Collines de vignes en gobelet du nord Beaujolais au lever du jour, au-dessus de la brume de la Saône

Cépage noir

Gamay

Fruit croquant, tanins légers : le rouge du Beaujolais, du primeur aux crus de granite.

75 domaines bio du site cultivent le Gamay
Sommaire

Le troisième jeudi de novembre, et le reste de l’année

Chaque année, le troisième jeudi de novembre, le Beaujolais nouveau arrive dans les bistrots. Sous l’étiquette, on trouve presque toujours le même raisin : le cépage Gamay, qui couvre 97 % du vignoble beaujolais. Ce vin de quelques semaines n’est pourtant qu’une de ses facettes, car le même raisin donne aussi des crus qui se gardent dix ans.

Des grappes entières qui fermentent de l’intérieur

Le secret se joue dans la cuve, que le vigneron remplit de grappes entières sans les fouler. Privées d’oxygène sous le gaz carbonique, les baies intactes se mettent à fermenter de l’intérieur, sans l’aide des levures. Cette macération, dite semi-carbonique dans sa version beaujolaise, tire du Gamay un fruit éclatant, une couleur modérée et très peu de tanins.

Du pressoir aux bistrots de Lyon et de Paris

Au XIXe siècle déjà, des marchands achetaient ce vin à la sortie du pressoir et le livraient aux cafés de Lyon et de Paris, où il finissait parfois de fermenter en chemin. L’habitude devient officielle en 1951, quand l’administration autorise les vignerons à vendre avant la mi-décembre. La date du troisième jeudi de novembre n’est fixée qu’en 1985.

Frais et acidulés, ces vins de primeur se boivent avant Noël. Leur nez de banane mûre ou de bonbon anglais vient de la fermentation plus que du raisin. La Touraine fait elle aussi un primeur de Gamay.

Sur les granites du nord, les crus qui se gardent

Le Beaujolais a deux visages. Au sud, autour des Pierres dorées, les sols argilo-calcaires produisent des rouges légers, à boire jeunes. Au nord, où affleurent granites, porphyres et schistes, le Gamay prend de la profondeur. C’est le pays du Beaujolais-Villages et des dix crus, chacun appellation à part entière, dont le nom s’inscrit sur l’étiquette.

Fleurie et Brouilly, le fruit et la finesse

À Fleurie, la vigne s’enracine dans un granite rose qui se défait en sable pauvre, et le vin y gagne en finesse. On y sent la violette, l’iris et la framboise, portées par des tanins très fins. Plus au sud, le Brouilly joue sur la fraise et la souplesse, au point de s’ouvrir dès le printemps qui suit la vendange.

Morgon et Moulin-à-Vent, ceux qui vieillissent

À Morgon, les schistes donnent un vin plus corsé, au parfum de kirsch, et l’on dit d’un vin qu’il « morgonne » quand il en a le caractère et de quoi vieillir. Le Moulin-à-Vent, sur des arènes de granite chargées de manganèse, tient aussi la garde. Avec l’âge, leur robe tire vers le grenat et la cerise cède la place aux épices, à la truffe, parfois à la venaison.

Une petite vigne généreuse, qu’on taille court

Précoce et prompte à s’épuiser

Le Gamay pousse peu mais porte beaucoup, au point de s’épuiser si on le laisse produire, surtout en sol riche et sous la chaleur. Le Beaujolais le conduit donc en gobelet, taillé court, pour maîtriser sa fertilité. Raisin précoce, mûr parmi les premiers, il convient aux régions fraîches. Après un gel de printemps, ses bourgeons secondaires portent encore une récolte.

Une cicadelle sous surveillance

Pour qui cultive son Gamay en bio, le gros souci vient d’une cicadelle qui propage la flavescence dorée, une jaunisse à laquelle le cépage est sensible. En zone de lutte, le vigneron bio traite en général trois fois aux pyrèthres naturels. Depuis 2024, quelques domaines du Beaujolais comptent les larves pour éviter le dernier passage quand elles sont rares. Ses grappes serrées craignent aussi la pourriture grise.

Frère du Chardonnay, de la Loire à la Savoie

Banni par le duc, adopté par le Beaujolais

Originaire de Bourgogne, le Gamay descend d’un croisement du Pinot noir avec le Gouais blanc, ceux-là mêmes qui ont donné le Chardonnay. Le rouge des bouchons lyonnais et le blanc de Chablis sont donc frères. Trop productif aux yeux du duc de Bourgogne, qui le bannit de ses terres en 1395, il s’est replié plus au sud, sur les granites du Mâconnais et du Beaujolais.

