Caveau Quinard
Un coteau du Bugey Sud au-dessus du Rhône
Le Caveau Quinard cultive 14 hectares de vignes en agriculture biologique à Massignieu-de-Rives, dans le Bugey Sud. Le domaine s’est engagé en bio en 2009. Il produit chaque année environ 55 000 bouteilles de blancs, de rouges, de rosés et d’effervescents, en AOC Bugey et en Roussette du Bugey. Julien et Sébastien Quinard le dirigent aujourd’hui.
Entre le Grand Colombier et la Dent du Chat
Massignieu-de-Rives se trouve dans l’Ain, sur une colline qui surplombe la rive droite du Rhône. Les vignes poussent vers 300 mètres d’altitude. Au nord, la montagne du Grand Colombier ferme l’horizon. Au sud se dresse la Dent du Chat, déjà en Savoie, de l’autre côté du fleuve.

Cette position de frontière compte. La Savoie commence juste en face, mais les communes des parcelles, Massignieu-de-Rives, Pollieu et Parves-Nattages, sont toutes dans l’Ain, dans l’aire du Bugey. Le climat y est océanique, avec des étés parfois plus secs et des hivers plus doux. La ViaRhôna, la véloroute qui longe le fleuve, passe tout près des parcelles.
Sables du Rhône, terre rouge et terre blanche
Le vignoble repose sur des sols calcaires qui changent d’une parcelle à l’autre. Près du fleuve, ce sont des terres sablonneuses chargées de galets. Plus haut affleure la terre rouge caillouteuse du Jura méridional. Les coteaux de Massignieu, enfin, portent une terre blanche d’origine glaciaire.
Un quatrième terroir sort du lot : la molasse gréseuse du coteau de Sous-Nants, exposé à l’est. Cette molasse est issue d’une veine de l’ancien glacier du Rhône. Les Quinard y récoltent un chardonnay qu’ils jugent eux-mêmes atypique pour le Bugey, et qu’ils vinifient à part.
Des parcelles de Pollieu à Parves-Nattages
Les vignes ne forment pas un seul tenant. Le gamay pousse à Pollieu et à Massignieu-de-Rives, sur un argilo-calcaire limoneux. Le pinot noir et l’altesse sont plantés à Sillins, sur un sol jurassique. La mondeuse occupe les parcelles de La Tour et de Sillins. Le pinot de la cuvée Hautins de Poirin vient de Parves-Nattages.
Presque toutes ces parcelles regardent le sud-est. Leur âge varie beaucoup : 8 à 20 ans pour la mondeuse, une cinquantaine d’années pour les plus vieux chardonnays et gamays.
AOC Bugey et Roussette du Bugey
L’AOC Bugey couvre la plupart des cuvées du domaine : ses blancs de chardonnay, ses rouges, ses rosés et ses méthodes traditionnelles. La Roussette du Bugey est réservée aux blancs tranquilles d’un seul cépage, l’altesse.
Le Bugey compte aussi des dénominations plus restreintes, comme Manicle, Montagnieu ou Cerdon. Le domaine n’en revendique aucune : ses cuvées sortent en Bugey ou en Roussette du Bugey, sans mention complémentaire.
De la ferme de 1840 au caveau du village
Mathieu, Marius, Denise : une lignée de cultivateurs
L’histoire commence en 1840, quand Mathieu Quinard démarre l’exploitation comme cultivateur. En 1920, Marius, l’arrière-grand-père des vignerons actuels, reprend la ferme familiale. La vigne n’y est alors qu’une activité parmi d’autres.
Denise rejoint l’exploitation en 1950, d’abord comme salariée. Elle s’y installe officiellement comme exploitante en 1968 et devient l’une des forces motrices du domaine. Un an plus tard, son fils Maurice la rejoint comme co-exploitant.

1976, les vaches cèdent la place à la vigne
Jusqu’au milieu des années 1970, les Quinard pratiquent la polyculture et l’élevage. En 1976, ils franchissent le pas : l’exploitation abandonne les bêtes et les autres cultures pour se consacrer entièrement à la viticulture. Le domaine prend alors la forme qu’on lui connaît.

Maurice Quinard fait toujours partie de l’équipe du domaine. Il y travaille aux côtés de Julien, de Sébastien et de Sarah Jacquin.

