Château Boujac
Sommaire
- Trois générations de Selle au lieu-dit Boujac
- 1930, Adrien achète une exploitation à Campsas
- Des fruits et du maïs au tout-vin
- Du raisonné au bio, puis vers la biodynamie
- Une conversion engagée en 2008
- La négrette, un cépage qui pourrit vite
- Trois ans d’essais avant la biodynamie
- Fronton, l’appellation de la négrette
- Des Hospitaliers au décret de 1975
- Les terrasses du Tarn et le rouget
- Une AOC de rouges et de rosés
- Dix-sept cuvées, la négrette en tête
- La négrette seule, parfois sans sulfites
- La syrah et les cabernets en renfort
- Des blancs de sémillon, de muscat et de bouysselet
- À Campsas, un chai qui se visite en jouant
- Balades dans les vignes et escape game
- Dégustations à l’aveugle et accords fromages
- Un loft en mezzanine face aux vignes
Trois générations de Selle au lieu-dit Boujac
1930, Adrien achète une exploitation à Campsas
Le Château Boujac est un domaine bio de l’appellation Fronton, installé à Campsas, dans le Tarn-et-Garonne. Son histoire commence en 1930. Cette année-là, Adrien Selle découvre le village et achète une exploitation au lieu-dit « Boujac ». La famille venait d’Italie.
Albert Selle s’y installe avec sa famille dans les années 1970. Philippe reprend le flambeau en 1988, avec son épouse Michelle. Chacun, à tour de rôle et à sa façon, a contribué à faire naître le Château Boujac.
Des fruits et du maïs au tout-vin
En 1988, Philippe acquiert 10 hectares de vignes. L’exploitation produit alors aussi des fruits et du maïs. Depuis 1995, le couple ne fait plus que du vin.
Le domaine s’étend aujourd’hui sur 30 hectares de vignes et 2 hectares d’oliviers, aux portes de Toulouse. Philippe et Michelle veulent y perpétuer le savoir acquis au fil des années, et façonner le vignoble à leur image.
Du raisonné au bio, puis vers la biodynamie
Une conversion engagée en 2008
Au départ, la vigne est conduite de façon conventionnelle : labours, traitements, « vigne propre ». Des signaux troublent pourtant le couple. La fétuque semée pour tempérer la vigne devient résistante aux désherbants.
Michelle et Philippe participent d’abord à des groupes de lutte raisonnée. Ils y entendent parler de terroir, puis glissent petit à petit vers le bio. La conversion à l’agriculture biologique démarre en 2008, sous le contrôle d’Ecocert. Raisins, vins et olives sont aujourd’hui certifiés.
Le cahier des charges est exigeant, et le couple a dû réapprendre son métier. Il sarcle désormais les sols plutôt que de les labourer, et laisse l’herbe naturelle réguler la croissance de la vigne. Les rendements sont maîtrisés.

La négrette, un cépage qui pourrit vite
Travailler la négrette en bio demande de l’attention. Ses grappes sont très serrées et ses baies ont une pellicule fine. Quand il pleut, les grains éclatent et la pourriture s’installe très vite. Le cépage craint aussi l’oïdium.
Philippe et Michelle résument leur approche en une formule : laisser la vigne s’autoréguler. Faute de tradition d’élevage, ils cherchent à exprimer le meilleur de ce que donne la nature. Selon eux, c’est aussi une façon d’échapper aux modes.
Trois ans d’essais avant la biodynamie
Le bio a amené le couple à adapter ses pratiques, à la vigne comme au chai. Après trois ans de formation et d’essais grandeur nature, il a constaté des effets positifs sur ses propres parcelles. Le domaine s’est alors tourné vers des pratiques biodynamiques.
Le Château Boujac ne figure ni chez Demeter ni chez Biodyvin, les deux organismes qui certifient la biodynamie. Son label reste celui de l’agriculture biologique.
Fronton, l’appellation de la négrette
Des Hospitaliers au décret de 1975
Au début du XIIe siècle, la cité de Fronton est administrée par l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Le vignoble est déjà bien établi. Au domaine, on raconte que les chevaliers ont rapporté de Chypre un cépage local, le mavro, « noir » en grec. Il serait devenu la négrette.
L’appellation « Côtes du Frontonnais » naît par décret le 7 février 1975. Elle prend le nom de Fronton en 2005. Son aire couvre 20 communes de Haute-Garonne et de Tarn-et-Garonne, dont Campsas, à une vingtaine de kilomètres au nord de Toulouse.
Les terrasses du Tarn et le rouget
Le vignoble de Fronton repose sur les terrasses d’alluvions anciennes du Tarn. Ces alluvions venues du Massif central sont riches en graves et en sables siliceux, sans calcaire. La négrette y trouve des sols pauvres et acides, qui modèrent sa vigueur.
Le Château Boujac occupe les secondes terrasses du Tarn, exposées plein est. Sa terre est un sol argilo-acide que l’on appelle ici le « rouget ». Pour la famille, c’est lui qui permet à la négrette d’exprimer son fruit et son caractère.
