Château de la Bégude
De la maison des Templiers à la cinquième génération
Le Château de la Bégude cultive 32 hectares de vignes en agriculture biologique sur les coteaux de Rousset, à environ 16 km à l’est d’Aix-en-Provence. Au nord, la montagne Sainte-Victoire, celle de Cézanne, ferme l’horizon. La famille Rey-Sabatier-Lefebvre tient le domaine depuis 1896, et Didier Lefebvre en est aujourd’hui la cinquième génération.
Le domaine produit des vins en appellation Côtes de Provence. Engagé en bio en 2010, il voit ses vins certifiés depuis 2013. Sa devise tient en trois mots : « le vin autrement ». Ses rouges ont une particularité, qui fait leur identité : vendangés à la main et vinifiés en grappes entières, ils suivent un procédé inspiré d’une vieille méthode bourguignonne.
1896, Marius Rey achète la Bégude
Les murs ont une longue histoire. Demeure des Templiers bâtie au XIIIe siècle, la Bégude devient relais de poste sous Louis XIV, puis résidence de parlementaires d’Aix au XIXe siècle. En 1896, Marius Rey, natif de Rousset, l’achète pour l’exposition de ses terres et la qualité de ses caves. Le vignoble naît avec lui.

Marius Rey a d’abord été négociant en vins en Catalogne. En 1919, il cofonde avec d’autres viticulteurs la cave coopérative du village. Pendant des décennies, la Bégude mène une polyculture : céréales, arbres fruitiers, élevage de chevaux, de moutons et de porcs. On y fait quelques microvinifications, mais l’essentiel de la récolte part à la coopérative.
Une vigneronne, un peintre et une cantatrice
Hélène Rey, la fille de Marius, est la première vigneronne de la famille. Elle épouse Charles Sabatier, peintre provençal contemporain de Cézanne, dont le château garde encore quelques toiles.
Leur fille, Mireille Sabatier, épouse Lefebvre, gère le domaine des années 1930 à la fin des années 1960. Elle mène en parallèle une carrière de cantatrice, sur les scènes des opéras de Monte-Carlo, de Paris et de Marseille. Au début des années 1970, la Bégude recentre son activité sur la seule viticulture.
1974, Jacques quitte la cave coopérative
Son fils Jacques, professeur agrégé d’anglais, reprend le domaine en 1974 avec son épouse Anny. Il veut vinifier toute la récolte sur place. Il lance donc de gros travaux de cuverie dans la partie la plus ancienne du château, et sort de la coopérative que son arrière-grand-père avait cofondée.
La Bégude devient alors un domaine indépendant, qui suit son vin de la plantation à la vente. Inventeur à ses heures, Jacques a aussi conçu un tire-bouchon de sommelier, le Sable, que le domaine propose toujours.
Didier, l’avocat revenu à la vigne
Didier Lefebvre a passé son enfance au domaine et aidé son père aux vignes et au chai pendant sa jeunesse. Il exerce ensuite une dizaine d’années comme avocat à Paris, avant de se découvrir « plus rural que citadin ». Il quitte le barreau en 2015.
Il reprend alors des études au centre de formation professionnelle de Valabre, où il obtient en 2016 son brevet de responsable d’exploitation agricole. Il a depuis repris la gestion du domaine, avec sa propre vision d’une viticulture et d’une vinification en agriculture biologique.
Des coteaux entre Sainte-Victoire et Monts Auréliens
Des marnes rouges à 300 mètres d’altitude
Le vignoble occupe des coteaux entre 250 et 300 mètres d’altitude. Il est encadré au nord par la Sainte-Victoire, qui culmine à 1 100 mètres, et au sud-est par les Monts Auréliens, autour de 600 mètres. Plus au sud, le massif de l’Étoile et la chaîne de la Sainte-Baume font écran à l’air marin qui monte de la Méditerranée.
Le domaine décrit un microclimat continental, sec et froid. Les sols sont argilo-calcaires, faits de marnes rouges. Neuf cépages s’y partagent les parcelles : grenache, cinsault, carignan, mourvèdre, syrah, cabernet-sauvignon, merlot, rolle (vermentino) et ugni blanc.
Haies, bois et ruches autour des parcelles
En bio, la Bégude n’emploie aucun produit chimique de synthèse. Les engrais et amendements sont organiques : fumier de mouton, fientes de volailles, vinasses de betterave ou cendres végétales. La plupart des parcelles sont bordées de forêts, d’arbres, de haies et de bosquets, où s’abritent les insectes auxiliaires qui aident à tenir les ravageurs.
Depuis 2017, des ruches sont installées sur les hauteurs d’un bois du domaine, au lieu-dit Pascoun, contre une parcelle de vignes. Elles donnent le miel des Collines de Pascoun. Une petite oliveraie d’environ un demi-hectare, certifiée bio depuis 2020, fournit de son côté une huile d’olive au fruité vert.
Côtes de Provence, et Sainte-Victoire pour le rosé
Trois des vins du domaine sortent en Côtes de Provence : les rouges Château et Rey, et le blanc Château. Le rosé Château y ajoute la mention Sainte-Victoire, du nom de la montagne qui domine le vignoble.
Deux vins sortent de ce cadre. Le blanc de noirs Achrome est vendu en IGP Méditerranée, et La Dame de pierre, un merlot, en Vin de France. Selon le domaine, ses rosés et ses blancs portent la marque des vins de la vallée de la Sainte-Victoire : aromatiques, avec une bonne fraîcheur.
Des rouges vinifiés à la bourguignonne
Vieilles vignes de 1954 et vendange à la main
Le domaine compte 60 % de vieilles vignes, plantées sur des coteaux exposés plein sud. Les rouges sont vendangés exclusivement à la main, en partie sur de vieilles vignes taillées en gobelet. La plus ancienne parcelle date de 1954.
Les rendements restent modérés, de 30 à 45 hectolitres par hectare selon les années. Sur les fiches techniques des rouges, le domaine annonce entre 35 et 40 hectolitres.
Grappes entières, levures indigènes et vieux bois
La particularité de la maison tient à la vinification des rouges. Les raisins entrent en cuve en grappes entières, sans égrappage. La fermentation part sur levures indigènes, à température contrôlée. Des remontages, qui pompent le moût par le bas de la cuve pour l’arroser par le haut, gardent le chapeau de marc humide. La macération dure six jours.
Les rouges s’élèvent ensuite dans du bois ancien : barriques de 220 litres, demi-muids de 600 litres ou foudres d’au moins 2 000 litres. Le rouge Château passe environ quinze mois en vieux foudres de chêne merrain. Les cuvées Rey et La Dame de pierre vieillissent en vieux demi-muids. La filtration reste modérée.

