Domaine Claude et Christophe Bléger
Sommaire
- Trente-cinq parcelles autour du caveau d’Orschwiller
- 9,5 hectares dans un rayon de deux kilomètres
- Deux Rieslings, un kilomètre et deux sols
- Quatre noms pour lire la gamme
- Des Bléger au pied du Haut-Kœnigsbourg depuis 1630
- Une famille venue de Suisse au XVIIe siècle
- 1972, Claude tourne le dos à la chimie
- Christophe arrive, la certification suit
- Le Praelatenberg, colline des prélats au pied du château
- Un grand cru de gneiss replanté par Orschwiller
- Riesling et Gewurztraminer sur le grand cru
- Crémant, vendanges tardives et grains nobles
- Du rang au foudre, un travail fait main
- Taille courte, forte densité et labour
- Vendanges à la main, tri dans les rangs
- Levures indigènes et foudres
- Fruit, fraîcheur et garde : le style de la maison
- Un Pinot noir égrappé et macéré vingt jours
- Un Gewurztraminer orange vendangé tôt
- Des vins doux qui vieillissent bien
- Déguster à quatre kilomètres du château
- Un film de quinze minutes, puis le caveau
- Trois gîtes au domaine
Trente-cinq parcelles autour du caveau d’Orschwiller
9,5 hectares dans un rayon de deux kilomètres
Le Domaine Claude et Christophe Bléger produit des vins d’Alsace bio à Orschwiller, un village de 650 habitants sur la route des vins. Le vignoble compte 9,5 hectares et 35 parcelles. Toutes se trouvent dans un rayon de 2 kilomètres autour du caveau, sur quatre villages.
Sur le papier, le domaine est petit. Mais il se trouve dans un secteur marqué par une faille géologique. Sur de courtes distances, les sols et les sous-sols changent. L’exposition, l’altitude et la pente varient aussi d’une parcelle à l’autre.
Les Bléger ont fait un choix net : ne pas mélanger d’office les raisins d’un même cépage. Quand une parcelle a assez de caractère, elle reçoit sa propre cuvée. Un même cépage peut ainsi donner plusieurs vins très différents.
Deux Rieslings, un kilomètre et deux sols
Deux Rieslings du domaine résument cette façon de faire. Le Cœur de Cru vient de la parcelle Runz, à Saint-Hippolyte, sur un sol argileux. À environ un kilomètre de là, L’Inoubliable naît sur la parcelle Eichgass, à Kintzheim, sur un sol granitique.
Même cépage, deux parcelles proches, deux sols différents. Le vigneron le dit à sa façon : « Un Riesling planté sur un sol granitique ne raconte pas la même histoire qu’un Riesling planté sur un sol argileux, même lorsqu’ils sont séparés de moins d’un kilomètre. »
Quatre noms pour lire la gamme
Les noms cadastraux des parcelles, souvent d’origine germanique, se retiennent mal. Le domaine a donc bâti sa gamme autour de quatre noms, chacun lié à un style de vin.
- Le Séducteur : les jeunes vignes, où domine le caractère du cépage
- Cœur de Cru : les vieilles vignes, le cœur de la gamme
- L’Inoubliable : de vieilles vignes sur des terroirs très particuliers
- Friandel : des raisins en surmaturité
Avec ces quatre repères, le domaine sort chaque année une vingtaine de cuvées et environ 75 000 bouteilles. Elles couvrent toute la gamme alsacienne : blanc sec et liquoreux, rosé, rouge, orange et effervescent.
Des Bléger au pied du Haut-Kœnigsbourg depuis 1630
Une famille venue de Suisse au XVIIe siècle
Originaire de Suisse, la famille Bléger arrive en Alsace au cours du XVIIe siècle. Elle s’établit au pied du château du Haut-Kœnigsbourg, sur des terres réputées riches. Les Bléger se disent vignerons de père en fils et fille depuis 1630.