2007, 2019 : Julien, puis Sébastien
Julien Quinard s’installe sur le domaine en 2007, l’année où naît l’EARL Caveau Quinard. Il amorce des évolutions importantes. Dès 2008, la famille achète un bâtiment au cœur du village, où l’équipe emménage un an plus tard pour développer l’activité et recevoir les visiteurs.
En 2019, son frère Sébastien rejoint l’équipe avec un savoir-faire complémentaire. Les deux frères cogèrent aujourd’hui l’exploitation.
Bio depuis 2009, un rang sur deux
2009, tout le vignoble passe en bio
Le domaine s’engage en agriculture biologique le 31 juillet 2009, sur la totalité de son vignoble. Bureau Veritas contrôle la certification. Les raisins comme les vins sont aujourd’hui certifiés bio. Le domaine vinifie ses propres raisins et se présente comme viticulteur récoltant.
Aucun herbicide, aucun insecticide ni engrais chimique n’entre dans les vignes. Les traitements se limitent aux minéraux et aux plantes. Les Quinard expliquent ce choix par la volonté de préserver la biodiversité et de transmettre des sols vivants à leurs enfants.
Un rang travaillé, l’autre enherbé
Sans désherbant, le travail du sol revient à la main et à l’outil. Le domaine travaille sous le rang et laboure un inter-rang sur deux. L’autre reste enherbé, ce qui facilite le passage du matériel.

La taille suit la méthode Guyot, simple ou double, avec des bois arqués pour les chardonnays. Selon les cépages s’ajoutent l’ébourgeonnage, l’effeuillage du pinot noir et une vendange en vert sur le gamay et la mondeuse. Les rendements descendent à 40 à 45 hectolitres par hectare sur les cuvées de pinot et de Sous-Nants.
Un tri à la vendange, peu d’intrants au chai
Les vendanges commencent par un tri des grappes. Au chai, l’équipe limite les intrants et pratique une filtration légère. Les fermentations des blancs et des bases d’effervescents sont thermorégulées. Le chardonnay ne fait qu’une partie de sa fermentation malolactique.
Pour les rouges, la durée de macération suit le cépage : 6 à 10 jours pour le gamay, 10 à 15 jours pour le pinot noir, 13 à 18 jours pour la mondeuse, précédés pour elle d’une phase préfermentaire à froid.

Douze cuvées, du chardonnay à la mondeuse
Chardonnay, Sous-Nants et roussette pour les blancs
Le Chardonnay assemble toutes les parcelles du cépage, de la terre blanche à la molasse. Il cherche l’équilibre entre fruit et fleur. Le Coteaux de Sous-Nants vient de vignes d’environ 45 ans plantées sur la molasse. Il fermente longuement sur lies, puis s’élève 11 mois en cuve ou en fût.
La Roussette du Bugey est un pur altesse de Sillins, sur un sol jurassique et argileux. Le domaine y trouve des notes de poire blanche, de miel et de pain d’épice. Le domaine lui prête jusqu’à huit ans de garde.
Gamay, pinot noir et mondeuse pour les rouges
Le Gamay, élevé en cuve, reste léger, sur le cassis et les fruits rouges. Le Pinot passe en cuve et en fût. Les Hautins de Poirin, pinot noir de Parves-Nattages, ajoutent des notes poivrées, de groseille et de cacao, avec un rendement limité à 40 hectolitres.
La Mondeuse donne ici un vin tannique à la robe pourpre, sur les fruits rouges mûrs. Elle s’élève au moins six mois en fût. Le domaine l’associe au gibier, aux plats relevés ou, plus inattendu, au chocolat noir.
Trois ans en cave pour le Bugey Brut
Les bulles occupent une large place. Le Bugey Brut assemble chardonnay, molette et jacquère, et s’élève trois ans en cave. Il en ressort des bulles fines, des arômes briochés et de fruits blancs. Le Bugey Brut rosé est un pur gamay.
Les Demoiselles Quinard marient chardonnay et pinot noir, avec une robe or et des arômes confits. Le Rose Quinard, autre gamay, sort en AOC Bugey et joue la légèreté : son faible degré d’alcool le destine au dessert ou à l’apéritif. Un rosé tranquille de gamay complète la gamme.
Deux étoiles au Guide Hachette
Le Guide Hachette des Vins 2025 a décerné deux étoiles au Coteaux Sous Nants Vieilles Vignes 2022, salué pour ses notes d’acacia et sa longue finale fraîche. Dans l’édition 2023, la méthode traditionnelle 2018 avait déjà obtenu deux étoiles pour la finesse que lui donnent ses 36 mois d’élevage.
Le caveau de Massignieu, où le vin se fait et se vend
700 m² de cave et une salle de vente
Sur la façade du caveau, l’enseigne annonce la couleur : « Viticulteur récoltant ». Le bâtiment réunit sur 700 m² les caves de stockage, le chai de vinification et l’espace de vente. Le vin y est fait, mis en bouteille et vendu au même endroit.
La famille y reçoit toute l’année pour faire découvrir le domaine et déguster ses vins.
Une clientèle fidèle, venue de loin
La vente au caveau reste le cœur de l’activité. Les clients, souvent fidèles, viennent de toute la France et des pays voisins. Les vins se trouvent aussi dans des grandes surfaces de la région et partent à l’export.
Pour qui ne peut pas faire le détour, le domaine tient une boutique en ligne. Mais les Quinard le disent nettement : rien ne remplace une dégustation sur place, là où naissent les cuvées.
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