Vignoble Simian
Sommaire
- Une clef, une bastide et deux familles réunies à Piolenc
- 1880, Hippolyte Serguier achète ses premières vignes
- La promesse de Sophie Simian
- 1956, la Simiane rassemble les terres
- Quatre terroirs entre Châteauneuf-du-Pape et le Massif d’Uchaux
- Sables et safres au nord de Châteauneuf-du-Pape
- Les grès de Jocundaz et de la Louronne
- La Combe des Avaux et les terres de Piolenc
- Deux appellations voisines aux histoires très différentes
- Châteauneuf-du-Pape, première AOC viticole de France
- Le Massif d’Uchaux, dénomination depuis 2005
- De la remise en question de 1994 au label Demeter
- Sortir du modèle intensif
- Préparations dynamisées et cycles lunaires
- Quinze cuvées vinifiées parcelle par parcelle
- Des levains faits avec les levures du domaine
- Béton, demi-muids, inox et terre cuite
- Le grenache gris, terrain d’essai
- Finesse et fraîcheur, la signature des vins Simian
- Un caractère par terroir
- Trois vins étoilés au Guide Hachette 2027
- Rencontrer la cinquième génération au caveau de Piolenc
- Florian, Marion et Jean-Pierre
- Dans les vignes ou dans les coulisses de la cave
Une clef, une bastide et deux familles réunies à Piolenc
1880, Hippolyte Serguier achète ses premières vignes
Le Vignoble Simian est un domaine viticole bio et biodynamique de Piolenc, dans le Vaucluse, au nord d’Orange. Son histoire commence avec Hippolyte Serguier, simple ouvrier vigneron. À force d’économies, il achète avec son épouse, en 1880, quelques hectares de vignes à bas prix sur des terres de Châteauneuf-du-Pape.
Les parcelles sont pauvres et mal situées, et l’appellation n’a pas encore sa réputation. La famille est modeste : elle a retrouvé l’acte de notaire d’un emprunt au boulanger, une avance de 400 francs, dont 300 en pain, à rembourser sur cinq ans. Certains grenaches plantés par Hippolyte donnent encore aujourd’hui la cuvée Grandes Grenachières d’Hippolyte.
Son fils Marcel s’installe après la Seconde Guerre mondiale au nord de l’appellation, sur les terres du Grès. Ce choix marque encore la typicité des vins du domaine.
La promesse de Sophie Simian
Le nom du domaine vient d’une autre histoire. Au début du XXe siècle, Sophie Simian possède une bastide et les terres qui l’entourent. Marcelle Ladret travaille à son service depuis des années. Un jour, Sophie perd la clef de sa demeure en promenade, et Marcelle la retrouve en refaisant le chemin.
Sophie lui promet alors qu’un jour, cette clef sera la sienne. Elle tient parole : à sa mort, en 1936, Marcelle et son époux héritent du domaine. Ils restaurent la demeure vieillissante et remettent les terres en état. Ils ont deux filles, Madeleine et Jacqueline.
1956, la Simiane rassemble les terres
Les deux histoires se rejoignent quand Madeleine Ladret épouse Yves Serguier, le fils de Marcel. En 1956, le couple s’installe dans la bastide appelée la Simiane. Les terres de Piolenc, d’Uchaux et de Châteauneuf-du-Pape forment dès lors un seul patrimoine.
Leur seul fils, Jean-Pierre Serguier, reprend le domaine. En 1981, il réalise le rêve de quatre générations : devenir vigneron-récoltant, élever son vin et le mettre en bouteille au domaine. Aujourd’hui, ses enfants Florian et Marion Serguier forment la cinquième génération.
Quatre terroirs entre Châteauneuf-du-Pape et le Massif d’Uchaux
Sables et safres au nord de Châteauneuf-du-Pape
Le domaine conduit 36 hectares, répartis sur quatre terroirs : Châteauneuf-du-Pape, Orange, Piolenc et Uchaux. Les parcelles de Châteauneuf-du-Pape, 7,4 hectares de vignes d’environ 70 ans, occupent la partie septentrionale de l’appellation.
Le sol y est fait de sables et de safres, avec peu de galets roulés. Ce sol meuble laisse les racines descendre facilement et profondément, ce qui réduit le stress hydrique. Il donne aux vins une structure aérienne, un fruité immédiat et un grain tannique très fin. On y trouve grenache noir, syrah, counoise, mourvèdre et cinsault, et en blanc grenache blanc, bourboulenc, roussanne et clairette.