D’abord, la famille vit d’agriculture et d’élevage. Au fil des générations, elle achète des terres sur les coteaux du Haut-Kœnigsbourg. La vigne finit par prendre le dessus sur les autres activités.
Orschwiller est lié au château depuis plus de 800 ans. Le domaine n’en est qu’à 4 kilomètres, et le vigneron le voit chaque jour depuis ses vignes. Devant lui, l’église d’Orschwiller et les rangs de vigne, avec la forteresse en arrière-plan.



1972, Claude tourne le dos à la chimie
Au début des années 1960, herbicides et fongicides gagnent le vignoble alsacien. Une grande partie des vignerons les adopte. Claude Bléger reprend l’exploitation en 1972, au décès de son père, et ne croit pas à ces produits.
Il continue donc à travailler comme son père : labour et traitements naturels. Le domaine est alors critiqué pour ces méthodes d’un autre temps. Les connaisseurs, eux, apprécient ses vins.
Le domaine affirme n’avoir jamais cessé de travailler ainsi. Il se range parmi les rares maisons alsaciennes capables de le prouver.
Christophe arrive, la certification suit
Au début des années 1990, l’Union européenne définit l’agriculture biologique. Claude reste sceptique : il y voit une mode passagère. Christophe ne partage pas cet avis.
Christophe s’installe en 2007. Pour lui, le bio n’est pas une mode mais une façon de voir l’avenir. Le domaine s’engage en agriculture biologique auprès d’Ecocert en juillet 2008. Il est aussi membre des Vignerons Indépendants.
Le Praelatenberg, colline des prélats au pied du château
Un grand cru de gneiss replanté par Orschwiller
Le domaine cultive des vignes sur le Grand Cru Praelatenberg, rattaché à la commune de Kintzheim. Son nom signifie « colline des prélats ». L’abbaye d’Ebersmunster le cultive dès 823.
En 1930, la colline est à l’abandon, réduite à une friche. Dès 1960, les vignerons d’Orschwiller la replantent cep par cep. Le Praelatenberg est classé Grand Cru en 1992.
Son sol repose sur une roche-mère de gneiss, brune, acide et riche en cailloux. Plus bas, le matériau cristallin se transforme en limon sableux-argileux très profond. Le coteau regarde le sud-est, entre 250 et 350 mètres d’altitude. Il reçoit environ 600 mm de pluie par an.
Riesling et Gewurztraminer sur le grand cru
Sur ce terroir, le domaine produit deux vins : un Riesling et un Gewurztraminer. Le gneiss donne aux vins une minéralité cristalline, quel que soit le cépage. Le Riesling en porte particulièrement la marque, le Gewurztraminer y montre des notes épicées.
Le domaine prépare aussi la suite. En juillet 2026, en pleine sécheresse, le vigneron et son père arrosaient une parcelle de deux ans plantée sur le Praelatenberg. Chaque pied recevait entre 3 et 8 litres d’eau. Ces jeunes vignes ne donnent pas encore de raisin.
Crémant, vendanges tardives et grains nobles
Hors du grand cru, les vins sortent en AOC Alsace et en Crémant d’Alsace. Le crémant existe en brut, en brut rosé, en extra-brut et en Friandel. Il est élaboré selon la méthode traditionnelle.
Les vins doux prennent trois formes. Les Vendanges Tardives naissent de raisins atteints de pourriture noble. Pour les Sélections de Grains Nobles, on ne vendange que les baies botrytisées. Les Friandel, propres au domaine, viennent du passerillage : le raisin sèche sur pied après les vendanges.
Du rang au foudre, un travail fait main
Taille courte, forte densité et labour
Le domaine sélectionne ses plants avec rigueur. Il les associe à une forte densité de plantation et à une taille courte. Chaque cep donne ainsi peu de raisin. Le domaine emploie trois salariés à plein temps.
Le sol est labouré, avec cinq à sept passages par an. Ce travail l’aère, favorise la vie microbienne et un enracinement profond. Il limite aussi la concurrence des herbes. Des interceps hydrauliques complètent le travail manuel.
