Domaine du Comte Liger-Belair
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Région viticole
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10,5ha
Surface du vignoble
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2000
Année de fondation
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En bio depuis 2008
Sommaire
À Vosne-Romanée, le Domaine du Comte Liger-Belair cultive 10,5 hectares en bio et en biodynamie, labellisés Biodyvin. Ses vignes s’étendent sur Vosne-Romanée, Flagey-Échezeaux et Nuits-Saint-Georges. Il produit 15 cuvées, jusqu’au grand cru La Romanée, dont il est l’unique propriétaire. Deux dates résument son histoire. La famille arrive au château de Vosne en 1815, et Louis-Michel Liger-Belair reprend ses vignes en 2000.
Un domaine récent sur deux siècles d’histoire familiale
Un général napoléonien au château de Vosne en 1815
Les comtes Liger-Belair s’installent à Vosne-Romanée avec Louis Liger-Belair, général napoléonien, qui acquiert le château de Vosne en 1815. Le domaine prend de l’ampleur sous sa direction, puis sous celle de son fils adoptif, le comte Louis-Charles. Celui-ci épouse Ludovie Marey, d’une famille propriétaire et négociante en Bourgogne depuis 1720.
À la mort du comte Edgar, fils de Louis-Charles, la famille possède plus de 60 hectares, surtout en Côte de Nuits. On y trouve les monopoles de La Romanée, de La Tâche et de la Grande Rue. S’y ajoutent une large part des Malconsorts, des Reignots ou des Suchots, du Clos Vougeot et du Chambertin.
31 août 1933, la vente aux enchères des vignes
Le comte Henri Liger-Belair meurt en 1924. Il laisse une veuve et dix enfants à la tête de 24 hectares et du château. À la mort de sa femme, en 1931, deux enfants sont encore mineurs. Or la loi de l’époque exige que tous les enfants soient majeurs pour régler une succession. Sinon, tout doit être vendu. Trois membres de la famille refusent d’attendre et imposent la vente.
Le 31 août 1933, à la mairie de Vosne-Romanée, l’ensemble des vignes part en vente judiciaire. La Tâche, les Malconsorts et les Brûlées quittent la famille. Deux des enfants, Just, prêtre, et le comte Michel, s’associent pour racheter La Romanée, les Reignots et les Chaumes. Leur exploitation est confiée à des vignerons du village.
Le comte Michel meurt en 1941. Son fils Henry s’engage dans l’armée en 1947 et finit général, comme son aïeul. Il confie la vigne à des métayers et la vente à des négociants bourguignons. Il maintient pourtant le domaine autant qu’il le peut.
Un ingénieur en agriculture et œnologue reprend la main
À huit ans, Louis-Michel Liger-Belair annonce à ses parents qu’il s’installera un jour à Vosne. Son père pose une condition : il devra être ingénieur. Le fils devient ingénieur en agriculture, obtient un DESS de commerce du vin, puis le diplôme d’œnologue de l’université de Dijon.
Début 2000, il crée le domaine pour reprendre les vignes restées dans la famille. Il prend en main toute la production, de la vigne à la bouteille. Un village y reçoit la même attention qu’un grand cru. Il exploite aujourd’hui le domaine avec sa femme, Constance, et leurs trois enfants, Henry, Brune et Pia.

De 1,5 à 10,5 hectares en quinze ans
Le domaine s’est reconstitué par étapes. En 2000, il reprend 1,5 hectare de vignes familiales : La Colombière, le Clos du Château et le premier cru Les Chaumes. En 2002 s’ajoutent 1,6 hectare avec les Reignots et La Romanée.
En 2006, la famille Lamadon, anciens métayers des Liger-Belair, lui loue 5,5 hectares. Ce lot comprend une grande parcelle d’Échezeaux et quatre premiers crus : Les Suchots, Les Petits Monts, Aux Brûlées et Aux Cras. Des villages complètent l’ensemble. En 2012, il rachète le Clos des Grandes Vignes, premier cru en monopole de Nuits-Saint-Georges.
En 2015, le domaine fête ses 200 ans avec une verticale de La Romanée sur 68 millésimes. Un livre paraît pour l’occasion : « Les Comtes Liger-Belair, 200 ans au service de La Romanée ». La même année, Louis-Michel reprend la marque familiale C. Marey & Cte Liger-Belair, sortie de la famille à la fin des années 1970.
La Romanée et les climats de Vosne et de Nuits
La Romanée, 0,85 hectare en monopole
Le grand cru La Romanée couvre 0,8452 hectare de pinot noir, tout entier au domaine. En 2017, un cinquième des ceps avait 102 ans et la moitié 62 ans. Le sol brun-rouge repose à l’ouest sur les calcaires de Prémeaux, beige rosé, parsemés de chailles, ces nodules de silice proches du silex. La production moyenne tourne autour de 3 600 bouteilles.

