Clos Lapeyre
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Région viticole
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18ha
Surface du vignoble
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1985
Année de fondation
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En bio depuis 2002
Sommaire
Une ferme à fraises devenue clos à Jurançon
Le Clos Lapeyre cultive 18 hectares de vignes blanches sur les coteaux de Chapelle-de-Rousse, à Jurançon, dans le Béarn. Le vignoble est engagé en agriculture biologique depuis 2002 et travaillé en pratiques biodynamiques. Il produit des Jurançon secs, des Jurançon moelleux et quelques vins nature en vin de France.
1920, des vaches, des fraises et un peu de vigne
Jean Larrieu achète l’exploitation en 1920. Son fils Marcel y développe l’élevage bovin et la culture des fraisiers, à côté de la vigne.
En 1984, elle compte 16 hectares. On y trouve 12 hectares de prairies pour 25 vaches blondes d’Aquitaine et 3,5 hectares de vignes, dont la récolte part à la cave coopérative de Gan. Un demi-hectare de fraisiers en coteaux donne alors 10 à 12 tonnes de fraises par an, vendues à Pau. Elles assurent les deux tiers du revenu.
1985, un petit chai monté avec Marcel
De retour de ses études de viticulture et d’œnologie, Jean-Bernard Larrieu, troisième génération, aménage un petit chai de vinification avec son père. Nous sommes en 1985 : le Clos Lapeyre est né. Le domaine cultive, vinifie, élève, met en bouteilles et vend lui-même.
La spécialisation se fait par étapes. Le caveau de dégustation ouvre en 1988. En 1991, la ferme arrête les fraises et les bovins. Un premier salarié arrive en 1992, avec un pressoir pneumatique, puis le chai de vieillissement en fûts s’agrandit en 1994.
Une équipe de neuf personnes
En 2004, le Clos Lapeyre reprend le vignoble de Nays-Labassère, de vieilles vignes au cœur du village. Le vignoble comptait une dizaine d’hectares en 2000. Il en couvre aujourd’hui 18, répartis en sept îlots de 1 à 6 hectares.
En 2022, l’équipe compte neuf personnes, soit sept emplois à temps plein. Jean-Bernard Larrieu travaille à la vigne et à la cave avec Christian. Mathieu, Fred et Romain sont vignerons polyvalents.
Des terrasses pionnières, puis le retour à la pente
Parmi les premières terrasses de Jurançon
Entre 1972 et 1975, la famille plante 5 hectares, dont 3 en terrasses. Avec celles du domaine voisin Camin Larredya, ce sont les premières terrasses de l’appellation. Elles dessinent deux cirques contigus sur le versant de Lapeyre, dont la partie haute est replantée entre 1982 et 1984.
Les terrasses ont permis de travailler sans danger des versants très raides. Elles couvrent aujourd’hui environ 8 hectares. Sur les parcelles abruptes, les talus atteignent 6 à 8 mètres de haut, et la densité tombe à 1 000 ou 1 100 pieds par hectare.
Le cirque du Bish, tout en Petit Manseng
Le cirque du Bish est planté entre 1994 et 1998, entièrement en terrasses de Petit Manseng. Ses 2 hectares s’ouvrent au levant, sur un sol peu évolué d’argiles à galets. Les parcelles Navaillés (Gros Manseng, 1991) et Poudempa (Petit Manseng, 1993) font chacune un hectare.
Mantoulan, replanté dans le sens de la pente
Avec les années, le domaine a constaté un revers : le terrassement bouleverse les horizons du sol et freine l’enracinement en profondeur. Il plante donc de nouveau dans le sens de la pente, sans terrasse, comme autrefois. Un tracteur à chenilles étroit rend la chose possible, même sur sol détrempé.
Le lieu-dit Mantoulan, à 500 mètres à l’ouest du clos, en est l’exemple. Cet ancien terroir réputé est replanté de 2000 à 2008 en haute densité, près de 6 000 pieds par hectare, avec des plants de sélection massale : Petit Manseng, Courbu et Camaralet. Le premier vin sort en 2006.
Poudingue, pluies d’hiver et vent d’Espagne
Des coteaux entre 300 et 400 mètres
Le vignoble occupe le haut du plateau, entre 300 et 400 mètres d’altitude. Les expositions vont du plein sud, face au pic du Midi d’Ossau, au sud-est et au sud-ouest. Sur Chapelle-de-Rousse, le relief sépare des versants hauts et pentus, tournés au sud, et des cirques ouverts au levant, chauds et abrités des vents d’ouest.
Les sols limono-argileux reposent sur le poudingue de Jurançon, une roche riche en galets et en graviers siliceux. Par endroits, sur le versant sud, ils restent minces et laissent affleurer le poudingue. Failles et lessivage donnent des sols très variés, que l’équipe travaille chacun à sa façon.
1 200 mm de pluie et des automnes secs
À 100 kilomètres de l’océan, le climat est océanique et doux. Il tombe environ 1 200 mm de pluie par an, surtout l’hiver et au printemps. L’été amène des orages, parfois de la grêle. L’automne, lui, reste souvent sec et doux, porté par les vents chauds d’Espagne : le Vent Balaguèr et la Balaguera.

