Domaines Landron
Sommaire
- « Le Muscadet à moustaches », une histoire de parcelles
- Trois hectares en 1945, trente-trois aujourd’hui
- 1982, chaque parcelle dans sa cuve
- D’un accident de désherbant au label Biodyvin
- Les labours, puis la conversion de 1999
- Pierre Masson et les préparations biodynamiques
- Des brebis et des cochons dans les vignes
- La Haye-Fouassière, berceau du Muscadet Sèvre et Maine
- Huit vignerons en 1926
- Des coteaux d’orthogneiss au-dessus de la Sèvre
- Amphibolite, grès et orthogneiss : trois roches, trois cuvées
- Une cave de béton, de lies et de grappes entières
- Vendanges à la main et levures indigènes
- Six mois ou trente mois sur lies
- Du vin de soif au Muscadet de garde
- Salinité, fumé et amers : le profil des Muscadets
- Folle Blanche, bulles et vins de France
- Hélène Landron et Nicolas Chaurois aux commandes
- Une transmission commencée en 2021
- Un domaine ancré dans le vignoble nantais
« Le Muscadet à moustaches », une histoire de parcelles
Trois hectares en 1945, trente-trois aujourd’hui
Les Domaines Landron cultivent le Melon de Bourgogne en biodynamie à La Haye-Fouassière, au sud-est de Nantes, dans l’appellation Muscadet Sèvre et Maine. Leur histoire commence vers 1945, vingt ans après la naissance de l’appellation. Pierre et Julien Landron, le père et l’oncle de Jo, achètent alors des terres, les défrichent et les plantent en vignes.
L’exploitation paternelle ne compte alors que 3 hectares. De 1950 à 1975, les friches délaissées pendant les guerres retrouvent la vigne. Des échanges et des achats achèvent de constituer un domaine viable. Les deux frères finissent par se séparer. En 1979, Jo Landron s’installe avec son père et achète de nouvelles parcelles.
Au début des années 1980, le père et le fils lancent la vente directe et l’exportation. En 1988, ils commencent à exporter vers l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la Belgique et les Pays-Bas. Pierre Landron prend sa retraite à l’aube de 1990. Il laisse ce conseil à son fils : « Fais de la qualité, cela paiera toujours ! »
1982, chaque parcelle dans sa cuve
La génération arrivée à la fin des années 1970 prend conscience de la diversité des sols du domaine. En 1982, les Landron décident de vinifier chaque parcelle séparément. Leurs Muscadets révèlent alors des potentiels de garde différents. Tout dépend de l’exposition des parcelles, de leur nature géologique et de leurs rendements.
En 1993 naissent les gammes qui portent encore le domaine. L’Amphibolite tire son nom de sa roche, Les Houx viennent de grès sur argile. Le Fief du Breil et le Clos la Carizière reposent sur orthogneiss et quartz. Jo Landron compte parmi les tout premiers à avoir mis en avant, dans ses cuvées, les typicités de terroir de ses parcelles.
Le domaine présente d’ailleurs ses vins comme « le Muscadet à moustaches ». Sur la carte de ses points de vente, les cavistes deviennent des « cavistes de vins à moustache ».
D’un accident de désherbant au label Biodyvin
Les labours, puis la conversion de 1999
Le tournant agronomique naît d’un accident : les vignes ont failli être empoisonnées par un désherbant. Le domaine arrête alors les désherbants, et les labours commencent la même année. Le travail du sol y est pratiqué depuis 1990.
En 1999, la conversion à l’agriculture biologique démarre sur 20 hectares. Le vieux rêve de Jo Landron se réalise. La même année, les pesticides de synthèse disparaissent totalement du vignoble. La première certification par Ecocert arrive en 2002.
Les vins du domaine sont aujourd’hui certifiés en agriculture biologique. Une partie du raisin de cuve est encore en conversion.
Pierre Masson et les préparations biodynamiques
Au fil des dégustations et des rencontres entre vignerons, Jo Landron s’intéresse au rythme et au cycle des plantes, et à la lune. En 2005, avec les conseils du regretté Pierre Masson, la biodynamie entre dans le travail des terroirs et dans l’équipe vigne.
Le domaine passe de la bouse de corne à la silice. Il emploie aussi des tisanes de valériane, d’ortie et de prêle. Il entre en 2008 au syndicat Biodyvin, dont les membres s’engagent à cultiver la totalité de leur domaine en biodynamie. Le label Biodyvin suit en 2011, au terme de trois années de conversion.
Des brebis et des cochons dans les vignes
En 2021, Hélène Landron et son mari Nicolas reviennent au domaine. Ils amènent des animaux dans les vignes : des brebis et des cochons. La biodiversité de l’exploitation s’en trouve renforcée. L’exploitation déclare aujourd’hui des brebis laitières et à viande, des porcs charcutiers, des prairies et des mélanges céréaliers.
À la vigne, Gaëtan, Ghislain, Lorenz et les deux Nico sont les piliers du travail quotidien. Ils veillent à l’équilibre des sols et taillent en fonction des besoins de la plante.
La Haye-Fouassière, berceau du Muscadet Sèvre et Maine
Huit vignerons en 1926
Avec Vertou, La Haye-Fouassière se présente comme le berceau du Muscadet Sèvre et Maine. En 1926, huit vignerons de la commune lancent l’appellation « Muscadet Grand Cru de Sèvre et Maine ». L’INAO la reconnaît en 1936, avec le Melon de Bourgogne pour seul cépage.
Le vignoble du Muscadet repose sur le Massif armoricain, une ancienne chaîne de montagnes vieille de 450 millions d’années. Le climat et la géologie y ont sculpté une grande diversité de sols, de sous-sols et de coteaux. C’est cette diversité que les Landron vinifient parcelle par parcelle.
Des coteaux d’orthogneiss au-dessus de la Sèvre
Autour de La Haye-Fouassière, les sols sont peu profonds, siliceux, caillouteux à très caillouteux, et pentus le long des coteaux de la Sèvre. Le sous-sol est une roche métamorphique où domine l’orthogneiss. Sur ce terroir, les raisins mûrissent tôt.
Les vignerons de la commune portent depuis 2011 une démarche de cru communal, qui couvre aussi Vertou. Une douzaine de domaines y participent, pour une vingtaine d’hectares. Les Domaines Landron en sont : chez eux, la vinification séparée par type de sol a motivé cette quête de reconnaissance. La démarche prévoit un élevage d’au moins 24 mois.
Amphibolite, grès et orthogneiss : trois roches, trois cuvées
Plusieurs Muscadets sur lie du domaine renvoient chacun à une roche précise :
- Amphibolite : une roche verte métamorphique issue du gabbro, sous des vignes de 35 à 40 ans
- Les Houx : un sol argilo-sableux et de graves, avec des galets de grès et de quartz
- Le Fief du Breil : de l’orthogneiss et du quartz issus du métamorphisme du granit
- Le Clos la Carizière : de l’orthogneiss, sous des vignes de 55 à 70 ans
La Louvetrie, elle, assemble tous les terroirs du domaine. Partout, les vignes sont taillées en guyot nantais, à 6 800 ceps par hectare.

