Domaine Allias
Au Petit Mont, un siècle à creuser le tuffeau
Le Domaine Allias cultive 14 hectares de vignes en appellation Vouvray, en amont de Tours, dans la vallée de la Loire. La famille y fait du vin depuis 1823, et cinq générations se sont succédé sur l’exploitation. Le vignoble est certifié en agriculture biologique depuis 2003. Le chenin, que l’on appelle ici pineau de la Loire, y donne des vins secs, demi-secs, moelleux, et des fines bulles.
1922, Louis Allias s’installe au Petit Mont
Les Allias sont déjà vignerons de père en fils quand Louis Allias s’installe en 1922 au lieu-dit le Petit Mont. Il y gagne plusieurs hectares de vignes, et surtout des caves rattachées au domaine. Le lieu a son histoire : il a appartenu à un négociant en vins proche d’Honoré de Balzac, l’écrivain tourangeau.
Le domaine se trouve sur les hauts de la vallée Coquette, l’un des vallons qui entaillent le plateau de Vouvray. Le nom du Clos du Petit Mont figure toujours sur les étiquettes de ses moelleux.
Soixante ans de galeries sous les vignes
Louis Allias a de grands projets pour ses caves. Il faudra soixante ans à la famille pour finir de les creuser. Maurice et Daniel Allias poursuivent les travaux jusque dans les années 1980, et finissent par y aménager une salle de dégustation, creusée elle aussi dans la roche.

Dans le même temps, le vignoble grandit, par achat ou par location de nouvelles parcelles, et la vente directe se développe. Les caves gardent aujourd’hui des millésimes anciens, que le domaine propose encore aux amateurs en bouteilles et en magnums.
Daniel et Dominique Allias, le père et le fils
Aujourd’hui, Daniel Allias et son fils Dominique travaillent ensemble, avec les gestes qu’on leur a transmis. Dominique est le gérant de l’exploitation, l’EARL Allias Père et Fils. Daniel s’est aussi engagé dans la vie de sa commune, où il a exercé des fonctions municipales.

En 2002, il succède à Gaston Huet à la tête de la Confrérie des Chevaliers de la Chantepleure. Fondée en 1937, elle tire son nom du robinet de bois que l’on met au tonneau, et fait la promotion de la Touraine, de sa table et des vins de Vouvray.
Quatorze hectares en bio depuis 2003
Une conversion engagée en 2000
Le passage au bio n’a pas bouleversé le travail de la famille. Daniel et Dominique Allias cultivaient déjà la vigne d’une manière proche des critères du label. Ils engagent la conversion en 2000, sous le contrôle de Bureau Veritas.
Après trois ans de transition, les vins du domaine sont certifiés issus de l’agriculture biologique en 2003. Depuis 2012, un cahier des charges encadre aussi la vinification : on parle désormais de vin bio, et plus seulement de raisins bio. La famille dit avoir fait ce choix pour laisser aux générations suivantes une terre aussi riche que celle qu’elle a connue.
Un plateau de tuffeau entaillé de vallons
Le plateau de Vouvray s’étage entre 85 et 110 mètres d’altitude. Il repose sur une craie tendre, le tuffeau du Turonien, coiffée d’éléments argilo-siliceux et de limons. Des vallées et des vallons secs le découpent avant de tomber en falaise sur la Loire.
Les vignes de l’appellation occupent soit les coteaux, aux sols argilo-calcaires, soit les rebords du plateau, aux sols argilo-siliceux. Le chenin, cépage tardif, s’y trouve à la limite climatique de sa culture. La Loire tempère le climat, et les vallons drainent l’air froid des coteaux.
Des vendanges à la main, sur trois semaines
Au domaine, les vendanges se font à la main. C’est une tradition de la maison, et la récolte s’étale sur trois semaines environ. Pour la mener, la famille fait appel à des vendangeurs.