L’altitude creuse l’écart entre le jour et la nuit. La maturation est lente, les acides du raisin se dégradent peu, et les vendanges commencent rarement avant le 5 ou 10 octobre, même pour les secs. C’est ce qui garde de la vivacité aux moelleux.
Des murs de feuillage de 2,50 mètres
Le Gros et le Petit Manseng débourrent dès la fin mars et mûrissent en octobre ou en novembre. Ces cépages poussent fort et demandent un palissage haut, solide face aux vents d’ouest. L’été, les rangs forment des murs de végétation de 2,40 à 2,50 mètres.

Les rendements restent bas : 33 hl/ha en 2018, 28 en 2019 et 27 en 2020. Il faut 2 à 3 kg de Petit Manseng pour un litre, contre 1,3 kg pour un raisin ordinaire.
Une conversion engagée en 2002, des préparats depuis 2013
Dix hectares convertis d’abord
En 2002, le domaine officialise auprès de l’organisme Qualité France la conversion des 10 hectares de Lapeyre, où l’équipe travaillait déjà selon ce mode de culture. Il est certifié en agriculture biologique depuis 2005. Le vignoble de Nays, repris en 2004, entame sa conversion la même année.
Depuis 2013, l’équipe applique aussi des préparats biodynamiques et suit un calendrier lunaire, pour stimuler la vie du sol et la vitalité des plantes. Le domaine n’est pas certifié en biodynamie.
Compost maison, chaux et sous-solage
Chaque type de sol a son traitement. Les parcelles de pente moyenne, riches en argile, sont travaillées. Là où l’eau s’évacue mal, un sous-solage suit les vendanges. Le domaine apporte de la chaux et un compost qu’il produit lui-même.
Au printemps, le sol est travaillé sur le rang et entre les ceps, pour l’aérer et pousser les racines vers le bas.

Le Lapeyre sec, une exception dans la gamme
Un vin fait exception. Le Lapeyre sec, Jurançon sec de Gros Manseng élevé en cuve, provient surtout de raisins du vignoble Herrua, cultivé en agriculture raisonnée par un autre vigneron. L’équipe du clos les vendange et les vinifie elle-même. Ce vin n’est donc pas issu de raisins biologiques, contrairement aux cuvées du domaine.
Mansengs passerillés et vins libres
Le domaine sort, selon les années, de 5 à 9 vins blancs, pour 60 000 à 90 000 bouteilles. Le vignoble compte environ 60 % de Petit Manseng, le reste en Gros Manseng, avec un millier de pieds de Courbu et des replantations récentes de Courbu et de Camaralet. La cave reste simple : cuves inox pour les vins de fruit, barriques, demi-muids et foudres pour les cuvées.
Vitatge Vielh et Mantoulan, deux secs de garde
Le Vitatge Vielh vient de trois parcelles de Nays âgées de 60 à près de 100 ans, où Gros Manseng, Petit Manseng et Courbu poussent mêlés. Il fermente en demi-muids de 600 litres et en foudres, puis passe deux hivers au domaine. Le vin est ample, épicé, avec des notes grillées.

