Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard - Les vignes de Chignin face au mont Granier

Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard

Région viticole

Région viticole

Savoie

Bio

Les Quénard dits Cardin, sous les tours de Chignin

Une famille de vignerons depuis 1644

Le Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard cultive 16 hectares de vignes en agriculture biologique à Chignin, en Savoie, à une dizaine de kilomètres au sud de Chambéry. La famille y fait du vin depuis 1644. Ses vignes montent dans la partie haute de la commune, jusqu’au pied des tours de Chignin, restes d’une forteresse du Moyen Âge.

À Chignin, le nom ne suffit pas à reconnaître un domaine : plusieurs familles Quénard y sont vigneronnes, et le domaine le dit lui-même, ici les prénoms comptent. Celle-ci porte un surnom, Cardin, que l’on retrouve sur un emblème du domaine : « Quénard dit Cardin, viticulteur depuis 1644 ».

Pendant des générations, la propriété est passée de père en fils. Elle s’est longtemps appelée Jean-Pierre et Jean-François Quénard, du nom du père et du fils qui l’ont conduite ensemble à partir de 1987.

Jean-François, l’apprenti de Jules Chauvet

Jean-François Quénard obtient son diplôme d’œnologue à la faculté de Dijon en 1987. Avant de revenir travailler avec son père, il passe par le laboratoire de Grézillac dans le Bordelais, par le Domaine de l’Espiguette près de Montpellier et par les vignobles de Californie.

La rencontre qui l’a le plus marqué reste celle de Jules Chauvet, que le domaine présente comme un maître de la dégustation. Jean-François a été son « apprenti ». Depuis son retour, le vignoble est passé de 5 à 15 hectares, puis à 16 aujourd’hui.

Anne-Sophie, la première transmission de père en fille

Anne-Sophie Quénard a rejoint ses parents, Catherine et Jean-François, en 2020. Pour la première fois dans l’histoire du domaine, la transmission se fait du père à la fille. Son prénom figure désormais sur la cave et sur les étiquettes, et le domaine porte aujourd’hui le nom d’Anne-Sophie et Jean-François.

Elle obtient un BTS viticulture-œnologie à Beaune en 2016, puis fait un stage à la Sicavac de Sancerre et une vinification chez Jean-Marc Boillot, à Pommard. Elle entre ensuite à l’école de Changins, en Suisse, d’où elle sort en 2019 œnologue et ingénieure en viticulture. Des séjours en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, aux États-Unis, en Autriche et en Italie complètent ce parcours.

Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard - Anne-Sophie Quénard dans les vignes, une tour en arrière-plan
Anne-Sophie Quénard, installée sur le domaine depuis 2020.

Seize hectares de coteaux, de Chignin à Saint-Jean-de-la-Porte

Éboulis calcaires, argiles et moraine

Le vignoble se trouve pour 90 % à Chignin et pour 10 % à Saint-Jean-de-la-Porte. Les sols sont surtout argilo-calcaires, avec des éboulis calcaires et de la moraine. La plupart des vignes sont en coteaux, ce qui oblige à tout faire à la main au fil des saisons.

Chaque parcelle a son caractère. La plus ancienne, plantée en 1925, donne la cuvée Anne de la Biguerne. Celle de Chez les Béroux, la plus abrupte du domaine, s’accroche aux éboulis calcaires. Au Pied des Tours pousse sur les argiles calcaires de la colline des tours, et la Roussette Anne-Sophie vient d’une vigne posée sur une moraine de fond alpine.

Le treuil, la chenillette et le cheval

Sur ces pentes, l’outil change avec la parcelle. Le sol se travaille au treuil dans les éboulis de Chez les Béroux, au treuil et à la chenillette sous les tours, et au cheval dans la vieille vigne d’Anne de la Biguerne. Une partie des vignes de la cuvée Vers les Alpes est aussi conduite en traction animale.

Toutes les cuvées sont vendangées à la main. Pour le Chignin-Bergeron Comme Avant, le raisin est même trié à la récolte. Les vignes de Saint-Jean-de-la-Porte donnent Élisa, La Baraterie et Les 2 Jean.

Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard - Vendange au pied d’une des tours de Chignin
Vendange au pied d’une des tours médiévales de Chignin.

Une certification bio depuis 2018

L’exploitation est engagée en agriculture biologique depuis juillet 2018, sous le contrôle d’Ecocert. Ses raisins de cuve et ses vins sont certifiés bio. Au vignoble, la famille mise sur le travail du sol et les extraits de plantes.

Le domaine plante aussi des arbres fruitiers dans ses vignes, pour y ramener de la diversité. C’est cette démarche bio, écrit la famille, qui l’anime aujourd’hui.

