Domaine Giachino - Vignes aux couleurs d’automne dans la lumière rasante, face aux montagnes

Domaine Giachino

Région viticole

Région viticole

Savoie

BioDemeter

Un vignoble planté dans l’éboulement du mont Granier

Le Domaine Giachino produit des vins bio et biodynamiques de Savoie à Chapareillan, en Isère, au hameau de La Palud. Ses vignes couvrent les coteaux du mont Granier, dans le parc naturel régional de Chartreuse, et trois communes du piémont des Bauges. La famille cultive 15 hectares. Elle est engagée en agriculture biologique depuis 2006 et adhère à Demeter.

La nuit du 24 novembre 1248

Dans la nuit du 24 au 25 novembre 1248, un pan du mont Granier s’effondre. Le domaine parle de 500 millions de mètres cubes de roche et de cinq paroisses englouties. L’éboulement laisse un relief chaotique, à dominante argilo-calcaire, où de gros blocs à peine altérés se mêlent aux marnes. La zone reste nue pendant plusieurs décennies. Puis la vigne s’y installe, seule culture capable de coloniser ces terrains.

Les Giachino travaillent ce désordre de pierres. Sur les rives du lac de Saint-André, leurs parcelles de jacquère se glissent entre les plus gros rochers de l’éboulement. L’altesse, elle, pousse sur les moraines de l’ancien glacier du Grésivaudan, entre éboulis et murgers.

Chartreuse d’un côté, Bauges de l’autre

Le vignoble se partage entre deux massifs calcaires. Côté Chartreuse, les parcelles se répartissent sur les communes de Chapareillan, des Marches et d’Apremont. Côté Bauges, elles se trouvent à Arbin, Cruet et Fréterive, sur des coteaux abrupts du flanc sud de la Combe de Savoie. Le sol y mêle les alluvions et les limons d’une ancienne moraine glaciaire à des éboulis argilo-calcaires.

Domaine Giachino - Rang de vigne en été devant une chaîne de montagnes
Les vignes en plein été, face aux montagnes.

Une cuvée vient d’un tout autre terrain. À 180 mètres d’altitude, un fond de molasse disparaît sous les alluvions de l’Isère : des sables, des graviers et des galets.

De frères en frères : les Genton, puis les Giachino

1988 : un hectare et demi repris au grand-père

Du côté maternel, les aïeux Genton pratiquaient la polyculture dans le Grésivaudan depuis plusieurs siècles. Les terres riches de la plaine portaient les céréales, les noix et les fruits. Les coteaux ensoleillés du piémont du Granier revenaient à la vigne. En 1988, Frédéric Giachino reprend les vignes de son grand-père, Marius Genton : 1,5 hectare. L’exploitation se spécialise alors dans la viticulture.

Le domaine grandit ensuite par plantations, en puisant dans les variétés de Savoie. Il atteint 9 hectares, dont six de jacquère. Le reste revient à la mondeuse, au gamay, au persan, à la roussette et à des cépages anciens du Grésivaudan.

Frédéric et David, puis Clément et Antonin

David, le frère de Frédéric, a longtemps travaillé dans le vin pour d’autres. Il rejoint le domaine dans le sillage du passage en bio. Ensemble, les deux frères le conduisent vers la biodynamie.

La génération suivante arrive le 1er janvier 2015 avec Clément, le fils de Frédéric. Son frère Antonin le rejoint en 2021. Tous deux sont aujourd’hui les gérants de l’exploitation. Le domaine résume cette histoire à sa façon : « Des frères et des fils… de frères en frères ! »

Les vignes de Michel Grisard, reprises en 2015

L’arrivée de Clément apporte des bras, et permet une reprise de taille. Quand Michel Grisard part à la retraite, les Giachino reprennent son vignoble : 6,5 hectares de mondeuse et de roussette à Cruet, Arbin et Fréterive. L’homme est un pionnier de la bio en Savoie et un grand défenseur des cépages rares ou disparus.

Deux cuvées du domaine, un blanc et un rouge nommés Prieuré Saint-Christophe, viennent de ces coteaux.