Le Mantoulan assemble 70 % de Petit Manseng, 15 % de Courbu et 15 % de Camaralet, élevés un an sur lies en foudres. Le Courbu et le Camaralet, plus précoces, tempèrent la richesse en sucre du Petit Manseng. En 2014 et en 2020, ce sucre était si haut que la cuvée n’a pas été produite.
Le guide de la Revue du vin de France, dans son édition 2023, a noté le Mantoulan 2016 96 sur 100. Le Guide Hachette des vins 2018 a donné deux étoiles au Vent Balaguèr 2015.
Des moelleux trie après trie, jusqu’en décembre
Pour les moelleux, on ne coupe que les grappes, ou les morceaux de grappes, dont les grains ont flétri sur pied. Le soleil et les vents du sud concentrent sucres et acidité : c’est le passerillage. Le Lapeyre moelleux marie deux tiers de Gros Manseng et un tiers de Petit Manseng, cueillis en deux tries entre mi-octobre et mi-novembre.
La Magendia, pur Petit Manseng, tire son nom de l’occitan mage, « meilleur » : on n’y prend que les grappes les plus passerillées. Ses raisins se cueillent en novembre, en deux à quatre tries, parfois jusqu’en décembre. La Balaguera, souvent vendangée fin novembre, ne naît pas tous les ans.
Vent Balaguèr, séché sur les clayettes à fraises
Pour le Vent Balaguèr, le Petit Manseng cueilli en surmaturité finit de sécher sur des clayettes, celles qui servaient aux fraises. Elles sortent au soleil et rentrent au chai quand il pleut. Il faut alors 4 à 5 kg de raisin pour un litre de jus. Le vin passe deux ans en fûts neufs, et son étiquette reprend une peinture de l’artiste Chahab.
Evidéncia, Amaros et Lo Pecic, les vins libres
Trois vins nature complètent la gamme. Evidéncia, un sec sans sulfites ajoutés, vient des vieilles vignes du Vitatge Vielh et s’élève neuf mois en demi-muids. Amaros est un vin orange de Gros Manseng, macéré dix mois en demi-muids et en dolia, une jarre de terre cuite. Lo Pecic est un pétillant naturel de Gros Manseng, le vin « qui picote la langue ».
Dans l’appellation Jurançon, en réseau
Cinq cépages autorisés, deux Mansengs dominants
L’appellation Jurançon autorise cinq cépages, mais ses vins doivent beaucoup aux deux Mansengs. Ils sont déjà identifiés à la fin du XVIIIe siècle, au temps des États du Béarn. Jadis, le Gros Manseng assemblé au Courbu donnait des vins doux bus jeunes dans les auberges, et le Petit Manseng était gardé pour les cuvées en bouteille.
Une Cuma, un GIE et l’export
En 1986, Jean-Bernard Larrieu partage une douzaine d’outils viticoles avec les vignerons du village, par la Cuma de Chapelle-de-Rousse. Depuis 1997, le clos participe à la Route des vins du Jurançon, qui gère la Maison des vins de Lacommande.
En 1998, la vente aux cavistes et aux restaurants passe par un GIE de vignerons amis, devenu depuis Expressions Sud-Ouest. Il réunit des vignerons de Jurançon, Madiran, Gascogne, Fronton, Gaillac, Cahors, Bergerac et Buzet. Un tiers de la production part à l’export, dans une vingtaine de pays.
Venir à Chapelle-de-Rousse
La Jurançonada, une heure à pied dans les vignes
Le sentier de la Jurançonada traverse les vignes du Clos Lapeyre et du domaine voisin Camin Larredya. Il est en accès libre, balisé de flèches vertes, et dure environ une heure. Ses 14 étapes audio racontent l’histoire de « Hadot le vigneron », entre cépages, sols et travaux de la vigne.
Un musée d’outils et l’ancien poulailler
Au domaine, on déguste les Jurançon secs et moelleux, on visite le chai et un petit musée d’outils anciens. L’accueil se fait en français, en occitan, en anglais et en espagnol.
Pour les groupes, l’ancien poulailler, la Poralhera en béarnais, a été rénové en 2010 en salle de réception exposée plein sud. Elle reçoit jusqu’à 50 personnes, face au vignoble et aux Pyrénées.

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