Les grès de Jocundaz et de la Louronne
À une dizaine de kilomètres au nord d’Orange, le domaine cultive 11,2 hectares sur le Massif d’Uchaux, avec des vignes d’environ 50 ans. Deux lieux-dits, Saint-Martin de Jocundaz et La Louronne, ont donné leur nom à des cuvées.
Leurs grès silico-calcaires offrent à la vigne de la chaleur et des réserves en profondeur. Des bois de pins et de chênes verts entourent les parcelles. Grenache noir, carignan, mourvèdre, syrah et counoise y côtoient deux blancs, le grenache gris et le viognier.
La Combe des Avaux et les terres de Piolenc
Les 10,9 hectares de Côtes du Rhône se trouvent en grande partie dans la Combe des Avaux, au pied du Massif d’Uchaux. Sur ces sables siliceux, entourés de pins, de chênes verts et d’oliviers, les vignes ont une quarantaine d’années. Grenache noir, gris et blanc, carignan, mourvèdre et clairette y poussent côte à côte.
Autour du domaine, à Piolenc, 9,6 hectares de sols argilo-calcaires limoneux et profonds donnent les Vins de France. Malgré la plaine, ces parcelles se drainent bien, aidées par l’enherbement. On y cultive syrah, merlot, caladoc, alicante et couston en rouge, rolle, marsanne et sauvignon en blanc.

Deux appellations voisines aux histoires très différentes
Châteauneuf-du-Pape, première AOC viticole de France
Reconnue en 1936, l’AOC Châteauneuf-du-Pape est la première appellation viticole de France. Ses 3 150 hectares couvrent cinq communes, dont Orange. Les galets roulés font sa réputation, mais ses sols sont très divers.
Au nord et à l’est, les sables, grès et marnes de la fin du Tertiaire donnent des vins assez fins, aux tanins soyeux. Treize cépages peuvent entrer dans les vins rouges comme dans les blancs, et le grenache domine la plupart des cuvées.
Le Massif d’Uchaux, dénomination depuis 2005
Le Massif d’Uchaux est une colline très boisée au nord de Châteauneuf-du-Pape. Une partie de son vignoble obtient l’appellation Côtes du Rhône dès 1937. Ses vins passent en Côtes du Rhône Villages en 1983, puis la dénomination géographique arrive en 2005.
Elle s’étend sur cinq communes du Vaucluse, dont Piolenc et Uchaux. L’appellation est réservée aux vins rouges, à base obligatoire de grenache noir, avec syrah et mourvèdre. Son sol, formé au Crétacé supérieur, est surtout calcaire et très caillouteux, riche en grès silico-calcaire. Les vignes y sont installées en coteaux, entre 100 et 280 mètres d’altitude.
De la remise en question de 1994 au label Demeter
Sortir du modèle intensif
Dès 1994, la famille Serguier prend conscience des déséquilibres agronomiques, écologiques et sociaux nés de l’agriculture intensive des années 1970. Elle cherche alors à réduire l’impact de ses pratiques sur l’environnement.
Depuis 2008, tout le vignoble est cultivé selon une approche biodynamique, pour produire un vin bio. Le domaine est contrôlé en agriculture biologique par Ecocert, et obtient la certification Demeter en 2011 pour sa conduite biodynamique. Sa devise pourrait être : « On ne commande la nature qu’en lui obéissant ».
Préparations dynamisées et cycles lunaires
Dans la mesure du possible, les travaux de la vigne et de la cave suivent les cycles lunaires et les rythmes naturels. Des préparations dynamisées vivifient et régénèrent les sols, pour renforcer la résistance naturelle des vignes.
Ici, on ne parle plus de « mauvaises herbes » : l’écosystème doit être préservé. Le domaine recherche des grappes aux peaux épaisses, riches en couleur et en arômes, et une pulpe juteuse à l’acidité stable.
Quinze cuvées vinifiées parcelle par parcelle
Des levains faits avec les levures du domaine
Le domaine ne vinifie qu’avec les levures indigènes de ses grappes, en préparant des pieds de cuve. Pour la famille, des levures du commerce tendraient à uniformiser les vins. Chaque parcelle est vinifiée et élevée à part.
