Château Haut-Bages Libéral
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Région viticole
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30ha
Surface du vignoble
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En bio depuis 2016
Sommaire
Au sud de l’appellation Pauillac, le Château Haut-Bages Libéral est un cinquième grand cru classé en 1855. Ses vignes descendent jusqu’à une centaine de mètres de la Gironde. Ses 30 hectares de vignes sont certifiés en agriculture biologique depuis 2019 et en biodynamie Demeter depuis 2021. Ce qui frappe ici, ce sont les arbres : pêchers, pommiers, érables et cornouillers poussent au milieu des rangs.
Un cru classé de Pauillac repris par la troisième génération
Le haut de Bages et la famille Libéral
Le nom raconte la géographie. « Haut-Bages » désigne le point le plus haut du lieu-dit Bages. Ses parcelles historiques comptent parmi les plus réputées de Pauillac. Au début du XVIIIe siècle, la famille Libéral accole son nom à celui du domaine.
Au fil du temps, les Libéral réunissent des terroirs au sud de l’appellation. La propriété en est récompensée en 1855 : le classement officiel en fait un cinquième grand cru classé. Le château change ensuite plusieurs fois de mains.
De Jacques Merlaut à Claire Villars-Lurton
En 1982, le négociant Jacques Merlaut achète Haut-Bages Libéral. Il confie la direction technique et commerciale de ses propriétés à sa fille Bernadette. C’est elle qui crée en 1988 le second vin, La Chapelle de Haut-Bages Libéral.
Après la disparition accidentelle de Bernadette, Jacques Merlaut se tourne vers Claire, l’aînée de ses filles. Elle apprend le métier à ses côtés, puis prend la direction du château en 2000. Elle a aussi hérité des châteaux Ferrière et La Gurgue, à Margaux, qui mènent leur propre route.
Sa priorité est de redonner une voix au terroir. Elle replante des parcelles en cabernet sauvignon, puis lance en 2017 la rénovation du chai et des bâtiments historiques. Le château, longtemps resté dans l’ombre des autres propriétés familiales, tient désormais son rang face à ses voisins pauillacais.

Une équipe autour de Thomas Bontemps
En 2011, Claire Villars-Lurton recrute Thomas Bontemps, diplômé de Bordeaux Sciences Agro, comme directeur technique. Il n’a alors aucune expérience du bio. Il apprend, analyse, et conduit la conversion du vignoble entier, tout en revoyant la vinification pour préserver le fruit.

Autour de lui travaillent Bruno Ferragu, maître de chai, et Jean-Luc Mouillac, chef de culture. L’œnologue Éric Boissenot conseille le château. Thomas Bontemps siège aussi à La Belle Vigne, un comité de vignerons et de scientifiques tourné vers l’agronomie.
Un vignoble qui regarde la Gironde
Le plateau de Bages et la butte calcaire
Les 30 hectares du château se partagent en deux. La moitié occupe le plateau historique de Bages, sur des graves profondes. L’autre moitié surplombe directement la Gironde, sur une butte calcaire, et voisine avec le Château Latour.
Le vignoble compte trois îlots. Leurs voisins sont trois crus classés de 1855 : Latour, Pichon Baron et Grand-Puy Lacoste. L’encépagement compte 70 % de cabernet sauvignon et 30 % de merlot. Un peu de cabernet franc et de petit verdot entre dans certains assemblages.
Du calcaire, rare à Pauillac
La présence de calcaire dans le vignoble rend Haut-Bages Libéral presque unique au sein de l’appellation Pauillac. Le château y voit l’origine de la fraîcheur et de la minéralité de ses vins.
« Les grands terroirs regardent la rivière », rappelle un adage médocain. Ici, une centaine de mètres seulement séparent les vignes de l’estuaire. L’eau adoucit les extrêmes et le vent circule en permanence, ce qui aide à prévenir les maladies.
Les gelées de 1991 et de 2017 ont décimé une partie des récoltes bordelaises. Le vignoble, lui, a gardé un niveau de production normal.
Des arbres au milieu des rangs
Haies, arbres fruitiers et couverts semés
Dès 2007, Claire Villars-Lurton choisit la biodynamie et l’agroforesterie. Depuis, 10 000 mètres de haies ont été plantés autour des parcelles. Ces haies forment un corridor végétal pour les espèces vivantes.
Dans les vignes, 700 arbres ont été plantés, à raison d’environ 80 par hectare. Cette densité aide les chauves-souris, qui ont besoin d’obstacles pour se repérer. Chaque essence est choisie pour sa bonne entente avec la vigne. On trouve des fruitiers comme le pêcher, le cerisier ou le cornouiller, mais aussi le noyer, l’orme ou le charme.