Les moelleux demandent plus de patience. La cuvée Balzac se vendange quelques semaines après le reste, par tris dans les vieilles vignes. On y cherche la surmaturité, jusqu’à la pourriture noble.
Du sec au moelleux, le chenin au gré du millésime
Un sec fringant et un demi-sec de table
La famille décrit son Vouvray sec comme fringant et fruité. Elle le sert avec les poissons, les crustacés et les coquillages, coquilles Saint-Jacques en tête. Jeunes, les secs de l’appellation montrent des arômes de fruits et de fleurs. Avec le temps, ils glissent vers le miel ou le tilleul.
Le Vouvray demi-sec cherche le juste milieu, ni trop sec ni trop sucré. Il va aux cochonnailles tourangelles, aux fromages de chèvre, aux viandes blanches et aux poissons en sauce, et s’accorde aussi avec certains plats asiatiques ou épicés. Le Guide Parker des vins de France en a retenu et commenté deux millésimes dans sa septième édition, en 2009.

Moelleux et cuvée Balzac, quand l’année le permet
Les moelleux viennent des vignes les plus âgées du domaine. Ils ne sortent pas tous les ans : il faut assez de soleil pour que les raisins se gorgent naturellement de sucre. À Vouvray, l’effet millésime est très marqué, et c’est lui qui décide de la gamme.

La cuvée Balzac est la spécialité de la maison. Elle rend hommage à l’histoire du Petit Mont et à son ancien propriétaire, l’ami négociant de l’écrivain. C’est un moelleux à part, assimilé à une vendange tardive, qui se boit à l’apéritif, sur un foie gras ou des fromages de caractère.
Deux bulles de Vouvray et un rosé de Touraine
Comme tous les Vouvray, les fines bulles du domaine sont issues du seul chenin. La méthode traditionnelle, autrefois dite méthode champenoise, existe en brut et en demi-sec. Son effervescence plus marquée en fait le vin des mariages, des baptêmes et des vins d’honneur.
La cuvée Paradis joue l’inverse. Elle est élaborée avec moins de pression dans la bouteille, ce qui donne une bulle plus discrète et une bouche plus douce. Elle aussi se décline en brut et en demi-sec.

Le domaine signe enfin un Touraine rosé en méthode traditionnelle, à partir de grolleau et de gamay, en brut ou en demi-sec. Il trouve sa place à l’apéritif comme au dessert.
Vouvray, une appellation de caves et de coteaux
Huit communes en amont de Tours
L’appellation Vouvray est reconnue en 1936. Elle regroupe huit communes, au bord de la Loire ou à proximité immédiate. Elle est réservée aux vins blancs, qu’ils soient tranquilles, mousseux ou pétillants. Le chenin en est le cépage principal, et l’orbois le seul cépage accessoire, à 5 % au plus de l’encépagement.
Les caves creusées dans le tuffeau ont façonné ce vignoble. Creusées dès l’époque romaine et jusqu’au XXe siècle, elles servent à vinifier, à élever et à stocker les vins. Elles ont aussi permis l’essor des mousseux en méthode traditionnelle, à partir des années 1840. Ces vins vieillissent au moins douze mois sur lattes avant de sortir.
Huit éditions du Guide Hachette
Le Guide Hachette des vins a retenu des vins du domaine dans huit éditions, de 2001 à 2014. Dans l’édition 2005, le moelleux Clos du Petit Mont Sélection Balzac 2002 reçoit une étoile. L’édition 2014 salue la cuvée Balzac 2011, un moelleux rare dans un millésime comme celui-là, aux notes de coing, de fruits confits et de miel.
Ces dernières années, la famille n’a plus soumis de nouveaux vins au jury, le domaine produisant moins qu’autrefois.
Une dégustation dans les caves du Petit Mont
Le domaine accueille les visiteurs au Petit Mont, là où se trouvent ses caves, pour déguster la gamme. La famille conseille de téléphoner avant de venir. Elle vend ses vins en direct, au domaine comme sur des salons à travers la France, et garde quelques vieux millésimes pour les amateurs qui les demandent.
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