Le climat est océanique, avec une influence méditerranéenne. Le printemps est humide, l’été chaud et ensoleillé. Le vent d’Autan, chaud et sec, souffle du sud-est. En fin d’été, il assèche la vigne après les orages.
Une AOC de rouges et de rosés
L’AOC Fronton est réservée aux vins rouges et rosés. La négrette y est le cépage principal, majoritaire dans tous les assemblages. La syrah, les cabernets, le cot ou le gamay peuvent la compléter.
Les blancs du domaine sortent donc de l’appellation. Ils s’appuient sur le sémillon et le muscat de Hambourg, et sur le bouysselet, un cépage blanc que le cahier des charges de Fronton admet parmi ses accessoires, à 10 % au plus.
Dix-sept cuvées, la négrette en tête
La négrette seule, parfois sans sulfites
La gamme compte 17 cuvées en rouge, en rosé et en blanc. Quatre d’entre elles sont 100 % négrette. Kélina, le rouge emblématique du domaine, est vinifié sans sulfites en barriques, avec des pigeages fréquents pendant environ quatorze jours.
Au nez, Kélina marie la groseille et la fraise des bois, avec une touche de réglisse en finale. Version Originale pousse la logique plus loin : une négrette pure, sans sulfites ajoutés. Sargha est la cuvée du domaine pour le collectif Négrette.
En rosé, Secret des étoiles est lui aussi une négrette pure, au nez délicat de fruits frais. Son nom a inspiré une photo. En 2017, pour les 40 ans de leur appellation, les vignerons de Fronton se sont mis en scène à Toulouse. Michelle et Philippe ont posé devant l’observatoire de Jolimont, une bouteille en guise de télescope.
La syrah et les cabernets en renfort
Les autres rouges associent la négrette à la syrah et aux cabernets. Insoumise, négrette et syrah, se veut le « vin plaisir » du domaine : cassis, cerise, violette et réglisse, tout en rondeur. Alexanne ajoute le cabernet franc, pour un nez de fruits rouges et noirs et une finale épicée.
Eole est élevé en fût de chêne. Ample et structuré, il sent le cassis et le bigarreau. Hors appellation, faute de négrette, Une Poule sur un Mur est une syrah pure, vinifiée sans sulfite et élevée en cuve sur lies fines.
Le domaine s’amuse aussi avec la négrette. Libre cours en fait un pétillant naturel rosé. En 2017, le magazine Terre de Vins a retenu Kélina 2014 dans sa sélection du Sud-Ouest, pour sa finesse et sa finale longue et réglissée.
Des blancs de sémillon, de muscat et de bouysselet
Côté blanc, Terra Minima assemble muscat de Hambourg et sémillon, vinifiés sans sulfites. C’est un vin souple et floral, aux arômes d’agrumes. Capricci di Maria fermente puis reste 3 mois sur lies en fûts de chêne. Il évoque les fleurs blanches et la poire.
Sessanta est un 100 % bouysselet, vinifié sans sulfite. Il passe 4 à 5 mois sur lies. Au nez, il livre de la fleur blanche, de l’abricot et du miel.
À Campsas, un chai qui se visite en jouant
Balades dans les vignes et escape game
Le Château Boujac reçoit sur réservation. La visite « De la vigne à la cave » se fait avec le vigneron : le cycle de la vigne, la cave entre barriques et cuves, puis une dégustation commentée.
Le Sentier des Gourmands est une balade libre de 30 à 45 minutes dans les vignes. Des haltes y présentent l’AOP Fronton et l’histoire du domaine. Au retour, trois vins de négrette accompagnent un pique-nique, en terrasse ou au caveau.
D’avril à septembre, le chai se transforme en escape game pour 2 à 8 joueurs. Les indices sont cachés entre les barriques et les cuves. Une dégustation des cuvées bio peut prolonger la partie.
Dégustations à l’aveugle et accords fromages
Le domaine propose aussi une dégustation à l’aveugle de 5 vins, accompagnée de fromages, de fruits secs et de pâte de fruits. Une autre formule associe trois cuvées à des fromages affinés, dans le caveau, en compagnie des propriétaires.
Le caveau se privatise pour des cocktails, des anniversaires ou des soirées d’entreprise. On y achète les vins bio, mais aussi du foie gras, de l’huile d’olive et des tapenades.


Un loft en mezzanine face aux vignes
Pour rester plus longtemps, la famille loue un appartement entièrement restauré sur le domaine. Il dispose d’une cuisine équipée et d’un coin salon. Depuis la chambre en mezzanine, la vue donne sur les vignes. Les hôtes partent de là à la découverte du Tarn-et-Garonne et de ses cités de caractère.
Les voyageurs en camping-car peuvent aussi faire étape sur la propriété. Un emplacement leur est réservé, gratuitement, pour 24 heures au plus.
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