Corentin Houillon - La parcelle de Veronnet sur le coteau de Serrières-en-Chautagne, face au Grand Colombier

Corentin Houillon

Région viticole

Région viticole

Savoie

Bio

Un vigneron d’Arbois sur les coteaux de Serrières

Corentin Houillon fait des vins de Savoie bio et nature à Serrières-en-Chautagne, en Savoie. Il a repris début 2020 une partie du domaine de Veronnet, dont il cultive 5 hectares de vignes en coteau. Les raisins sont vinifiés au bas des parcelles, sans intrant et sans soufre ajouté.

De Pupillin à Morges, un long détour

Né à Arbois, dans le Jura, il a découvert la vigne enfant à Pupillin, où sa grand-mère Anna Houillon l’emmenait en vacances. C’est là, auprès de son oncle Emmanuel Houillon et de Pierre Overnoy, qu’il s’est frotté aux pratiques naturelles.

Viennent ensuite les écoles de Beaune puis de Montpellier, et un BTS viticulture et œnologie. Il multiplie les places : les domaines en biodynamie de Stéphane Tissot et de Dominique Derain en France, Urlar en Nouvelle-Zélande. Il passe aussi par de grosses structures, Williams Selyem en Californie et McGuigan en Australie.

De 2015 à fin 2018, il est chef de culture du Domaine de la Ville, à Morges, en Suisse. Il y mène la conversion du vignoble en biodynamie et crée une série de cuvées nature. Après la mise en bouteille de ce dernier millésime suisse, il cherche un domaine à lui.

Corentin Houillon - Portrait du vigneron dans ses vignes aux couleurs d’automne
Corentin Houillon, installé en Chautagne depuis 2020. Photo Matthieu Cellard.

Veronnet, ancienne dépendance du château de Fortis

Le domaine de Veronnet date de 1640. Ancienne dépendance du château de Fortis, il est vendu en 1928 par la comtesse de Fortis à Jean Bosson. Depuis 1981, c’est Alain Bosson qui le faisait vivre.

Alain Bosson cherchait à vendre ses 10 hectares au moment de prendre sa retraite. Corentin Houillon en reprend la moitié, hors cadre familial, avec la dotation jeunes agriculteurs. En 2019, il travaille une saison à ses côtés, et Alain lui cède quelques raisins de la parcelle Veronnet : une altesse et une mondeuse baptisées « Héritage », environ 1 500 bouteilles.

Le millésime 2020 est son premier millésime officiel. Le nom de Veronnet survit dans ses cuvées d’assemblage, le Veronnet blanc et le Veronnet rouge.

Cinq hectares de molasse sous le Gros Foug

La Chautagne, un val jurassien au nord de la Savoie

La Chautagne est un petit val du nord de la Savoie, entre le Grand Colombier à l’ouest et la chaîne du Gros Foug à l’est. Les vignes du domaine montent sur les coteaux escarpés de la chaîne du Gros Foug. Dans ces pentes, les vendanges se font à la main depuis toujours.

Les vignes du domaine tiennent principalement d’un seul tenant, au milieu des bois du domaine. Elles se partagent à parts égales entre blanc et rouge, avec cinq cépages : gamay, mondeuse et pinot noir pour les rouges, altesse et jacquère pour les blancs. L’altesse couvre environ 1,5 hectare.

Corentin Houillon - Pliage des baguettes sur le fil de palissage, après la taille d’hiver
Pliage des baguettes sur le fil, après la taille d’hiver.

Jets, molasse et éboulis : trois sols sur un coteau

La terre dominante est la molasse, laissée par les dernières glaciations. C’est un grès à ciment calcaire qui se désagrège avec le temps en sable quartzeux. Sur les coteaux les plus abrupts, elle affleure et donne un sol pauvre, peu profond et sec.

Corentin Houillon - Deux mains pleines de molasse glaciaire, la terre sableuse des coteaux du domaine
La molasse glaciaire, un grès qui se défait en sable.

Ailleurs, l’altesse pousse sur des jets, un millefeuille de sables, de grès et de gros cailloux. La jacquère repose sur des molasses glaciaires que le vigneron décrit « aussi compactes et aussi dures que du ciment ». Le pinot noir de la cuvée Arcane vient de terres rouges et calcaires, et certaines parcelles sont faites d’éboulis.

En 2020, la cave a fait place à de plus petits contenants, pour vinifier chaque parcelle à part.

Une vigne enherbée, suivie selon les préceptes de Steiner

Vingt-sept espèces semées un rang sur deux

Les vignes reprises étaient déjà enherbées depuis une trentaine d’années. Corentin Houillon est allé plus loin : un rang sur deux, il a semé 27 espèces de légumineuses, de graminées et de fleurs pour nourrir le sol.

Ces couverts ne sont pas fauchés. Il les couche au rouleau au moment de la floraison de la vigne, puis à la véraison, selon les principes de l’agriculture régénérative. Limaces, coccinelles, lézards et sauterelles s’y installent, comme il le note dans le récit du millésime 2021.

