Domaine des Schistes - Vignes d’automne sous un ciel d’orage dans la vallée de l’Agly

Domaine des Schistes

  • Languedoc-Roussillon

    Région viticole

  • 50ha

    Surface du vignoble

  • 1989

    Année de fondation

  • Bio

    En bio depuis 2010

Sommaire

De la cave coopérative au chai familial de 1906

Le Domaine des Schistes produit des vins bio dans la vallée de l’Agly, en Roussillon. Ses 50 hectares de vignes s’étendent sur les communes d’Estagel, de Tautavel et de Maury, au pied des Corbières. La famille Sire y vinifie ses propres raisins depuis 1989, en Côtes du Roussillon Villages Tautavel, en Maury, en Rivesaltes et en Muscat de Rivesaltes.

1989 : Jacques et Nadine Sire quittent la coopérative

Le vignoble réunit les terres des parents et des grands-parents. Pendant des décennies, leurs raisins partaient à la cave coopérative. En 1989, Jacques et Nadine Sire, frustrés de ne pas vinifier leur propre récolte, en sortent.

Ce chai date de 1906. Un aïeul l’avait bâti au centre d’Estagel, avant de rejoindre lui aussi la coopérative. En 1989, les moûts y fermentent de nouveau. Le moment s’y prête : les mises en bouteille se multiplient dans les caves particulières du Roussillon, et la presse commence à distinguer ses vins de ceux du Languedoc.

Mickaël Sire, la cuverie affinée et le bio

Mickaël Sire rejoint ses parents en 2004, après ses études et des stages dans des vignobles de France et de l’étranger. Avec lui commence la deuxième modernisation du chai. Une petite cuverie permet d’affiner les sélections, et les élevages passent dans de grands contenants.

En 2010, le domaine engage la certification en agriculture biologique : faire du vin bio est devenu pour la famille une évidence. Mickaël a aussi développé l’agroforesterie sur l’exploitation. Il en est aujourd’hui le gérant et la conduit avec son père Jacques. Selon le Guide Hachette, c’est la cinquième génération de la famille qui travaille ces vignes.

Des vieilles vignes en gobelet sur les marnes schisteuses

De la colline de Poux Baly aux schistes bruns de Maury

Les terroirs sont surtout schisteux, à Estagel comme à Tautavel. Les marnes schisteuses dominent. À Tautavel, certaines reposent sur les contreforts calcaires du sud des Corbières. Leur diversité de sols, d’expositions et de microclimats donne des vins que la famille dit marqués par le minéral de ses massifs de schistes et par la générosité des cépages du Roussillon.

Chaque lieu-dit a son caractère. Sur la colline de Poux Baly, à Estagel, des schistes ferreux regardent vers l’ouest et le nord-ouest. Le Casot d’en Gora, à Tautavel, monte à 250 mètres sur des éboulis calcaires et une épaisse couche d’argile. À Maury, les schistes bruns portent des coteaux arides exposés plein sud.

Domaine des Schistes - Travail à la main dans une parcelle en pente sous les falaises calcaires
Travail à la main dans une parcelle en pente, sous les falaises.

Le domaine cultive aussi 5 hectares sur la plaine alluviale d’Estagel, classés en IGP Côtes Catalanes. Les sols y sont profonds et légers, et la plupart des vignes sont jeunes.

Le gobelet, contre la sécheresse et sur les pentes

L’essentiel du vignoble a été planté dans les années 1950 et 1960 par les parents et grands-parents. Les vins doux naturels dominaient alors : on a planté beaucoup de grenache noir, gris et blanc, du macabeu, et du carignan pour les rouges secs. Ces cépages forment encore le cœur de l’encépagement.

La famille a gardé la taille en gobelet. Ce mode de conduite résiste mieux à la sécheresse, mûrit les raisins de façon homogène et garde les grappes à l’ombre aux heures les plus chaudes. Il interdit la machine à vendanger, de toute façon impossible sur ces pentes. Depuis quelques années, la famille réintroduit des sélections massales, prélevées sur ses vieilles vignes ou échangées avec d’autres vignerons.

