Coteaux des Travers
Sommaire
- Le versant du soleil levant, une famille de Rasteau depuis 1920
- Des premières vignes aux premières bouteilles
- Une docteure en chimie et un ingénieur reviennent en 2016
- Du bio à la biodynamie, pas à pas
- Des engrais chimiques arrêtés à la certification Biodyvin
- Bouse de corne, silice et compost Maria Thun
- Des arbres, des nichoirs et un enherbement semé
- Rasteau, Cairanne et Massif d’Uchaux, trois terroirs du Rhône méridional
- À Rasteau, une quinzaine de parcelles exposées plein sud
- À Cairanne, l’argile rouge qui a nommé Terra Rosea
- Les lauzes du Massif d’Uchaux, 30 hectares à reconstruire
- Du bois, du béton et de la terre cuite au chai
- Vendanges manuelles et cuverie panachée
- Des Rasteau fruités aux vieilles vignes de 60 à 90 ans
- Quatre vins doux naturels de grenache
- Le caveau de 1970, à l’entrée du village
Le versant du soleil levant, une famille de Rasteau depuis 1920
Des premières vignes aux premières bouteilles
Le Domaine des Coteaux des Travers est un domaine familial de Rasteau, dans le Vaucluse, en vallée du Rhône. Il tire son nom du mot « Travers », qui désigne le côté exposé au soleil levant. La famille Charavin y produit aujourd’hui des vins bio certifiés en biodynamie, sur trois terroirs voisins.
L’histoire commence en 1920. Cette année-là, l’arrière-grand-père de Marine et Paul plante et cultive les premières vignes du domaine. Il faut attendre 1976 pour que Robert Charavin Senior commercialise les premières bouteilles produites sur place.
Son fils, Robert Charavin, reprend l’exploitation en 1984. Il développe des cuvées singulières et change peu à peu la conduite du vignoble. Paul raconte que beaucoup de gens n’ont alors pas reconnu les vins : la transition a été délicate. C’est Robert qui a engagé le domaine en bio, puis en biodynamie.
Une docteure en chimie et un ingénieur reviennent en 2016
Enfants, Marine et Paul capsulaient les bouteilles debout sur des chaises, à la chaîne d’embouteillage. Ils n’en ont pas fait tout de suite leur métier. Robert les a encouragés à suivre les études de leur choix. Marine a obtenu un doctorat en chimie organique thérapeutique. Paul est devenu ingénieur en génie industriel, puis a vécu deux ans en Australie.
Pendant sa thèse, Marine pensait déjà au domaine. Revenue à Rasteau, elle a fait ses premières vendanges et ses premières vinifications, et elle a accroché. Robert avait commencé à parler de vendre le domaine. Paul est rentré en mars 2016. Tous deux trouvaient regrettable de s’arrêter à la quatrième génération.
Depuis 2016, ils travaillent aux côtés de leur père. Marine suit les cuvées et participe à l’élaboration des vins. Paul se consacre surtout au travail de la vigne et à l’apprentissage des pratiques biologiques et biodynamiques. Ils se disent très curieux, toujours en quête d’améliorations, et ont testé des vinifications en amphore.



Du bio à la biodynamie, pas à pas
Des engrais chimiques arrêtés à la certification Biodyvin
Robert n’a pas basculé d’un coup. Dans les années 1990, il arrête les engrais chimiques. Il voulait des vignes plus fortes avant de passer en bio. En 2003, il arrête totalement le désherbage, puis en 2006 l’usage des produits systémiques.
Le domaine s’engage en agriculture biologique en 2007 et obtient la certification AB en 2010. Le bio ne suffit pourtant pas à Robert, qui juge ses sols pas encore assez sains. Un ami vigneron de Suzette, déjà en biodynamie, lui fait découvrir cette approche. Il suit des réunions, puis des formations plus techniques.
La démarche biodynamique démarre en 2010 et décroche un premier label en 2013. Depuis 2018, le domaine est certifié Biodyvin. Il figure dans la liste des membres de ce syndicat de vignerons en biodynamie, parmi les domaines de Rasteau.
Bouse de corne, silice et compost Maria Thun
Le domaine utilise surtout trois préparations. La bouse de corne fermente six mois sous terre, dans des cornes, pendant l’hiver. Elle est pulvérisée à 100 g par hectare, au printemps et à l’automne, entre 15 et 16 heures (heure d’hiver). Elle structure le sol et augmente son activité microbienne.
La silice de corne passe, elle, l’été sous terre. Dynamisée une heure dans de l’eau de pluie, elle est pulvérisée à 4 g par hectare sur les parties aériennes de la vigne, avant 8 heures du matin. Le compost de bouse Maria Thun complète le trio : il favorise la décomposition de la matière organique dans le sol.
Les passages suivent le calendrier lunaire. Les jours racines servent au travail du sol, les jours fruits aux vendanges et à la mise en bouteille. Depuis le passage en biodynamie, la famille observe le retour des lombrics, des araignées et des coccinelles. Elle dit aussi trouver davantage de finesse dans ses vins, ce qui l’a conduite vers des cuvées parcellaires.
Des arbres, des nichoirs et un enherbement semé
Deux autres chantiers visent la biodiversité. Le premier est l’agroforesterie : des arbres sont plantés en bordure des parcelles et au sein de celles-ci, dont des arbres fruitiers. Ils doivent faire revenir les mésanges et les chauves-souris, prédatrices des ravageurs de la vigne. Des nichoirs et des perchoirs à rapaces complètent le dispositif.
Le second est l’enherbement de l’inter-rang. La famille y sème graminées, légumineuses et céréales, qui nourrissent le sol, attirent les pollinisateurs et limitent l’érosion. Pour dégager le pied des souches sans désherbant, le domaine travaille depuis le printemps 2020 avec un cadre cultivateur bineuse-intercep, acquis grâce à une aide du FEADER et de la Région.

