Domaine Bourdy - Le village d’Arlay et son clocher dans la brume, vus depuis les vignes

Domaine Bourdy

Région viticole

Région viticole

Jura

BioDemeter

Seize générations à Arlay, de 1579 à Laura Bourdy

Le Domaine Bourdy est installé à Arlay, dans le Jura, et compte parmi les plus anciens domaines viticoles de la région. Il produit des vins bio en Côtes du Jura, Château-Chalon, Crémant du Jura et Macvin du Jura, sur un vignoble conduit en biodynamie. La même famille le tient depuis seize générations.

Un échevin de 1579 en tête de l’arbre généalogique

L’arbre généalogique publié par le domaine commence avec Jean Cusin, échevin en 1579. Les Cusin se succèdent pendant plus de deux siècles, puis les alliances font entrer d’autres noms dans la lignée : Rameaux, Germain, et enfin Bourdy, avec le mariage d’Anna Germain et de François Bourdy.

Anna reprend le domaine aux côtés de son mari en 1896. Avant elle, une autre femme avait déjà tenu la maison : Henriette, qui avait succédé à son père et dirigé le domaine avec son mari Sosthène. Ce dernier menait aussi une grande ferme en Bresse et a beaucoup agrandi la propriété.

Replanter après le phylloxéra, puis vendre aux ambassades

La crise du phylloxéra laisse le vignoble à terre. De 1895 à 1904, François replante les vignes, dix années sans produire une goutte de vin. Il le fait pour transmettre le domaine à son fils, Jean Bourdy.

Domaine Bourdy - Photo d’archives d’un vendangeur, la hotte pleine de raisin sur le dos
Photo d’archives du domaine, la hotte pleine de raisin.

En 1930, Jean vend ses vins aux ambassades. C’est la première étape vers l’exportation des vins du domaine. À la fin des années 1940, son fils Christian fait planter les vignes plus espacées, avec une idée en tête : y passer un jour en tracteur.

En 1948, Christian devient le premier œnologue diplômé du Jura. Il consigne ses conseils de cave dans un petit livret, que sa petite-fille consulte encore aujourd’hui.

Laura Bourdy, revenue en 2018, propriétaire depuis 2022

La génération suivante, celle des frères Jean-François et Jean-Philippe Bourdy, convertit le domaine à la biodynamie en 2006. Jean-François passe quinze ans à parcourir le monde pour développer l’export : les vins du domaine se boivent aujourd’hui de Vancouver à la Nouvelle-Zélande.

Laura Bourdy, fille de Jean-François, revient au domaine en 2018 et le rachète en 2022. Son père a travaillé à ses côtés jusqu’en juillet 2023. Retraité, il reste présent, souvent sur un tracteur ou à l’étiqueteuse. La société s’appelle aujourd’hui Domaine Laura Bourdy, les étiquettes disent Domaine Bourdy.

Dix hectares en biodynamie, certifiés Demeter depuis 2010

Le vignoble couvre 10 hectares, conduits en biodynamie depuis 2006. L’exploitation est certifiée en agriculture biologique depuis 2007 et porte le label Demeter depuis 2010. Le domaine figure à ce titre dans la liste des adhérents de Demeter France.

Marnes grises et marnes rouges autour d’Arlay

Les vignes poussent vers 250 mètres d’altitude. Sous les blancs, on trouve des argiles grises et des marnes anciennes du Lias et du Trias. Les pluies abondantes gardent ces sols profonds frais, ce qui entretient une acidité naturelle élevée dans les raisins.

Les rouges viennent surtout de marnes rouges, des sols argilo-calcaires riches en matière organique qui retiennent bien l’eau. Une parcelle se distingue : le secteur du Montausson, à Arlay, aux marnes et calcaires jurassiens, qui donne une cuvée parcellaire à lui seul.

Domaine Bourdy - Entre deux rangs de vigne, vus à hauteur du sol
Entre deux rangs de vigne, à hauteur de sol.

Tisanes, composts et engrais verts au fil des saisons

L’hiver, pendant la taille, l’équipe prépare les composts et les préparations biodynamiques : bouse de corne, silice, décoctions d’ortie, d’achillée ou de valériane. Au printemps, les préparations à base de plantes sont dynamisées à la main dans l’eau, puis pulvérisées en suivant les cycles lunaires.

Le sol reçoit parfois des engrais verts, trèfle, moutarde ou fèves. L’été, aucun produit chimique : une infusion de prêle renforce au besoin les défenses de la vigne, et les fleurs attirent les insectes utiles. Après la récolte, les composts sont épandus à nouveau.

Domaine Bourdy - Rangs de vigne et tracteur vus du ciel
Les rangs de vigne vus du ciel, tracteur au travail.

Cinq cépages, parcelle par parcelle

Les fiches techniques du domaine donnent la surface de chaque parcelle. Le chardonnay en occupe 2,56 hectares, le trousseau 1,89 hectare, le savagnin 1,56 hectare, le pinot noir 1,43 hectare et le poulsard 0,78 hectare.

