Domaine Benoit Badoz
Les Roussots, dix hectares rassemblés au-dessus de Poligny
Le Domaine Benoit Badoz cultive 10 hectares de vignes en agriculture biologique à Poligny, dans le Jura. Benoit Badoz y représente la dixième génération d’une famille de vignerons, attestée dans les archives de la mairie depuis 1659. Ses vins bio sortent pour l’essentiel en appellation Côtes-du-Jura, du vin jaune au vin de paille.
Le vignoble tient presque tout entier sur deux parcelles voisines, Les Roussots et Les Grands Roussots, sur les coteaux de la commune. Les vignes y montent pour la plupart entre 300 et 350 mètres d’altitude. Dix hectares d’un seul bloc, c’est peu courant dans le Jura pour un domaine de cette taille.
Marnes bleues, marnes rouges, argiles feuilletées : un cépage par sol
Le sous-sol mêle des grès, des argiles schisteuses en feuillets, des calcaires et des marnes du Lias. Chaque cépage a trouvé sa place dans cette mosaïque. Le savagnin et le poulsard occupent les marnes bleues. Le trousseau et le pinot noir poussent sur les marnes rouges, le chardonnay sur les argiles grises feuilletées.

Ce classement ne date pas d’hier. Dans les années 1970, Bernard Badoz, le père de Benoit, a commencé à adapter les cépages aux types de sols, et son fils a poursuivi. Bernard croyait au savagnin : le cépage couvre plus de la moitié des surfaces. Tout en haut, sur des éboulis calcaires du Bajocien, pousse le pinot noir de la cuvée Dédicace à Pierre.
Poligny, l’une des grandes communes des Côtes-du-Jura
L’appellation Côtes-du-Jura est née d’un décret du 31 juillet 1937. C’est la plus étendue des appellations jurassiennes. Elle court du nord au sud du vignoble et regroupe 105 communes, pour 551 hectares de vignes. Poligny compte parmi celles qui portent les plus grandes surfaces.
Tous les types de vins du Jura peuvent s’y produire, et le domaine en tire une gamme complète : blancs, rouges, vin jaune, vin de paille. S’y ajoutent un macvin du Jura et une eau-de-vie de marc.
Dix générations de Badoz, de Richard à Benoit
Pierre rassemble les parcelles, Bernard lance la Percée du Vin Jaune
Le premier vigneron connu de la lignée s’appelait Richard Badoz, en 1659. Depuis, la famille a cultivé la vigne à Poligny de génération en génération.
Au milieu du XXe siècle, le grand-père Pierre Badoz réunit le parcellaire des Roussots. La famille garde le souvenir d’un bricoleur hors pair, dur à la tâche. En 1955, le Concours général agricole lui décerne une médaille de bronze pour son rosé des Côtes du Jura.
Son fils Bernard prend la suite dans les années 1970 et fait du vin l’activité principale de l’exploitation. Il compte parmi les fondateurs, en 1997, de la Percée du Vin Jaune.

Benoit Badoz, passé par Petrus et la Californie
Benoit Badoz passe un BTS au lycée viticole de Beaune. Il part ensuite travailler chez d’autres vignerons : à Puligny-Montrachet, au château Petrus, en Californie et en Australie.
Dès 1998, il signe une première cuvée, un chardonnay travaillé en fûts neufs qu’il baptise Arrogance. Son père n’était pas d’accord sur le nom. Benoit prend la tête du domaine en 2003.

Il dit vouloir garder une exploitation à taille humaine, pour soigner les vignes et maîtriser la qualité des raisins. Quatre salariés travaillent à ses côtés.
Un vignoble certifié bio, désherbé par un robot
Plusieurs années d’essai avant la certification
L’Agence Bio enregistre l’engagement du domaine en septembre 2016, auprès d’Ecocert. Benoit Badoz travaillait déjà en bio depuis plusieurs années. Il n’a pas demandé la certification tout de suite : il voulait se former et voir si la vigne s’adaptait. Il a aussi attendu d’être dégagé de certains prêts.
Toutes les vignes de l’exploitation sont aujourd’hui certifiées. Les sols sont travaillés mécaniquement du printemps à l’automne, et le domaine sème des engrais verts. Un rang sur deux reste enherbé. Ce couvert garde la fraîcheur pendant les canicules et protège les rangs lors des fortes gelées.
Le domaine parle aussi de pratiques biodynamiques, sans certification à ce jour. Des nichoirs à chauves-souris entourent les parcelles : elles mangent les insectes qui abîment la vigne. La tulipe sauvage des vignes fleurit sur le terroir des Roussots.
Bakus, l’enjambeur électrique des Roussots
Depuis le printemps 2024, un robot enjambeur désherbe sous le rang, tout seul. Il s’appelle Bakus et sort des ateliers de VitiBot, à Reims. L’engin est électrique et autonome. Benoit Badoz est le deuxième vigneron du Jura à s’en équiper.

