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Domaine Gayrard

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Du blé à la vigne : le retour du Domaine Gayrard sur le plateau cordais

Maurice Gayrard et les premières bouteilles

Le Domaine Gayrard produit des vins bio et biodynamiques à Milhavet, dans le Tarn, au hameau de Capendut. Il se trouve à la limite nord du vignoble de Gaillac, à cinq minutes de Cordes-sur-Ciel et à vingt minutes d’Albi. Le domaine se dit installé sur ces terres depuis près de cinq siècles.

Plusieurs siècles de production viticole ont précédé la marque. Dans les années 1950, Maurice Gayrard commence à produire et à vendre du vin en bouteille. La marque Gayrard & Cie naît alors, et le domaine vend encore ses vins sous ce nom. Il comptait parmi les tout premiers producteurs de vin en bouteille du Gaillacois.

Une cuvée garde cette mémoire. Le rosé Maurice rend hommage au grand-père, présenté par le domaine comme l’un des pionniers de la bouteille à Gaillac.

2013 : la vigne revient après trente ans de céréales

Pendant presque 30 ans, le domaine familial est passé à la culture céréalière. En 2013, Pierre Fabre reprend l’exploitation. La famille décide alors de replanter de la vigne sur les terres de ses ancêtres. Elle choisit les cépages autochtones du Gaillacois : Mauzac, Loin de l’œil, Ondenc, Duras et Braucol.

Le vignoble compte aujourd’hui 12 hectares de vignes productives. Quelques cuvées font aussi appel à la Syrah, au Sauvignon ou au Gamay. Le blé n’a pas tout à fait quitté Capendut. L’Agence Bio recense encore du blé tendre parmi les productions certifiées du domaine.

Quatre permanents et plus de vingt vendangeurs

L’équipe compte quatre permanents : Elodie, Marius, Philippe et Pierre. Pour les nombreux travaux manuels de l’année, le domaine emploie des gens du secteur, jeunes, pluriactifs ou retraités. Aux vendanges, il fait appel à plus de 20 vendangeurs.

Un calcaire jurassique à la lisière des causses

Le dernier contrefort des causses du Quercy

Le domaine occupe un plateau calcaire aux sols peu profonds et caillouteux, à environ 300 mètres d’altitude. Ce plateau forme le dernier contrefort des causses du Quercy. Il s’avance comme un promontoire vers Albi, sur laquelle il semble veiller, écrit le domaine.

Le calcaire date du Jurassique, et le vent d’Autan balaie le plateau. Le climat mêle influences méditerranéenne et océanique. Ce milieu convient à la vigne, mais aussi à la truffe noire, que le domaine produit. Sa page d’histoire le résume en trois mots : terre de chênes, de pierres et de truffes.

Deux sols pour deux couleurs de vin

Le vignoble repose sur deux natures de sol. Les argilo-calcaires, frais et drainants, donnent des rouges fruités, entre rondeur et finesse. Les calcaires superficiels des parcelles historiques accueillent les cépages blancs. Ils leur apportent une acidité vive et rafraîchissante.

Deux rouges viennent d’un autre coteau. Les Treilles et Point du Jour sont issus des argilo-calcaires de Moussens, sur la commune de Cestayrols, à 250 mètres d’altitude. Cestayrols appartient, comme Milhavet, à l’aire de l’AOC Gaillac.

Gaillac, un vignoble romain devenu appellation

L’AOC Gaillac a été reconnue en 1938 pour les vins blancs, puis en 1970 pour les rouges et les rosés. Son cahier des charges la décrit comme l’un des plus anciens vignobles de France. Au Ier siècle avant notre ère, Gaillac est l’un des premiers avant-postes de la viticulture romaine.

Au nord des « premières côtes », ce texte distingue le plateau cordais. C’est un plateau calcaire ondulé, qui monte jusqu’à 330 mètres. Au début du XXe siècle, la hausse des ventes de vins blancs y a développé les plantations de cépages blancs.