À l’angle sud-ouest du grand cru, à la naissance des Reignots, se dresse la croix de La Romanée. Érigée le 4 juin 1978 pour le jubilé d’or du chanoine Just Liger-Belair, elle est taillée dans le granit du Morvan.
Aux Reignots, des racines à dix mètres sous la roche
Le premier cru Aux Reignots touche le mur de La Romanée. Avec 0,73 hectare, la parcelle du domaine est la plus vaste de ce premier cru. C’est aussi la seule à en traverser tous les types de sols. L’humus y dépasse rarement 20 à 25 cm au-dessus du banc calcaire. Les racines descendent par les failles jusqu’à 10 mètres pour trouver l’eau, une réserve qui a compté en 2003.
Le Clos du Château et La Colombière, au pied du village
Le Clos du Château, 0,83 hectare en monopole, est un clos ceint de quatre murs. De 1850 à 1970, il servait de parc au château. Sa pente d’environ 1 % suffit à changer le sol. Le calcaire y est plus présent, avec des éboulis à 70 cm, puis une marne rose compacte à 1,20 m. Un drainage posé au XIXe siècle évacue l’eau.
Juste à côté, La Colombière (0,78 hectare) appartient depuis longtemps à la famille. Ce piémont né des alluvions de la Saône est surtout argileux, et ses vignes ont pour la plupart plus de 70 ans. Le travail du sol, repris en 2000, atténue peu à peu l’excès d’eau des années humides.
Échezeaux, Nuits-Saint-Georges et un Clos de Vougeot à part
En Échezeaux, grand cru depuis juillet 1937, le domaine travaille 0,62 hectare, pour l’essentiel sur deux climats complémentaires. Les Cruots, ou Vignes Blanches, sont pierreux et calcaires. Les Champs Traversins, en haut de coteau, ont une terre plus épaisse.
À Nuits-Saint-Georges, le premier cru Aux Cras portait en 2017 des vignes de 88 ans sur un sol de pierres anguleuses. Le Clos des Grandes Vignes, à Prémeaux, compte 2,20 hectares, dont 0,32 hectare de chardonnay pour un blanc. Le Clos de Vougeot, lui, vient depuis 2015 de raisins achetés sous contrat à un producteur certifié bio. Sa parcelle appartenait à la famille jusqu’en 1933.
La biodynamie, du cheval de labour au label Biodyvin
Des sols travaillés, et labourés à cheval depuis 2002
Pour Louis-Michel Liger-Belair, 95 % du travail se fait à la vigne. La priorité va au travail du sol, sans désherbage chimique, pour entretenir sa vie microbienne. Depuis 2002, une partie du vignoble est labourée à cheval, afin de ne pas tasser les sols les plus sensibles.
Le même souci du tassement explique l’usage d’engins légers pour les traitements. Les rendements se raisonnent aussi : le domaine juge plus important de les réduire sur les appellations simples que sur les grands crus.
Tout le vignoble en biodynamie depuis 2008
L’ensemble du domaine passe en biodynamie en 2008, l’année de son engagement en agriculture biologique. Depuis 2012, il est certifié par Ecocert dans le cadre du label Biodyvin. Le domaine avait rejoint en 2010 ce syndicat de vignerons en biodynamie.
Contre le mildiou et l’oïdium, le domaine n’emploie que des tisanes de plantes, du cuivre, du soufre et les préparations biodynamiques. Les traitements s’arrêtent si possible à la fermeture de la grappe, vers la deuxième semaine de juillet. Aucun traitement contre la pourriture n’est fait : il signalerait une vigueur mal maîtrisée.