Les vendanges se font parfois en plusieurs passages, pour jouer sur les maturités. C’est surtout le cas des vieilles vignes, complantées de plusieurs cépages. Un tri rigoureux des baies permet de réduire nettement les doses de sulfites. Aucun intrant n’est ajouté jusqu’à la mise en bouteille, et décuvages, soutirages et assemblages suivent le calendrier lunaire.
Béton, demi-muids, inox et terre cuite
Vinifier 15 cuvées demande une cuverie variée. Les rouges sont vinifiés et élevés en cuve béton, et en demi-muids pour certains. Les blancs passent par l’inox, le bois ou la terre cuite.
Le Jocundaz rouge, par exemple, reste 14 à 16 mois en cuve béton. Le Louronne blanc s’élève un an sur lies en demi-muids de chêne français.
Le grenache gris, terrain d’essai
La plupart des cuvées ont une dizaine d’années, mais le domaine continue d’expérimenter. La Louronne et L’Orange, deux vins 100 % grenache gris, sont nés de premiers essais concluants. La Louronne vient des plus vieilles vignes de grenache gris du domaine, environ 80 ans en moyenne. L’Orange est un blanc de macération.
Ces vins rejoignent d’autres « cuvées créatives » : Noria, un blanc de rolle et de sauvignon, et Les Trois Pisseuses, un pétillant naturel de vermentino. La gamme se construit à tâtons, en modifiant quelques composantes à chaque millésime.
Finesse et fraîcheur, la signature des vins Simian
Un caractère par terroir
Assemblages ou vins d’un seul cépage, les vins du domaine se distinguent par leur fraîcheur, leur fruité élégant et leur finesse. La gamme couvre les AOC Châteauneuf-du-Pape, Côtes du Rhône Villages Massif d’Uchaux et Côtes du Rhône, et des Vins de France, en rouge, blanc et rosé.
Chaque terroir a sa marque. Les Châteauneuf-du-Pape jouent la finesse et l’élégance. Les Massif d’Uchaux montrent une fraîcheur étonnante et une subtile minéralité, sur des tanins fins. Les Côtes du Rhône sont fruités, minéraux et gourmands. Les Vins de France de Piolenc misent sur la gourmandise.
Trois vins étoilés au Guide Hachette 2027
Le Guide Hachette des vins 2027 distingue trois vins du domaine : les deux Traversier de Châteauneuf-du-Pape, le rouge 2023 et le blanc 2024, et le Jocundaz rouge 2024 en Massif d’Uchaux.
Le guide citait déjà le domaine dans son édition 2008. Il a retenu Le Traversier dans ses éditions 2024 et 2026, et le Jocundaz dans l’édition 2023. Pour le Traversier rouge 2023, ses dégustateurs évoquent des sables et des grès rouges « vecteur de finesse », et des tanins soyeux.
Rencontrer la cinquième génération au caveau de Piolenc
Florian, Marion et Jean-Pierre
Florian Serguier est installé comme vigneron depuis 2010. Présent à la vigne comme à la cave, il supervise la gestion du domaine et son activité commerciale. Sa sœur, Marion, met ses compétences en communication et en gestion administrative au service du domaine. Leur père, Jean-Pierre, leur cède peu à peu ses prérogatives.
Une petite équipe les entoure. Thomas, maître de chai et commercial, vinifie et élève les vins avec Florian. Christelle suit les ventes et reçoit au caveau. Stéphanie, ancienne saisonnière, travaille aujourd’hui à temps plein, à la vigne comme à la cave. Nathan est à temps complet dans les vignes.



Dans les vignes ou dans les coulisses de la cave
Le caveau de Piolenc accueille les visiteurs pour une simple dégustation. Marion guide aussi deux visites, sur réservation, à partir de quatre personnes. Au premier rang est une balade d’une heure et demie dans le vignoble, face au Massif d’Uchaux, au Mont Ventoux et aux Dentelles de Montmirail.
Backstages ouvre pendant une heure les espaces de la cave habituellement fermés. On y suit le parcours du raisin, de son arrivée à la cave jusqu’à la mise en bouteille. Les deux visites se terminent par une dégustation commentée de quatre vins.
En 2026, le domaine a aussi organisé la quatrième édition des Vendredis Simian, des soirées au vignoble avec musique live les derniers vendredis du mois.
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