Le robot avance à 2,5 ou 3 km/h et peut désherber 5 hectares par jour. Deux jours lui suffisent pour couvrir le domaine. Comme les parcelles sont rassemblées, il passe de l’une à l’autre sans remorque. Entre les pieds, la pioche des salariés reste parfois nécessaire pour finir le travail.
L’esprit bourguignon, le caractère jurassien : les vins de Benoit Badoz
Le domaine suit deux pistes à la fois. La première est celle des vins de voile, typés par la noix. La seconde vient des années passées en Bourgogne et à l’étranger : des blancs ouillés et des rouges portés sur le fruit. La maison résume l’idée en une formule : « L’esprit bourguignon et le caractère jurassien ».
Vin jaune, Tradition et vin de paille : le registre de la noix
Le vin jaune des Roussots vient du seul savagnin. Il passe six ans et trois mois en fût de chêne, sans ouillage, et perd environ un tiers de son volume par évaporation. Un voile de levures se forme à la surface et le protège de l’oxydation. Il en sort un vin sec, aux arômes de noix, de noisette, d’amande et d’épices.
La cuvée Tradition, non millésimée, assemble 60 % de chardonnay et 40 % de savagnin de plusieurs années. Le savagnin vieillit en fût, le chardonnay en foudre. Le domaine y voit une première étape vers les vins typés du Jura.
Le vin de paille réunit savagnin, chardonnay et poulsard. Les grappes, cueillies une à une en début de vendanges, sèchent environ quatre mois sur un lit de paille. Cent kilos de raisins ne donnent que 15 à 18 litres de moût. Le vin vieillit ensuite trois ans en fût, sans mutage. Du marc de ces raisins, le domaine tire une eau-de-vie vieillie en fût de chêne.
Arrogance, Edouard, Victoria : chardonnay et savagnin ouillés
Arrogance vient des plus vieilles parcelles de chardonnay des Roussots. Le vin fermente avec ses levures indigènes, puis il est bâtonné sur lies en fûts de chêne. Le domaine le décrit minéral, gras et nerveux à la fois.
La cuvée Edouard est un savagnin ouillé, élevé en barriques de chêne du massif jurassien fabriquées pour le domaine. Benoit Badoz s’y est lancé en 2011 et lui a donné le prénom de son fils. Il la surnomme le « 200 % Jura ». Les raisins, vendangés à la main, viennent des plus anciennes parcelles des Grands Roussots.
Victoria porte le prénom de sa fille aînée. Ce savagnin ouillé est élevé en cuve inox, à basse température et à l’abri de l’oxygène, pour garder un registre floral. Le chardonnay Les Roussots passe lui aussi par la cuve : le domaine lui trouve une bouche fraîche et une pointe citronnée.
Trousseau à la Dame, poulsard sans soufre et pinot noir
Le trousseau Marnes Rouges vient d’une sélection de Trousseau à la Dame plantée aux Grands Roussots. Les raisins sont récoltés à la main et triés. Les baies entières rejoignent la cuve inox sur un tapis, pour éviter la trituration. La macération dure quinze jours.
Grains de Poulsard est vinifié en baies entières et en cuve, sans soufre ajouté. Le domaine le décrit croquant, léger et épicé, avec des arômes de fraise des bois et de poivre blanc. Le pinot noir Dédicace à Pierre, hommage au grand-père, est élevé en fûts de chêne. Vermeil assemble à parts égales trousseau et pinot noir, en cuve inox.
Les concours ont suivi. En 2021, le Concours général agricole a remis au domaine son Prix d’Excellence, qui récompense la régularité sur trois éditions. Au Concours général agricole de Paris 2025, le vin de paille 2020 et Dédicace à Pierre 2023 ont chacun reçu une médaille d’argent.
Une cuverie de 2004, des caves de pierre sous la ville
La cuverie a été construite en 2004, puis agrandie en 2009. Ses cuves en inox permettent de maîtriser les températures et les macérations. Le domaine veut des outils précis et rigoureux, « mais sans sophistication ».

Les élevages longs se font ailleurs, dans des caves en pierre situées en sous-sol, au centre de Poligny. La fraîcheur, l’humidité et les écarts de température changent de l’une à l’autre, et les fûts n’y vieillissent pas au même rythme. Les chênes viennent du Jura, de Tronçais ou de la Nièvre.

Ce que couvre le label bio dans la gamme Badoz
La certification porte sur les vignes du domaine et sur les cuvées qui en sont issues, signalées « BIO » dans la gamme. Celle-ci est plus large. Une société de négoce, Benoit Badoz Vins du Jura, distribue aussi des vins sans label bio : un arbois, un arbois-pupillin, un château-chalon, un macvin rouge et deux crémants, notamment.
La vente aux particuliers se fait uniquement à la boutique Badoz Vins & Fromages, sur la place centrale de Poligny. On y déguste aussi les vins. Elle a ouvert en 2013 avec un cousin, producteur de comté à Pontarlier. Devant la vitrine, Marguerite, la montbéliarde de la maison, prend la pose.
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