Michel et Antonin Bedouet

Bedouet Vigneron

Sommaire

De métayers à propriétaires, quatre générations au Pallet

Henri, tonnelier et vigneron en métayage

Bedouet Vigneron est un domaine familial du vignoble nantais, conduit en agriculture biologique depuis 2010. Ses 19 hectares de vignes s’étendent sur deux communes de Loire-Atlantique, Le Pallet et La Haye-Fouassière. Son histoire commence avec un vigneron qui ne possédait pas ses vignes.

Henri Bedouet, né en 1899, est tonnelier et vigneron en métayage. Il partage alors la récolte par moitié avec le propriétaire des vignes. Sa femme Agathe l’accompagne. Leur fils, prénommé Henri lui aussi et né en 1931, s’installe à son tour en 1957.

Il débute comme métayer, puis devient fermier en 1977, c’est-à-dire locataire des vignes. Marie-Jo, sa femme, fait le chemin avec lui. Le Clos des Grands Primos reste la parcelle historique du domaine. C’est la première que la famille a eue en propriété, et elle a mis fin à sa condition de métayer.

Michel, Sénèque et la conversion de 2010

Michel, né en 1960, rejoint l’exploitation en 1985. En 1990, il achète ses premières vignes. Il s’inspire d’une phrase de Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

En 2010, il engage la conversion du vignoble à l’agriculture biologique. L’annuaire de l’Agence Bio date cet engagement du 20 août 2010, sous le contrôle d’Ecocert. Les premiers raisins certifiés bio sont récoltés en 2013.

La famille le dit sans détour : elle n’a pas choisi d’être vigneronne dans le Muscadet, elle a « simplement eu de la chance ». Pour elle, cultiver vient du latin cultum, « honorer ». Le travail du sol et l’interdiction de tout produit chimique de synthèse fondent sa conduite. Le domaine veut produire des « vins vivants, des vins d’épicuriens ».

Antonin, le « sang neuf »

Antonin, le fils de Michel, arrive au domaine en 2015. Il apporte une compétence à la fois mécanique et culturale. Il s’associe avec son père en février 2020. Cette année-là, ils achètent des vignes sur les hauteurs du Moulin des Landes, à La Haye-Fouassière. Michel prend sa retraite en 2025.

Antonin figure aujourd’hui comme gérant dans l’annuaire de l’Agence Bio. Une cuvée a salué son arrivée : Le 109. C’est le numéro INSEE de Nantes, et un jeu de mots sur « sang neuf ». Dans l’équipe, Lilian connaît bien la vigne et le matériel. Georges incarne le travail manuel et artisanal que le domaine privilégie.

Famille Bedouet Vigneron

Gabbro, gneiss et amphibolite sur la rive droite de la Sèvre

Au Pallet, une mosaïque sur le massif armoricain

Le domaine se trouve aux portes de la métropole nantaise, sur la rive droite de la Sèvre. Au Pallet, la vigne s’enracine sur les contreforts du massif armoricain. Le sous-sol mêle gabbro du Pallet, micaschiste et gneiss.

Selon le domaine, ces sols drainent bien l’eau et l’air. Ils offrent une richesse minérale équilibrée entre silice, potassium et magnésium. La nuit, ils restituent la chaleur emmagasinée le jour. Près de la Sèvre, la parcelle du Moulin Carré couvre 4,5 hectares d’un seul tenant, sur un sol profond de limons, de gneiss et de micaschistes.

À La Haye-Fouassière, l’orthogneiss

À La Haye-Fouassière, les sols sont siliceux, caillouteux à très caillouteux. Le sous-sol est une roche métamorphique issue du granit, à dominante d’orthogneiss. Le domaine y cultive aussi une parcelle plantée sur amphibolite.

Les vignes du Moulin des Landes y demandent de la patience. Bien ventilées et exposées, elles forment en général la dernière parcelle vendangée. Leurs ceps ont une vingtaine ou une soixantaine d’années. À l’inverse, les vignes du primeur poussent sur des amphibolites, sur une petite butte qui se réchauffe facilement et permet une vendange précoce.

Des haies, des prairies et des étés plus secs

Des bois et de petites forêts bordent les vignes. Des prairies pâturées apportent une présence animale. Les haies sont partout : tilleuls, ormes, merisiers, aubépines et pruniers sauvages y abritent oiseaux, insectes et petits mammifères.

Le climat est océanique tempéré. Depuis quelques années, le domaine observe des étés plus secs, des températures anormalement élevées et un vent d’est asséchant. Il choisit d’adapter ses pratiques plutôt que de lutter contre la nature. Il a planté trois cépages naturellement résistants aux maladies : le souvignier gris, le muscaris et l’egiodola.