Rasteau, Cairanne et Massif d’Uchaux, trois terroirs du Rhône méridional
À Rasteau, une quinzaine de parcelles exposées plein sud
Le domaine exploite 10 hectares sur la commune de Rasteau, répartis en une quinzaine de parcelles. La plupart regardent plein sud. Certaines occupent des terrains secs et caillouteux de garrigue, d’autres des coteaux argilo-calcaires riches en marnes. La famille en tire des rouges ronds, structurés et épicés.
L’appellation Rasteau a d’abord été reconnue en 1944 pour ses vins doux naturels. Elle couvre aujourd’hui ces vins mutés et les vins rouges tranquilles. La zone s’adosse au relief de Cairanne et Rasteau, entre l’Aygues et l’Ouvèze. Le vignoble s’y étage surtout entre 160 et 290 mètres, sur des pentes tournées vers le sud.
À Cairanne, l’argile rouge qui a nommé Terra Rosea
À Cairanne, les vignes de la famille sont regroupées au sud de l’appellation, sur 2 hectares. Le sol est argilo-limoneux, avec peu de sable mais une forte concentration en fer. Ce fer donne à la terre sa couleur rouge, et c’est lui qui a inspiré le nom de la cuvée Terra Rosea.
Ancien Côtes du Rhône Villages, Cairanne est devenu un cru à part entière en février 2016, avec effet dès la récolte 2015. L’appellation produit des rouges et des blancs. Le domaine y élabore des rouges plus soyeux et plus fins, et depuis le millésime 2020 un Cairanne blanc.
Les lauzes du Massif d’Uchaux, 30 hectares à reconstruire
En 2017, la famille a acquis 30 hectares sur le Massif d’Uchaux. Marine et Paul l’expliquaient en 2018 : à trois, vivre sur un domaine de 14 hectares n’était pas évident. Les parcelles font depuis l’objet d’une restructuration, et 7,5 hectares ont déjà été replantés.
Les vignes se trouvent au point culminant de l’appellation, vers 280 mètres d’altitude. Le sol mêle à parts à peu près égales sable, argile et limon, sous un tapis de pierres plates appelées « lauzes ». Il est rouge et très pauvre en calcaire. Les écarts entre le jour et la nuit y préservent la fraîcheur des raisins.
Le Massif d’Uchaux est une dénomination géographique des Côtes du Rhône Villages depuis 2005, réservée aux vins rouges. Ses coteaux très boisés s’étendent sur cinq communes du Vaucluse, entre 100 et 280 mètres d’altitude. Les vignes du sommet du massif donnent aussi les Zouzou rouge et rosé, vendus en Côtes du Rhône.
Du bois, du béton et de la terre cuite au chai
Vendanges manuelles et cuverie panachée
La récolte se fait à la main, avec un premier tri à la parcelle. Au chai, les grappes passent sur une table de tri vibrante. Elles sont ensuite éraflées de 20 à 80 % selon la cuvée et le millésime. La vinification reste traditionnelle, et le domaine n’ajoute pas de sulfites pendant cette étape.
Le travail du moût dure de 2 à 4 semaines, avec remontages, délestages et pigeages adaptés à chaque cuvée. La cuverie mélange le bois, le béton, l’acier émaillé et la fibre de verre. Depuis 2016, des amphores et des œufs en terre cuite accueillent les blancs, pour leur fraîcheur. Tous les vins sont mis en bouteille au domaine.

Des Rasteau fruités aux vieilles vignes de 60 à 90 ans
Les rouges de Rasteau assemblent grenache, syrah, mourvèdre et vieux carignan. Les Travès vient de vignes de 20 à 30 ans, vinifiées en béton puis élevées six mois en acier émaillé : un vin de fruits rouges, frais, fini sur la réglisse mentholée. Mondona puise dans des vignes de 60 à 70 ans, à 30 hl/ha, pour des notes de mûre et d’olive noire.
La cuvée Paul provient de très vieilles vignes de 60 à 90 ans. Elle n’assemble que le jus de goutte et passe 18 mois en demi-muid neuf. À Cairanne, Terra Rosea joue les fruits noirs et la réglisse sur une bouche fine. Le blanc Marine, clairette, roussanne et grenache blanc, mêle fleurs blanches, miel et minéralité.
Côté Massif d’Uchaux, Les Lauzes associe grenache noir et mourvèdre, en cuvaison courte, pour un rouge frais et gourmand. Le Côtes du Rhône Villages Massif d’Uchaux 2021 du domaine est sorti sans soufre ajouté. La gamme Zouzou décline un rouge en macération carbonique, un rosé de saignée et un blanc, trois vins à boire jeunes.
Quatre vins doux naturels de grenache
Rasteau reste la terre des vins doux naturels, et la famille en produit quatre. Le grenat, de grenache noir, passe 18 mois en vieilles barriques et garde des arômes de fruits noirs. Le tuilé, lui aussi de grenache noir, vieillit plusieurs années en barriques sans ouillage, vers le café et le cacao.
L’ambré et le blanc sont tirés du grenache gris. Le mutage arrête leur fermentation quand il reste 90 g de sucre par litre. L’ambré mûrit plusieurs années en barriques et tire vers l’abricot et le miel. Le blanc, fermenté à 16 °C, reste sur la poire et le coing.
Le caveau de 1970, à l’entrée du village
Le caveau du domaine existe depuis 1970, à l’entrée du village de Rasteau. Il sert à la fois de lieu de vinification et d’espace d’accueil. On y déguste les différentes appellations de la famille et on y échange avec Robert, Marine ou Paul. Les vins commandés en ligne peuvent aussi y être retirés.
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