au Challenge Millésime Bio.

  • Domaine de l’Amandier

    Le Domaine de l’Amandier cultive 18 hectares au nord du Gard, sur Saint-Christol-de-Rodières, Aiguèze et Saint-Julien-de-Peyrolas, à la limite des gorges de l’Ardèche. La quatrième génération y travaille en agriculture biologique depuis 1999, et met son vin en bouteille depuis 2004. La gamme va du Côtes du Rhône L’Incompris(e) aux vins de cépage en IGP Pays d’Oc, plus des bag-in-box et un jus de raisin. Tous se dégustent gratuitement dans un moulin à huile du XVIe siècle à Aiguèze, rouvert en caveau en 2021.

  • Domaine de MasLauris

    À Lauris, entre Luberon et Durance, le Domaine de MasLauris est né en 2011 autour d’un ancien corps de ferme de l’époque vaudoise. Après l’arrachage des vieilles vignes, le vignoble a été replanté en sélection massale à partir de 2014 et compte 12 hectares bio à 300 mètres d’altitude. Vendangées à la main dès 4 heures du matin, à la lampe frontale, ses vignes donnent dix cuvées en AOP Luberon. Margeaux et Chiara Théophile poursuivent aujourd’hui l’aventure avec le vigneron Aurélien Le Tellier.

  • Domaine du Pourra

    Racheté en 1998 par Jean-Christian Mayordome, médecin franco-gabonais, le Domaine du Pourra cultive trois lieux-dits en altitude à Séguret et à Gigondas, jusqu’à 450 mètres. La vigne y est conduite sans intrant chimique depuis 1999, certifiée en agriculture biologique depuis 2012 et travaillée en biodynamie. Au Pourra, le rendement moyen se limite à 9 à 12 hl/ha, et les vins fermentent en cuve béton sans levures ajoutées. Leurs élevages sur lies fines durent souvent de 30 mois à cinq ans, et la boutique propose encore des millésimes de plus de vingt ans.

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