Oratoire Saint-Martin - Le vignoble de Cairanne face aux Dentelles de Montmirail

Oratoire Saint-Martin

  • Vallée du Rhône

    Région viticole

  • 25ha

    Surface du vignoble

  • 1692

    Année de fondation

  • BioDemeter

    Agriculture biologique

Sommaire

Le Domaine de l’Oratoire Saint-Martin doit son nom à une promesse. En 1953, un vigneron de Cairanne vend toutes ses vignes pour acheter aux enchères les parcelles du lieu-dit Saint-Martin, et jure d’y élever un oratoire s’il l’emporte. Aujourd’hui, le domaine cultive 25 hectares sur la seule commune de Cairanne, certifiés en agriculture biologique et en biodynamie par Demeter, au cœur du cru Cairanne, dans le nord du Vaucluse.

Le pari de 1953 sur le coteau de Saint-Martin

Dix générations d’Alary à Cairanne depuis 1692

Les archives communales de Cairanne situent l’arrivée de la famille Alary en 1692, avec André Alary. Le domaine passe ensuite de père en fils pendant dix générations, et s’agrandit au fil des héritages.

La vigne n’est pas seule. Jusqu’au début du XXe siècle, les Alary pratiquent la polyculture : ils élèvent des moutons et des vers à soie, et cultivent la garance, une plante dont la racine donnait une teinture rouge. Le vin n’est alors qu’une ressource parmi d’autres.

Le coteau de Saint-Martin a une histoire plus ancienne encore. Cairanne vivait dans l’orbite de Vaison-la-Romaine pendant l’Antiquité, et de nombreux vestiges antiques ont été retrouvés dans les vignes du lieu-dit.

Toutes les vignes vendues pour un seul lieu-dit

C’est Frédéric Alary, huitième génération, qui choisit de ne plus faire que du vin. Les Cairannais le surnomment le vigneron historien. À rebours des habitudes de son temps, il vinifie ses vignes parcelle par parcelle, et comprend vite que celle de Saint-Martin a, de loin, le meilleur terroir.

En 1953, des parcelles du lieu-dit sont mises aux enchères. Il vend alors toutes ses vignes, sauf Saint-Martin, pour réunir de quoi enchérir. Il prie aussi saint Martin, le soldat romain qui coupa son manteau en deux pour un mendiant transi, et promet de lui bâtir un oratoire si les parcelles lui reviennent. Les parcelles lui reviennent. Le domaine porte aujourd’hui le nom de cet oratoire.

Oratoire Saint-Martin - Bas-relief de saint Martin partageant son manteau
Saint Martin partageant son manteau, le saint à qui Frédéric Alary promit un oratoire en 1953.

Une autre histoire circule dans la famille, celle de la Chèvre d’Or. Un grand-père annonce à ses enfants qu’un trésor dort dans la terre autour de sa maison. Ils bêchent un an sans le trouver, mais la terre retournée est si belle qu’ils y plantent de la vigne. Le trésor, c’était le sol.

De Frédéric et François Alary à la famille Abeille-Fabre

En 1984, les petits-fils du vigneron historien, Frédéric et François Alary, reprennent l’exploitation. Les deux frères s’investissent sans compter dans les coteaux de Saint-Martin, et sont élus meilleurs vignerons de l’année en 1995.

Leurs enfants ne prenant pas la suite, ils cèdent le domaine en 2020 à la famille Abeille-Fabre, propriétaire du Château Mont-Redon à Châteauneuf-du-Pape. Les nouveaux propriétaires se sont engagés à poursuivre le travail des dix générations précédentes, et la passation s’est faite en douceur, les deux familles travaillant ensemble.

Oratoire Saint-Martin - Plaque gravée à l’entrée du domaine
Depuis 2020, la famille Abeille-Fabre poursuit le travail des Alary.

Vingt-cinq hectares sur « la montagne » de Cairanne

Saint-Martin, Les Douyes et le Coustias, à 200 mètres

Les 25 hectares du domaine se trouvent tous sur la commune de Cairanne. La plupart occupent le nord-est du village, à 200 mètres d’altitude, sur des collines escarpées que l’on appelle ici « la montagne ». Trois lieux-dits en forment le cœur : Saint-Martin, Les Douyes et le Coustias.

