Domaine Ludovic Archer - Un vendangeur porte sa caisse entre les rangs, face aux falaises calcaires

Domaine Ludovic Archer

Région viticole

Région viticole

Savoie

Bio

Depuis 2019, un millième du vignoble alpin

Cinq cuvées pour un premier millésime solaire

Le Domaine Ludovic Archer est un jeune domaine de vin bio de Savoie, installé à Arbin, dans la Combe de Savoie. Son vigneron a signé son premier millésime en 2019 : cinq cuvées, une année chaude et sans accroc, qu’il résume lui-même en « chance du débutant ».

L’engagement en agriculture biologique date de la même année, en mars 2019. Depuis, le domaine a grandi par petites touches. De nouvelles parcelles sont arrivées vers Saint-Jean-de-la-Porte en 2022, et les vignes reprises récemment passent à leur tour par les années de conversion.

Ludovic Archer se présente comme un « vigneron alpin », et il le dit à sa façon : ses 4 hectares représentent un millième du vignoble des Alpes.

Des parcelles morcelées au pied des Bauges

Ces quatre hectares ne forment pas un seul tenant. Les parcelles se répartissent entre Chignin, Montmélian et Saint-Jean-de-la-Porte, avec quelques rangs d’altesse et de pinot noir à Saint-Pierre-d’Albigny. Le vignoble est adossé au massif des Bauges et à son parc naturel régional.

Les coteaux regardent du sud à l’ouest, au-dessus des larges vallées alpines. Cette exposition permet d’amener les raisins à pleine maturité. « L’inspiration est portée par les sommets environnants », écrit le vigneron.

Moraines de Chignin et éboulis de Montmélian

Jacquère, gamay et bergeron sur les anciennes moraines

La réputation du vignoble de Chignin remonte au XIe siècle. Les ruines de sept tours médiévales ponctuent encore son vignoble. Le domaine y cultive ses vignes sur des sols morainiques argilo-calcaires, laissés par les anciens glaciers.

Domaine Ludovic Archer - Le vignoble de Chignin et ses tours médiévales vus du ciel
Le vignoble de Chignin et ses tours médiévales. Photo Timothée Nalet, Peignée Verticale.

La jacquère de Giant Step pousse sur deux parcelles de vieilles vignes, aux Nattets et aux Plantets. Taillées en guyot, elles donnent environ 30 hl/ha. Le raisin y mûrit si lentement qu’il finit par rosir en fin de maturation. Le gamay de Hot Five Bastards vient des vieilles vignes des Bugnons, à Chignin, et de Lourdens, à Saint-Jean-de-la-Porte, conduites en cordon de Royat et entièrement enherbées.

La roussanne, appelée bergeron à Chignin, vient du lieu-dit Les Châteaux. La parcelle est exposée plein ouest, sur une moraine très peu profonde. Elle est cultivée en biodynamie par Noé Quenard, et son sol est travaillé au cheval.

Une vigne conservatoire à Montmélian

À Montmélian, le décor change. Les vignes y sont plantées sur des éboulis argilo-calcaires, exposées plein sud. C’est là que poussent l’altesse, la mondeuse, le persan et la douce noire.

La mondeuse et l’altesse y poussent dans une jeune vigne conservatoire, plantée à l’initiative du Centre d’ampélographie alpine Pierre Galet, au pied d’un éboulis. Le sol est griffé pour limiter la concurrence de l’herbe et aider les jeunes ceps à s’enraciner. Les petites baies de l’altesse y concentrent le jus.

Persan et douce noire, deux cépages revenus de loin

Le domaine compte neuf cépages : jacquère, altesse, bergeron, chardonnay, gamay, pinot noir, mondeuse, persan et douce noire. Les deux derniers ont bien failli disparaître de Savoie.

Après le phylloxéra, les pépinières ont choisi les cépages les plus productifs et les plus simples à travailler. La mondeuse a pris toute la place, au détriment du persan et de la douce noire, souvent complantés avec elle. Le persan est un vieux cépage né dans la vallée de la Maurienne, sensible aux coups de chaud. La douce noire, aussi appelée corbeau, est vigoureuse et difficile à cultiver.