Le Muscadet Sèvre et Maine et sa dénomination Le Pallet

Une AOC de 1936 vouée au seul melon

Le Pallet et La Haye-Fouassière appartiennent à l’aire de l’AOC Muscadet Sèvre et Maine, reconnue en 1936. Ses vins sont issus du seul melon de Bourgogne. Dès 1925, des producteurs de La Haye-Fouassière avaient obtenu en justice le droit de déclarer leurs vins « Muscadet Grands Crus de Sèvre et Maine ».

L’appellation peut être complétée par la mention sur lie. Elle renvoie à la « méthode nantaise » : garder les vins sur leurs lies fines pendant au moins un hiver, sans aucun soutirage. Le cahier des charges précise que ce mode d’élevage apporte rondeur et gras aux vins.

Le Pallet, des roches peu altérées et fissurées

Le nom de l’appellation peut aussi être suivi d’une dénomination géographique complémentaire, dont Le Pallet. Le cahier des charges la situe dans un secteur où les roches sont peu altérées et fortement fissurées. Ses vins restent sur lies fines au moins jusqu’au 1er avril de la deuxième année qui suit la récolte.

Le mot « cru », lui, n’a pas cours pour ces dénominations. En juin 2025, l’INAO a rappelé que son usage était toléré à l’oral, mais pas à l’écrit. Le domaine élève ses deux cuvées communales, Le Pallet et La Haye-Fouassière, 24 mois sur lies fines.

Au chai, levain maison et longs élevages sur lies

Du pressoir à la cuve souterraine

Pour la famille, c’est au vignoble que se fait le vin. La vendange des deux cuvées communales est manuelle. Le pressurage est doux, en pressoir pneumatique. Le jus fraîchement pressé s’écoule ensuite par gravité dans une cuve souterraine.

Les levures sont indigènes, issues du raisin et de l’environnement du domaine. Un pied de cuve, levain fait maison une semaine avant les vendanges, lance la fermentation. Le mot d’ordre tient en une ligne : le moins de manipulations et d’intrants possible.

De 8 à 24 mois sur lies fines

Hormis le primeur, tous les vins sont élevés sur lies fines de 8 à 24 mois. Les contenants varient : cuve inox, béton ou fibre de verre, jarre de grès ou fût de chêne. La mise en bouteille se fait au domaine.

Trois cuvées sont vinifiées sans sulfites : Cogito, L’Effet Mer et Le 109. Une fermentation malolactique vient naturellement les équilibrer. Le vin est soutiré après cette « malo ». Il est ensuite élevé environ 9 mois sur lies fines, en fûts de chêne, en jarres de grès ou en cuve béton selon la cuvée.

Muscadet parcellaires et Vins de France en liberté

Du Clos des Grands Primos au Mus K Dé

Le melon de Bourgogne reste le cépage phare du domaine. Le Domaine, un Muscadet Sèvre et Maine sur lie, en est la vitrine : il rassemble les différents terroirs. Le Clos des Grands Primos vient de la parcelle historique. « Primos » signifie premier, et c’est en général la première parcelle récoltée.

Les Vignes du Moulin est la cuvée parcellaire des vignes achetées en 2020 à La Haye-Fouassière. Le Pallet est issu de la parcelle du Moulin Carré. La Haye-Fouassière vient de vignes de melon plantées depuis une trentaine d’années. Le domaine présente ces deux derniers comme des Muscadet de garde, taillés pour la table.

Mus K Dé est un Muscadet primeur né de la récolte 2017. Un client professionnel breton l’avait demandé, et il en a trouvé le nom. Une partie est mise en bouteille pour le troisième jeudi de novembre. Le reste est élevé sur lies, ce qui rend le vin disponible toute l’année.

Folle blanche, pinot noir, chenin et bulles

Sous l’étiquette Vin de France, le domaine se donne plus de liberté. L’Effet Mer remet en avant la folle blanche, présente depuis des siècles dans le vignoble de Nantes. On en tirait autrefois des eaux-de-vie, exportées par le port de Nantes. Cogito est un melon vinifié en vin nature, dont le nom renvoie au « Cogito ergo sum » de Descartes.

Le 109 est un pinot noir macéré 4 à 5 jours. À moitié rond assemble 70 % de souvignier gris et 30 % de melon. Plan B est un chenin né après la faible récolte de 2024, en partenariat avec deux vigneronnes bio de l’Anjou. Le domaine cultive aussi du gamay et du chardonnay.

Côté bulles, Perles de Saint-Michel est un mousseux brut de chardonnay et de souvignier gris. Son nom rappelle la première récolte de cette vigne de chardonnay, un 29 septembre, jour de la Saint-Michel. Toudou’Bulles est un jus de raisin pétillant sans alcool, issu du muscaris. Son étiquette a été créée avec l’école Saint-Joseph du Pallet.