Oratoire Saint-Martin - Rangs de vignes sur les coteaux, en lisière de pins
Les coteaux du domaine, à 200 mètres d’altitude au nord-est de Cairanne.

Sur les pentes les plus raides, seuls des tracteurs à chenilles passent entre les rangs. Le climat est méditerranéen, avec des étés chauds et secs. Le mistral, qui souffle presque toute l’année, garde la vigne saine.

Des marnes lacustres au rivage d’une mer disparue

Le sol change à mesure qu’on monte. Les bas et mi-coteaux reposent sur des colluvions du Quaternaire : galets, graviers calcaires, marnes jaunes et grises. Au sud de Saint-Martin, des marnes bleues alternent avec des lits de sable, et l’on y lit encore la limite du rivage de la dernière mer qui a recouvert la vallée du Rhône.

Sur les hauts coteaux des Douyes et de Saint-Martin, les marnes lacustres grises et beiges se chargent de bancs de cailloutis calcaires de plus en plus réguliers. Le calcaire actif y est très présent. Ces argiles gardent l’eau, un avantage que le domaine juge décisif face à des sécheresses de plus en plus longues.

Le vignoble compte aussi une forte part de vieilles vignes de plus de 40 ans, dont certaines sont centenaires. Celles qui donnent la cuvée Haut-Coustias ont plus de 70 ans, et la parcelle des Douyes est plantée de vignes centenaires.

Oratoire Saint-Martin - Tronc noueux d’une vieille vigne
Une part importante du vignoble a plus de 40 ans, certaines vignes sont centenaires.

Le mourvèdre, cépage favori de la maison

Le domaine consacre 75 % de sa production au rouge et 25 % au blanc. Côté rouge, le grenache noir domine avec environ 55 % des vignes, suivi du mourvèdre (25 %) et de la syrah (20 %). Quelques pieds de counoise, de vaccarèse et de muscardin, vieux cépages du Rhône, ajoutent leur touche aux assemblages.

Le mourvèdre est le cépage favori de la maison, et cela se voit dans les cuvées de coteaux : il fait la moitié du Haut-Coustias rouge et 60 % des Douyes. À Cairanne, où le grenache règne, ce choix est rare. Les blancs reposent surtout sur la marsanne, la roussanne, la clairette et le grenache blanc.

Une biodynamie certifiée Demeter, menée avec les voisins

En bio dès les années 1990, en biodynamie depuis 2008

Dès les années 1990, à contre-courant de l’époque, Frédéric et François Alary décident de conduire tout le vignoble en agriculture biologique. Ils font alors figure de pionniers à Cairanne, et passent à la biodynamie en 2008 pour nourrir la vie microbienne du sol.

Le domaine est aujourd’hui certifié en agriculture biologique par Ecocert et en biodynamie par Demeter. Ni pesticide, ni engrais chimique, ni désherbant.

Le calendrier lunaire et la météo rythment l’année, de la taille à la mise en bouteille. La taille douce respecte les flux de sève, le travail du sol pousse les racines en profondeur, et les jeunes plants sont complantés au milieu des vieilles vignes, que l’équipe préserve comme un patrimoine.

Fumier des éleveurs voisins, nichoirs et préparations partagées

Les sols reçoivent le fumier de plusieurs éleveurs du coin. Avec le syndicat des vignerons de Cairanne, le domaine a posé dans ses vignes des nichoirs à mésanges et à chauves-souris pour favoriser la biodiversité et la lutte naturelle contre les ravageurs.

Le travail se partage aussi au sein d’Éclat de lune, un groupe de vignerons avec lequel l’équipe échange son expérience et fabrique les préparations biodynamiques. Ébourgeonnage, effeuillage et vendanges en vert sur les jeunes vignes complètent le travail à la vigne.

Au chai : levures indigènes, foudres et œufs en béton

Les vendanges se font à la main, en septembre, avec un tri à la vigne puis un second à la cave. Les rendements restent très faibles. Pour les rouges de coteaux, les raisins sont éraflés sans être foulés, puis cuvent environ 18 jours sous claies, pour une extraction lente.

