Domaine Pascal, Annick et Noé Quenard
Au Villard, quatre générations sous les tours de Chignin
Le Domaine Pascal, Annick et Noé Quenard cultive 6 hectares de vignes en bio et en biodynamie à Chignin, en Savoie. Ses parcelles se trouvent au pied des tours qui dominent le village. Le domaine est certifié en agriculture biologique depuis 2013 et ses vins portent aujourd’hui le label Demeter.
Sa cuvée la plus connue porte le prénom d’un fils de la famille. La cuvée Noé est un Chignin-Bergeron, tiré de la roussanne, que l’on appelle bergeron à Chignin. Ce prénom est aussi celui du premier vigneron de la Bible.
Une jacquère plantée en 1903
La famille fait du vin à Chignin depuis quatre générations. Pascal Quenard se présente comme le quatrième « passeur » de vigneron de la lignée. Il est aux commandes du domaine depuis 1987, avec un héritage de vieilles vignes dont certaines sont centenaires.
La plus ancienne parcelle date de 1903. L’arrière-grand-père y a planté de la jacquère, et ces ceps donnent toujours une cuvée, baptisée 1903 Vieilles Vignes, en appellation Chignin.

Le nom de Quenard revient souvent sur les étiquettes du village, car la famille compte de nombreuses branches à Chignin. Celle-ci signe ses bouteilles des prénoms de Pascal et d’Annick, et désormais de celui de Noé.
Noé, de l’industrie aux vignes
Noé Quenard a d’abord travaillé quelques années dans l’industrie. Il a ensuite suivi une année de reconversion à l’école de viticulture et d’œnologie de Beaune, avant de rejoindre ses parents au domaine.
Début 2024, il s’est installé officiellement comme associé, et il en est aujourd’hui le gérant. La transmission a pu s’appuyer sur la dotation jeune agriculteur et sur une aide européenne du FEADER pour du matériel agricole, avec la Région Auvergne-Rhône-Alpes.
Son nom apparaît aussi chez un voisin. Le vigneron Ludovic Archer, installé à Arbin, tire sa cuvée Summertime d’une parcelle de roussanne du lieu-dit Les Châteaux, à Chignin. Elle est cultivée par Noé Quenard en biodynamie, et son sol est travaillé au cheval.
Six hectares en bio et en biodynamie, travaillés à la main
Des parcelles cultivées une à une
Les vignes du domaine ne se ressemblent pas. Elles diffèrent par leur âge, leur exposition, leur pente et leur type de sol. Chaque parcelle est donc cultivée à part, avec ses propres pratiques, pour que le terroir de chacune s’exprime dans la cuvée qui en sort.
Chignin réunit des pentes abruptes, une terre calcaire et une exposition que la famille juge idéale pour la vigne. Le coteau garde aussi sa part d’histoire, entre une ancienne voie romaine et des tours millénaires. Les plus vieilles vignes du domaine y ont plus d’un siècle.
Le cheval et les « athlètes »
Le domaine mise sur le travail humain. La taille et les vendanges se font à la main, et les sols sont labourés au cheval.
La famille appelle ses équipes « nos athlètes ». Qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige, elles assurent le travail manuel dont dépend la récolte. Pour les Quenard, la vinification se fait d’abord dans la vigne, « à la sueur et à la bonne humeur de chacun ».


Bio depuis 2013, Demeter aujourd’hui
Pascal Quenard a engagé le domaine en agriculture biologique en 2013, sous le contrôle d’Ecocert. La certification couvre aujourd’hui les raisins comme les vins.
Le domaine adhère aussi à Demeter, le label de l’agriculture biodynamique. Neuf de ses vins y sont labellisés, sur des millésimes allant de 2020 à 2024. Pour la famille, la biodynamie est d’abord « un état d’esprit à l’écoute du vivant », plus qu’un cahier des charges.
Elle y ajoute un label de son invention, créé et certifié par elle-même : « C’était mieux demain ». La famille en réserve l’explication à ceux qui viennent la voir au domaine.

La chapelle de 1928, où les levures travaillent seules
Une cave aux cuves de toutes tailles
Les Quenard appellent leur cave « la chapelle ». Construite en 1928 et rénovée récemment, elle abrite plusieurs cuves de matériaux et de contenances variés. Chaque cuvée et chaque millésime y trouvent ainsi le contenant qui leur va.

Fermentations naturelles et soufre au minimum
Les fermentations partent sans aucun apport de levure extérieure : seules les levures indigènes travaillent. La famille y voit la condition pour que chaque vin reste fidèle à son terroir.
Sur les blancs, la fermentation malolactique est recherchée. Elle rend les vins plus complexes et plus stables, ce qui permet de n’ajouter que de très faibles doses de soufre à la mise en bouteille.
Peu interventionnistes, les Quenard se passent de soufre chaque fois qu’ils le peuvent. Ils suivent les fermentations de près, puis laissent le temps mûrir le vin. Le vigneron, disent-ils, assiste ce travail plus qu’il ne le dirige.
Un caveau ouvert sur rendez-vous
Le domaine reçoit dans son caveau de dégustation, au hameau du Villard, pour présenter ses vins. Il n’y a pas de permanence : la famille est le plus souvent dans les vignes, jamais très loin, et préfère que l’on appelle avant de venir.

Jacquère, bergeron et mondeuse, les trois visages de Chignin
Deux dénominations du Vin de Savoie
Tous les vins du domaine sont des Vins de Savoie. Les blancs sortent sous deux dénominations de l’appellation : Chignin pour la jacquère, Chignin-Bergeron pour la roussanne.
À Chignin, la roussanne s’appelle bergeron. C’est le cépage vedette du village, et la famille le soigne particulièrement. Les rouges viennent du gamay et de la mondeuse.
La jacquère, légère ou centenaire
L’Épure donne la jacquère dans sa version la plus directe : un vin léger, minéral et frais. 1903 Vieilles Vignes vient de la parcelle centenaire, dont l’enracinement apporte au vin, selon la famille, « sagesse et profondeur ».
Le bergeron, du floral au surmûri
Sous les Amandiers marie le minéral et le floral. La cuvée Noé est le vin phare du domaine. En 2012, Pascal Quenard a vendangé ses 30 ares de roussanne en deux tries, et la dernière a fourni des raisins surmûris, de ceux qu’on appellerait ailleurs une vendange tardive.
Sève pousse plus loin la surmaturité. Son nom joue sur Ève et la sève de la vigne, et la famille la présente comme « le fruit défendu ».
Un gamay et trois mondeuses
Les Beaux Jours, un gamay, porte la devise de la maison : « C’était mieux demain ». La mondeuse se décline en trois cuvées. La Sauvage se veut l’expression d’une nature indomptable, et Lunatique est une mondeuse sans sulfites ajoutés.
L’Étoile de Gaspard porte le prénom d’un autre fils d’Annick et de Pascal. Le millésime 2019 est né d’une macération carbonique, sans sulfites même à la mise en bouteille. Il offre des arômes de violette, de framboise et de mûre, avec des tanins mûrs et ronds.
Deux coups de cœur au Guide Hachette
Le Guide Hachette des vins a décerné un coup de cœur et trois étoiles à L’Étoile de Gaspard 2019, dans son édition 2022. La cuvée Noé 2012 avait obtenu un coup de cœur et deux étoiles dans l’édition 2014.
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