Ludovic Archer vinifie chacun d’eux seul : Respire pour la douce noire, et Foehn pour le persan, dont 2024 est le premier millésime. Les années précédentes, les trois rouges de Montmélian se retrouvaient dans Minor Swing, à parts presque égales, comme dans les assemblages d’autrefois.

Quarante passages par cep et des années de grêle

Un travail à la main et des brebis en hiver

Le travail à la vigne est manuel et minutieux. Chaque cep voit passer le vigneron plus de quarante fois par an, et les rendements restent faibles. Le but affiché est simple : vendanger des raisins sains, à maturité.

Domaine Ludovic Archer - Ludovic Archer porte les caisses de vendange vides entre les vignes
Ludovic Archer, caisses de vendange à la main. Photo Xavier Schneider.

Le domaine multiplie les gestes pour la vie des sols. Des engrais verts sont semés, des haies d’essences locales plantées, et un troupeau de brebis pâture certaines parcelles de jacquère jusqu’à la fin mars. La création de la cuvée Trogne a aussi marqué un premier pas vers l’agroforesterie.

Gel en 2021, grêle en 2022 et en 2023

Après deux premiers millésimes solaires, 2021 a commencé par un gel tardif, suivi d’une pluviométrie record. La jacquère des Nattets et des Plantets est descendue à 25 hl/ha. Le vigneron y a vu un premier avertissement sur des contrastes climatiques appelés à s’accentuer.

Le 5 juin 2022, la grêle a fortement réduit la récolte. Ni Totem ni Hot Five Bastards n’ont vu le jour cette année-là. En 2023, la grêle est revenue, et la mondeuse de Montmélian n’a donné que 15 hl/ha.

Ces années ont aussi créé des liens. Après la grêle, Fred Péricard, du Domaine de Mucelle, dans le pays de Gex, a mis du pinot gris et du pinot noir à disposition du domaine. De ces échanges sont nées des cuvées en Vin de France, comme Chasse-Nuage, absentes de la gamme 2024.

Des vendanges étalées sur un mois

En Savoie, chaque cépage mûrit à son rythme. Au domaine, la récolte s’étale sur un mois : en 2024, la douce noire a été cueillie dès le 6 septembre, la jacquère de Giant Step le 3 octobre.

La vendange est entièrement manuelle. Le tri se fait sur pied, et le raisin voyage en petites caisses, sans être écrasé, jusqu’au pressoir.

À la cave d’Arbin, des vins légers en degré

Levures indigènes et grappes entières

Chaque opération de cave se décide cuvée par cuvée. En blanc, le pressurage est lent, sans débourbage. La fermentation part sur les levures indigènes, à température maîtrisée, et va jusqu’au bout des sucres. La fermentation malolactique démarre d’elle-même.

Domaine Ludovic Archer - Mesure du moût à l’éprouvette devant une cuve inox
Contrôle du moût à l’éprouvette, devant une cuve inox. Photo Peignée Verticale.

Depuis 2022, la jacquère de Giant Step macère 48 heures avant d’être pressée, pour gagner en fruit sans perdre en vivacité. Les rouges macèrent en grande partie en grappes entières, avec une extraction légère. Une partie s’élève en vieux fûts et en demi-muids, pour apporter de la complexité sans marquer l’arôme.

Le soufre est employé à dose « homéopathique », selon le mot du vigneron : une fois après la malolactique, une fois avant la mise en bouteille. L’hygiène et la protection des jus évitent d’autres intrants. En 2024, toutes les cuvées ont été filtrées, puis mises en bouteille sous azote.

Dix cuvées entre vin de Savoie, roussette et vin des Allobroges

Le millésime 2024 compte dix cuvées. Les blancs passent par toutes les appellations du domaine :

  • Giant Step, jacquère en AOP Vin de Savoie
  • Poulettes, altesse en AOP Roussette de Savoie
  • Summertime, roussanne en Chignin-Bergeron, dénomination du Vin de Savoie
  • Trogne, chardonnay, altesse et pinot noir vinifié en blanc, en IGP Vin des Allobroges

Côté rouges, Respire est une douce noire en IGP Vin des Allobroges. Les cinq autres sortent en AOP Vin de Savoie : Apex assemble gamay, pinot noir et mondeuse, Hot Five Bastards met le gamay seul en avant, Feston le pinot noir de Champ Baron, Totem la mondeuse et Foehn le persan.