Domaine des Schistes - Vieilles vignes taillées en gobelet entre garrigue et pinèdes
Vieilles vignes en gobelet, entre garrigue et pinèdes.

Les vendanges sont manuelles et s’étalent sur plus d’un mois, de la mi-août à la fin septembre. Les blancs secs passent d’abord, puis les muscats, les rouges, et enfin les grenaches des vins doux naturels. Les vendangeurs reviennent d’une année sur l’autre et logent dans des maisons du village que la famille a conservées.

Rendre aux sols leur humus

Après des années de sols tenus nus, la famille a constaté une perte de fertilité. Dans ses parcelles, la teneur en humus tombait souvent sous la moitié de celle de la garrigue voisine. Elle sème donc chaque hiver des couverts entre les rangs : seigle et avoine, féverole et vesce, colza fourrager et moutarde.

Ces plantes poussent de la fin de l’automne à la fin de l’hiver, pendant le repos de la vigne. Au débourrement, elles sont détruites mécaniquement et laissées en paillis. Les outils griffent ensuite la terre sur une quinzaine de centimètres au plus, sans la retourner. Quand le couvert peine à démarrer, un apport de fumier ou de bois raméal fragmenté relance la vie du sol.

Domaine des Schistes - Un vigneron travaille à la main un vieux pied en gobelet
Un vieux pied en gobelet, travaillé à la main.

Le domaine a aussi réduit sa surface cultivée de 10 %. Entre l’arrachage d’une vieille vigne et la replantation, une prairie de luzerne et de sainfoin occupe la parcelle pendant au moins cinq ans. Contre l’oïdium et le mildiou, le soufre est associé à des extraits d’ortie et de consoude, avec de faibles doses de cuivre. Des diffuseurs de phéromones tiennent les vers de la grappe à distance.

Quatre-vingts parcelles pour une lecture du Sud sans lourdeur

Vinifier chaque îlot à part

Au chai, les parcelles et les îlots sont vinifiés séparément : en 2008, le domaine comptait 80 parcelles pour 50 cuves. Les vinifications interviennent le moins possible, avec un cap clair : des vins frais et équilibrés, une lecture du Sud sans lourdeur ni excès de chaleur.

Pour ne pas trop marquer les vins par l’élevage, la famille a gardé ou acheté des cuves en béton et de grands contenants en chêne, de 600 litres à 20 hectolitres. Les élevages longs se font en tonneaux de 500 litres, en foudres ou en béton. La famille choisit des bois à grain fin, séchés deux à trois ans à l’air libre.

Des rouges infusés, des blancs pressés en douceur

Les blancs et les rosés sont pressés lentement, à faible pression, pour garder l’acidité naturelle et éviter les notes herbacées. Aucun sulfitage n’intervient à la sortie du pressoir. Beaucoup de blancs partent en bouteille sans collage, avec une simple filtration légère.

Pour les rouges, l’égrappage n’est pas systématique. Les cuvaisons durent une vingtaine de jours, en inox ou en béton, et l’extraction reste douce, par de simples mouillages du chapeau de marc. Certaines cuvées sont plutôt infusées qu’extraites. La famille attend si possible un an avant la mise en bouteille.

Le chai compte aussi des jarres de grès de 10 hectolitres. Le V.O., un muscat à petits grains macéré dix jours sur ses peaux, y est élevé pour les deux tiers : c’est le vin orange du domaine. Le Poux Bali y fermente aussi, à partir de malvoisie du Roussillon, le tourbat, plantée en 2017.

Mutage, solera et rancio, la part catalane

Pour la famille, les vins doux naturels sont le savoir-faire de la viticulture catalane, à la fois ses racines et peut-être son avenir. Ils naissent du mutage : on ajoute de l’alcool neutre au moût en fermentation, ce qui arrête les levures et garde une partie des sucres. Le maury La Cerisaie, pur grenache noir, est muté sur grains, pendant la macération.