L’appellation fait une large place aux cépages locaux. Le len de l’el, nom officiel du Loin de l’œil, n’est attesté dans aucun autre vignoble. L’Ondenc, autrefois répandu dans le Sud-Ouest, n’a subsisté qu’à Gaillac. Le Duras est présent presque exclusivement dans ce vignoble. Les vins du domaine qui sortent de l’appellation se rangent en IGP Côtes du Tarn ou en Vin de France.

Bio en 2016, Demeter depuis le millésime 2023

Des préparations biodynamiques aux tisanes de plantes

Le domaine s’engage en agriculture biologique en 2016, sous le contrôle de Bureau Veritas. En 2019, il se tourne vers la biodynamie, pour accompagner le retour de la biodiversité et renforcer ses vignes. Toutes ses cuvées portent le label Demeter depuis le millésime 2023.

Sur les vignes et les sols, l’équipe applique les préparations de compost, de bouse de corne et de silice. Elle développe aussi les tisanes d’ortie et de prêle, ainsi que l’usage d’huiles essentielles.

La taille douce, apprise auprès de Marceau Bourdarias

Le domaine a choisi la taille douce, d’abord sur les jeunes vignes, qu’il considère comme son avenir. L’équipe s’est formée auprès de Marceau Bourdarias, qui a étudié la physiologie de la vigne. Les principes tiennent en trois gestes : tailler sur du bois jeune, ne pas couper au ras, respecter le flux de sève.

Cette taille laisse davantage de bourgeons, qu’il faut ensuite ôter à la main. Le domaine a aussi planté de jeunes vignes conduites en gobelet, sans palissage, comme le faisaient ses ancêtres. Les vendanges se faisant à la main, il n’est plus obligé de palisser toutes ses vignes.

Effeuillage, pinçage des grappes et vendange en vert, si besoin, se font aussi à la main.

Haies, bosquets et cultures anciennes

Le domaine replante peu à peu des haies et des bosquets. Ils redécoupent les parcelles en petits ensembles diversifiés, et une démarche de polyculture reprend progressivement. Le parcours de découverte longe un verger et des cultures anciennes remises au goût du jour : truffes, lavande et hélichryse.

Loin de l’œil, Ondenc, Duras : une gamme de cépages

Une cave en gravitaire, sans levure commerciale

Tous les raisins sont vendangés à la main. À la cave, l’équipe travaille en gravitaire et avec des tapis de vendange, pour garder les raisins intacts jusqu’au pressurage ou à l’encuvage. Chaque parcelle, ou chaque cépage, est vinifiée à part.

Les fermentations partent sur les levures indigènes, présentes sur la pellicule des raisins. Le domaine n’utilise aucune levure commerciale. La plupart des vins ne sont ni filtrés ni collés, avec un léger apport de sulfites avant la mise. Les élevages passent par l’inox, le béton, les foudres, les barriques et même les amphores.

La gamme reste essentiellement en monocépage, pour mettre en avant les variétés anciennes du Gaillacois. Quelques assemblages ajoutent de la complexité, comme Acte II, qui marie un Braucol en macération carbonique et une Syrah.

Le Loin de l’œil et l’Ondenc, blancs de caractère

Le Loin de l’œil est le cépage blanc phare du domaine. Il doit son nom à sa grappe, dont le long pédoncule l’éloigne du bourgeon, l’« œil » des vignerons. Gayrard en tire un blanc sec 100 % Loin de l’œil, élevé 12 mois sur lies en barrique et en foudre. Il annonce la poire et les fruits exotiques.

Ce cépage se cultive avec patience. Ses grappes grandes et compactes mûrissent de façon inégale. Il faut souvent vendanger en deux passages, à une semaine ou dix jours d’écart. L’ORI en donne une autre lecture : un vin « orange », macéré 30 jours, à la structure légèrement tannique.

