Domaine Gilles Berlioz - Cheval de trait au travail entre les rangs de vigne, face au mont Granier

Domaine Gilles Berlioz

Région viticole

Région viticole

Savoie

BioDemeter

Domaine partagé, le nom que les Berlioz ont donné à leur vigne

De 1990 au label Demeter

À Chignin, en Savoie, Christine et Gilles Berlioz ont créé leur domaine en 1990. Neuf ans plus tard, en 1999, ils engagent la conversion en agriculture biologique. La biodynamie suit, et leurs vins portent aujourd’hui le label Demeter. L’exploitation s’est d’abord appelée Domaine Gilles Berlioz.

Le couple l’a ensuite rebaptisée Domaine partagé. Il s’en explique simplement : ses relations avec ceux qui l’accompagnent reposent sur l’échange d’idées, la curiosité, la confiance réciproque et la rigueur. Christine et Gilles se disent autodidactes, venus d’un milieu modeste. Ils tiennent aussi à leur autonomie : pas de subventions, pour garder une entière liberté de choix.

Domaine Gilles Berlioz - Christine et Gilles Berlioz accoudés à la table du caveau
Christine et Gilles Berlioz ont créé le domaine en 1990.

Avec deux salariées à l’année, le domaine reste à taille humaine. Au printemps, l’équipe grossit pour les travaux de la vigne. Depuis 2017, elle accueille aussi des woofeurs, venus d’Allemagne, des États-Unis, d’Italie ou du Japon. Jeanne, la plus jeune des trois enfants du couple, a rejoint l’équipe pour toute la saison de printemps en 2021.

Trois équipes dans les mêmes rangs

Le partage se voit surtout dans les gros travaux. Chaque année, l’équipe vendange avec celle du domaine Pascal et Annick Quenard, à Chignin aussi : les deux récoltes se font ensemble. Adrien Berlioz, petit-cousin de Gilles et vigneron dans le même village, se joint souvent au mouvement. La première semaine de juillet 2020, les trois équipes ont travaillé ensemble, tour à tour dans chaque domaine.

La pioche, l’effeuillage et certaines préparations biodynamiques se mènent de la même façon, à plusieurs domaines. L’équipe a aussi vendangé pour Paul Gadenne, installé comme viticulteur en 2019. Les enfants des écoles voisines viennent couper quelques grappes et voir tourner le pressoir.

Après le travail, les équipes se retrouvent volontiers au lavoir du Viviers, le hameau où se trouve la cave. La saison, elle, se clôt par la Revolée, la fête de fin de vendanges que les vignerons offrent à leurs coupeurs.

Domaine Gilles Berlioz - L’équipe du printemps 2022 allongée dans l’herbe au-dessus des vignes
L’équipe du printemps 2022. Christine et Gilles Berlioz sont au centre.

Sur les coteaux de Chignin, le cheval et la pioche

Roussanne, jacquère, altesse et mondeuse au pied des Bauges

Chignin se trouve dans la cluse de Chambéry, au pied du massif des Bauges. Les coteaux, pentus, regardent le sud et le sud-est, à l’abri des vents du nord. Fait d’éboulis calcaires dans le haut, le sol devient marno-calcaire dans le bas. Les ruines de sept tours médiévales ponctuent encore le vignoble.

La commune donne son nom à deux dénominations de l’AOC Vin de Savoie. Le Chignin se fait en blanc avec la jacquère, en rouge avec la mondeuse ou le gamay, notamment. Le Chignin-Bergeron est réservé à la roussanne, que les Savoyards appellent bergeron, et à trois communes : Chignin, Francin et Montmélian. L’interprofession y compte 106 hectares revendiqués, contre 79 pour le Chignin.

La Roussette de Savoie, issue de l’altesse, complète la carte. Sur ces coteaux, le domaine travaille plusieurs parcelles. Aux Châteaux, il a planté 7 000 pieds de roussanne en 2016, soit près d’un hectare. Une parcelle de jacquère a suivi en 2017. La mondeuse pousse à Bordjot. Quant au persan, cépage ancien que le couple aime, il donnait trop peu : Gilles Berlioz a décidé en 2021 de l’arracher.

