Le Château de Passavant, domaine familial du Haut-Layon certifié agriculture biologique depuis 1998 et biodynamie Demeter, signe ici une cuvée singulière dédiée au Chenin de macération.
Une identité libre et audacieuse
Une vision du Chenin en mode nature
Ch’nin Fusée incarne une lecture radicale du Chenin de Loire. Cette cuvée revendique un positionnement vin orange, classé en Vin de France (VDF), affranchi des cahiers des charges d’appellation. Elle explore une voie expérimentale au sein de la gamme du domaine, avec une approche clairement nature, sans filtration ni sulfites ajoutés.
Le domaine parle d’« une véritable infusion de Chenin », évoquant une matière extraite en douceur mais en profondeur. Le profil recherché se veut peu oxydatif, peu amer, mais très tannique, destiné à un public averti. L’objectif n’est pas la facilité, mais l’expression structurée d’un Chenin en macération carbonique.
Terroir ligérien et ancrage schisteux
Cette cuvée provient du sud de l’Anjou, dans la vallée du Layon, sur des sols limono-argileux sur schistes. Les schistes verts du Layon apportent tension et minéralité, tout en conservant une fraîcheur naturelle favorable aux vinifications de macération blanche.
Le Chenin, cépage emblématique de la Loire, s’exprime ici différemment. Sa forte acidité naturelle et sa richesse phénolique lui permettent de supporter une macération pelliculaire prolongée. Cette base variétale solide autorise une extraction maîtrisée des tanins et des composés aromatiques.
Une viticulture biodynamique exigeante
Conduite en agriculture biologique et biodynamie Demeter
Les raisins de Ch’nin Fusée sont issus d’un vignoble certifié bio et biodynamique Demeter. Cette double certification engage des pratiques strictes, à la vigne comme en cave. Aucun herbicide ni produit de synthèse n’intervient. Les préparats biodynamiques rythment les cycles végétatifs.
Cette exigence vise à produire des raisins sains, équilibrés et concentrés. Dans le cadre d’un vin orange sans sulfites ajoutés, la qualité sanitaire devient stratégique. La macération carbonique en grappes entières exige des baies intactes et parfaitement mûres.
Vendanges manuelles et sélection rigoureuse
La récolte est effectuée manuellement. Ce choix s’impose pour préserver l’intégrité des grappes destinées à la macération carbonique avec rafles. Chaque grappe doit rester entière pour favoriser la fermentation intracellulaire.
La sélection privilégie une maturité suffisante afin de garantir équilibre et stabilité naturelle. L’acidité totale mesurée à 2,74 g/L confirme un profil tendu. Le degré acquis modéré, à 11,75 % vol., traduit une recherche de fraîcheur et de buvabilité.
Une vinification de caractère
Macération carbonique de Chenin en grappes entières
La singularité de Ch’nin Fusée repose sur une macération carbonique de 10 à 11 jours avec rafles. Les grappes entières sont placées en cuve saturée en CO₂. Une fermentation intracellulaire se déclenche à l’intérieur des baies.
Cette technique, plus fréquente sur cépages rouges, confère ici au Chenin un profil inattendu. Elle extrait tanins et arômes sans brutalité. Le domaine évoque un vin orange peu oxydatif mais structuré. La trame tannique devient un axe central du style.
Après la macération, le pressurage sépare jus et parties solides. Le moût poursuit sa fermentation, probablement avec levures indigènes, cohérentes avec l’approche nature.
Élevage en ovoïde béton et mise en bouteille sans filtration
L’élevage s’effectue en cuve ovoïde béton. Cette forme favorise les mouvements naturels de convection et maintient les lies fines en suspension. Le vin gagne en texture et en complexité sans apport aromatique boisé.
La mise en bouteille intervient sans filtration ni sulfites ajoutés. Le taux de SO₂ total inférieur à 10 mg/L atteste de cette démarche minimaliste. Cette absence d’intrants renforce l’authenticité mais exige rigueur et précision.
La production reste confidentielle, inscrivant cette cuvée dans une logique artisanale et expérimentale.
Un vin orange ligérien à forte personnalité
Expression sensorielle du Chenin de macération
La robe présente une teinte jaune soutenu à orangé clair, typique d’un blanc de macération. Une légère turbidité peut apparaître, conséquence logique d’une absence de filtration.
Le nez développe un registre complexe. On retrouve des fruits jaunes mûrs, des zestes d’agrumes et des notes d’infusion. Le profil demeure peu oxydatif, fidèle à la volonté du domaine. Des nuances épicées et légèrement végétales complètent l’ensemble.
En bouche, la structure surprend. Les tanins de peau apportent un toucher presque rouge. L’acidité du Chenin soutient l’équilibre. La finale saline et légèrement amère prolonge la dégustation avec énergie.
Accords gastronomiques et conseils de service
Le domaine suggère un accord avec des sashimis de poissons gras et sauce soja. Cette association souligne la tension et la trame tannique du vin.
D’autres pistes cohérentes incluent :
• Cuisine asiatique légèrement épicée
• Volaille rôtie aux agrumes
• Fromages de chèvre affinés de Loire
Un service autour de 12 °C révèle la complexité sans durcir les tanins. Un carafage de vingt minutes optimise l’expression aromatique.
Positionnement et reconnaissance
Une cuvée identitaire dans la gamme
Au sein de la gamme du château, Ch’nin Fusée occupe une place à part. Elle complète les Anjou, Coteaux du Layon et autres cuvées classiques en proposant une interprétation libre du Chenin.
Son classement en Vin de France traduit une volonté d’indépendance stylistique. L’étiquette revendique clairement l’esprit vin nature biodynamique et l’expérimentation maîtrisée.
Une expérience pour amateurs éclairés
Le domaine qualifie cette cuvée d’« expérience œnologique pour public averti ». Cette mention souligne son caractère affirmé. La structure tannique et l’absence d’intrants la destinent aux amateurs curieux de vins orange de Loire.
Le potentiel de garde peut raisonnablement atteindre 3 à 5 ans en cave saine. Avec le temps, le Chenin macéré développera des notes de fruits secs, d’épices et de miel.
Ch’nin Fusée illustre ainsi la capacité du Chenin du Layon à se réinventer. Entre biodynamie Demeter, macération carbonique et élevage en œuf béton, cette cuvée trace une trajectoire singulière dans le paysage des vins orange français.