Domaine du Petit Chaumont
Sommaire
- Des vignes dans le sable, après un champ de mines
- Le sable, rempart contre le phylloxéra
- Alain Bruel, le déminage et les machines à vendanger
- De Brigitte et Nathalie à Nathalie et Laurent
- Un vignoble à un mètre au-dessus de la mer
- De la silice et du calcaire, sans argile
- La mer règle la température
- Garder l’eau douce au-dessus de l’eau salée
- Sable de Camargue, une appellation de vins gris
- Du Vin des Sables à l’AOC
- Gris et gris de gris
- Du Gris de Nathalie aux rouges élevés en fût
- La gamme Nef Saint-Louis
- Des gris vinifiés sans malolactique
- Elles, la cuvée des filles Bruel
- Grande Réserve et Tradition, douze mois en barriques
- De la musique dans les vignes, et un caveau ouvert
- Quatre haut-parleurs sur 40 hectares
- Une balade guidée, puis la dégustation
- Une des premières caves particulières du Gard
Des vignes dans le sable, après un champ de mines
Le sable, rempart contre le phylloxéra
Le Domaine du Petit Chaumont cultive ses vignes à Aigues-Mortes, dans le Gard, sur l’Aire des Sables de Petite Camargue. Les Vins des Sables y sont connus depuis plus de quatre siècles. Au XIXe siècle, leur vignoble s’est vite étendu. La raison est simple : le phylloxéra ne parvient pas à creuser ses galeries dans le sable.
La Seconde Guerre mondiale a tout arrêté. L’armée d’occupation a enfoui des mines dans toute la zone, jugée propice à un débarquement. Les terres sont restées à l’abandon jusqu’à la fin des années 1960. Le domaine le résume d’une phrase : « Même les braconniers ne s’aventuraient pas dans cette zone infestée de mines ».
Alain Bruel, le déminage et les machines à vendanger
C’est le père d’Alain Bruel qui a relevé le défi. La mère de celui-ci avait déjà développé, pendant la Grande Guerre, le vignoble familial dans les montagnes de Médéa, au sud d’Alger. La vendange y voyageait par téléphérique.
Alain Bruel a hérité de cette ingéniosité technique. Au début des années 1970, il a terminé le déminage des terres. Il a ensuite adapté les premières machines à vendanger américaines. Il a aussi mis au point des systèmes de culture contre les remontées de sel. Le Guide Hachette décrit un domaine reconstruit au lendemain de la guerre, dont les vignes entourent une bâtisse du XIXe siècle.
De Brigitte et Nathalie à Nathalie et Laurent
Les deux héritières de la famille, Brigitte et Nathalie Bruel, ont ensuite repris l’exploitation. Ce sont elles qui ont converti le domaine à l’agriculture biologique en 2008. En 2018, France Bleu présentait encore Nathalie comme gérant le domaine avec sa sœur.

Aujourd’hui, Nathalie représente la 3e génération. Elle poursuit l’histoire aux côtés de Laurent, de la 4e génération. Au caveau, Sabrina et Laurent font découvrir et déguster les vins du domaine.
Un vignoble à un mètre au-dessus de la mer
De la silice et du calcaire, sans argile
Le domaine s’étend sur 120 hectares, à la limite du Gard et de l’Hérault, près d’Aigues-Mortes et de La Grande-Motte. Pour le Guide Hachette, ses vignes tiennent d’un seul tenant. Le sol forme un cordon littoral de sables rhodaniens, déposés par la mer et le vent.
Il ne contient que des substances minérales, silice et calcaire, sans trace d’argile ni de limon. Ce sol pauvre et perméable craint l’érosion par le vent. Les vignes poussent entre 1 m et 1,20 m au-dessus du niveau de la mer. Cette faible altitude réduit le volume de terre disponible.
La nappe phréatique agit comme une table rocheuse. Les racines s’étalent donc dans la partie superficielle du sol. Le domaine compare cette situation à celle d’un cru de coteau.
La mer règle la température
Les brises marines et les étangs favorisent la condensation et la rosée. La vigne continue ainsi de pousser pendant la maturation des raisins. Le soleil ne manque pas, et l’écart entre le jour et la nuit reste faible : la mer sert de régulateur thermique.



Garder l’eau douce au-dessus de l’eau salée
Ce terroir fragile impose un contrôle permanent du niveau de la nappe. Chaque année, l’enherbement de toutes les vignes fixe le sable face au vent. Au printemps, l’herbe est enfouie et laisse une semelle de labour plus compacte, qui joue le rôle de condenseur.
Des façons répétées aèrent ensuite le sol en surface. Elles bloquent les remontées d’eau salée par capillarité et aident l’eau de condensation à pénétrer. Il se forme ainsi des lentilles d’eau douce au-dessus de l’eau salée.
Le domaine est engagé en bio depuis le 8 juillet 2008, sous le contrôle d’Ecocert France. En 2026, l’Agence Bio le recense toujours certifié AB pour son raisin de cuve et ses vins. Depuis le millésime 2012, les vins suivent la charte biologique, avec peu d’intrants, en particulier de sulfites.