Feston vient d’une vieille vigne plantée tout en haut des coteaux de Saint-Jean-de-la-Porte, au lieu-dit Champ Baron, qui culmine à 500 mètres. Son nom désigne le vol des rapaces qui défendent leur territoire, nombreux au-dessus de la parcelle. Ce pinot noir porte encore la mention « en conversion ».

Fraîcheur, sel et fruit croquant

Les vins du domaine restent mesurés en alcool. En 2024, les dix cuvées titrent entre 9,25 et 11,7 degrés, et ni la jacquère ni l’altesse n’ont été chaptalisées. Les blancs jouent la tension : silex et agrumes pour Giant Step, trame saline pour Poulettes, une altesse, cépage parfois comparé au chenin.

Summertime se veut le vin des grandes tables, plus riche, avec des notes de miel et de fins amers. Les rouges vont du fruit juteux et poivré du gamay à la mondeuse dense et épicée de Totem. Respire, la douce noire, reste souple et fluide, autour de la rose et de la groseille.

Chaque cuvée a sa fiche détaillée sur le site du domaine, millésime après millésime : date de vendange, durée d’élevage, taux de soufre, nombre de bouteilles.

Un artiste alpin pour chaque millésime

De Ben Bert à Ludovic Borlini

Les étiquettes changent tous les ans. Pour chaque millésime, un artiste, alpin lui aussi, réinterprète l’histoire de chaque cuvée dans son propre univers. Cet exercice éphémère souligne ce que chaque millésime a de particulier.

En 2019, l’illustrateur grenoblois Ben Bert a dessiné toute la gamme, puis a poursuivi l’échange jusqu’à la vigne, avec des croquis saisis pendant les vendanges. Ont suivi Lauriane Miara en 2020, avec ses ours et ses forêts d’épicéas, KEIM en 2021, Brokovich en 2022, JR Morte en 2023 et Ludovic Borlini en 2024.

Domaine Ludovic Archer - Ludovic Archer et l’illustrateur Ben Bert, carnet de croquis en main, dans les vignes
Ludovic Archer et l’illustrateur Ben Bert dans les vignes. Photo Timothée Nalet, Peignée Verticale.

Des noms de cuvées qui racontent la montagne

Les noms suivent la même logique. Le foehn est ce vent chaud et sec qui passe les crêtes et assainit la vigne au printemps. L’apex est le bourgeon qui fait de la vigne une liane et la pousse vers le haut, quoi qu’il arrive. Une trogne est un arbre sans cesse rabattu qui repousse toujours, comme la vigne après la grêle.

Summertime, lui, emprunte son nom au grand classique du jazz, une cuvée pour prolonger l’été dans le verre. Poulettes est un « hommage à peine caché » aux poulettes qui accompagnent le vigneron dans l’aventure.

Un domaine des Pétavins, à découvrir sur rendez-vous

Le Domaine Ludovic Archer est membre des Pétavins, une association de vignerons bio savoyards. Son nom vient du patois : le pétavin désigne la mûre de la ronce, qui avait presque disparu des vignes après des années de désherbage chimique.

Le domaine reçoit pour des dégustations sur rendez-vous, à Arbin. Ses vins se trouvent aussi chez des cavistes et sur une boutique en ligne partenaire.

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Les autres domaines de la région Savoie

  • Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard

    Le Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard cultive 16 hectares en agriculture biologique à Chignin, au pied des tours médiévales, où la famille fait du vin depuis 1644. Œnologue marqué par Jules Chauvet, Jean-François a été rejoint en 2020 par sa fille Anne-Sophie, première transmission de père en fille du domaine. Leurs coteaux donnent des Chignin, des Chignin-Bergeron, une Roussette de Savoie, de la mondeuse et du persan. En cave, levures indigènes, amphores, œufs en béton et fûts se partagent les élevages, parcelle par parcelle.