Toutes les fermentations partent en levures indigènes. L’élevage se fait en cuve, en œufs en béton ou en foudres, de 6 mois pour les Côtes du Rhône à 18 mois pour le Haut-Coustias rouge. Les blancs ne font pas leur fermentation malolactique.

Les mises en bouteille se font un jour fruit ou fleur, en lune descendante, sans collage. Les rouges ne sont pas filtrés non plus. Le Côtes du Rhône Le P’tit Martin existe aussi en version sans sulfites ajoutés.

Du Côtes du Rhône de copains au cru de garde

Cairanne, cru de la vallée du Rhône méridionale depuis 2016

Le vignoble de Cairanne entre dans l’AOC Côtes du Rhône en 1936. En 1967, le village obtient l’appellation Côtes du Rhône Villages avec son nom. En 2016, après des années de travail collectif des vignerons, Cairanne devient un cru à part entière.

Le cru s’étend de la plaine du Plan de Dieu jusqu’aux hauts coteaux, avec des sols très variés. Le domaine produit les deux appellations : du Cairanne sur ses coteaux, et du Côtes du Rhône sur les jeunes vignes et les petits galets de plaine, au pied du village.

Trois étages de vins, de la plaine aux hauts coteaux

La gamme suit la pente. En bas, les Côtes du Rhône Les P’tits Gars et Le P’tit Martin sont des vins de copains, à boire jeunes pour leur fruit. Le P’tit Martin, à dominante de syrah, joue sur la violette et les fruits noirs.

Les vieilles vignes des bas et mi-coteaux donnent la Réserve des Seigneurs, en rouge et en blanc. Le rouge mêle fruits rouges, tabac blond et tanins soyeux. Le blanc, tendu, assemble clairette, grenache blanc, roussanne et marsanne. Deux vins de terroir à ouvrir dans leur jeunesse.

Tout en haut, les vignes souvent centenaires donnent les vins de haute gastronomie et de garde : le Haut-Coustias rouge et blanc, et le parcellaire Les Douyes. Le rouge du Haut-Coustias, poivré et dense, s’attend six à dix ans. Celui des Douyes allie profondeur et tanins très fins. Le Haut-Coustias blanc, à forte part de roussanne, gagne en complexité avec quelques années de cave.

Tous ces vins viennent des vignes du domaine, à une exception près : le Côtes du Rhône blanc Les P’tits Gars, certifié bio, est assemblé et élevé au domaine.

Haut-Coustias, deux coups de cœur au Guide Hachette

Le Guide Hachette des Vins a suivi le Haut-Coustias rouge de près. Il lui a décerné deux coups de cœur, pour les millésimes 2005 et 2006, puis deux étoiles au 2007 dans son édition 2011. L’édition 2012 présentait l’Oratoire Saint-Martin comme un domaine de référence.

Où goûte-t-on les vins de l’Oratoire ?

Le domaine reçoit les professionnels sur rendez-vous seulement. Les particuliers trouvent ses vins toute l’année au Château Mont-Redon, à Châteauneuf-du-Pape, et dans le village de Cairanne, au Tourne au Verre et au Caveau du Cairanne.

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Les autres domaines de la région Vallée du Rhône

  • Domaine Usseglio Raymond et Fils

    Le Domaine Usseglio Raymond et Fils descend d’un métayer piémontais arrivé à Châteauneuf-du-Pape en 1931, et d’un domaine fondé par son fils Raymond en 1963. Aux commandes depuis 1999, Stéphane Usseglio conduit 55 hectares en Châteauneuf-du-Pape, Lirac, Côtes-du-Rhône et Vin de France. Ses vins sont certifiés bio et labellisés Demeter et Biodyvin, sur des sols de grès, d’argiles rouges et de galets roulés. Treize cuvées en sortent, dont La Part des Anges et la Cuvée Impériale, chacune distinguée d’un coup de cœur au Guide Hachette.