Domaine Gilles Berlioz - Piquets de la plantation de roussanne des Châteaux, falaises et sommets enneigés au fond
Mars 2016, aux Châteaux : la parcelle où viennent d’être plantés 7 000 pieds de roussanne.

Chevaux comtois, mules et pioches

Aucun désherbant n’entre dans les vignes, et certaines pentes atteignent 50 %, ce qui complique toute mécanisation. Sous le rang, le travail du sol est confié à des meneurs et à leurs animaux : buttage en hiver, débuttage et griffage au printemps. Pendant plusieurs années, Pierre Gallet est venu avec ses chevaux comtois. En 2022, d’autres meneurs ont pris le relais, avec leurs chevaux et leurs mules.

Derrière l’animal, l’équipe reprend chaque rang à la pioche pour ôter les herbes restées au pied des ceps. L’enjeu est sanitaire : l’herbe entretient l’humidité, donc le mildiou et l’oïdium, et elle dispute l’eau à la vigne. Gilles Berlioz résume la viticulture bio en deux gestes : manier la pioche et brasser du fumier.

Domaine Gilles Berlioz - Débuttage de printemps avec un cheval et une mule attelés à la charrue
Débuttage du printemps 2017 : un cheval, une mule et la charrue tenue à la main.

Une vigne tressée à la main

La taille commence tôt, dès la chute des feuilles, en lune descendante. La plupart des vignes sont conduites en guyot. Viennent ensuite l’ébourgeonnage, cep par cep, puis le relevage. Le domaine n’utilise pas de fils releveurs : les rameaux sont tressés à la main dans le palissage, en trois ou quatre passages. On rogne à la cisaille, on effeuille juste avant la récolte.

Cette vigne sans herbicide abrite du monde. L’équipe y croise des coccinelles par centaines, des mantes religieuses, des choucas qui suivent les piocheurs. En mai 2020, des oisillons, sans doute des chardonnerets, sont nés dans un cep de la parcelle des Filles.

La biodynamie, de la corne de vache au pressoir

La 500 le soir, la 501 au petit matin

Toute l’année suit le rythme des préparations. La 500, une bouse de vache qui a passé l’hiver dans une corne, est dynamisée puis projetée sur le sol en fin de journée. La 501, de la silice de corne, se pulvérise au petit matin sur le feuillage. S’y ajoutent une décoction de prêle avant la pleine lune de Pâques et, lors des gelées d’avril 2021, de la valériane.

Domaine Gilles Berlioz - Tourbillon de la décoction de prêle pendant sa dynamisation
Mars 2016 : la décoction de prêle en pleine dynamisation.

Du compost jeune et du fumier composté nourrissent les sols au printemps. Contre le mildiou, le black-rot et l’oïdium, les traitements sont ceux du bio, à très faibles doses mais fréquents : soufre, cuivre, algues, calcium. Le domaine mise d’abord sur la prévention, par un enherbement maîtrisé et des raisins bien aérés. Ecocert contrôle l’ensemble.

Christine et Gilles Berlioz disent se remettre sans cesse en question. Au début des années 2010, une de ses parcelles servait à tester des huiles essentielles contre le mildiou, avec la Chambre d’agriculture, pour réduire l’usage du cuivre. En 2016, il assistait à Arbois au congrès du Mouvement de l’agriculture bio-dynamique, consacré à la vigne.

Des pressées de trois à quatre heures

La vendange est manuelle, triée sur pied, parfois en plusieurs passages dans la même parcelle. Côté rendements, le domaine dit réduire les volumes pour gagner en concentration et garder l’équilibre entre le sucre et l’acidité. Les blancs sont pressés directement, pendant trois à quatre heures, et le moût s’écoule par gravité, sans pompage.

