Château de Passavant
Sommaire
- De la forteresse de Foulques Nerra au chai de 1975
- Une place forte face au Poitou
- 1900, Jules Falloux fait entrer la vigne au château
- Quatrième et cinquième générations au travail
- Vers l’« organisme agricole » de Rudolf Steiner
- Bio dès 1998, Demeter en 2011
- 52 brebis charmoises entre les rangs
- Des gestes datés, des effluents aux bouteilles réemployées
- Les schistes du Haut-Layon, dans l’Anjou noir
- À la source du Layon
- Schistes verts, briovériens et métagrauwacke
- Chenin, Cabernet Franc et Grolleau noir
- Du liquoreux au vin orange, ce que donnent les schistes de Passavant
- Les chenins, secs ou botrytisés
- Les rouges de Cabernet Franc
- Penser Nature, sans sulfites ajoutés
- Passer au château de Passavant
- Dégustations et visites du chai
- De Passavant-sur-Layon au Danemark
De la forteresse de Foulques Nerra au chai de 1975
Une place forte face au Poitou
Le Château de Passavant est à la fois un monument et un domaine viticole en biodynamie. Il se dresse à Passavant-sur-Layon, au sud de l’Anjou, dans le Haut-Layon. Le domaine s’étend sur 70 hectares, dont 56 hectares de vignes conduites en bio et certifiées Demeter.
La place forte date du premier quart du XIe siècle. Le comte d’Anjou Foulques Nerra l’a créée face au Poitou, sur le haut Layon. Ruinée, elle est reconstruite après 1210 avec une enceinte cantonnée de tours. Un logis à haute tour d’escalier s’y ajoute au XVe siècle, avant que les huguenots ne ravagent le château en 1574.
Le lieu n’a ensuite été que médiocrement réoccupé. Vers 1930, on le réaménage en maison viticole, avec ses celliers, et c’est ce qui le sauve de la ruine complète. L’ensemble du château, douves comprises, est inscrit aux Monuments historiques depuis le 9 août 1999.
1900, Jules Falloux fait entrer la vigne au château
L’histoire viticole commence en 1900, quand Jules Falloux achète le château. Avec ses deux frères, il avait fait fortune en arrachant et en replantant une partie du vignoble d’Anjou et de Saumur, après la crise du phylloxéra. Il épouse Marie Derouet, qui possède des vignes sur la commune, et lance l’activité viticole au château.
Leur fils Jean reprend le domaine. En 1952, il participe à la création de la Confrérie des Fins Gousiers d’Anjou, pour faire connaître le Cabernet d’Anjou. En 1965, sa fille Noëlle Falloux et son mari Jean David prennent la suite. Ils construisent le chai actuel en 1975 : la production quitte alors le château pour le chai.
Le couple vinifie des vins secs, rouges et blancs, destinés à la restauration. Le vignoble passe d’une vingtaine à une quarantaine d’hectares. Noëlle et Jean se tournent vers une clientèle professionnelle, et les liens noués alors durent encore aujourd’hui.
Quatrième et cinquième générations au travail
À leur retraite, Claire et Olivier Lecomte reprennent le domaine avec François David, le frère de Claire. Associés au sein de la SCEA David-Lecomte, ils le gèrent depuis 1993. Le vignoble atteint 65 hectares en 1996. En 2013, François David s’en va, et Lucie Chené prend la vinification en main.
Le 1er janvier 2024, Lucie Chené et Aubin Lecomte s’installent à leur tour. La quatrième et la cinquième génération dirigent désormais le domaine ensemble. Les vinifications se font dans un chai moderne, qui tranche avec les tours séculaires du château fort.

Vers l’« organisme agricole » de Rudolf Steiner
Bio dès 1998, Demeter en 2011
La conversion à l’agriculture biologique démarre en 1998, pour une certification en 2001. Afin de préparer la biodynamie, la famille ramène le vignoble à 55 hectares en 2005. La transition commence en 2007, et le domaine obtient la certification Demeter en 2011. Cette démarche vaut à la vigne comme à la cave.