L’Ondenc a sa propre cuvée. Macéré cinq jours avant de fermenter en cuve béton, il évoque l’abricot, le coing, le tilleul et les épices. La Revue du Vin de France lui a donné 89/100 sur le millésime 2024, dans son édition de janvier 2026.

Terre de Vins avait déjà retenu le Loin de l’œil 2020 parmi les ambassadeurs de l’AOP Gaillac. Au Japon, où l’importateur Raffine Wine distribue les cuvées, le magazine Winart a consacré un entretien au domaine.

Duras poivré, Braucol en amphore

Le Duras donne un rouge léger et frais, aux baies acidulées, avec du poivre en finale. Le domaine attribue ce poivre à la rotundone, plus marquée les années fraîches et humides. Le cépage monte vite en degré : sans contrôles fréquents, il peut atteindre 15°. Il se boit 6 à 10 mois après les vendanges.

Le Braucol, ou fer servadou, attend souvent 18 à 20 mois. Les Treilles le vinifie en amphore de terre cuite, avec douze mois d’élevage, pour un rouge fin et velouté. Point du Jour l’assemble à 10 % de Prunelard, puis l’élève 18 mois en fûts neufs.

Des bulles sans soufre ajouté

Le Mauzac donne les Bulles Blanches, un pétillant naturel. Sa prise de mousse se fait en levures indigènes, sans soufre ajouté. C’est le cépage de la méthode ancestrale, que Gaillac appelle aussi méthode gaillacoise. Les Bulles Rosées viennent, elles, du Gamay, et le domaine produit aussi un jus de raisin.

Visiter Capendut, entre Albi et Cordes-sur-Ciel

Chai, dégustation et parcours dans les vignes

Le domaine reçoit au caveau pour des dégustations de ses cépages autochtones. La visite guidée ouvre les portes du chai et se termine par une dégustation. Elle se fait en français, et en anglais sur demande.

Le parcours découverte fait 2 kilomètres sans gros dénivelé. Il raconte l’histoire de la famille Gayrard, l’appellation et ses cépages, et passe par le point culminant du domaine. Au départ de Capendut, une œnorando d’environ 11 kilomètres rejoint les oliviers du Domaine Oléicole Rigaud.

Au Bistrot Gayrard, l’été sur la terrasse

Depuis 2020, le domaine ouvre chaque été un restaurant sur sa terrasse. D’abord appelé la Guinguette, il est devenu Au Bistrot Gayrard. Chaque saison, une cheffe ou un chef y est en résidence. En 2026, Mylène Génique, alias Miettes, y cuisine les produits locaux.

Guinguette du domaine Gayrard

De fin mai à septembre, des pique-niques s’installent aussi dans les vignes, à l’ombre des chênes. L’été 2026 a compté deux soirées d’apéros concerts, avec musique live et tapas.

Des bouteilles consignées

Le domaine adhère au réseau Consign’Up de Toulouse, qui reprend, nettoie et réutilise les bouteilles. Les clients rapportent leurs bouteilles vides au caveau ou dans un magasin partenaire. Pour le domaine, c’est la même logique qu’à la vigne : limiter les déchets et favoriser le circuit court.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Domaine Damiens

    Le Domaine Damiens cultive 16 hectares à Aydie, en appellations Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, engagés en bio depuis 2011. Son nom vient d’un aïeul trouvé sous un porche d’église le jour de la Saint-Côme-et-Damien, et les Beheity tiennent la propriété depuis 1950. Pierre-Michel Beheity restructure le vignoble à partir de 2008 en faveur du tannat, tout en gardant un capital de vieilles vignes. Du tannat de printemps sans sulfites ajoutés aux Madiran de garde, la gamme compte aussi des Pacherenc secs et doux de petit et gros manseng.

  • Causse Marines

    Causse Marines cultive à peine 10 hectares sur un causse calcaire de Vieux, dans le vignoble de Gaillac, repris par Patrice Lescarret en 1993. Le domaine y conduit plus de quinze cépages, dont le mauzac, l’ondenc, le verdanel et le prunelart, tous issus de sélection massale. Certifiées bio depuis 2006 et travaillées en partie au cheval, les vignes donnent des vins nature, sortis pour la plupart en Vin de France. Les cuvées jouent du verlan, de Zacmau à Rasdu, et refusent les fiches techniques trop sérieuses.

