Domaine Haute Perche
Sommaire
- Deux familles pour un même domaine de l’Aubance
- 1966, neuf hectares d’hybrides à replanter
- 2019, un expert-comptable reprend Haute Perche
- Une régisseuse, un chef de culture et un directeur d’exploitation
- Trois îlots de vignes sur les schistes de l’Anjou Noir
- Haute Perche, les Huttières et Soulaines-sur-Aubance
- Un arc-en-ciel de schistes rouges, verts, ocres et bleus
- Une enclave sèche à l’abri des Mauges
- Coteaux de l’Aubance et Anjou Brissac, deux appellations de voisinage
- Le moelleux de l’Aubance, récolté par tries
- Le plant breton, cabernet franc de Saint-Melaine
- Sept appellations et une IGP
- Du bio à la certification Demeter
- Engagé en bio en 2016, certifié Demeter en 2022
- Des haies, des chênes et des fruitiers entre les vignes
- Toits solaires, eau de pluie et bouteilles réemployées
- Des chenins de schiste et des rouges de cabernet franc
- Le chenin en sec, en moelleux et en bulles
- Crémants, brut nature et grolleau gris
- Des rouges élevés pour la table
- Des vinifications peu interventionnistes
- Marcher dans les vignes avant de déguster
- Du vignoble au chai d’élevage
- Deux balades avec les Vignes selon Val
Deux familles pour un même domaine de l’Aubance
1966, neuf hectares d’hybrides à replanter
Le Domaine de Haute Perche produit des vins bio et biodynamiques à Saint-Melaine-sur-Aubance, à une dizaine de kilomètres d’Angers. La famille Papin l’a créé en 1966 : Agnès et Christian, puis leur fille Véronique. À l’époque, la propriété comptait 9 hectares plantés en hybrides, qui donnaient du vin de table.
Christian Papin a tout replanté en cépages nobles, surtout en chenin et en cabernet. Il a aussi agrandi le vignoble. Le domaine a ensuite gagné sa place dans le Guide Hachette, avec des coups de cœur en Anjou Villages Brissac pour les millésimes 1997, 2002 et 2005. Un Crémant de Loire 2011 a reçu la même distinction dans l’édition 2015.
2019, un expert-comptable reprend Haute Perche
En 2019, les Papin cèdent le domaine à Thierry Denjean. Cet investisseur parisien d’origine lyonnaise dirige un cabinet d’expertise comptable qu’il a fondé en 1994. Haute Perche est sa première acquisition viticole. Il a depuis pris une participation dans un domaine du Valais, en Suisse, puis racheté la Tour Gallus, dans le vignoble nantais.
À Haute Perche, la reprise a tout changé. Le domaine passe en biodynamie dès novembre 2019. L’équipe s’étoffe, le matériel est renouvelé et les nouvelles plantations se font en sélection massale. Le nouveau propriétaire le résume ainsi : « Notre but est d’améliorer et de dynamiser le vignoble. »
Une régisseuse, un chef de culture et un directeur d’exploitation
Anne-Laure, Bretonne adoptée par l’Anjou, a rejoint le domaine en 2023 comme régisseuse. Elle suit chaque cuvée de la vigne au verre et représente le domaine à l’extérieur. Serge, directeur d’exploitation, connaît l’histoire du lieu et le potentiel de chaque parcelle. Il dirige les opérations quotidiennes, avec un œil expert sur la vinification.
Le chef de culture, Anthony, a découvert la vigne tout jeune, en Corse. Après des expériences en Autriche et en Suisse, il s’est installé en Anjou en 2023. Un apprenti ingénieur en viticulture mène aussi un projet expérimental sur ses trois années d’apprentissage au domaine.
Trois îlots de vignes sur les schistes de l’Anjou Noir
Haute Perche, les Huttières et Soulaines-sur-Aubance
Le domaine s’étend sur 35 hectares de sols vivants. Ses vignes se répartissent en trois îlots. Le premier entoure le domaine, à Haute Perche. Le deuxième occupe le lieu-dit les Huttières, un coteau qui domine l’Aubance. Le troisième se trouve sur la commune voisine de Soulaines-sur-Aubance.