Face aux maladies, le domaine préfère la prévention : stimuler les défenses naturelles de la vigne, prendre des mesures prophylactiques. En cas de forte pression, il traite avec des produits naturels et biologiques.
Vendanges à la main, tri dans les rangs
Les vendanges se font à maturité et à la main. Le tri se fait directement dans les rangs, et seuls les bons raisins entrent au chai. Cueillir à la main évite aussi de triturer la récolte, ce qui peut favoriser l’oxydation.
En 2026, le Pinot noir a été récolté en deux jours par une vingtaine de vendangeurs. L’état sanitaire était superbe et il y avait très peu de tri à faire.

Levures indigènes et foudres
Au chai, un pressoir pneumatique presse longuement, à pression plutôt faible. Les jus sont débourbés statiquement, puis mis en foudre. La fermentation part avec les levures indigènes, à température régulée pour rester longue et calme.
Les vins sont ensuite soutirés et élevés sur lies fines. Après huit à dix mois, ils sont filtrés et mis en bouteille. Ils patientent encore plusieurs mois en cave avant la vente.
Fruit, fraîcheur et garde : le style de la maison
Un Pinot noir égrappé et macéré vingt jours
Le Pinot noir, seul cépage rouge d’Alsace, est travaillé pour garder le fruit et la finesse. La vendange est égrappée à 100 %. Sa macération dure environ 20 jours, dont les dix premiers sous les 5 °C.
En 2026, la chaleur a obligé le domaine à refroidir la vendange à la glace carbonique. Ensuite, deux élevages se partagent le vin. Le Cœur de Cru vieillit dans un ancien foudre, qui laisse le vin respirer. L’Inoubliable passe en barriques, avec environ 30 % de bois neuf.
Un Gewurztraminer orange vendangé tôt
Le Gewurztraminer d’Alsace évoque souvent un vin riche et marqué par le sucre. Le domaine a pris une autre voie avec son Gewurztraminer orange. Les raisins sont récoltés plus tôt, pour garder moins de sucre et plus d’acidité.
Égrappés, ils macèrent ensuite six jours avec leurs peaux. Le nez mêle fruits mûrs, agrumes et épices douces. En bouche, la texture est ample, et la fraîcheur tient l’ensemble.
Des vins doux qui vieillissent bien
Les Vendanges Tardives se gardent une quinzaine d’années. Les Sélections de Grains Nobles se boivent vers 15 ans et peuvent tenir une trentaine d’années. Les Friandel, légèrement doux, gardent le côté aromatique du cépage.
Le domaine a ouvert récemment un Riesling Vendanges Tardives 2011, alors âgé de quinze ans. Il y a trouvé des notes d’agrumes confits et de miel, et beaucoup de fraîcheur.
Déguster à quatre kilomètres du château
Un film de quinze minutes, puis le caveau
Au caveau, la visite commence par un film de 15 minutes sur grand écran. Il suit le travail de l’année, de la taille jusqu’à l’étiquetage des bouteilles. Vient ensuite une dégustation commentée de 15 à 45 minutes.
La visite est gratuite et sans obligation d’achat. Le domaine reçoit les particuliers comme les professionnels, seuls ou en groupe, jusqu’à 100 personnes. Le mieux est de réserver.
Le domaine compte aussi une cave ancienne et des foudres en bois. Un pressoir ancien est visible du public.
Trois gîtes au domaine
Pour prolonger le séjour, les Bléger louent trois gîtes au domaine, du samedi au samedi ou à la demande. Le gîte Clémence, de 60 m², accueille jusqu’à cinq voyageurs dans deux chambres.
Les gîtes Charlotte et Myriam, de 40 et 50 m², comptent chacun une chambre et une terrasse. Ils reçoivent de deux à quatre voyageurs. Tous disposent d’un parking privatif dans une cour fermée.
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