En bio depuis 2006, puis sous le cahier des charges Demeter

Du désherbant au purin d’ortie

À la reprise, Frédéric travaille de façon classique. Il passe peu à peu à une culture raisonnée, qui le ramène au travail des sols et à l’enherbement. Il réintroduit des prédateurs naturels et limite les pesticides. En 2006, il saute le pas : le domaine s’engage en agriculture biologique, sous le contrôle d’Ecocert. Désherbants, insecticides et produits chimiques de synthèse disparaissent.

Le purin d’ortie, les décoctions et les tisanes de plantes les remplacent, avec le cuivre et le soufre. Des engrais organiques nourrissent les sols, et l’herbe pousse entre les rangs pour freiner l’érosion. Le domaine adhère ensuite au cahier des charges Demeter, le label de la biodynamie, et se soumet à ses contrôles.

La vigne n’est pas seule sur l’exploitation. Des nichoirs accueillent les mésanges et les chauves-souris, et 250 arbres fruitiers ont été plantés. Le verger figure lui aussi parmi les productions certifiées.

Domaine Giachino - Nichoir en bois suspendu au fil de palissage d’un rang de vigne
Un nichoir accroché au palissage.

Tailler, archeter, butter : une année dans les rangs

La fin de l’automne et l’hiver servent à nettoyer, tailler et détortiller la vigne. Les Giachino refont les talus et repoussent les bois. En fin d’hiver, ils reprennent le palissage : piquets, fils, amarres. Vient alors le moment d’« archeter », c’est-à-dire de plier les bois pour les attacher au fil.

Domaine Giachino - Une silhouette traverse les vignes givrées sous un soleil bas d’hiver
L’hiver dans les vignes, sous le givre.

Au printemps, les sols sont labourés, buttés puis débuttés. Les jeunes pousses restent sous la menace du gel jusqu’en mai. Avec la chaleur, il faut guider la vigne entre ses fils releveurs, la couper, entretenir l’herbe. Les grappes sont éclaircies : moins de volume, plus de qualité.

Un mois de vendanges, à la main

Les vendanges s’étalent sur un mois. Elles commencent par les cépages précoces, le gamay et la roussette, et s’achèvent avec les tardifs, la jacquère et la mondeuse. Tout se cueille à la main. Le raisin arrive ainsi intact au pressoir, et les grappes peuvent être triées. Pour le domaine, une vendange saine et non meurtrie dispense d’adjuvants en cave.

Domaine Giachino - Un vendangeur porte une pile de caisses sur l’épaule entre les rangs
Les caisses de vendange, portées à l’épaule.

En cave : les levures du raisin et presque rien d’autre

Des blancs clarifiés par le froid

Le règlement bio européen a longtemps laissé la vinification de côté. Les Giachino ont donc aussi adhéré à Nature et Progrès, dont le cahier des charges prolonge la démarche jusqu’à la cave. Aucun produit œnologique n’entre dans leurs vins. Les fermentations partent avec les levures indigènes, celles que portent les grappes. Seule exception : du sulfite sous forme gazeuse, en micro-dose, pour assurer la conservation.

Les raisins blancs passent par un pressurage pneumatique lent et doux. Le moût se clarifie ensuite au froid, lentement, ce qui réduit fortement l’ajout de sulfites, voire l’élimine. Huit à dix jours plus tard, le jus clair est soutiré et fermente autour de 15 degrés. Les roussettes et certaines cuves de jacquère font leur fermentation malolactique. L’élevage se poursuit sur lies totales jusqu’à la mise en bouteilles.

Domaine Giachino - La cuverie et ses cuves en inox
La cuverie du domaine.

Des rouges en grappes entières, en cuve, en fût ou en amphore

Les raisins rouges sont vendangés en caisses, puis encuvés à la main en grappes entières. La macération dure de 5 à 12 jours selon le cépage et le millésime. Les remontages sont quotidiens, sans triturer les grappes. Le marc repart ensuite en caisses jusqu’au pressoir. Selon les cépages, l’élevage se fait en cuve inox, en fût de chêne ou en amphore d’argile, toujours sur lies totales.

Quatorze cuvées, de l’AOP Savoie à l’IGP Isère

La jacquère en trois cuvées, l’altesse en deux

Le domaine propose 14 cuvées : six blancs, six rouges et deux effervescents. La jacquère domine les blancs. C’est le cépage blanc le plus répandu de Savoie, où il occupe environ 40 % du vignoble. Elle donne trois cuvées en AOP Savoie.