La Solera, un rivesaltes de grenache gris, remonte à 1985, date du premier vin entré dans le système. Aucun contenant n’est ouillé, pour laisser l’oxydation travailler. À chaque mise en bouteille, on ne prélève que 20 à 30 % des fûts, et chaque étage est complété par le vin plus jeune de l’étage supérieur.

Le même principe vaut pour le rancio sec, une solera démarrée en 2004 sur trois niveaux. Il vient de grenache blanc d’une soixantaine d’années, sur les alluvions calcaires du lieu-dit Las Creus. Sa teinte ambrée et ses notes de noix le réservent aux amateurs de vins oxydatifs.

De la plaine d’Estagel aux parcellaires de Tautavel

Illico et Essencial, du croquant au cœur du domaine

La gamme se range en quatre familles. Les Illico, en IGP Côtes Catalanes, viennent des jeunes vignes de la plaine d’Estagel. Ce sont des vins frais et gouleyants, à boire jeunes, sur le croquant. Dans la même IGP, l’Ultra rouge est un pur cinsault.

Les Essencial portent, selon la famille, l’essence et le cœur du domaine. Le rouge, en Côtes du Roussillon Villages, assemble les coteaux de schistes de Tautavel plantés en cépages locaux au milieu de la garrigue : lladoner pelut, carignan, grenache noir. Le blanc, en Côtes du Roussillon, réunit vermentino, grenache gris et macabeu de la colline de Poux Baly.

Une seule vieille vigne par lieu-dit

Les cuvées parcellaires sont le coup de cœur de la famille, celles qu’elle avait du mal à assembler. Chacune exprime une seule vieille vigne sur un lieu-dit, avec des bouteilles taillées pour la garde et la table. Sur Devant le Mas et la Coumeille, les rendements dépassent à peine 20 hectolitres par hectare.

Caune d’en Joffre vient d’une complantation de carignan de 70 ans, à 220 mètres, à la limite de l’Aude. Devant le Mas, un maury sec, naît d’une vigne des années 1950 de grenache noir et de lladoner pelut, greffée sur place.

La Coumeille est une syrah conduite sur échalas en gobelet, contre le vent. Le Gora, un blanc de grenache, fermente en foudre autrichien de 2 000 litres et en demi-muids.

Deux coups de cœur au Guide Hachette 2026

Dans l’édition 2026 du Guide Hachette des vins, deux cuvées du domaine reçoivent un coup de cœur et deux étoiles : le Gora 2023 et le V.O. 2022. Le maury La Cerisaie avait déjà obtenu le coup de cœur et trois étoiles pour les millésimes 2004 (édition 2007) et 2013 (édition 2017).

Estagel, Tautavel et le Mas de las Fredas

Les appellations d’une vallée entre Corbières et Pyrénées

Le Roussillon forme un amphithéâtre ouvert sur la Méditerranée, bordé au nord par les Corbières et au sud par les Pyrénées. La vigne y remonte à l’Antiquité grecque.

Les vins secs sont classés en Côtes du Roussillon, en Côtes du Roussillon Villages, avec le cru Tautavel, et en Maury sec. Les vins doux naturels relèvent du Rivesaltes, du Muscat de Rivesaltes et du Maury. Les Illico, le V.O. et le rancio Algo sortent en IGP Côtes Catalanes.

Deux gîtes sous le château de Quéribus

Le Mas de las Fredas est un petit hameau de Tautavel, au pied du château cathare de Quéribus. La famille a habité cette bâtisse du XIVe siècle jusqu’aux années 1960. Elle se trouve au milieu de ses plus beaux terroirs de schistes.

Domaine des Schistes - La cour du Mas de las Fredas, hameau de Tautavel
La cour du Mas de las Fredas, à Tautavel.

Dans les années 1990, la famille y a aménagé deux gîtes ruraux de quatre places, classés 3 épis, qui peuvent accueillir un groupe ensemble. Sur demande, les Sire proposent aussi des visites de leur cave particulière d’Estagel, des dégustations privées et des promenades dans les vignes.

