Domaine des 13 Lunes
Sur l’éboulis du Granier, la seule commune iséroise du Vin de Savoie
Le Domaine des 13 Lunes cultive ses vignes en agriculture biologique à Chapareillan, sur les pentes du parc naturel régional de Chartreuse. Sylvain Liotard l’a repris fin 2016 et l’a engagé en bio dès janvier 2017. Il y applique des pratiques biodynamiques, vendange à la main et vinifie cinq cépages en Vin de Savoie et en Roussette de Savoie.
Chapareillan, entre Isère et Savoie
Chapareillan est une commune de l’Isère, au nord du massif de la Chartreuse. Elle a pourtant sa place dans le vignoble savoyard : le cahier des charges de l’AOC Vin de Savoie l’inscrit dans son aire, seule commune de son département dans ce cas. Le domaine se décrit lui-même ainsi, « dans le massif des Alpes entre Isère et Savoie ».
La cave se trouve sur le chemin des Abymes. Chapareillan fait en effet partie des communes de la dénomination Abymes, l’un des crus que l’appellation peut ajouter à son nom, avec Myans, une partie d’Apremont et une partie de l’ancienne commune des Marches.

Des sols nés de l’écroulement de 1248
Le domaine résume son terroir en une phrase : il est issu d’un important éboulis au XIIIe siècle, au pied du mont Granier, qui offre une variété de sols rare. Le cahier des charges de l’appellation date l’accident : la montagne calcaire s’est effondrée en 1248, et ses débris ont remanié des marnes et des calcaires du Crétacé.
Ce chaos géologique porte aujourd’hui les vignes des Abymes et d’Apremont. Selon le même texte, il convient particulièrement à la jacquère, qui aime les terrains frais et profonds. Sur ses fiches, le domaine indique des sols argilo-calcaires pour la plupart de ses vins, et un sol calcaire pour le Cœur en Goguette et le 13 Bulles.

Un ébéniste venu à la vigne par le tonneau
La reprise de fin 2016
Avant d’être vigneron, Sylvain Liotard était menuisier ébéniste. Le domaine le dit avec humour : il est venu à la vigne par le tonneau. Il reprend l’exploitation à la fin de l’année 2016, et l’Agence Bio enregistre son engagement en agriculture biologique le 4 janvier 2017, sous le contrôle de Bureau Alpes Contrôles.

Le domaine dit chercher de nouveaux équilibres, imposés par le changement climatique. Les gels répétés ont même donné son nom à l’une de ses cuvées. Sylvain Liotard résume sa démarche ainsi : « J’essaie chaque jour d’être heureux de ma vie de vigneron, de soigner le vivant qui m’entoure, d’être créatif dans ma manière de faire. »
Un couple et une équipe de vendangeurs
Le domaine se mène à deux. En juin 2022, l’émission In Vino, qui recevait Anne Liotard sur InVinoRadio, décrivait le partage des rôles : Sylvain s’occupe de la technique, à la vigne comme au chai, et Anne des ventes et de l’administratif. Le couple cultivait alors environ 6 hectares de vignes.
Aux vendanges, une équipe de saisonniers vient renforcer le couple. Le domaine les présente comme des vendangeurs talentueux, venus d’horizons très divers, avec qui la récolte se fait dans une ambiance qu’il dit « de folie ».

Bouse de corne, tisanes et gestes à la main
La vigne soignée pied par pied
Le travail de la vigne repose sur la main. La taille douce se fait à la main, l’ébourgeonnage pied par pied, et les raisins sont récoltés à la main pour garder leur meilleur potentiel aromatique. Le domaine limite le labour et s’en tient à une mécanisation légère.