Amphores, œufs et fûts dans la même cave

Levures indigènes et vinification parcelle par parcelle

Chaque parcelle se vinifie à part, avec des levures indigènes et le moins de sulfites possible. La cave réunit des cuves, des amphores en terre cuite, des œufs en béton et en fibre de verre, et des fûts. La famille voit dans cette palette un moyen d’apporter de la complexité à chaque cuvée.

Les élevages suivent les vins. Le Chignin-Bergeron Comme Avant passe 12 mois en fût de 300 litres, la Roussette Anne-Sophie deux ans en fût de 600 litres. La Mondeuse Terres Rouges s’élève en œuf de béton, et le Chignin Vers les Alpes partage son temps entre cuve et amphore.

Les Éphémères, des cuvées numérotées

À côté de la gamme, le domaine sort des cuvées numérotées qu’il appelle les Éphémères. La n°3 est une altesse de 2020 élevée 12 mois en amphore. La n°6 assemble mondeuse et persan de 2022, entre amphore et fût. La n°5 est un vin orange : dix jours de macération en grappes entières, puis un an en fût de 300 litres.

La famille parle d’une dimension spirituelle dans la culture de la vigne, une école d’humilité où l’on dépend de la nature. « Nous sommes simplement de passage à travers le temps, mais le terroir se transmet de génération en génération », écrit-elle.

Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard - La famille Quénard parmi les fûts du chai
La famille Quénard au milieu des fûts.

Jacquère, bergeron et persan : le profil des vins

Les blancs de Chignin

La jacquère donne les Chignin du domaine. Dans Vers les Alpes, la famille la décrit fraîche, fine et saline. Anne de la Biguerne, tirée des vignes de 1925, gagne en matière grâce à son terroir et à son élevage en cuve. Le bergeron, nom local de la roussanne, fait les Chignin-Bergeron, des blancs intenses, ronds et chaleureux.

Au Pied des Tours est le parcellaire qui, selon le domaine, montre le mieux la complexité du bergeron. L’altesse de la Roussette Anne-Sophie est aromatique, intense et veloutée. En 2021, le guide Bettane+Desseauve trouvait les blancs du domaine « purs, effilés et minéraux ».

Mondeuse, persan et pinot noir pour les rouges

La mondeuse donne deux rouges de caractère différent. Terres Rouges, sur Chignin, est une mondeuse croquante et épicée. Élisa, sur Saint-Jean-de-la-Porte, passe une année en fût de 600 litres et se montre plus structurée, faite pour attendre.

Le persan, vieux cépage savoyard que le domaine rattache à Saint-Jean-de-Maurienne, fait la cuvée Les 2 Jean, élevée en fût et en œuf de béton : un rouge épicé, fin et soyeux. Le pinot noir de Saint-Jean-de-la-Porte donne La Baraterie, fruité et élégant.

Un crémant de Savoie sans dosage

Entre amis, le Crémant de Savoie du domaine, assemble 60 % de jacquère, 20 % de pinot noir et 20 % de chardonnay, vendangés à la main en caisses à Chignin et à Saint-Jean-de-la-Porte. Il reste au moins 16 mois sur lattes et sort en brut nature, sans dosage.

Deux coups de cœur au Guide Hachette

Le Guide Hachette des Vins a donné un coup de cœur au Chignin-Bergeron Vieilles Vignes 2005 dans son édition 2007, puis à la Mondeuse Élisa 2011 dans l’édition 2013. Dans l’édition 2018, le Persan Les 2 Jean 2016 a reçu deux étoiles.

Chignin et Chignin-Bergeron, deux dénominations du Vin de Savoie

Un village, deux noms sur l’étiquette

Chignin et Chignin-Bergeron sont deux dénominations géographiques de l’appellation Vin de Savoie, reconnue en 1973. Le Chignin blanc a la jacquère pour cépage principal, et la dénomination couvre aussi des rouges. Le Chignin-Bergeron n’admet que la roussanne, sur Chignin, Montmélian et l’ancienne commune de Francin.

Le domaine complète ces deux noms par une Roussette de Savoie, tirée de l’altesse, et par son Crémant de Savoie.

Le caveau de la Tour Villard

Installé au hameau du Villard, le domaine se présente aussi sous le nom de Caveau de la Tour Villard. En 2013, il a construit un bâtiment d’environ 200 m² pour stocker ses bouteilles et accueillir un caveau de dégustation, dont les finitions ont commencé en mars 2014. La famille y reçoit les visiteurs pour des dégustations.

Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard - Le caveau de dégustation et ses baies vitrées tournées vers les montagnes
Le caveau de dégustation, ouvert sur les montagnes.