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Les autres domaines de la région Languedoc-Roussillon

  • Domaine de la Grande Sieste

    Le Domaine de la Grande Sieste, né en 2015 à Aniane dans l’Hérault, est engagé en bio depuis 2016. Boris et Leticia y pratiquent la vitiforesterie : des haies fruitières de 17 essences alternent avec les rangs, et les nouvelles parcelles mêlent plusieurs cépages sur le même rang. La date des vendanges, la vinification et les assemblages se décident au goût, raisin et moût dégustés chaque jour. Neuf vins en trois gammes, Rêves, Crapuleuses et Fantasmes, se servent aussi au restaurant viticole du domaine.

  • Domaine Trilles

    Le Domaine Trilles cultive une trentaine d’hectares à Tresserre, sur le terroir aride des Aspres, entre Perpignan et le Canigou. Jean-Baptiste Trilles, issu d’une famille de viticulteurs, y vinifie depuis 2007 et a construit sa cave au village en 2009. Sans herbicide depuis ses premières cuvées, le domaine est engagé en bio depuis 2018 et certifié à partir du millésime 2021. Côtes du Roussillon, mourvèdre, carignan centenaire et vins doux de Rivesaltes composent une gamme d’une quinzaine de vins.

  • Domaine de Bon Augure

    Le Domaine de Bon Augure cultive près de 9 hectares de vignes à Joncels, à plus de 600 mètres d’altitude, dans la Haute-Vallée de l’Orb. Cédric Guy, vigneron venu de Faugères, l’a créé en 2013 sur les vignes oubliées d’une ancienne abbaye bénédictine, en agriculture biologique. Le chardonnay y occupe 6 hectares sur argile ferreuse et socle calcaire, aux côtés du petit manseng et du pinot noir. Ses quatre cuvées en IGP Haute Vallée de l’Orb vont du blanc de grande garde au vin orange.

  • Domaine Rouanet-Montcélèbre

    Le Domaine Rouanet-Montcélèbre cultive 20 hectares de vigne bio à 300 mètres d’altitude, au bord des gorges de la Cesse, à Cesseras. La famille Rouanet s’y est installée en 1987, et Annie Rouanet mène aujourd’hui le domaine avec son fils Jérémy. Neuf cépages donnent des vins frais et fruités en Minervois, en cru Minervois-La Livinière et en IGP Pays d’Oc, du carignan au rolle. Le Minervois rouge 2023 a décroché l’or à Mâcon en 2026, et des oliviers centenaires poussent au milieu des vignes.

  • Château Montfin

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  • Chai Julip

    Le Chai Julip cultive 12 hectares de vignes de plus de 60 ans en AOP Saint-Chinian, plantées en courbes de niveau autour d’une colline de schiste qui culmine à 220 mètres. Judith Melka, ancienne cheffe, et Philippe, ancien pilote, ont repris le domaine en 2021 et l’ont engagé en bio. Ils travaillent en agriculture de conservation, sans irrigation, et vinifient au levain maison, sans intrant. Cinsault, grenache, carignan et syrah donnent des cuvées aux étiquettes signées par des artistes plasticiens.

  • Colline de l’Hirondelle

    À Douzens, dans l’Aude, Didier Ferrier, enfant du village, et Jennifer Buck, venue de Berkeley, cultivent en bio 9 hectares autour de leur cave, sur une colline tournée vers les Corbières. Leur parcelle de La Joupatière, plantée avant le phylloxéra, abrite quinze variétés de vigne. Vieux carignan, chenançon, terret et roussanne donnent deux gammes, Classic[o] et Magnific[o], en Vin de France. Les bouteilles vieillissent plusieurs années dans l’ancienne remise de l’auberge du village avant de sortir.

  • Domaine de la Patience

    Au Domaine de la Patience, à Bezouce près du Pont du Gard, Christophe Aguilar conduit 90 hectares de vignes en bio, certifiées depuis 2008. Elles poussent sur les galets roulés des Costières de Nîmes et sur le loess de Lédenon. Il vinifie aux levures naturelles, limite le soufre et signe trois cuvées sans sulfites, dont un pétillant naturel de souvignier gris. Rouges épicés, rosés pâles et blancs frais sortent en AOP Costières de Nîmes et en IGP Coteaux du Pont du Gard.

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