Entre les rangs, les sols restent couverts d’herbe spontanée. À l’automne, on y sème aussi du seigle, de la moutarde, du trèfle, des fèves ou du lupin. Le château rappelle l’intérêt de ne pas labourer : le labour brise les réseaux de champignons qui nourrissent la vigne. « La vie du sol est capitale. C’est l’avenir de la viticulture », résume Claire Villars-Lurton.
Bio en 2019, Demeter en 2021
L’engagement officiel en agriculture biologique date du 16 septembre 2016, auprès de l’organisme Qualisud. Les millésimes 2016 à 2018 sont des vins en conversion. La certification bio arrive en 2019.
Le château obtient ensuite la certification biodynamique Demeter en 2021. Il figure parmi les adhérents de l’organisme. Sa fiche technique du millésime 2025 précise que le vin est issu de raisins Demeter.
Vertheuil, huit hectares plantés d’arbres
Au nord de Pauillac, à Vertheuil, le château conduit aussi 8 hectares d’un seul tenant. Le sol y est argilo-calcaire, l’appellation est le Haut-Médoc. Plus de 1 000 arbres y sont plantés. La parcelle, entièrement conduite en agroécologie et en agroforesterie, donne la cuvée Cérès.
Au chai, bois, béton, terre cuite et porcelaine
Une extraction en douceur
La vinification se fait parcelle par parcelle. La macération dure 23 à 24 jours. Un gaz neutre injecté dans la cuve fait bouger le marc en douceur. L’extraction reste ainsi douce et régulière.
Au moment du pressurage, le château utilise un pressoir vertical, pour soigner les vins de presse. Cette méthode vaut pour le grand vin comme pour le second.
Amphores, cuves diamants et jarres de Limoges
L’élevage du grand vin dure de 12 à 16 mois selon les millésimes. En 2025 : 35 % de barriques neuves, 35 % de barriques d’un vin et 30 % de cuves ovoïdes en béton. Depuis quatre ans, le château travaille aussi avec la tonnellerie Taransaud sur le choix de ses fûts.
Le chai abrite aussi des amphores en terre cuite et des cuves en béton taillées en diamant. S’y ajoutent des jarres en porcelaine de Limoges. Le château se dit le seul grand cru classé de 1855 à élever une partie de son vin dans la porcelaine.


Trois vins, du pauillac de garde au merlot sans soufre
Le grand vin, un « Pauillac en dentelle »
Le Château Haut-Bages Libéral naît d’une sélection parcellaire stricte. Le cabernet sauvignon y domine nettement : 83 % en 2025, 94 % en 2024. Le château le décrit comme un vin qui mêle l’énergie au raffinement, un « Pauillac en dentelle ».
Le fruit évoque la cerise fraîche, avec des notes acidulées. Le calcaire lui apporte de la minéralité et une finale saline, les tanins restent fins et poudrés. C’est un vin de garde. Le château conseille d’attendre cinq ans avant d’ouvrir le 2025, et place son apogée dix ans après la récolte.
La Chapelle, le second vin
La Chapelle de Haut-Bages Libéral vient des vignes plus jeunes, en appellation Pauillac. Le cabernet sauvignon y reste majoritaire. On y retrouve la minéralité du château et un fruit croquant, marqué par la cerise noire.
Ses tanins très doux en font un vin accessible jeune. Il s’élève environ un an, en barriques et en cuves ovoïdes.
Cérès, un merlot sans sulfites ajoutés
Cérès porte le nom de la déesse romaine de l’agriculture et de la fertilité. C’est un 100 % merlot des vignes de Vertheuil, en appellation Haut-Médoc. Il est vinifié et élevé en cuve béton sans sulfites ajoutés.
Le paysagiste et artiste François Houtin en a dessiné l’étiquette. On y voit une vigne qui grimpe dans un arbre, à l’état naturel. Le vin se veut souple, aérien, sur le croquant du fruit.
Vigneronne de l’année 2024
En janvier 2024, La Revue du vin de France a désigné Claire Villars-Lurton vigneronne de l’année. Pour Michel Bettane, « la révolution agronomique accomplie par la propriété a donné de grands raisins. »
Pauillac et l’accueil au château
Au sud de l’appellation, près de l’estuaire
Le château se trouve au lieu-dit Balogues, au sud de l’appellation Pauillac. Son vignoble se tient entre l’océan Atlantique et l’estuaire de la Gironde. Ces deux masses d’eau lui donnent un climat océanique doux et humide. Ce microclimat protège les vignes du gel.
Haut-Bages Libéral se présente comme la propriété pionnière de l’agroécologie et de l’agroforesterie dans le Médoc. Son mari, Gonzague Lurton, possède Durfort-Vivens à Margaux. Ensemble, toutes propriétés confondues, ils exploitent la plus grande surface certifiée en biodynamie du vignoble bordelais.
Visites dans les vignes, le potager et les chais
Le château reçoit les visiteurs sur réservation. La visite consacrée à l’agroécologie passe par le vignoble, le potager, le cuvier et les chais. Elle se termine par une dégustation de trois vins.

D’autres formules proposent des verticales de millésimes anciens. Certaines s’accompagnent de mises en bouche signées par Vivien Durand, chef du restaurant étoilé Le Prince Noir. Claire Villars-Lurton reçoit aussi à table, dans la salle à manger du château, au coin du feu l’hiver.
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