Ensuite, peu d’interventions : levures indigènes, aucune chaptalisation, un soufrage réduit au minimum. Les rouges macèrent en cuve avant d’être décuvés puis pressés. En 2018, Gilles Berlioz a monté lui-même un mur chauffant dans la cave, pour tenir les fermentations pendant les froids d’hiver. Depuis ses débuts, le domaine est suivi par le même œnologue.

Domaine Gilles Berlioz - Caisses de raisin portées dans la cuverie pendant les vendanges
Vendanges 2017 : les caisses de raisin arrivent à la cuverie.

Les mises en bouteille suivent le calendrier lunaire, pas les demandes commerciales. Une équipe spécialisée vient les réaliser. Les Filles et Les Fripons sont ensuite cirées à la main.

Des cuvées qui portent des prénoms

Les Christine, Les Filles, Les Fripons : la roussanne

La roussanne donne les cuvées emblématiques du domaine. Les Christine doit son nom à deux femmes : l’épouse de Gilles Berlioz et une ancienne salariée du même prénom. Les Filles et Les Fripons, en Chignin-Bergeron, changent d’étiquette à chaque millésime, confiée chaque fois à un artiste différent. Pour le millésime 2020, elles sont aussi sorties en magnum, en jéroboam et en salmanazar de neuf litres.

L’interprofession prête au Chignin-Bergeron des arômes d’abricot, de fleur d’aubépine et d’amande, une bouche ample dont le gras est tenu par une trame acidulée, et une garde de trois à vingt ans. Le domaine en a fait l’essai. En 2021, Gilles Berlioz a ouvert un Chignin-Bergeron 2002 pour son importateur britannique : l’équipe parle d’un immense plaisir.

Jacquère, altesse, mondeuse et gamay

Le Jaja est une jacquère, El Hem une roussette. En rouge, La Deuse vient de la mondeuse de Bordjot. En 2021 sont sortis Cricri, une autre jacquère, et Bibi, un assemblage de gamay et de mondeuse. Ces deux vins viennent de nouvelles parcelles, alors en conversion. Le dessinateur Michel Tolmer en a signé les étiquettes.

Une cuvée raconte la vie du domaine. En 2019, un orage de grêle a frappé les deux tiers des vignes, Bordjot en tête. L’équipe a soigné la mondeuse sans compter, puis l’a vendangée avec précaution. Le vin a pris le nom de Princesse, en hommage à Sarah, une jeune salariée dont le prénom a ce sens en hébreu.

Deux blancs plus récents, Résilience et Susie, figurent aussi parmi les vins certifiés. Le domaine décrit Cricri et Bibi comme des vins simples, généreux et lumineux. Pendant les vendanges, le casse-croûte se prend dans les rangs, avec des diots et un verre de La Deuse : « une valeur sûre », écrit l’équipe.

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Les autres domaines de la région Savoie

  • Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard

    Le Domaine Anne-Sophie et Jean-François Quénard cultive 16 hectares en agriculture biologique à Chignin, au pied des tours médiévales, où la famille fait du vin depuis 1644. Œnologue marqué par Jules Chauvet, Jean-François a été rejoint en 2020 par sa fille Anne-Sophie, première transmission de père en fille du domaine. Leurs coteaux donnent des Chignin, des Chignin-Bergeron, une Roussette de Savoie, de la mondeuse et du persan. En cave, levures indigènes, amphores, œufs en béton et fûts se partagent les élevages, parcelle par parcelle.

  • Domaine Paul Gadenne

    Le Domaine Paul Gadenne est né en 2019 à Chignin, en Savoie, avec 1,10 hectare loué et une collecte soutenue par 108 contributeurs. Formé à Beaune, Paul Gadenne cultive aujourd’hui 4,5 hectares à Chignin, Apremont et Myans, en agriculture biologique depuis son installation. Tout le travail de la vigne se fait à la main, et les vins s’élèvent en cuve huit mois sur lies fines, sur levures indigènes. La gamme réunit trois jacquères, un Chignin-Bergeron de roussanne et deux rouges de mondeuse et de gamay.