Chaque îlot a son exposition, sa pente et son sous-sol. L’équipe observe donc chaque parcelle et adapte ses gestes à ce qu’elle y trouve. L’ensemble repose sur un plateau qui s’incline en pente douce vers la Loire.


Un arc-en-ciel de schistes rouges, verts, ocres et bleus
Le domaine appartient à l’Anjou Noir, où le schiste domine sous toutes ses formes : rouge, vert, ocre ou bleu, avec plus ou moins d’argile. La plupart des parcelles sont argilo-schisteuses. Celle du Clos des Constants mêle des schistes gris et verts et des filons de quartz.
Ces sols reposent sur le socle du Massif armoricain. Ils sont souvent peu profonds, se réchauffent bien et retiennent peu d’eau. Au nord du secteur affleurent des schistes ardoisiers, longtemps exploités pour les murs et les toits des maisons.
Une enclave sèche à l’abri des Mauges
Le secteur de l’Aubance reçoit environ 585 millimètres de pluie par an, contre près de 800 dans le Choletais. Les reliefs des Mauges le protègent de l’humidité océanique par un effet de fœhn. La moyenne annuelle avoisine 12 °C, un degré de plus que le reste du Maine-et-Loire. Chênes verts et pins parasols poussent dans le paysage.
La Loire et l’Aubance maintiennent pourtant une humidité de l’air favorable à la pourriture noble, celle des moelleux. Les parcelles du domaine donnent, elles, leurs meilleurs rouges les années chaudes et sèches, comme 1997 ou 2005.
Coteaux de l’Aubance et Anjou Brissac, deux appellations de voisinage
Le moelleux de l’Aubance, récolté par tries
Saint-Melaine-sur-Aubance fait partie des sept communes de l’AOC Coteaux de l’Aubance, reconnue en 1950. L’appellation est réservée aux blancs tranquilles de chenin. Les raisins se récoltent à la main, en tries successives, à surmaturité. Le rendement est fixé à 35 hectolitres par hectare.
Le nom apparaît pour la première fois en 1922, sur une déclaration de récolte. Trois ans plus tard naît le syndicat des viticulteurs des Coteaux de l’Aubance. Le Guide Hachette a d’ailleurs qualifié Christian Papin de sage de l’Aubance, en saluant son action syndicale.
Le plant breton, cabernet franc de Saint-Melaine
Le cabernet franc a une longue histoire sur la commune. En 1865, un bulletin agricole d’Angers signalait déjà des plantations de « plant breton » à Saint-Melaine-sur-Aubance. Ce plant n’est autre que le cabernet franc, arrivé par bateau par l’estuaire de la Loire.
Les vignerons du secteur ont obtenu l’AOC Anjou Villages Brissac en 1998. Elle s’appelle aujourd’hui Anjou Brissac et reste réservée aux vins rouges de cabernet franc et de cabernet-sauvignon. Les vins y sont élevés au moins jusqu’au 30 juin qui suit la récolte, le temps que leurs tanins s’arrondissent.
Sept appellations et une IGP
Autour de ces deux appellations, le domaine produit de l’Anjou blanc et rouge, de l’Anjou Gamay, du Cabernet d’Anjou, du Rosé de Loire et du Crémant de Loire. Un Chardonnay et un Grolleau gris sortent en IGP Val de Loire. Les cépages rouges sont le cabernet franc, le cabernet-sauvignon, le gamay et le grolleau noir.
Du bio à la certification Demeter
Engagé en bio en 2016, certifié Demeter en 2022
Le domaine s’est engagé en agriculture biologique en 2016, sous le contrôle de Certipaq Bio. Il travaille en biodynamie depuis 2019 et porte la certification Demeter depuis 2022.
La biodynamie ajoute au bio des décoctions de plantes, des minéraux et du compost. Elle suit aussi le cycle lunaire et planétaire pour caler les travaux à la vigne et au chai. Tous les rangs sont enherbés naturellement, et l’herbe, bien maîtrisée, reste une juste concurrence pour la vigne.
Des haies, des chênes et des fruitiers entre les vignes
Le sol se travaille mécaniquement sous le rang, et les labours parcellaires sont revenus. L’équipe teste des couverts végétaux et plante des haies d’essences locales entre les rangs. Sur les parcelles peu propices à la vigne, elle a diversifié les cultures avec des chênes et des fruitiers.