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Les autres domaines de la région Savoie

  • Corentin Houillon

    Né à Arbois, Corentin Houillon a repris début 2020 une partie de l’ancien domaine de Veronnet, à Serrières-en-Chautagne. Il y cultive 5 hectares de coteaux de molasse, engagés en agriculture biologique depuis 2020 et menés en pratiques biodynamiques. Gamay, mondeuse, pinot noir, altesse et jacquère y sont vendangés à la main et vinifiés au bas des vignes. Ses vins nature, sans soufre ajouté ni filtration, sortent en Vin de Savoie Chautagne, en Roussette de Savoie ou en Vin de France.

  • Domaine Pascal, Annick et Noé Quenard

    Le Domaine Pascal, Annick et Noé Quenard cultive 6 hectares en bio et en biodynamie au pied des tours de Chignin, en Savoie, dont une jacquère plantée en 1903. Certifié bio depuis 2013 et labellisé Demeter, il taille et vendange à la main et laboure au cheval. Ses vins fermentent sur levures indigènes dans une cave de 1928, en Chignin et Chignin-Bergeron, avec du gamay et trois mondeuses. Le Guide Hachette 2022 a donné un coup de cœur à sa mondeuse L’Étoile de Gaspard 2019.

  • Domaine Paul Gadenne

    Le Domaine Paul Gadenne est né en 2019 à Chignin, en Savoie, avec 1,10 hectare loué et une collecte soutenue par 108 contributeurs. Formé à Beaune, Paul Gadenne cultive aujourd’hui 4,5 hectares à Chignin, Apremont et Myans, en agriculture biologique depuis son installation. Tout le travail de la vigne se fait à la main, et les vins s’élèvent en cuve huit mois sur lies fines, sur levures indigènes. La gamme réunit trois jacquères, un Chignin-Bergeron de roussanne et deux rouges de mondeuse et de gamay.

  • Domaine de l’Aitonnement

    Le Domaine de l’Aitonnement fait revivre le vignoble d’Aiton, en Savoie, connu depuis quatre siècles pour sa mondeuse noire. Maxime Dancoine y a repris 58 ares en 2016 et cultive en bio des coteaux pentus jusqu’à 100 %, tout à la main, en gobelet sur échalas. Ses jeunes parcelles réunissent jusqu’à neuf cépages blancs de la région, à côté du joubertin, du persan et de la douce noire. Ses quatre cuvées en IGP Vin des Allobroges, dont la mondeuse Dark Side, sont élevées en jarres, amphores et demi-muids.

  • Vignerons Curtet

    Les Vignerons Curtet cultivent la vigne à Motz et à Serrières-en-Chautagne, sur des coteaux de molasse qui dominent le Rhône. En 2017, Florian et Marie Curtet reprennent le domaine de Jacques Maillet, pionnier de la bio en Savoie, certifié en agriculture biologique depuis 2016. Menée aujourd’hui par Florian Curtet, la ferme passe à l’agroforesterie, avec prairie non fauchée et arbres plantés. Depuis 2020, ses vins sortent en Vin de France, assemblages de mondeuse, gamay, jacquère ou altesse, ni filtrés ni sulfités.

  • Domaine Ludovic Archer

    Le Domaine Ludovic Archer cultive 4 hectares en bio entre Chignin, Montmélian et Saint-Jean-de-la-Porte, au pied du massif des Bauges, avec sa cave à Arbin. Ludovic Archer a signé son premier millésime en 2019 et travaille neuf cépages, dont le persan et la douce noire, deux variétés savoyardes presque disparues. Les dix cuvées de 2024, en Vin de Savoie, Roussette de Savoie et IGP Vin des Allobroges, fermentent en levures indigènes et titrent entre 9,25 et 11,7 degrés. Un artiste alpin différent illustre les étiquettes de chaque millésime.

  • Domaine des 13 Lunes

    Le Domaine des 13 Lunes cultive ses vignes à Chapareillan, seule commune de l’Isère dans l’aire du Vin de Savoie, sur les sols nés de l’écroulement du mont Granier en 1248. Ancien menuisier ébéniste, Sylvain Liotard l’a repris fin 2016 et l’a engagé en agriculture biologique dès janvier 2017. Il y applique des pratiques biodynamiques, vendange à la main et vinifie sans levures ajoutées, avec peu de sulfites. Ses huit vins vont de la jacquère des Abymes et d’Apremont à la mondeuse, en passant par l’altesse et un « blouge ».

  • Domaine des Côtes Rousses

    Le Domaine des Côtes Rousses cultive 6 hectares en bio sur les coteaux d’argile rousse de Saint-Jean-de-la-Porte, en Combe de Savoie, avec des pentes de 15 à 45 %. Nicolas Ferrand y a créé son domaine en 2013, rejoint au quotidien par Marielle en 2020. Jacquère, altesse et mondeuse donnent dix cuvées en Vin de Savoie et en Roussette de Savoie, vinifiées en levures indigènes et élevées sans soufre. La cave et le caveau se trouvent à La Motte-Servolex, près de Chambéry, où l’accueil se fait sur rendez-vous.

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