Sable de Camargue, une appellation de vins gris
Du Vin des Sables à l’AOC
Les vignobles des Sables apparaissent dans des lettres patentes de Charles VI en 1406 et de Charles VII en 1431. Ils ont connu un renouveau à partir de la fin du XIXe siècle. L’appellation d’origine simple « Vin des Sables » a été revendiquée de 1961 à 1973.
Lui ont succédé le Vin de pays des Sables du Golfe du Lion, puis l’IGP Sable de Camargue en 2011. Le cahier des charges de l’AOC Sable de Camargue a été homologué en 2022. L’aire couvre 14 communes littorales de l’Hérault, du Gard et des Bouches-du-Rhône, dont Aigues-Mortes.
Les vignes y poussent sur les sols sableux et calcaires du delta du Rhône. Le sable y pèse au moins 80 % de la masse. Des canaux appelés roubines, reliés à des pompes, maîtrisent le niveau et la salinité de la nappe. En 2019, l’appellation comptait près de 2 800 hectares de vignes.
Gris et gris de gris
L’AOC est réservée aux vins tranquilles gris et gris de gris. Le gris de gris vient du seul grenache gris. Les gris assemblent des cépages principaux comme le carignan, le cinsaut, le grenache, le merlot ou les cabernets. Tous naissent d’un pressurage direct et gardent une couleur pâle saumonée.
Selon le domaine, la zone des sables est la seule à tirer des vins gris de cépages noirs. Le flamant rose sert d’emblème aux Sables de Camargue. Sa couleur lui vient de ce qu’il mange dans les étangs.
Du Gris de Nathalie aux rouges élevés en fût
La gamme Nef Saint-Louis
La gamme Nef Saint-Louis réunit trois vins. Le blanc assemble clairette, sauvignon et chardonnay, avec un nez floral et d’agrumes. Le gris, le Gris de Nathalie, est le produit phare. Il assemble grenache gris et noir, cinsault et carignan, en AOP Sable de Camargue.
Le rouge vient du merlot, une parcelle historique plantée en 1975. Il est vinifié en macération semi-carbonique. Le domaine produit aussi un chardonnay seul. La série Flamants présente les vins de la gamme dans des bouteilles sérigraphiées de flamants roses.
Des gris vinifiés sans malolactique
Les raisins sont récoltés à la machine, puis pressés au pressoir pneumatique, avec une macération sous azote à température contrôlée. La fermentation se tient entre 14 et 18 °C. Les gris sont élevés sur lies avec des bâtonnages réguliers, sans fermentation malolactique.
Le Guide Hachette 2026 retient le Gris de Nathalie 2024, qu’il dit vendangé « sous les étoiles ». Il y trouve des parfums d’agrumes et de fleurs, avec une bouche tendre et fraîche. Le domaine revendique aussi pour son gris Nef Saint-Louis une médaille d’or au Concours général agricole de Paris 2026.
Elles, la cuvée des filles Bruel
La cuvée Elles est un gris de l’AOP Sable de Camargue, à la robe saumonée. Son nez évoque les fleurs, la fraise des bois et l’airelle. Le domaine lui attribue deux étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette, en 2025 comme en 2026.
Le guide présente MamZ’Elles Gri-gri..s 2024 comme « la cuvée des filles Bruel ». Il y décrit un nez de pêche blanche et d’agrumes, et une bouche « explosive de fruit ». Il salue un deuxième coup de cœur consécutif.
Grande Réserve et Tradition, douze mois en barriques
Les rouges de prestige passent par le bois. La Grande Réserve est un 100 % cabernet sauvignon, mis en bouteille les seules bonnes années. La moitié de la cuvée vieillit 12 mois en barriques de chêne français de l’Allier.
Le rouge Tradition assemble merlot et cabernet sauvignon. Il passe lui aussi 12 mois en fûts de chêne français. Le domaine le destine au gibier, au filet de taureau et aux fromages de caractère.
De la musique dans les vignes, et un caveau ouvert
Quatre haut-parleurs sur 40 hectares
En mars 2018, des haut-parleurs ont commencé à diffuser de la musique au milieu des rangs. Nathalie Bruel a choisi la génodique, qui stimule les plantes par des ondes sonores. Elle vise l’esca, une maladie du bois de la vigne. En bio, aucun remède n’existe contre elle.
France Bleu en décrivait l’installation en juin 2018 : quatre haut-parleurs sur 40 des 120 hectares. De 6 h à 22 h, ils jouent à intervalles réguliers des séquences de notes d’orgue. Chaque maladie a sa mélodie : esca, mildiou, flavescence dorée.
Une balade guidée, puis la dégustation
Le domaine propose une promenade guidée dans les vignes, sur réservation, avec une initiation à la génodique. Elle dure environ une heure et demie et se termine par une dégustation au caveau. Le 12 septembre 2026, il a aussi ouvert ses portes pour une journée consacrée aux vendanges, avec des visites commentées de la cave.
Une des premières caves particulières du Gard
Alain Bruel a participé activement à la création des Vignerons Indépendants. À ce titre, il a fait du Petit Chaumont l’une des premières caves particulières du Gard. Leur charte le demande : accueillir, conseiller la dégustation, présenter son travail. Nathalie a repris le flambeau auprès des Vignerons Indépendants.
Au caveau, on trouve la gamme Nef Saint-Louis, la série décorée et les cuvées de prestige, ainsi que de nombreux produits régionaux.
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