Contre les vers de la grappe, Vosne-Romanée et Nuits-Saint-Georges pratiquent la confusion sexuelle depuis plus de vingt ans. La démarche couvre les deux communes. Des capsules de phéromones empêchent les papillons de s’accoupler, et de nombreux insectes ont recolonisé le vignoble.
En cuverie, « moins on en fait, mieux on fait »
Caisses de 14 kilos et huit trieurs
Une fois le raisin mûr, le domaine le rentre au plus vite et refuse de vendanger une parcelle sur deux jours. Les grappes voyagent dans des caisses ajourées de 14 kilos pour ne pas s’écraser. À la cuverie, une équipe de huit trieurs les attend à la table de tri.

Égrappés en tout ou en partie selon la cuvée et le millésime, les raisins rejoignent les cuves par convoyeur à bande. Ils ne sont jamais pompés.
Une semaine au froid, puis des levures indigènes
En cuve, les raisins sont légèrement sulfités et gardés sous 15 °C pendant une semaine, pour l’extraction des arômes. La fermentation part ensuite d’elle-même, sans levures ajoutées, et dure une dizaine de jours. Remontages et quelques pigeages l’accompagnent. Le décuvage se décide à la dégustation, deux fois par jour.

Le pressurage se fait sur un petit pressoir vertical. Vin de goutte et vin de presse sont assemblés, puis débourbés près de dix jours. Les vins descendent ensuite en cave par gravité.
Fût neuf, sans soutirage, ni collage ni filtration
Tous les vins s’élèvent en fûts neufs venus de trois tonnelleries et de trois forêts. Ils y restent sans soutirage et sans soufre ajouté jusqu’à la mise en bouteille, 10 à 18 mois après la vendange. Il n’y a ni collage ni filtration. La mise se fait par gravité, avec des bouchons triés et placés un à un.
Contre la contrefaçon, chaque contre-étiquette porte depuis le millésime 2015 une puce NFC du système Selinko, qu’une application gratuite permet de lire.
Des rouges de Vosne qui disent leur climat
Ne pas sur-extraire
Le domaine produit surtout des rouges de pinot noir, et un blanc de chardonnay au Clos des Grandes Vignes. Sa règle : ne pas chercher à sur-extraire. Pour lui, ce qui ne vient pas naturellement, tanins ou couleur, ne tient pas dans le temps en bouteille.
La plus petite cuvée, Aux Brûlées, tient en une pièce. Elle n’est pas commercialisée : les magnums restent au domaine, et les jéroboams sont offerts à des ventes de charité.
De la rondeur de La Colombière au silex des Reignots
La Colombière donne un vin rond, gourmand, au fruit rouge généreux. Le Clos du Château, son voisin, se distingue par sa minéralité et sa tension. Les Chaumes évoquent les épices douces, et Aux Cras le musc, le cacao ou le cuir selon l’âge.
Aux Reignots, le vin part souvent sur la pierre à fusil et le silex frotté au début de l’élevage. Sa densité se révèle ensuite. L’Échezeaux, charmant jeune, se referme souvent quelques années. Il revient au bout de cinq à dix ans, sur une structure très ferme.
Vosne-Romanée, un village de climats où vit la famille
Des climats inscrits au patrimoine mondial
En Bourgogne, un climat est une parcelle de vigne précisément délimitée, que distinguent sa géologie, son exposition et le travail des hommes. Depuis le 4 juillet 2015, les Climats de Bourgogne sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Autour de La Romanée, les parcelles du domaine voisinent avec La Tâche, les Richebourgs et la Romanée-Conti.
L’appellation communale se trouve pour 80 % sur le piémont, aux sols riches en argile, comme La Colombière. Plus haut, les premiers crus des Reignots et des Petits Monts reposent sur des éboulis calcaires parfois épais de plus de dix mètres.
La Cuverie de Vosne, un lieu de vie ouvert en 2022
Le travail de la vigne laisse peu de temps au domaine pour recevoir. En 2022, Louis-Michel et Constance Liger-Belair ont ouvert au village La Cuverie de Vosne. Elle occupe la maison que la famille Lamadon leur a proposée en 2018. On y trouve une épicerie bio et locale, un café, une agence postale, un bar à vins et quatre chambres d’hôtes.

La carte du bar à vins réunit plus de 2 000 références, autour de la viticulture biologique et biodynamique. La famille tient une seconde maison d’amis au bord du lac Léman. Dans chacune, on peut acheter une sélection de bouteilles du domaine pour la déguster sur place.
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