Primitif est tiré tôt, dès l’hiver. Apremont et Monfarina restent plus longtemps sur leurs lies. Leurs arômes vont du citron et des fleurs à la bergamote, au litchi et au fruit de la passion.

Apremont est une dénomination de l’AOC Savoie, reconnue en 1973, dont la jacquère est le cépage. Son histoire est liée, elle aussi, à l’éboulement du Granier.

L’altesse fournit deux Roussette de Savoie. La première évoque le coing, l’ananas et l’amande douce. La seconde, le Prieuré Saint-Christophe, fermente en barrique et y reste douze mois, avant six mois de cuve. Marius et Simone, dédiée aux grands-parents maternels, est un blanc de macération. La jacquère et le bia blanc y macèrent vingt jours, avant dix mois de fût.

Le Guide Hachette des Vins 2011 a décerné un coup de cœur à la Roussette de Savoie Altesse 2009, notée deux étoiles.

Mondeuse, persan et cépages anciens du Grésivaudan

Chez les rouges, la mondeuse tient le premier rôle. Elle signe Black Giac, élevé douze mois en fût, en cuve et en amphore. Elle donne aussi le Prieuré Saint-Christophe rouge, qui passe au moins douze mois en barrique. Mariée au gamay à parts égales, elle devient Giac Potes. Le persan, ancien cépage local originaire de la Maurienne, a sa propre cuvée, annoncée pour dix ans de garde et plus.

Deux rouges sortent en IGP Isère, sous la mention Coteaux du Grésivaudan. Frères Giac associe l’étraire de la Dhuy au gamay. Ma Douce réunit quatre cépages à parts égales : douce noire, persan, mondeuse et joubertin. La douce noire revient de loin. Interdite en 1958, elle n’a retrouvé le catalogue officiel qu’en 2008, sous le nom de corbeau.

Ces rouges parlent de fruits noirs, d’épices, de violette et de réglisse. Le domaine distingue ses canons faciles à boire de ses vins de garde.

Deux bulles, deux méthodes

Don Giachino est une jacquère de seconde fermentation en bouteille. Elle reste 36 mois sur lattes avant le dégorgement, et n’est pas dosée. Giac Bulles suit une autre voie. Sa fermentation est arrêtée quand il reste une quinzaine de grammes de sucre, et la prise de mousse dure sept mois. Le vin n’est pas dégorgé. Ces deux effervescents sortent en Vin de France, comme Marius et Simone.

À La Palud, une cave et un bar à vin face à Belledonne

Dégustation et vente sur rendez-vous

Les Giachino ne sont pas en permanence à la cave. Ils reçoivent donc sur rendez-vous, pour la dégustation comme pour la vente.

O’Giac’sons, la guinguette de l’été

De mai à août, le domaine ouvre son bar à vin, O’Giac’sons. La cave et sa terrasse regardent la chaîne de Belledonne et les Bauges. On y goûte les vins de la maison et quelques autres, avec ce que proposent les foodtrucks et le brasero. Des concerts animent certaines soirées.

Domaine Giachino - Le bar à vin O’Giac’sons et sa terrasse éclairée au crépuscule
O’Giac’sons, un soir d’été.

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Les autres domaines de la région Savoie

  • Domaine de l’Aitonnement

    Le Domaine de l’Aitonnement fait revivre le vignoble d’Aiton, en Savoie, connu depuis quatre siècles pour sa mondeuse noire. Maxime Dancoine y a repris 58 ares en 2016 et cultive en bio des coteaux pentus jusqu’à 100 %, tout à la main, en gobelet sur échalas. Ses jeunes parcelles réunissent jusqu’à neuf cépages blancs de la région, à côté du joubertin, du persan et de la douce noire. Ses quatre cuvées en IGP Vin des Allobroges, dont la mondeuse Dark Side, sont élevées en jarres, amphores et demi-muids.