Deux petites parcelles complètent l’ensemble. La première, de 0,13 hectare, est plantée de savagnin en appellation Château-Chalon. La seconde, au Montausson, mêle trousseau, poulsard et chardonnay sur 0,13 hectare également. Toutes les vendanges se font à la main.

Deux gammes, et un prénom de famille sur chaque étiquette

Le domaine propose quatorze cuvées, des blancs secs aux vins jaunes, du vin de paille aux rouges, rosés et crémants. Presque toutes portent le prénom d’un membre de la famille, et la fiche technique laisse la parole à chacun.

La gamme traditionnelle, élevée en vieux fûts

Les blancs de savagnin vieillissent en fûts non ouillés, sous un voile de levure. Sosthène y passe plusieurs années. Armand, le vin jaune en Côtes du Jura, et Christian, en Château-Chalon, y passent sept à huit ans : environ 30 % du vin s’évapore pendant ce long élevage.

Armand n’est pas un Bourdy de naissance. Arrivé à huit ans, recueilli par Anna, il a travaillé quarante ans au domaine, et son visage figure depuis sur les étiquettes. Les deux grand-tantes de Laura, qui ont travaillé cinquante ans aux côtés de leur frère Christian, ont inspiré Les Jumelles, un chardonnay élevé trois à quatre ans en vieux fûts.

Henriette assemble trousseau, poulsard et pinot noir, fermentés ensemble pendant douze à quinze jours, puis élevés de deux à quatre ans sous bois. Anna est le vin de paille : les grappes sèchent trois à quatre mois, et 100 kilos de raisin ne rendent que 10 à 15 litres de jus, vendus en bouteilles de 37,5 cl.

Le Macvin François associe deux tiers de moût de raisin et un tiers de marc du Jura. Les deux crémants Jean-François, un blanc de chardonnay et un rosé de pinot noir, vieillissent douze mois sur lattes. Le Galant des Abbesses, enfin, suit une recette attribuée aux abbesses de Château-Chalon en 1579 : moût, marc du Jura, une touche de fine et 25 épices, puis trois ans en fût.

Domaine Bourdy - Travail à la cave, tuyau en main, devant des cuves bleues
Travail en cave, tuyau en main.

La nouvelle génération, sans soufre ajouté

Laura Bourdy a lancé une seconde gamme, plus libre, qui porte les prénoms des enfants de la famille. Chloé, sa fille aînée, née en 2018, a donné son nom à un trousseau éraflé, foulé aux pieds et vinifié en cuve inox, sans soufre ajouté. Elle a aussi dessiné l’étiquette, avec un peu d’aide.

Lola, née en pleines vendanges 2020, a sa cuvée parcellaire du Montausson : trousseau, poulsard et chardonnay cofermentés en grappes entières pendant six à sept jours. Jeanne, la filleule de Laura, a son vin orange, un chardonnay macéré quinze jours puis élevé un an en vieux tonneaux, sans soutirage ni ouillage.

Suzanne, la plus jeune nièce, a son rosé de pinot noir, obtenu par saignée après deux jours de macération en grappes entières. Son étiquette montre une famille de lynx, dessinée par une illustratrice du Haut-Jura.

Noix, curry et acidité vive, le style de la maison

Les blancs élevés sous voile partagent les arômes de noix et de curry, avec une pointe de pomme verte sur le Château-Chalon. Le chardonnay des Jumelles reste plutôt sur la fraîcheur. Jeanne, élevée dans une cave à vin jaune, en prend des notes qui rappellent le savagnin.

Côté rouges, Henriette montre une robe rubis foncé et des tanins taillés pour la garde, quand Chloé joue la cerise, la framboise et le clou de girofle. Le vin de paille Anna évoque le miel, le pruneau et l’orange confite.

Arlay, Côtes du Jura et un coin de Château-Chalon

Les appellations du domaine

Les vignes d’Arlay produisent des Côtes du Jura, l’appellation qui porte l’essentiel des vins du domaine : blancs, rouges, rosé, vin jaune et vin de paille. Les crémants sortent en Crémant du Jura, le vin de liqueur en Macvin du Jura.

L’appellation Château-Chalon ne couvre que 50 hectares répartis sur quatre villages. Ses marnes bleu-gris du Lias sont parsemées de galets tombés des falaises, qui emmagasinent la chaleur et aident les raisins à mûrir. Le domaine y cultive sa petite parcelle de savagnin, à 18 hectolitres par hectare.

Une équipe qui reçoit au domaine

Autour de Laura, l’équipe compte Béatrice Vergey, présente depuis 1994, qui s’occupe de l’administratif, de l’étiquetage et de l’export. Baptiste Clouzeau, arrivé en stage en 2020, est resté pour le travail des vignes. Un charpentier, Patrice Girod, entretient les bâtiments.