Vignes, prairies et bosquets forment un ensemble groupé. Demeter y voit un domaine qui pourrait s’approcher de l’« organisme agricole » décrit par Rudolf Steiner. En 2021, la famille achète 15 hectares de prairie, dont une partie des sols est classée en AOC. Le château est aussi membre de la Renaissance des Appellations.
Le travail à la vigne commence par l’observation des parcelles, puis passe par la prévention. Des décoctions de plantes et des apports de minéraux renforcent les défenses des ceps. Quand la pression du mildiou ou de l’oïdium devient trop forte, l’équipe protège les vignes à la bouillie bordelaise et au soufre de mine. Haies et taillis abritent une biodiversité qui aide à réguler les nuisibles.
52 brebis charmoises entre les rangs
À l’été 2021, 52 brebis charmoises arrivent au domaine. L’idée : passer moins souvent le tracteur pour gérer l’herbe, et laisser le troupeau la valoriser. Les brebis entrent dans les vignes à la fin de la sénescence et y restent pendant la dormance, en automne et en hiver.
La charmoise est une race à viande, et les premiers agneaux sont nés dans les vignes. Le troupeau entretient une partie des sols et fournit des agneaux au domaine. La famille pratique aussi la rotation des cultures. Elle s’est lancée dans l’agroforesterie, avec 2,5 hectares de nouvelles vignes plantées sous ce mode.
Des gestes datés, des effluents aux bouteilles réemployées
Le domaine a aussi engagé, étape par étape, une série de mesures concrètes :
- 1998 : traitement des effluents viticoles
- 2004 : récupération des eaux de pluie pour les traitements de la vigne
- 2012 : panneaux photovoltaïques de 85 kW sur le toit du chai
- 2019 : voiture électrique et borne de recharge
- 2021 : 10 ruches installées dans le vignoble avec un apiculteur amateur
- 2022 : premières bouteilles réemployables avec Bout’ à Bout’




Les schistes du Haut-Layon, dans l’Anjou noir
À la source du Layon
Le Layon est un affluent de la Loire. Il prend sa source au sud du Maine-et-Loire, à la limite des Deux-Sèvres. Le château se trouve justement à cette source. La rivière a donné son nom à l’AOC Coteaux du Layon, des liquoreux issus de tries successives et manuelles.
L’Anjou se partage en deux grands ensembles géologiques. À l’est, le tuffeau du Bassin parisien forme l’Anjou blanc. À l’ouest, les terrains schisteux du Massif armoricain forment l’Anjou noir, qui donne des rouges, des blancs secs et des liquoreux de chenin. Passavant travaille un terroir de schistes.
Schistes verts, briovériens et métagrauwacke
Le domaine indique la roche de chaque cuvée sur ses fiches. Une bonne partie des vins vient de l’altération de schistes verts. Le Jarret de Montchenin et le Foulque Nerra poussent sur des schistes briovériens. Le Blanc Bec, le Crémant rosé et les Penser Nature Ancestrale viennent de métagrauwacke.
Plusieurs Penser Nature naissent sur des sables argileux micacés posés sur le schiste, d’autres sur des sables et graves. Aux Nepperons, une parcelle en coteau, les schistes sont très proches de la surface. Quant au lieu-dit Les Plantes, il donne son nom à un chenin sec de schistes verts.
Chenin, Cabernet Franc et Grolleau noir
Trois cépages dominent : le Chenin, le Cabernet Franc et le Grolleau noir. Quelques hectares de Cabernet Sauvignon, de Chardonnay, de Sauvignon blanc et de Grolleau gris complètent l’encépagement. Le domaine en tire sept appellations et trois gammes.
