Domaine de Lafage
Sommaire
- Une ferme de polyculture passée de Bernard Bouyssou à Kévin Barbet
- Plus d’un siècle de polyculture à Montpezat-de-Quercy
- Bernard Bouyssou, une vie sur ces terres
- Kévin Barbet, paysan-vigneron venu du Cantal
- Les terres confiées à Terre de Liens
- Des vaches, des brebis et des haies au service de la vigne
- Salers et blondes d’Aquitaine, la source du compost
- Des brebis Manech dans les rangs en hiver
- Tournesol, prunes d’ente et légumes
- Des kilomètres de haies autour des îlots de vigne
- Biodynamie depuis 1992 sur les derniers contreforts du Quercy Blanc
- Engagée en bio en 1995, sous le contrôle d’Ecocert
- Préparations, calendrier lunaire et compost maison
- Des tracteurs, et un cheval pour la charrue
- Argiles, calcaires et molasses de l’Agenais
- Les Coteaux du Quercy, une appellation de cabernet franc
- Trente-sept communes entre Lot et Tarn-et-Garonne
- Un encépagement qui déborde l’appellation
- Des vins de soif aux rouges de garde
- Des vins légers, pour l’apéritif et la table d’été
- Des rouges élevés en béton, en foudre ou en barrique
- Passer à Lafage : caveau, visites et fête de printemps
- Une boutique fermière entre Caussade et Cahors
- Une journée portes ouvertes au printemps
- La Grange d’Alfred, chez Bernard Bouyssou
Une ferme de polyculture passée de Bernard Bouyssou à Kévin Barbet
Plus d’un siècle de polyculture à Montpezat-de-Quercy
Le Domaine de Lafage, que ses vignerons appellent aussi la Ferme de Lafage, se trouve à Montpezat-de-Quercy, dans le Tarn-et-Garonne. Ce vignoble bio du Sud-Ouest est d’abord une ferme. On y pratique la polyculture depuis plus d’un siècle, et la vigne y domine depuis les années 1970.
Aujourd’hui, la ferme cultive environ 12 hectares de vignes et 30 hectares de prairies et de céréales, le tout conduit en biodynamie. Le vignoble relève de l’AOC Coteaux du Quercy. Autour, le paysage mêle vignes, prés, bosquets et vergers.
Bernard Bouyssou, une vie sur ces terres
Avant Kévin Barbet, le domaine était celui de Bernard Bouyssou, qui a travaillé ces terres toute sa vie. Terre de Liens présente Lafage comme une ferme pionnière de l’agriculture biologique dans le Tarn-et-Garonne. Bernard s’est beaucoup investi dans le développement de la bio et dans la transmission des fermes.
Lafage fait aussi partie de ces domaines, devenus rares, où la vigne et l’élevage cohabitent. Bernard a transmis son activité à Kévin, qui a fait perdurer le travail des vignes et la production de vin.
Kévin Barbet, paysan-vigneron venu du Cantal
Kévin Barbet est originaire du Cantal. Il est passé par le Sancerrois avant de s’installer dans le Sud-Ouest pour reprendre Lafage. Il conduit le vignoble depuis 2015. Depuis, il a prolongé l’histoire du lieu et développé une large gamme de vins.
Il se présente comme paysan-vigneron, et le mot lui va : son troupeau de vaches compte autant pour lui que ses vignes. Il s’est fixé plusieurs objectifs. Il veut élaborer des vins avec le minimum de soufre et d’intrants, voire aucun, et limiter les produits phytosanitaires dans la vigne. Il tient aussi à un ancrage social et local fort.
À l’année, il travaille avec trois salariés. Lucy Saranoff tient la relation commerciale et anime les événements. Gisèle Cardonnel, cheffe de culture, arpente les vignes du Quercy depuis 35 ans, dont plus de 15 ans à Lafage. Elle réalise à la main la taille, le palissage et l’épamprage. Emmanuel Serin travaille à la vigne et au chai.
Les terres confiées à Terre de Liens
La reprise de l’activité s’est accompagnée d’une transmission du patrimoine. Kévin et sa conjointe ont acheté les bâtiments agricoles à son installation. Les terres, elles, ont été rachetées à Bernard Bouyssou par la foncière Terre de Liens, avec l’appui de la Safer Occitanie.
Depuis 2021, Kévin est donc fermier Terre de Liens. Ce fermage lui évite d’investir dans le foncier et lui laisse des moyens pour son activité. En échange, il respecte un cahier des charges biologique et des clauses environnementales inscrites au bail. Pour Bernard, c’était une façon d’ancrer la bio sur ses terres pour très longtemps.