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L'agenda de Bedouet Vigneron

Les autres domaines de la région Vallée de la Loire

  • Domaine Paul Prieur et Fils

    Le Domaine Paul Prieur et Fils fait du vin à Verdigny, au pied des Monts Damnés, depuis onze générations, et Luc Prieur le conduit depuis 2012. Ses 14,5 hectares de sauvignon blanc couvrent caillottes, terres blanches et silex, et tous ses rouges viennent du lieu-dit Les Pichons, planté dans les années 1950. Certifié bio depuis le millésime 2022, le domaine n’ajoute pas de soufre avant fermentation et ne filtre aucun vin. Le Guide Hachette a donné un coup de cœur à son sancerre rouge 2021 dans l’édition 2024.

  • Les Terres d’Ocre

    Les Terres d’Ocre cultivent près de 20 hectares en bio autour de Châtel-de-Neuvre, sur cinq communes de l’appellation Saint-Pourçain. Éric et Valérie Nesson cultivaient pour la cave coopérative quand leur neveu Florent Barichard les a rejoints en 2013 pour vinifier. Gamay, pinot noir, chardonnay et tressallier poussent sur des sables argileux, du granite rose et de l’argilo-calcaire, et se vendangent à la main. Neuf cuvées en sortent, élevées en cuve inox, en béton, en barriques ou en jarre de terre cuite.

  • Domaine Les Hautes Noëlles

    Le Domaine Les Hautes Noëlles cultive 20 hectares en bio à Saint-Léger-les-Vignes près du lac de Grand-Lieu, en Muscadet-Côtes de Grandlieu. Ancien capitaine de la marine marchande, Jean-Gabriel Tridon l’a repris en 2020 avec Juliane, sur une exploitation engagée en bio depuis 2007, la première du Pays de Retz. Vendanges à la main, levures indigènes et élevages sur lies en cuves souterraines donnent des muscadets iodés, dont une cuvée de vignes centenaires. Ses dix-huit cuvées explorent aussi le grolleau gris, le floréal, les amphores et les bulles.

  • Domaine Pierre Chauvin

    Le Domaine Pierre Chauvin cultive 7 hectares à Rablay-sur-Layon, sur les schistes et les graviers de l’Anjou noir, en bio depuis 2005. La famille y possède des terres depuis 1859, et le chai agrandi en 1930 sert toujours aux vinifications. Paul-Éric Chauvin fait fermenter ses vins aux levures indigènes, sans chaptalisation et avec un minimum de sulfites. Le chenin donne des blancs secs, des bulles, un Coteaux du Layon moelleux et un liquoreux de Rablay, à côté de rouges de grolleau et de cabernet franc.

  • Domaine Mélaric

    Le Domaine Mélaric cultive 5 hectares en bio sur la butte de la Cerisaie, un mamelon de craie qui prolonge la côte du Puy-Notre-Dame. Il a été fondé en 2006 par deux agronomes, Mélanie Cunin et Aymeric Hillaire, et ses vignes sont en bio depuis 2008. Chenin, cabernet franc et grolleau noir donnent des parcellaires en Saumur et Saumur Puy-Notre-Dame, longuement élevés et jamais filtrés. Le couple conduit sa vigne comme une liane, avec des moutons entre les rangs et des pratiques biodynamiques.

  • Domaine Lapilli

    Le Domaine Lapilli cultive 5 hectares en bio sur trois anciens volcans au sud de Clermont-Ferrand, les puys de Corent, Marmant et Tobize. Elsa Provenzale et Géraud Dubuis l’ont créé en 2023 en reprenant les vignes de Marc Pradier, une figure des Côtes d’Auvergne. Gamay, pinot noir et chardonnay y poussent sur des sols argilo-calcaires mêlés de lapilli, ces projections de lave qui ont donné son nom au domaine. Ses sept cuvées parcellaires fermentent sur levures indigènes, sans collage ni filtration.

  • Les Terres Blanches

    À Oiron, dans le Thouarsais, Céline et Benoît Blet cultivent depuis 2004 près de 12 hectares de vignes dispersées entre bosquets, prairies et réserves ornithologiques. L’exploitation est engagée en bio depuis 2008 et labellisée Biodyvin pour la biodynamie. Le chenin s’y cueille en trois ou quatre tries, de l’Ancestral brut nature au liquoreux Temps Attendu. Cabernet franc, gamay de Bouze et pinot noir complètent une quatorzaine de cuvées, toutes vinifiées et mises en bouteille au domaine.

  • Domaine de la Paonnerie

    Le Domaine de la Paonnerie cultive 8 hectares de vignes à Anetz, au bord de la Loire, en agriculture biologique et en biodynamie certifiée Demeter. Marie Carroget a repris en 2021 un tiers du domaine de ses parents, qui faisaient du vin sans soufre ajouté depuis 2001. Moutons d’Ouessant, poules Marans et engrais verts entretiennent ses rangs de melon de Bourgogne, gamay, grolleau et chenin. Elle en tire neuf cuvées nature, dont un chenin de vignes de 120 ans.

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