Corentin Houillon - Couvert végétal fleuri de violet entre les ceps
Un couvert fleuri entre les ceps du domaine.

Prêles, orties et bouse de corne

Le domaine suit des pratiques biodynamiques, sans certification Demeter ni Biodyvin. Le vigneron ramasse près des parcelles la prêle et l’ortie, qu’il prépare en décoction, en infusion ou en extrait. Il conduit aussi des fermentations au petit-lait, qui aident les produits de base à agir à très faible dose.

Corentin Houillon - Bocal de bouse de corne, préparation biodynamique destinée au sol
La bouse de corne, l’une des préparations biodynamiques.

Les investissements de l’installation vont dans le même sens : un semoir, un rouleau pour coucher les couverts, des outils intercep pour travailler sous le rang et un kit de pulvérisation pour les préparations biodynamiques.

Certifié en agriculture biologique depuis 2020

La conversion démarre le 14 février 2020, quelques semaines après la reprise, sur 4,8 hectares de pinot noir, gamay, mondeuse, altesse et jacquère. Les vins sont aujourd’hui certifiés en agriculture biologique, et l’exploitation est passée en EARL en 2025.

Une cave au bas des vignes, sans intrant ni soufre ajouté

Levures indigènes, ni filtration ni sulfites

Tous les vins viennent des raisins du domaine, vendangés à la main et vinifiés sur place. La fermentation part sur levures indigènes. Rien n’est ajouté jusqu’à la bouteille : ni sulfites, ni filtration, ni intrant.

Seule la fermentation produit un peu de soufre. Les analyses publiées par le domaine relèvent entre 5 et 19 mg/l de soufre total sur ses vins des millésimes 2019 et 2020. Corentin Houillon le résume ainsi : chaque année, le vin est différent, il est l’œuvre du sol, du millésime et du vigneron.

Béton, demi-muids et barriques selon les cuvées

Pour lui, l’élevage n’a rien d’obligatoire : il sert à servir le vin au bon moment. Chaque cuvée a donc le sien. Le Veronnet rouge passe en cuve béton, la Montée Furieuse en demi-muid, Force of Nature, Arcane et Cosmos en fût.

Corentin Houillon - Fût en fermentation coiffé de sa bonde, à la cave du domaine
Un fût en fermentation, coiffé de sa bonde.

Côté rouges, les vendanges partent souvent en partie en grappes entières, de 40 à 50 % selon les cuvées, pour des cuvaisons de 18 à 25 jours. Côté blancs, Zénith est une macération : les plus beaux raisins blancs, égrappés, cuvent 21 jours avant un élevage sur lies fines en demi-muids.

Des vins de Savoie désaltérants, millésime après millésime

Gamay, mondeuse et pinot noir en rouge

Le vigneron cherche des vins désaltérants. Le gamay, rouge emblématique de la Chautagne, occupe environ 1,15 hectare. Il entre dans le Veronnet rouge et donne le Vieux Foug, né sur la molasse affleurante d’un coteau abrupt exposé au sud-ouest, vif et frais.

Arcane exprime un pinot noir à faibles rendements, racé et fruité. Cosmos montre la mondeuse sous son jour chautagnard : fruits noirs profonds, bouquet d’épices, finale enrobée et tannique.

Altesse et jacquère, du Veronnet blanc au Zénith

Le Veronnet blanc assemble selon les années l’altesse et la jacquère, ou l’altesse seule en 2024. Sur le 2020, la chroniqueuse du Dauphiné Libéré trouvait des fruits blancs croquants, la poire et les fleurs jaunes, avec une bouche vive. Force of Nature fait fermenter l’altesse en barrique, la Montée Furieuse donne une jacquère vive et tranchante.

Zénith, la macération, surprend par ses notes de gentiane et d’anis tout en restant vif. Comète complète la gamme : un pétillant naturel rosé, tiré en 2024 d’une presse directe de mondeuse.

Vin de Savoie Chautagne, Roussette et Vin de France

Le domaine produit des Vins de Savoie sous la dénomination Chautagne, l’un des crus de l’appellation, comme Arcane ou la Montée Furieuse. L’altesse peut aussi sortir en Roussette de Savoie, appellation réservée à ce cépage, à l’image de Force of Nature 2020. Certaines cuvées, comme le Zénith 2020, sortent en Vin de France.

Des millésimes racontés sans fard

Chaque année, Corentin Houillon raconte son millésime sur son site, sans rien lisser. Le gel de printemps frappe les blancs en 2021. En 2022, la sécheresse avance les vendanges du 24 août au 2 septembre. La grêle meurtrit la fleur en 2023, puis le gel emporte les bas de coteau en 2024.

Ces aléas pèsent sur la gamme : en 2024, il a dû renoncer à certaines cuvées. Le millésime reste léger et fruité, d’une grande fraîcheur, avec huit vins mis en bouteille.

Ses vins se trouvent chez des cavistes et restaurants de toute la France, de Nice à Rennes, et chez une vingtaine de distributeurs à l’étranger, de la Suisse au Japon en passant par le Québec.