Des vaches, des brebis et des haies au service de la vigne
Salers et blondes d’Aquitaine, la source du compost
À Lafage, les bovins occupent une place centrale dans la biodynamie. Le troupeau compte 15 mères et un taureau, de races Salers et blonde d’Aquitaine. Les bêtes pâturent 8 à 9 mois par an. Leur fumier, composté, fournit toute la fertilisation de la vigne et la base de plusieurs préparations biodynamiques.
Chaque vache donne naissance à un veau par an, élevé entre 8 et 12 mois. La viande de veau et de vache part en colis, vendus en direct à la ferme.
Des brebis Manech dans les rangs en hiver
Une quinzaine de brebis Manech à tête noire vivent aussi sur la ferme. L’été, elles pâturent les prairies. L’hiver, elles passent dans les vignes. C’est Kévin qui a introduit ce troupeau, justement pour faire pâturer les parcelles de vigne pendant la saison froide.
Tournesol, prunes d’ente et légumes
Les parcelles de culture alternent entre prairie temporaire et céréales. Elles produisent l’alimentation du bétail, du méteil et du tournesol. Les graines de tournesol sont pressées à froid. Le tourteau complète le foin des vaches en hiver, et l’huile est vendue comme huile d’assaisonnement.
Entre les vignes, les prairies et le potager pousse un verger de pruniers d’ente de plusieurs dizaines d’années. Ils ne reçoivent que les préparations biodynamiques et le compost des vaches. Les prunes sont ramassées à la main à la mi-août, quand elles tombent. Un bouilleur de cru les distille en eau-de-vie, baptisée Le Chant du Sphinx.
Une jeune maraîchère, Anaïs, s’est installée sur deux hectares de la ferme, le temps de pouvoir reprendre une autre ferme de la commune. Depuis 2023, elle vend ses légumes sur plusieurs marchés du territoire, et en paniers au caveau.
Des kilomètres de haies autour des îlots de vigne
La ferme comptait déjà plusieurs kilomètres de haies. Avec l’association Campagnes Vivantes, Kévin en a planté plusieurs kilomètres de plus entre les nouvelles parcelles de vigne. L’idée : découper le vignoble en petits îlots, mieux protéger les ceps et accueillir davantage de biodiversité. Le 12 mars 2021, amis, familles et voisins sont venus prêter main-forte.
Lafage participe aussi à Biolife, le programme de biodiversité de Terre de Liens. Il consiste à compter les espèces d’oiseaux et d’insectes présentes sur la ferme. Ce comptage y a révélé une très grande diversité d’oiseaux.
Biodynamie depuis 1992 sur les derniers contreforts du Quercy Blanc
Engagée en bio en 1995, sous le contrôle d’Ecocert
La biodynamie est arrivée sur le vignoble en 1992, bien avant Kévin. L’engagement en agriculture biologique date de 1995, avec Ecocert pour organisme certificateur. Le raisin, les vins, la viande, les prunes et le tournesol de la ferme sont aujourd’hui certifiés bio. La biodynamie, elle, n’est pas certifiée : le domaine la décrit comme un outil.
Préparations, calendrier lunaire et compost maison
Cet outil sert au quotidien. La ferme fabrique le plus possible de ses préparations, composte et épand le fumier de ses animaux, et cultive la nourriture du troupeau. Les travaux suivent le calendrier lunaire.
Des tracteurs, et un cheval pour la charrue
Le sol est travaillé mécaniquement sur une grande partie de la ferme. Des outils passent entre les rangs et sous les pieds de vigne pour désherber et limiter la concurrence des autres plantes. Contre le tassement dû aux passages répétés des tracteurs, une partie des parcelles est labourée d’année en année à la charrue tirée par un cheval.

Argiles, calcaires et molasses de l’Agenais
Le vignoble occupe les derniers contreforts du Quercy Blanc. Cette petite région, le Carcin blanc en occitan, doit son nom à une roche affleurante de couleur très claire. Des eaux lacustres d’origine périglaciaire y ont longtemps stagné, dissolvant et perforant la roche.
Sur la ferme, les sols sont surtout argileux et argilo-calcaires. Certaines parcelles reposent sur les molasses de l’Agenais.