Touraine, Auvergne, Savoie : où le chercher sur l’étiquette

En val de Loire, il signe le Touraine Gamay, fruité et soyeux, et l’Anjou Gamay, un rouge vif tiré des schistes. Les Coteaux du Giennois et Saint-Pourçain l’assemblent au Pinot noir, tandis que les Côtes d’Auvergne en font leur cépage principal, jusque sur les pentes de basalte de Chanturgue.

En Savoie, il partage les rouges avec la Mondeuse et le Pinot noir, et donne des vins souples dont le fruit rappelle le raisin. Dans le Bugey, il s’allie au Poulsard pour le Cerdon, un rosé effervescent et doux dont la fermentation, freinée par le froid, s’achève en bouteille.

Une andouillette, un faisan ou un époisses

Une robe violacée et un fruit qui saute au nez

Un vin de Gamay se reconnaît à sa robe claire, souvent violacée, et à un fruit immédiat : framboise, groseille, cerise, cassis, parfois la violette. En bouche, l’attaque est franche, la fraîcheur nette et les tanins discrets. Un Beaujolais se boit dans ses deux premières années, quand un Morgon ou un Moulin-à-Vent peut attendre jusqu’à dix ans.

De la charcuterie au gibier à plume

Peu tannique et vif, le Gamay aime la charcuterie, andouillette à la beaujolaise ou terrine, parce que son fruit et sa fraîcheur coupent le gras sans durcir la bouche. Un Morgon de quelques années accompagne un faisan ou un gigot d’agneau, et un vieux Moulin-à-Vent tient tête à un époisses. On les sert entre 12 et 15 °C, les plus légers au plus frais.

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Souvent assemblé avec

Les domaines bio qui cultivent le Gamay

  • Château d’Escabes

    Propriété de la famille Hauchard depuis 1974, le Château d’Escabes est un château de brique du XVIIe siècle sur la rive droite du Tarn, à Lisle-sur-Tarn. Après vingt-quatre ans de bail avec la cave coopérative de Rabastens, la famille a repris en 2017 ses 55 hectares de vignes d’un seul tenant. Classé en AOC Gaillac, le vignoble est certifié Agriculture biologique depuis 2021. Sa gamme Les Originaux vinifie seuls le Mauzac, le Loin de l’Œil, le Duras ou le Braucol, et Les Audacieux comptent un vin orange.

  • Domaine Haute Perche

    Créé en 1966 par la famille Papin et repris en 2019 par Thierry Denjean, le Domaine de Haute Perche cultive ses vignes à Saint-Melaine-sur-Aubance, près d’Angers. Ses trois îlots reposent sur les schistes rouges, verts, ocres et bleus de l’Anjou Noir. Engagé en agriculture biologique en 2016, il travaille en biodynamie et porte la certification Demeter depuis 2022. Le chenin y donne des blancs secs, des Coteaux de l’Aubance moelleux et des crémants, aux côtés de rouges d’Anjou Brissac en cabernet franc.

  • La Grange Bourbon

    Au pied de la colline de Brouilly, à Charentay, La Grange Bourbon date du XVe siècle et a vécu de la polyculture jusqu’au milieu du XXe siècle, avant d’entrer en dormance en 2012. Mathieu Chastel, fils de vigneron et ingénieur des Arts et Métiers, relance l’activité en 2022 et engage le domaine en agriculture biologique en 2023. Ses 7,5 hectares couvrent le Brouilly, le Morgon, le Beaujolais et le Beaujolais blanc. Les vins naissent en macération semi-carbonique, sur levures indigènes, dans des cuves béton.

  • Vignobles Arbeau

    Vignerons et négociants à Labastide-Saint-Pierre depuis 1878, les Vignobles Arbeau sont aujourd’hui dirigés par Anne et Géraud Arbeau, quatrième génération. Leur vignoble, le Château Coutinel, compte 52 hectares en AOP Fronton, sur des boulbènes, des graves et des sables. Engagé en bio en 2017, il est certifié à partir du millésime 2021, deux ans après la structure de négoce. La famille y cultive la négrette et signe aussi des vins de cépage en Vin de France.

  • Domaine de Lafage

    À Montpezat-de-Quercy, le Domaine de Lafage est une ferme où Kévin Barbet conduit environ 12 hectares de vignes en AOC Coteaux du Quercy depuis 2015. Engagée en bio depuis 1995, la ferme pratique la biodynamie depuis 1992 avec le compost de ses vaches Salers et blondes d’Aquitaine. Depuis 2021, Kévin y est fermier de la foncière Terre de Liens, qui a racheté les terres à Bernard Bouyssou. La gamme va des vins de soif légers aux rouges de garde de cabernet franc et de tannat.