  • Domaine Paul Gadenne

    Le Domaine Paul Gadenne est né en 2019 à Chignin, en Savoie, avec 1,10 hectare loué et une collecte soutenue par 108 contributeurs. Formé à Beaune, Paul Gadenne cultive aujourd’hui 4,5 hectares à Chignin, Apremont et Myans, en agriculture biologique depuis son installation. Tout le travail de la vigne se fait à la main, et les vins s’élèvent en cuve huit mois sur lies fines, sur levures indigènes. La gamme réunit trois jacquères, un Chignin-Bergeron de roussanne et deux rouges de mondeuse et de gamay.

  • Domaine de l’Aitonnement

    Le Domaine de l’Aitonnement fait revivre le vignoble d’Aiton, en Savoie, connu depuis quatre siècles pour sa mondeuse noire. Maxime Dancoine y a repris 58 ares en 2016 et cultive en bio des coteaux pentus jusqu’à 100 %, tout à la main, en gobelet sur échalas. Ses jeunes parcelles réunissent jusqu’à neuf cépages blancs de la région, à côté du joubertin, du persan et de la douce noire. Ses quatre cuvées en IGP Vin des Allobroges, dont la mondeuse Dark Side, sont élevées en jarres, amphores et demi-muids.

  • Vignerons Curtet

    Les Vignerons Curtet cultivent la vigne à Motz et à Serrières-en-Chautagne, sur des coteaux de molasse qui dominent le Rhône. En 2017, Florian et Marie Curtet reprennent le domaine de Jacques Maillet, pionnier de la bio en Savoie, certifié en agriculture biologique depuis 2016. Menée aujourd’hui par Florian Curtet, la ferme passe à l’agroforesterie, avec prairie non fauchée et arbres plantés. Depuis 2020, ses vins sortent en Vin de France, assemblages de mondeuse, gamay, jacquère ou altesse, ni filtrés ni sulfités.

  • Domaine des 13 Lunes

    Le Domaine des 13 Lunes cultive ses vignes à Chapareillan, seule commune de l’Isère dans l’aire du Vin de Savoie, sur les sols nés de l’écroulement du mont Granier en 1248. Ancien menuisier ébéniste, Sylvain Liotard l’a repris fin 2016 et l’a engagé en agriculture biologique dès janvier 2017. Il y applique des pratiques biodynamiques, vendange à la main et vinifie sans levures ajoutées, avec peu de sulfites. Ses huit vins vont de la jacquère des Abymes et d’Apremont à la mondeuse, en passant par l’altesse et un « blouge ».

  • Domaine des Côtes Rousses

    Le Domaine des Côtes Rousses cultive 6 hectares en bio sur les coteaux d’argile rousse de Saint-Jean-de-la-Porte, en Combe de Savoie, avec des pentes de 15 à 45 %. Nicolas Ferrand y a créé son domaine en 2013, rejoint au quotidien par Marielle en 2020. Jacquère, altesse et mondeuse donnent dix cuvées en Vin de Savoie et en Roussette de Savoie, vinifiées en levures indigènes et élevées sans soufre. La cave et le caveau se trouvent à La Motte-Servolex, près de Chambéry, où l’accueil se fait sur rendez-vous.

  • Domaine Saint-Germain

    Le Domaine Saint-Germain cultive 14 hectares en bio à Saint-Pierre-d’Albigny, sur les éboulis argilo-calcaires des Bauges, sous la dent d’Arclusaz. Raphaël Saint-Germain y travaille depuis 2001, rejoint en 2021 par sa fille Louise, qui s’occupe des vinifications. Engagé en bio depuis 2009, le domaine soigne ses vignes aux infusions de plantes et annonce 35 cépages de l’arc alpin, dont 20 oubliés ou perdus. Mondeuse, persan, altesse et petite arvine donnent une douzaine de cuvées, en AOP Savoie, en Roussette de Savoie et en IGP Vin des Allobroges.

  • Domaine Gilles Berlioz

    À Chignin, en Savoie, Christine et Gilles Berlioz ont créé en 1990 le domaine qu’ils appellent aujourd’hui Domaine partagé, engagé en bio en 1999 et certifié Demeter. Le sol y est travaillé au cheval et à la pioche, la vigne tressée à la main, sans désherbant. Les vendanges se font en commun avec les vignerons voisins. La roussanne donne les Chignin-Bergeron Les Filles et Les Fripons, aux côtés de la jacquère, de l’altesse, de la mondeuse et du gamay.

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