Les Coteaux du Quercy, une appellation de cabernet franc
Trente-sept communes entre Lot et Tarn-et-Garonne
Montpezat-de-Quercy fait partie de l’aire de l’AOC Coteaux du Quercy. Reconnue en VDQS en 1999, elle est devenue appellation d’origine contrôlée en 2011. Sa zone couvre 37 communes du nord du Tarn-et-Garonne et du sud-ouest du Lot, dans le Bas-Quercy.
La vigne s’y est vraiment développée à partir du Xe siècle, sur les terres des abbayes. Le cahier des charges de l’appellation cite Montpezat-de-Quercy parmi ces lieux. Le climat est atlantique, avec des influences continentales et méditerranéennes. Le vent d’Autan, chaud et sec, y souffle quelques jours au printemps et à l’automne.
Un encépagement qui déborde l’appellation
L’appellation est réservée aux vins rouges et rosés tranquilles. Le cabernet franc y est le cépage principal, complété par le cot, le gamay, le merlot et le tannat. Lafage suit cette logique, avec une dominante de cabernet franc aux côtés du malbec (le cot), du merlot, du gamay et du tannat. La syrah entre aussi dans le rosé et dans l’effervescent.
Le domaine cultive par ailleurs des cépages blancs : sauvignon gris, sémillon et ugni blanc. Avec cette palette, Kévin élabore des blancs, des rosés et des rouges, en vins tranquilles comme en effervescents.
Des vins de soif aux rouges de garde
Des vins légers, pour l’apéritif et la table d’été
La gamme se partage en trois familles : des vins de soif légers, des vins plus structurés et tanniques, et des vins de garde. Tous sont certifiés bio et issus de pratiques biodynamiques. Sur la plupart des cuvées, les fermentations partent spontanément grâce aux levures indigènes.
Côté vins de soif, Joker est un effervescent de syrah élaboré en méthode traditionnelle, puis dégorgé à la main. Couleur est un rosé vineux et tannique. Full assemble cot et gamay, à mi-chemin entre le rouge et le clairet. Pousse, le blanc sec, s’appuie notamment sur le sémillon et le sauvignon gris.
Petit mise sur le gamay, avec des extractions si légères qu’elles se rapprochent de l’infusion. Singlette, pur cot vendangé quelques jours avant maturité, garde de la tension. Elle est vinifiée sans soufre ajouté et élevée en cuves ovoïdes.
Des rouges élevés en béton, en foudre ou en barrique
Les vins plus structurés bénéficient d’un élevage particulier. Les plus souples passent en béton. Les vins de garde connaissent un long élevage en bois, puis un vieillissement en bouteille. La Suite assemble cabernet franc, malbec et merlot issus d’une même parcelle, vinifiés séparément. Elle passe 20 mois en cuve béton puis 10 mois en barrique.
L’Atout est un pur cabernet franc de vignes de 35 ans, élevé 24 mois en foudre et en cuve ovoïde. Le 21, non millésimé, repose surtout sur le tannat. Il assemble trois années de vendanges et reste 36 mois en foudre et en barrique. Selon les cuvées, les raisins sont vendangés à la main ou à la machine.


Passer à Lafage : caveau, visites et fête de printemps
Une boutique fermière entre Caussade et Cahors
Le caveau de Lafage fait office de boutique fermière. On y trouve les vins du domaine, l’huile et l’eau-de-vie de la ferme, ainsi que des produits de producteurs et d’artisans locaux. Lucy Saranoff y assure l’accueil et la vente directe. Les vins se trouvent aussi chez des cavistes de la région.
Le domaine porte le label Vignobles & Découvertes, attribué pour la qualité de son accueil. Il propose aux groupes des visites de la ferme et des dégustations commentées, sur rendez-vous. Des planches de charcuterie et de fromage peuvent accompagner la dégustation, sur réservation.
Une journée portes ouvertes au printemps
Au printemps, la ferme ouvre ses portes le temps d’une journée de fête. On y découvre la ferme, les animaux, le chai et le caveau. Des producteurs locaux s’installent pour l’occasion. Un repas est cuisiné sur place avec la viande de la ferme, et des musiciens jouent tout au long de la journée.
La Grange d’Alfred, chez Bernard Bouyssou
À Lafage, Bernard Bouyssou et Nicole accueillent des hôtes à la Grange d’Alfred, un gîte situé au milieu des vignes du domaine. Cette ancienne briqueterie, devenue grange-étable, a été réhabilitée avec des matériaux écologiques. Elle compte quatre chambres et une grande salle de 80 m².
Membre actif d’Accueil Paysan, Bernard y parle volontiers du métier de paysan et de la biodynamie, toujours pratiquée sur le domaine.
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