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Les autres domaines de la région Savoie

  • Domaine Pascal, Annick et Noé Quenard

    Le Domaine Pascal, Annick et Noé Quenard cultive 6 hectares en bio et en biodynamie au pied des tours de Chignin, en Savoie, dont une jacquère plantée en 1903. Certifié bio depuis 2013 et labellisé Demeter, il taille et vendange à la main et laboure au cheval. Ses vins fermentent sur levures indigènes dans une cave de 1928, en Chignin et Chignin-Bergeron, avec du gamay et trois mondeuses. Le Guide Hachette 2022 a donné un coup de cœur à sa mondeuse L’Étoile de Gaspard 2019.

  • Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard

    Le Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard cultive 16 hectares en agriculture biologique à Chignin, au pied des tours médiévales, où la famille fait du vin depuis 1644. Œnologue marqué par Jules Chauvet, Jean-François a été rejoint en 2020 par sa fille Anne-Sophie, première transmission de père en fille du domaine. Leurs coteaux donnent des Chignin, des Chignin-Bergeron, une Roussette de Savoie, de la mondeuse et du persan. En cave, levures indigènes, amphores, œufs en béton et fûts se partagent les élevages, parcelle par parcelle.

  • Domaine Paul Gadenne

    Le Domaine Paul Gadenne est né en 2019 à Chignin, en Savoie, avec 1,10 hectare loué et une collecte soutenue par 108 contributeurs. Formé à Beaune, Paul Gadenne cultive aujourd’hui 4,5 hectares à Chignin, Apremont et Myans, en agriculture biologique depuis son installation. Tout le travail de la vigne se fait à la main, et les vins s’élèvent en cuve huit mois sur lies fines, sur levures indigènes. La gamme réunit trois jacquères, un Chignin-Bergeron de roussanne et deux rouges de mondeuse et de gamay.

  • Domaine de l’Aitonnement

    Le Domaine de l’Aitonnement fait revivre le vignoble d’Aiton, en Savoie, connu depuis quatre siècles pour sa mondeuse noire. Maxime Dancoine y a repris 58 ares en 2016 et cultive en bio des coteaux pentus jusqu’à 100 %, tout à la main, en gobelet sur échalas. Ses jeunes parcelles réunissent jusqu’à neuf cépages blancs de la région, à côté du joubertin, du persan et de la douce noire. Ses quatre cuvées en IGP Vin des Allobroges, dont la mondeuse Dark Side, sont élevées en jarres, amphores et demi-muids.

  • Vignerons Curtet

    Les Vignerons Curtet cultivent la vigne à Motz et à Serrières-en-Chautagne, sur des coteaux de molasse qui dominent le Rhône. En 2017, Florian et Marie Curtet reprennent le domaine de Jacques Maillet, pionnier de la bio en Savoie, certifié en agriculture biologique depuis 2016. Menée aujourd’hui par Florian Curtet, la ferme passe à l’agroforesterie, avec prairie non fauchée et arbres plantés. Depuis 2020, ses vins sortent en Vin de France, assemblages de mondeuse, gamay, jacquère ou altesse, ni filtrés ni sulfités.

  • Domaine Ludovic Archer

    Le Domaine Ludovic Archer cultive 4 hectares en bio entre Chignin, Montmélian et Saint-Jean-de-la-Porte, au pied du massif des Bauges, avec sa cave à Arbin. Ludovic Archer a signé son premier millésime en 2019 et travaille neuf cépages, dont le persan et la douce noire, deux variétés savoyardes presque disparues. Les dix cuvées de 2024, en Vin de Savoie, Roussette de Savoie et IGP Vin des Allobroges, fermentent en levures indigènes et titrent entre 9,25 et 11,7 degrés. Un artiste alpin différent illustre les étiquettes de chaque millésime.

  • Domaine des 13 Lunes

    Le Domaine des 13 Lunes cultive ses vignes à Chapareillan, seule commune de l’Isère dans l’aire du Vin de Savoie, sur les sols nés de l’écroulement du mont Granier en 1248. Ancien menuisier ébéniste, Sylvain Liotard l’a repris fin 2016 et l’a engagé en agriculture biologique dès janvier 2017. Il y applique des pratiques biodynamiques, vendange à la main et vinifie sans levures ajoutées, avec peu de sulfites. Ses huit vins vont de la jacquère des Abymes et d’Apremont à la mondeuse, en passant par l’altesse et un « blouge ».

  • Domaine des Côtes Rousses

    Le Domaine des Côtes Rousses cultive 6 hectares en bio sur les coteaux d’argile rousse de Saint-Jean-de-la-Porte, en Combe de Savoie, avec des pentes de 15 à 45 %. Nicolas Ferrand y a créé son domaine en 2013, rejoint au quotidien par Marielle en 2020. Jacquère, altesse et mondeuse donnent dix cuvées en Vin de Savoie et en Roussette de Savoie, vinifiées en levures indigènes et élevées sans soufre. La cave et le caveau se trouvent à La Motte-Servolex, près de Chambéry, où l’accueil se fait sur rendez-vous.

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