  • Château Cohola

    Le Château Cohola cultive ses vignes en banquettes sur les hauteurs de Sablet, au pied des Dentelles de Montmirail, en bio depuis 2013. Jérôme Busato, ingénieur agronome et œnologue, et Cheli Alberca y font des Côtes du Rhône Villages Sablet dans les trois couleurs, fermentés sur levures indigènes. Syrah nouée en arches contre la chaleur, champignons dans le sol, musique dans les rangs : le vigneron expérimente sans rien promettre. Le domaine produit aussi un miel d’abeilles noires et une huile d’olive de tanche, et reçoit pour des dégustations comme en gîte.

  • Domaine de Ferrand

    Le Domaine de Ferrand cultive 7,5 hectares de Châteauneuf-du-Pape et une dizaine d’hectares de Côtes du Rhône à Orange, au nord de l’appellation. Philippe Bravay a pris la suite de son père Charles en 1995, avec sa femme Mireille, quatrième génération de la famille. Engagé en bio en 2021 et certifié en 2024, le domaine fermente sans levures ajoutées et élève ses vins en cuve béton ou inox. Six cuvées en sortent, du Châteauneuf rouge à dominante de Grenache au Viognier baptisé Hors la loi.

  • Domaine du Chat Blanc

    Le Domaine du Chat Blanc cultive 4 hectares de grenache et de syrah en bio à Saint-Didier, au pied du Mont Ventoux. Rentrés de quatorze ans à Londres, Catherine et Stéphane Chatal ont relevé un mas du XVIIIe siècle et repris des vignes jusque-là exploitées via la cave coopérative. Travaillé sans désherbant, le vignoble donne trois cuvées en AOC Ventoux et en IGP Méditerranée, vinifiées avec 20 % du soufre permis en bio. Le nom vient de Bonbon, la chatte blanche de la famille, devenue la mascotte du domaine.

  • Domaine Leschancel

    Le Domaine Leschancel cultive 9 hectares de vignes bio à Mormoiron, à 350 mètres d’altitude face au mont Ventoux, sur 30 hectares d’un seul tenant. Anne et Pierre Chancel y ont repris fin 2017 une ferme de raisin de table, regreffée en chenin, carignan blanc, ugni blanc et bourboulenc. Le blanc occupe deux tiers des vignes et s’élève sur lies en demi-muids de 600 litres, sans filtration ni collage. Les rouges sortent en AOP Ventoux, plusieurs blancs comme L’Evrest en IGP Vaucluse.

  • Château d’Or et de Gueules

    À Saint-Gilles, aux portes de la Camargue, le Château d’Or et de Gueules cultive 45 hectares en Costières de Nîmes, en bio depuis 2011 et en biodynamie certifiée Demeter depuis 2018. Diane de Puymorin l’a rebaptisé en 1998 aux couleurs de son blason familial, l’or et le rouge. Sur les galets du Rhône, des mourvèdres de 90 ans et de vieux carignans donnent des cuvées à très petits rendements, en levures indigènes. Les vins portent des noms occitans, de Trassegum à La Bolida, et la musique résonne jusque dans les vignes.

  • Domaine Lafoy

    Le Domaine Lafoy est né en 1993 à Ampuis, où la famille vit depuis trois générations, et Gaëtan Lafoy y a rejoint ses parents Jocelyne et Yves fin 2011. Leurs 9 hectares se partagent entre côte-rôtie, condrieu, saint-joseph et IGP Collines rhodaniennes, en bio depuis 2021. Sur la Côte Blonde, une vigne date de 1934, et la parcelle Côte Rozier, sur la Côte Brune, de 1966. Le Prélude 2018 a reçu deux étoiles au Guide Hachette des Vins 2022.

  • Domaine de la Ganse

    Le Domaine de la Ganse est né en 2008 à Vacqueyras, où Coralie Onde cultive 9 hectares de vignes bio, certifiées depuis le millésime 2014. Sans chai sur place, elle assemble sa cuvée à la parcelle, en choisissant ses raisins à la vendange. Le grenache domine, avec la syrah, un mourvèdre surgreffé en 2015 et des blancs plantés depuis 2017. Le rouge 2017 a obtenu deux étoiles au Guide Hachette 2020, le 2022 une grande médaille d’or au Concours mondial de Bruxelles 2025.

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