  • Domaine de la Combe au Loup

    Installé à Chiroubles, le Domaine de la Combe au Loup est celui des Méziat, vignerons de père en fils depuis 1870. Sur 11 hectares, la famille produit trois crus du Beaujolais, Chiroubles, Morgon et Régnié, et des Beaujolais-Villages. Engagé en bio en 2021 après Terra Vitis et HVE, le domaine est certifié depuis juillet 2024. Ses vins viennent surtout de vieilles vignes d’environ 50 ans, en Gamay pour les rouges et le rosé, en Chardonnay pour le blanc.

  • Domaine Jean Wambergue

    Installé à Saulcet, dans l’aire de Saint-Pourçain, Jean Wambergue a repris 2 hectares de vignes en 2020 après des débuts en céréales. Il plante depuis un hectare par an et compte aujourd’hui 4 hectares en production, engagés en agriculture biologique depuis 2022. Ses cinq cuvées, surtout parcellaires et monocépages, sortent en IGP Val de Loire Allier en attendant l’AOP. Il reçoit sur rendez-vous dans son caveau de Saint-Pourçain-sur-Sioule, pendant que s’achève son chai de Saulcet.

  • Bedouet Vigneron

    Domaine familial depuis quatre générations, Bedouet Vigneron cultive 19 hectares au Pallet et à La Haye-Fouassière, sur la rive droite de la Sèvre. Engagé en agriculture biologique depuis 2010, il a ses vignes sur gabbro, gneiss, orthogneiss et amphibolite. Associé à son père en 2020, Antonin Bedouet élève ses Muscadet Sèvre et Maine de 8 à 24 mois sur lies fines, avec des levures indigènes. La gamme compte aussi des Vins de France en folle blanche, pinot noir et chenin, dont trois cuvées sans sulfites.

  • Domaine de la Bougarde

    Seul domaine viticole d’Offlanges, dans le nord du Jura, le Domaine de la Bougarde y fait revivre la vigne depuis 1974. Maxime Guelle a repris en 2023 les 11 hectares familiaux et les a engagés la même année en agriculture biologique. Ses vins sortent en IGP Franche-Comté, sur les sols acides du massif de la Serre, hors de l’AOC du Jura. La gamme mêle Chardonnay, Pinot gris, Savagnin ouillé, rouges légers de Pinot noir et de Gamay, et perlants élaborés en méthode traditionnelle.

  • Domaine de Maouries

    Familial depuis 1907, le Domaine de Maouries cultive 28 hectares à Labarthète, dans le Gers, en trois îlots répartis sur Viella, Labarthète et Lannux. Engagée en agriculture biologique en 2021, la famille Dufau y conduit onze cépages, du Tannat au Petit Courbu. Elle produit des Madiran, des Pacherenc du Vic-Bilh, des Saint-Mont et des Côtes de Gascogne, des rouges de garde élevés en fût aux vins de cépage à boire jeunes. Claire et Rémi, quatrième génération, ont rejoint Isabelle et Pascal en 2017 et 2020.

  • Château de Champ-Renard

    Édifié en 1250 à Blacé, dans le Beaujolais, le Château de Champ-Renard devient domaine viticole en 1765 sous le marquis d’Espinay-de-Laye. Fabienne Vilain et Denis Garnier le reprennent en 2014 et relancent un vignoble de 7,5 hectares laissé à l’abandon. Engagé en agriculture biologique depuis 2021, le domaine cultive le gamay, le chardonnay et un cépage peu commun, le gamaret. Ses vins certifiés vegan sont vinifiés sans sulfites ajoutés, et le château propose visites, ateliers et deux appartements.

  • Château des Gimarets

    À Romanèche-Thorins, le Château des Gimarets cultive 3,75 hectares d’un seul tenant autour de sa bâtisse reconstruite en 1810, exclusivement en Moulin-à-Vent. Nathalie et Éric Boyer, qui l’ont repris en 2007, sont passés de la viticulture raisonnée au bio en 2017, puis à la biodynamie certifiée Demeter en 2020. Taillées en gobelet à 10 000 pieds par hectare, les vignes poussent sur des arènes granitiques roses riches en manganèse. Le domaine en tire quatre cuvées, dont Céleste, sans sulfites ajoutés, et Quintessence, vinifiée pour la garde.

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