  • Domaine Rotier

    Le Domaine Rotier cultive 35 hectares en bio sur les graves du Tarn, à Cadalen, dans l’appellation Gaillac. Alain Rotier et son beau-frère Francis Marre y bâtissent leurs vins sur deux cépages locaux, le duras en rouge et le len de l’el en blanc. Le vignoble est certifié bio depuis le millésime 2012, et ses nouvelles plantations atteignent 6 170 pieds par hectare depuis 2001. Les deux associés ont été désignés vignerons de l’année du Guide Hachette 2024 pour le Sud-Ouest, avec un neuvième coup de cœur dans l’appellation.

  • Mas del Périé

    Le Mas del Périé cultive 23 hectares de vignes à Trespoux-Rassiels, sur des coteaux calcaires à 350 mètres, aux confins de l’appellation Cahors. Fabien Jouves l’a créé en 2006 sur l’exploitation de ses parents, certifiée bio depuis 2009 et Demeter depuis 2011. Ses Cahors parcellaires, vinifiés sans intrants, suivent trois sols : le kimméridgien, la marne du Miocène et le sidérolithique. Autour des vignes vivent des haies, des truffiers, un conservatoire de cépages autochtones et les porcs noirs gascons de la Ferme du Tessou.

  • Domaine Le Passelys

    Installé à Douelle, au bord du Lot, le Domaine Le Passelys cultive la vigne depuis 1857 et compte plus de huit générations de Baudel. Ses 9,5 hectares en agriculture biologique occupent surtout les troisièmes terrasses argilo-siliceuses de l’AOC Cahors. Dès 2016, la famille plante des cépages résistants, qui suppriment 95 à 100 % des traitements utilisés en bio. Ils donnent la gamme Colibri, à côté des Cahors Tradition, Prestige et Centenaire, ce dernier issu de vignes de plus de 120 ans.

  • Domaine AntocyÂme

    Chimiste de formation, diplômée œnologue à l’Ensat de Toulouse, Muriel Zoldan a acheté en 2017 le Domaine AntocyÂme, à La Salvetat-Belmontet, près de Montauban. Ses 7,5 hectares, engagés en agriculture biologique depuis 2012, relèvent des Coteaux et Terrasses de Montauban, unité de l’IGP Comté Tolosan. Les fermentations partent des levures indigènes, et presque toutes les cuvées sont sans sulfites ajoutés. Le domaine vinifie en cuve, en barrique et en amphore sept cépages, dont le Tannat et l’Abouriou.

  • Château Lacapelle Cabanac

    Sur le causse argilo-calcaire qui domine la vallée du Lot, le Château Lacapelle Cabanac produit des Cahors bio à environ 300 mètres d’altitude. Thierry Simon et Philippe Vérax l’ont repris en 2001 et le conduisent en agriculture biologique depuis 2002. Les vignes poussent sur des pierrailles calcaires et des argiles du Kimméridgien, et le merlot y pèse moins de 10 % de l’encépagement. Du Tradition au Malbec Original, élevé sur lies en cuve béton, la gamme compte aussi un savagnin en Vin de France.

  • Château Haut-Monplaisir

    À Lacapelle-Cabanac, dans l’appellation Cahors, Cathy et Daniel Fournié ont repris en 1998 une exploitation familiale de 15 hectares, qui compte aujourd’hui près de 30 hectares. Leurs vignes occupent la troisième terrasse du Lot, plein sud, sur des sols argilo-siliceux à galets roulés. Engagé en bio chez Ecocert en 2009, le domaine a sorti ses premières cuvées labellisées en 2012. Leur fille Mathilde les a rejoints en 2015, l’année de L’Envie, un malbec vinifié et élevé sans soufre ajouté.

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