La récolte se fait à la main ou à la machine, selon la cuvée. Les chenins de garde et les liquoreux sont cueillis à la main, par tries. L’Anjou Rouge, le Rosé de Loire et le Blanc Bec sont vendangés à la machine. Les ancestrales et le Ch’nin Fusée arrivent au chai en caisses ajourées.
Du liquoreux au vin orange, ce que donnent les schistes de Passavant
Les chenins, secs ou botrytisés
L’Anjou Blanc donne le ton : un chenin sec vinifié simplement en cuve inox, sur la fraîcheur et la tension des schistes. Récolté par tries, au début de la botrytisation, il reste 6 à 12 mois sur lies fines. Le Guide Hachette 2024 a donné deux étoiles au millésime 2022, produit à 30 000 bouteilles.
Le Jarret de Montchenin réunit les meilleurs raisins de chenin, vendangés à la main par tri. Il fermente puis s’élève 12 à 15 mois en barrique de chêne français. Le millésime 2001 a reçu deux étoiles au Guide Hachette 2004, et le 2014 a obtenu 95/100 au Decanter Panel Tasting.
Côté moelleux, le Coteaux du Layon cherche l’équilibre entre gourmandise et vivacité. L’acidité des schistes le garde léger, sur le chèvrefeuille et le miel. Les années qui s’y prêtent, Les Greffiers pousse la botrytisation à 50 % et plus, pour un liquoreux fermenté et élevé en barrique.
Les rouges de Cabernet Franc
L’Anjou Rouge assemble 90 % de Cabernet Franc et 10 % de Grolleau noir. Macéré 5 à 7 jours et élevé en cuve, il reste léger, sur les petits fruits rouges et noirs. L’Anjou-Villages Origine, que la famille tient pour sa cuvée iconique, ajoute 15 % de Cabernet Sauvignon au Cabernet Franc.
Les Nepperons est une cuvée parcellaire de Cabernet Franc, intense et structurée. L’Anjou-Villages Foulque Nerra porte le nom du bâtisseur du château. Il rassemble les meilleurs cabernets du domaine, et seuls certains millésimes le voient naître. Macération longue et barrique de chêne français donnent un rouge dense, qui s’étoffe avec les années de garde.
Penser Nature, sans sulfites ajoutés
La plupart des Penser Nature portent le nom d’un seul cépage. Le Cabernet Sauvignon et le Grolleau Noir passent en macération carbonique, grappes entières, sans sulfites ajoutés. Le but : un bouquet intense, tiré des arômes du cépage. Le Grolleau noir y montre ses notes de poivre vert.
Le chai compte aussi des cuves ovoïdes en béton de 17 hl. Le Blanc d’Œuf, un chenin, y fermente et s’y élève en mouvement sur ses lies. Le Blanc Bec y fait du Grolleau noir, pressé directement, un blanc perlant. Tous deux sortent non filtrés et non sulfités.
Le Ch’nin Fusée va plus loin. Ce chenin passe en macération carbonique et devient un vin orange très tannique, sans être oxydatif. Il sort lui aussi sans filtration ni sulfites.
Pour les bulles, le Crémant de Loire assemble 60 % de Chenin, 20 % de Chardonnay et 20 % de Cabernet Franc. Il passe 12 mois au moins sur lattes. Le Crémant rosé y reste 24 mois. Les Penser Nature Ancestrale, elles, se passent de liqueur de tirage comme de liqueur d’expédition.
Passer au château de Passavant
Dégustations et visites du chai
Le domaine reçoit les visiteurs pour des dégustations. Elles sont gratuites pour les particuliers et deviennent payantes pour les groupes de plus de 8 personnes. Le domaine propose aussi la visite de la cave, du chai et du vignoble.
De Passavant-sur-Layon au Danemark
Le château produit en moyenne 120 000 bouteilles par an. Il les vend sur place et en ligne, chez des cavistes, dans des magasins bio et en restauration. Une partie part à l’export, entre autres au Danemark, en Belgique, aux États-Unis et en Allemagne.
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