Un chantier de dépollution des sols accompagne ces changements. Le propriétaire avait prévu de semer d’abord un hectare en inter-rang, avec le suivi de l’entreprise Biomède.
Toits solaires, eau de pluie et bouteilles réemployées
Haute Perche vise la neutralité carbone. Les bâtiments portent de nouveaux toits solaires, et le domaine récupère les eaux pluviales. Il reprend aussi les bouteilles vides avec Bout’ à Bout’, une entreprise de réemploi. Le chai, la cuverie et le matériel ont été renouvelés, comme les locaux des salariés.
Des chenins de schiste et des rouges de cabernet franc
Le chenin en sec, en moelleux et en bulles
Le chenin tient le premier rôle, en blanc sec, en moelleux et en bulles. L’Anjou blanc, élevé en cuve inox, joue sur les fruits blancs mûrs et les agrumes. Des amers typiques du chenin sur schistes le nuancent. D’autres cuvées de chenin ont leur propre élevage.
Clos des Constants vient de vignes de 33 ans, fermentées en barriques de 400 litres et en jarre de grès. Les Huttières porte le nom de son coteau et s’élève 10 mois en jarres de grès. Sa bouche est saline, dense et tendue. Les Fontenelles, un Coteaux de l’Aubance de chenin botrytisé, naît de tries successives.


Crémants, brut nature et grolleau gris
Les bulles passent 18 mois sur lattes. Le Crémant de Loire blanc assemble chenin et chardonnay à parts égales. Le rosé associe cabernet franc et grolleau noir : le domaine affiche pour lui une médaille d’or au Concours national des Crémants. Le Brut Nature, pur chardonnay élevé en barriques, n’est pas dosé.
Le P’tit Gris sort de l’ordinaire. Ce blanc de grolleau gris vient de vignes de cinq ans, vendangées à la main. Frais et léger, il se boit dans l’année.
Des rouges élevés pour la table
Les rouges visent la gastronomie. L’Anjou Brissac assemble 80 % de cabernet franc et 20 % de cabernet-sauvignon. Les baies passent par un tri densimétrique puis manuel, macèrent 25 jours et s’élèvent un an et demi en cuves souterraines. Il en ressort un vin ample, aux notes de cassis et de fruits rouges.
Le Clos de derrière l’église vient d’un clos d’un hectare de cabernet franc d’une cinquantaine d’années. Il passe 10 mois en barriques de chêne français. Fruits noirs, cuir et sous-bois dominent, avec un boisé réglissé et épicé. Il se garde 6 à 10 ans.

Des vinifications peu interventionnistes
Au chai, l’équipe conduit des vinifications précises et peu interventionnistes. Le soufre n’intervient qu’en micro-doses, et seulement si nécessaire. Les rosés, le Rosé de Loire et le Cabernet d’Anjou, fermentent et s’élèvent en cuves inox thermorégulées. Pour l’Anjou blanc, les jus de goutte et de presse sont séparés en sortie de pressoir.
Marcher dans les vignes avant de déguster
Du vignoble au chai d’élevage
Le domaine accueille les visiteurs toute l’année pour des visites et des dégustations. Sur demande, la visite se fait sur mesure : vignoble, cuvier, chai d’élevage puis dégustation. Albane, originaire du Layon, s’occupe de l’œnotourisme. Les enfants ne sont pas oubliés, avec du jus de raisin, des jeux et des coloriages.
Deux balades avec les Vignes selon Val
Valérie, des Vignes selon Val, emmène les marcheurs dans les parcelles. La première balade dure 1 h 15 sur environ 2,5 km et raconte le terroir de l’Anjou Noir. La seconde, plus sportive, monte au sommet des Coteaux de l’Aubance : 2 h 15 pour environ 5 km. Les deux se terminent au domaine par la dégustation de cinq cuvées.
Les entreprises disposent d’une salle de séminaire ouverte sur les vignes, accessible aux personnes à mobilité réduite. Elle reçoit jusqu’à 25 personnes assises et 40 debout, avec une terrasse attenante.
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