Une cave de béton, de lies et de grappes entières
Vendanges à la main et levures indigènes
Les vendanges sont 100 % manuelles. Les grappes entières passent directement au pressoir pneumatique. Le jus fermente ensuite lentement avec les levures indigènes, pendant une quinzaine de jours.
Les Muscadets s’élèvent en cuves béton verrées. Ils sont stabilisés par le froid, sans additif, puis mis en bouteille au domaine. Depuis l’arrivée d’Hélène et de Nicolas, de nouveaux contenants ont rejoint la cave, dont des jarres.

Six mois ou trente mois sur lies
Le domaine s’inspire des procédés anciens de la vinification sur lie. Le vin se décante et reste sur ses lies de fermentation jusqu’à la mise en bouteille. La durée varie selon la cuvée : 6 mois pour l’Amphibolite 2019, 8 à 10 mois pour le Clos la Carizière 2018, 12 mois pour Les Houx 2019.
Le Fief du Breil 2016 est resté 30 mois sur ses lies. Le domaine espérait en faire un digne représentant du futur cru communal « La Haye Fouassière ». À l’autre bout de la gamme, Grains de Raisins 2018 n’a connu aucun élevage sur lie. Il affiche au plus 15 mg/l de sulfites libres.
Du vin de soif au Muscadet de garde
Salinité, fumé et amers : le profil des Muscadets
Pour les Landron, le Muscadet doit exprimer son terroir à travers la minéralité du vin. L’Amphibolite joue la spontanéité : agrumes, salinité en fin de bouche, un « joli vin de soif » pour les huîtres. Elle se boit dans les 15 à 18 mois.
Les Houx allient densité, finesse et amertume, avec des arômes pierreux légèrement fumés et une note de pêche. Le Clos la Carizière se montre vif et tendu, avec des notes d’amande et de menthol. Tous deux se gardent de 3 à 5 ans.
Le Fief du Breil mêle notes fumées et briochées, agrumes mûrs et ananas, sur une minéralité fumée et siliceuse. Il se garde 10 ans, voire plus. La Haute Tradition dépasse aussi les dix ans de garde, avec une salinité marquée et des notes discrètes de bois.

Folle Blanche, bulles et vins de France
Le domaine ne se limite pas au Muscadet. Atmosphères est un vin mousseux de qualité élaboré en méthode traditionnelle, à partir de Folle Blanche, de Pinot Noir et de Chardonnay. Il vieillit ensuite 12 à 24 mois sur lattes avant le dégorgement.
Strike, pétillant naturel de Melon B. et de Chardonnay, suit la méthode ancestrale. Wesh Gros, pur Folle Blanche élevé un an en fût, ne sort qu’en magnum. Melonix est un Melon B. en Vin de France, dont les moûts ne sont ni débourbés ni sulfités.
La Rosée, un Pinot Noir en Vin de France, est un vin acidulé pour les repas d’été. La gamme compte aussi Jean-Jacques, un Muscadet Sèvre et Maine sur lie.
Hélène Landron et Nicolas Chaurois aux commandes
Une transmission commencée en 2021
En 2021, Hélène Landron rejoint le domaine et prépare la transmission avec son père. Depuis 2024, elle pilote les 33 hectares avec son mari Nicolas Chaurois, et Jo Landron a pris sa retraite. Leur duo relie l’agriculture et la viticulture, dans une approche qu’ils veulent vivante et engagée.
Au chai, Marine et Hélène gèrent tout, de la rentrée de la vendange à l’expédition des commandes. Carole, Clémence et Patricia répondent aux professionnels comme aux particuliers. Le domaine commercialise environ 200 000 bouteilles par an, pour moitié en France et pour moitié à l’export.

Un domaine ancré dans le vignoble nantais
Les Domaines Landron font partie des Vignes de Nantes, une association de vignerons créée en 2011. Elle promeut le Muscadet et tisse des liens étroits avec la restauration nantaise. À l’automne 2017, trente restaurateurs se sont mobilisés pour aider trente amis vignerons : ce fut l’Épaulée nantaise. Le gel de printemps venait de ravager le vignoble.
Depuis 2012, une nouvelle structure d’accueil reçoit les visiteurs au domaine, avec les bureaux et une cuisine. Les dégustations se font sur rendez-vous seulement.
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