  • Vignerons Curtet

    Les Vignerons Curtet cultivent la vigne à Motz et à Serrières-en-Chautagne, sur des coteaux de molasse qui dominent le Rhône. En 2017, Florian et Marie Curtet reprennent le domaine de Jacques Maillet, pionnier de la bio en Savoie, certifié en agriculture biologique depuis 2016. Menée aujourd’hui par Florian Curtet, la ferme passe à l’agroforesterie, avec prairie non fauchée et arbres plantés. Depuis 2020, ses vins sortent en Vin de France, assemblages de mondeuse, gamay, jacquère ou altesse, ni filtrés ni sulfités.

  • Domaine Ludovic Archer

    Le Domaine Ludovic Archer cultive 4 hectares en bio entre Chignin, Montmélian et Saint-Jean-de-la-Porte, au pied du massif des Bauges, avec sa cave à Arbin. Ludovic Archer a signé son premier millésime en 2019 et travaille neuf cépages, dont le persan et la douce noire, deux variétés savoyardes presque disparues. Les dix cuvées de 2024, en Vin de Savoie, Roussette de Savoie et IGP Vin des Allobroges, fermentent en levures indigènes et titrent entre 9,25 et 11,7 degrés. Un artiste alpin différent illustre les étiquettes de chaque millésime.

  • Domaine des 13 Lunes

    Le Domaine des 13 Lunes cultive ses vignes à Chapareillan, seule commune de l’Isère dans l’aire du Vin de Savoie, sur les sols nés de l’écroulement du mont Granier en 1248. Ancien menuisier ébéniste, Sylvain Liotard l’a repris fin 2016 et l’a engagé en agriculture biologique dès janvier 2017. Il y applique des pratiques biodynamiques, vendange à la main et vinifie sans levures ajoutées, avec peu de sulfites. Ses huit vins vont de la jacquère des Abymes et d’Apremont à la mondeuse, en passant par l’altesse et un « blouge ».

  • Domaine des Côtes Rousses

    Le Domaine des Côtes Rousses cultive 6 hectares en bio sur les coteaux d’argile rousse de Saint-Jean-de-la-Porte, en Combe de Savoie, avec des pentes de 15 à 45 %. Nicolas Ferrand y a créé son domaine en 2013, rejoint au quotidien par Marielle en 2020. Jacquère, altesse et mondeuse donnent dix cuvées en Vin de Savoie et en Roussette de Savoie, vinifiées en levures indigènes et élevées sans soufre. La cave et le caveau se trouvent à La Motte-Servolex, près de Chambéry, où l’accueil se fait sur rendez-vous.

  • Domaine Saint-Germain

    Le Domaine Saint-Germain cultive 14 hectares en bio à Saint-Pierre-d’Albigny, sur les éboulis argilo-calcaires des Bauges, sous la dent d’Arclusaz. Raphaël Saint-Germain y travaille depuis 2001, rejoint en 2021 par sa fille Louise, qui s’occupe des vinifications. Engagé en bio depuis 2009, le domaine soigne ses vignes aux infusions de plantes et annonce 35 cépages de l’arc alpin, dont 20 oubliés ou perdus. Mondeuse, persan, altesse et petite arvine donnent une douzaine de cuvées, en AOP Savoie, en Roussette de Savoie et en IGP Vin des Allobroges.

  • Domaine Gilles Berlioz

    À Chignin, en Savoie, Christine et Gilles Berlioz ont créé en 1990 le domaine qu’ils appellent aujourd’hui Domaine partagé, engagé en bio en 1999 et certifié Demeter. Le sol y est travaillé au cheval et à la pioche, la vigne tressée à la main, sans désherbant. Les vendanges se font en commun avec les vignerons voisins. La roussanne donne les Chignin-Bergeron Les Filles et Les Fripons, aux côtés de la jacquère, de l’altesse, de la mondeuse et du gamay.

  • Les Vignes de Paradis

    Les Vignes de Paradis cultivent 12 hectares en bio à Douvaine, en Haute-Savoie, sur les hauteurs du Léman. Dominique Lucas, vigneron venu de Bourgogne, a repris en 2008 un hectare de vignes à Ballaison, avant d’être rejoint par Karine Beauvais puis par Justine Lucas. Engagé en bio depuis 2009, le domaine y ajoute des pratiques biodynamiques : sols enherbés, compost et tisanes de plantes de montagne. Le chasselas domine une gamme de 19 cuvées élevées en œufs béton, amphores et demi-muids, presque toutes en IGP Vin des Allobroges.

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