  • Domaine de l’Aitonnement

    Le Domaine de l’Aitonnement fait revivre le vignoble d’Aiton, en Savoie, connu depuis quatre siècles pour sa mondeuse noire. Maxime Dancoine y a repris 58 ares en 2016 et cultive en bio des coteaux pentus jusqu’à 100 %, tout à la main, en gobelet sur échalas. Ses jeunes parcelles réunissent jusqu’à neuf cépages blancs de la région, à côté du joubertin, du persan et de la douce noire. Ses quatre cuvées en IGP Vin des Allobroges, dont la mondeuse Dark Side, sont élevées en jarres, amphores et demi-muids.

  • Vignerons Curtet

    Les Vignerons Curtet cultivent la vigne à Motz et à Serrières-en-Chautagne, sur des coteaux de molasse qui dominent le Rhône. En 2017, Florian et Marie Curtet reprennent le domaine de Jacques Maillet, pionnier de la bio en Savoie, certifié en agriculture biologique depuis 2016. Menée aujourd’hui par Florian Curtet, la ferme passe à l’agroforesterie, avec prairie non fauchée et arbres plantés. Depuis 2020, ses vins sortent en Vin de France, assemblages de mondeuse, gamay, jacquère ou altesse, ni filtrés ni sulfités.

  • Domaine Ludovic Archer

    Le Domaine Ludovic Archer cultive 4 hectares en bio entre Chignin, Montmélian et Saint-Jean-de-la-Porte, au pied du massif des Bauges, avec sa cave à Arbin. Ludovic Archer a signé son premier millésime en 2019 et travaille neuf cépages, dont le persan et la douce noire, deux variétés savoyardes presque disparues. Les dix cuvées de 2024, en Vin de Savoie, Roussette de Savoie et IGP Vin des Allobroges, fermentent en levures indigènes et titrent entre 9,25 et 11,7 degrés. Un artiste alpin différent illustre les étiquettes de chaque millésime.

  • Domaine des 13 Lunes

    Le Domaine des 13 Lunes cultive ses vignes à Chapareillan, seule commune de l’Isère dans l’aire du Vin de Savoie, sur les sols nés de l’écroulement du mont Granier en 1248. Ancien menuisier ébéniste, Sylvain Liotard l’a repris fin 2016 et l’a engagé en agriculture biologique dès janvier 2017. Il y applique des pratiques biodynamiques, vendange à la main et vinifie sans levures ajoutées, avec peu de sulfites. Ses huit vins vont de la jacquère des Abymes et d’Apremont à la mondeuse, en passant par l’altesse et un « blouge ».

  • Domaine des Côtes Rousses

    Le Domaine des Côtes Rousses cultive 6 hectares en bio sur les coteaux d’argile rousse de Saint-Jean-de-la-Porte, en Combe de Savoie, avec des pentes de 15 à 45 %. Nicolas Ferrand y a créé son domaine en 2013, rejoint au quotidien par Marielle en 2020. Jacquère, altesse et mondeuse donnent dix cuvées en Vin de Savoie et en Roussette de Savoie, vinifiées en levures indigènes et élevées sans soufre. La cave et le caveau se trouvent à La Motte-Servolex, près de Chambéry, où l’accueil se fait sur rendez-vous.

  • Domaine Saint-Germain

    Le Domaine Saint-Germain cultive 14 hectares en bio à Saint-Pierre-d’Albigny, sur les éboulis argilo-calcaires des Bauges, sous la dent d’Arclusaz. Raphaël Saint-Germain y travaille depuis 2001, rejoint en 2021 par sa fille Louise, qui s’occupe des vinifications. Engagé en bio depuis 2009, le domaine soigne ses vignes aux infusions de plantes et annonce 35 cépages de l’arc alpin, dont 20 oubliés ou perdus. Mondeuse, persan, altesse et petite arvine donnent une douzaine de cuvées, en AOP Savoie, en Roussette de Savoie et en IGP Vin des Allobroges.

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