Le domaine ouvre ses portes pour des visites de cave, des dégustations et des balades dans les vignes. Jura Tourisme le signale avec le label Vignobles & Découvertes. Il recrute aussi des vendangeurs pour la récolte.

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Les autres domaines de la région Jura

  • Domaine de l’Octavin

    Le Domaine de l’Octavin cultive 6,5 hectares en bio à Arbois et Montigny-lès-Arsures, certifiés par Ecocert depuis 2006. Alice Bouvot, passée par le conservatoire de Besançon puis œnologue, l’a créé en 2005 avec Charles Dagand et donne à ses cuvées des noms de personnages de Mozart. Elle vinifie chaque lieu-dit à part, des Corvées à La Mailloche, sans aucun intrant en cave depuis 2009. Trousseau, poulsard, pinot noir, chardonnay et savagnin sortent en Vin de France, les rouges souvent après de longues macérations.

  • Champ Divin

    Champ Divin est le domaine de Fabrice et Valérie Closset, ingénieurs belges installés à Gevingey, dans le sud du Jura, depuis 2008. Ils y cultivent moins de sept hectares de chardonnay, savagnin, pinot noir et trousseau, certifiés bio depuis 2010 et Demeter depuis 2011. Un hectare de verger et un rucher complètent les vignes, sur des calcaires et des marnes au pied du premier plateau. La gamme va du crémant Brut Nature au vin jaune, en passant par deux macvins.

  • Domaine Benoit Badoz

    Le Domaine Benoit Badoz cultive 10 hectares de vignes bio à Poligny, dans le Jura, presque tous rassemblés sur les coteaux des Roussots. Benoit Badoz, dixième génération d’une famille de vignerons attestée depuis 1659, dirige le domaine depuis 2003, après des passages à Petrus et en Californie. Engagé en bio en 2016, il fait désherber ses rangs par un robot enjambeur électrique. Ses Côtes-du-Jura vont du vin jaune élevé plus de six ans sous voile aux savagnins et chardonnays ouillés, avec du trousseau et du vin de paille.

  • Domaine de la Pinte

    Le Domaine de la Pinte cultive 34 hectares en biodynamie à Arbois, dans le Jura, dont 14 hectares de savagnin plantés par Roger Martin en 1953. Converti au bio en 1999, il porte la mention Demeter depuis 2009 et le label Biodyvin depuis la récolte 2024. Vincent Martin, petit-fils du fondateur, le dirige aujourd’hui avec son épouse Catherine. La gamme va du savagnin ouillé au vin jaune élevé sept ans sous voile, avec des rouges de poulsard, un crémant brut nature et un vin de paille.

  • Domaine Berthet-Bondet

    Le Domaine Berthet-Bondet cultive 15 hectares en bio dans le Jura, dont 4,5 hectares en appellation Château-Chalon. Chantal et Jean Berthet-Bondet, tous deux agronomes, s’y sont installés en 1984 dans une maison du XVIe siècle, à côté de la tour du village. Leur fille Hélène, ancienne traductrice, dirige le domaine depuis 2018. Savagnin et chardonnay y donnent des blancs sous voile ou ouillés, complétés par des rouges, des crémants, du macvin et du vin de paille.

  • Domaine Pignier

    Le Domaine Pignier cultive 12 hectares en AOC Côtes du Jura à Montaigu, sur des coteaux plantés par les moines chartreux dès le XIIIe siècle. La famille le possède depuis 1794 : une sœur et deux frères le dirigent avec Thibaut, la huitième génération. Le vignoble, en biodynamie depuis 2002 et certifié Demeter depuis 2003, abrite une collection de vieux cépages jurassiens. Vins de voile, vin jaune, crémants non dosés et vin de paille sont vinifiés sans levurage ni chaptalisation.

  • Domaine du Château d’Arlay

    Le Domaine du Château d’Arlay cultive 22 hectares de vieilles vignes en AOC Côtes du Jura, d’un seul tenant et plein sud, sur la colline de son ancienne forteresse. Les cinq cépages du Jura y poussent sur des marnes grises du Lias, du pinot noir au savagnin. Engagé en bio chez Ecocert depuis 2021, le domaine pratique toutes les vinifications jurassiennes, sauf la champagnisation. Sa gamme va du vin jaune au vin de paille, en passant par le Corail, les Macvins et deux eaux-de-vie.

  • Domaine de Montbourgeau

    Le Domaine de Montbourgeau cultive 11 hectares à L’Étoile, dans le Jura, où la même famille se transmet les vignes depuis 1920. César et Baptiste Deriaux, quatrième génération, l’ont engagé en bio fin 2022. Sur des marnes semées de fossiles en étoile, chardonnay et savagnin donnent des blancs sous voile ou ouillés, et un vin jaune mis en bouteille après sept ans. Le vin de paille, séché sur claies jusqu’à Noël, a reçu trois coups de cœur d’affilée au Guide Hachette.

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