Pour protéger la vigne, il travaille autant que possible avec des décoctions et des tisanes de plantes. Il emploie les préparations biodynamiques de bouse de corne et de silice de corne, des doses de cuivre minimes et un peu de soufre. Travailler ainsi, explique le domaine, c’est s’occuper des sols et anticiper les maladies.
Au chai, ni levures ni produits œnologiques
En cave, la règle est d’intervenir le moins possible. Les fermentations partent sur les levures indigènes. Le domaine n’ajoute ni levures ni produits œnologiques, mais il suit chaque jour les fermentations et leurs paramètres. Il faut, dit-il, être « patient et confiant ».

Les vins sortent avec peu de sulfites, parfois sans. Selon les cuvées, ils s’élèvent en cuve inox, en fût de chêne ou en foudre, de dix à douze mois environ pour ceux qui passent par le bois. Chaque vin existe en bouteille de 75 cl et en magnum, sauf l’Abymes, vendu en 75 cl seulement.
Huit vins, de la jacquère au « blouge »
Le domaine travaille cinq cépages. Trois sont blancs : la jacquère, l’altesse et le velteliner rouge précoce. Deux sont noirs : la mondeuse et le gamay. Sylvain Liotard veut des vins qui soient « la photographie de l’année passée », et leurs noms disent souvent une histoire du domaine.
Trois visages de la jacquère
La jacquère, cépage principal des Abymes et d’Apremont, donne seule trois vins. L’Apremont s’élève en cuve inox sur ses lies totales : le domaine le décrit léger et rafraîchissant. La Mise en Abymes, récoltée côté Isère, garde le même registre et accompagne volontiers les poissons de lac. Le 13 Bulles est un pétillant en méthode ancestrale.
Le cahier des charges de l’appellation brosse le portrait des deux crus. Les vins des Abymes ont une robe cristalline, un nez vif d’agrumes et d’amande fraîche, et une minéralité de pierre à fusil. Ceux d’Apremont, jaune paille clair, évoquent le chèvrefeuille et les fleurs blanches.
Altesse et velteliner en fût
Une Hirondelle est une roussette, 100 % altesse, élevée dix mois en cuve inox et en fût neuf. Son nom vient du proverbe, une hirondelle ne fait pas le printemps, en écho aux aléas climatiques et aux gels répétés. Le domaine la décrit aromatique et florale. L’altesse est le seul cépage autorisé en Roussette de Savoie.
Ami Amis rend hommage aux amis qui ont aidé le domaine depuis ses débuts. C’est un vin de gastronomie qui assemble les trois blancs du domaine, altesse, jacquère et velteliner rouge précoce, élevé dix mois en cuve inox et en fût. Ce velteliner, cépage à baies roses, figure parmi les cépages accessoires du Vin de Savoie.
La mondeuse, seule ou avec le gamay
La Nuit nous appartient est une mondeuse pure, le cépage noir emblématique de la Savoie. Elle passe douze mois environ en fût de chêne et en foudre : le domaine la présente comme un vin de garde, pour les viandes rouges. Le Cœur en Goguette assemble gamay et mondeuse, vinifiés en vendange entière puis élevés dix mois. C’est le vin de copains du domaine.
Reste Montre moi la Lune, que le domaine range dans une catégorie à part, les « blouges ». Ce vin assemble de la jacquère et du marc de mondeuse. Il a l’aspect d’un rosé vineux, mélange de blanc et de rouge, et le domaine prévient qu’il vous déstabilisera.
De la Chartreuse jusqu’au Japon
Chez les cavistes et à l’export
Les vins des 13 Lunes se trouvent chez des cavistes un peu partout en France et dans le monde. Le domaine cite des distributeurs aux États-Unis, en Australie, en Norvège, en Allemagne et en Autriche, en Corée du Sud, en Belgique, en Grande-Bretagne, au Danemark et au Japon. En France, des agents locaux le représentent auprès des restaurateurs.
Une visite sur rendez-vous
Le domaine reçoit pour des dégustations et des visites, sur rendez-vous uniquement. Il explique pourquoi avec franchise : on peut le trouver dans les vignes, sur un salon ou dans une zone blanche. Mieux vaut donc prévenir avant de venir sur le chemin des Abymes, au pied du Granier.
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