Le blanc et le rosé, vendangés de nuit
Pour les blancs et les rosés, la méthode change du tout au tout. La vendange se fait de nuit, pour préserver les arômes et la fraîcheur et limiter l’oxydation. Les raisins sont égrappés, pressés, puis vinifiés à basse température, sans fermentation malolactique. Leurs vignes ont de 7 à 50 ans.
Le rosé Château s’élève ensuite en cuve béton ou inox. Le blanc Château reste en cuve inox jusqu’à sa mise en bouteille, à la fin du printemps.
Six vins, du blanc de noirs au rouge Rey
La gamme actuelle tient en six vins :
- Rouge Château, en Côtes de Provence
- Rouge Rey, en Côtes de Provence
- Rouge La Dame de pierre, en Vin de France
- Rosé Château, en Côtes de Provence Sainte-Victoire
- Blanc Château, en Côtes de Provence
- Blanc de noirs Achrome, en IGP Méditerranée
Des rouges de fruits noirs et de garrigue
Le rouge Château assemble grenache, carignan, mourvèdre et syrah. Il sent le pruneau et la cerise, avec des tanins légers et une touche de café en finale. Sur des millésimes plus anciens, le domaine y relevait des fruits noirs, de la garrigue et du thym.
Le rouge Rey part des mêmes cépages. Le domaine le décrit ample et généreux : fruits rouges au nez, fruits noirs et vanille en bouche, des tanins soutenus. La Dame de pierre, pur merlot de vignes d’environ 25 ans, joue la souplesse, entre cerise, pruneau, caramel et beurre salé.
Agrumes et salinité pour les blancs et le rosé
Le blanc Château marie rolle et ugni blanc, à 87 et 13 % sur le millésime 2024. Il est citronné, tonique et acidulé. Le blanc de noirs Achrome est un vin blanc tiré d’un seul cépage noir, le grenache noir. Sa robe est cristalline et très pâle, son nez sent les agrumes, et sa bouche citronnée finit sur une légère salinité.
Le rosé Château assemble surtout grenache et cinsault, avec du rolle, de la syrah et une pointe de carignan. Sa robe tire sur l’orangé clair, son nez sur les agrumes. Le domaine le conseille sur les viandes blanches, la cuisine provençale ou à l’apéritif.


Passer à la Bégude, à Rousset
Une boutique ouverte sur rendez-vous
Les vins se dégustent et s’achètent à la boutique du domaine, qui reçoit uniquement sur rendez-vous. On y trouve aussi ce que le domaine ne vend que sur place : le miel des Collines de Pascoun, en toutes fleurs ou en romarin, et l’huile d’olive de l’oliveraie.


Visites de cave et ateliers pour les groupes
Le domaine reçoit aussi des groupes, entreprises, associations ou amis, autour de deux formules sur réservation. L’atelier d’initiation fait déguster trois cuvées avec le vigneron, en expliquant les principes de la dégustation, pendant une trentaine de minutes.
Le parcours le plus complet dure environ une heure. Il mène dans les vignes puis dans les caves du château, avant la dégustation de trois cuvées. Marius Rey avait acheté la Bégude en partie pour ces caves, il y a plus de 125 ans.
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