Coteau calcaire planté de Chardonnay dans le Chablisien, sous une crête boisée

Cépage blanc

Chardonnay

Vif et minéral à Chablis, beurré en Côte de Beaune : le grand blanc né en Bourgogne.

159 domaines bio du site cultivent le Chardonnay
Sommaire

Sous les roches de Solutré, le Gamay a cédé la place

Des coteaux rouges passés au blanc

Au pied des roches de Solutré et de Vergisson, dans le sud de la Bourgogne, les coteaux portaient surtout du Gamay jusqu’au XVIIIe siècle. Le cépage Chardonnay s’y est pourtant installé au point qu’en 1820, des actes de propriété le donnent déjà comme le raisin principal, et les replantations qui ont suivi le phylloxéra ont fini de convertir ces pentes au blanc.

Ce coin du Mâconnais forme aujourd’hui l’appellation Pouilly-Fuissé, qui n’admet plus que lui et classe 22 climats en premier cru. Ses vins s’ouvrent sur les fleurs blanches et les agrumes, puis glissent avec l’âge vers l’amande grillée et la pierre à fusil.

Un village qui a prêté son nom au raisin

Dans le Haut-Mâconnais, un village s’appelle justement Chardonnay, et c’est lui qui aurait baptisé le cépage. Ses vins blancs s’étiquettent Mâcon-Chardonnay, si bien que le lieu et la variété finissent par se confondre sur la bouteille.

Bourguignon de naissance, il est issu, selon la génétique, du Pinot et du Gouais blanc, deux variétés anciennes.

De Chablis au Montrachet, puis jusqu’à Limoux

Le seul raisin des grands blancs bourguignons

En Bourgogne, il couvre plus de la moitié des vignes et fait presque à lui seul les blancs, du Meursault au Montrachet en passant par le Corton-Charlemagne. À Chablis, comme à Pouilly-Fuissé, l’appellation n’accepte aucun autre cépage, ce qui fait de chaque bouteille un Chardonnay sans assemblage. Avec près de 46 000 hectares, il est d’ailleurs le cinquième cépage de France.

Le Midi le plante plus que tout autre

Aucun blanc n’est plus planté en Languedoc-Roussillon, où il couvre deux fois la surface du Sauvignon, et ses vignerons comptent d’ici 2028 en planter plus que de toute autre variété, rouges compris.

Il fonde aussi le Crémant de Limoux : une exploitation qui en produit doit lui réserver la moitié de son vignoble au minimum, à côté du Chenin et d’un peu de Mauzac ou de Pinot noir.

Des bulles de la Côte des Blancs au vin de paille

Le blanc de blancs, et désormais le Chardonnay rose

En Champagne, il tient la Côte des Blancs. Le blanc de blancs, fait des seuls raisins blancs, repose donc presque toujours sur lui, les autres variétés blanches n’y pesant presque rien. Sinon, on l’assemble au Pinot noir et au Meunier, retenus pour leur aptitude commune à prendre la mousse.

L’appellation admet depuis 2025 le Chardonnay rose, une mutation naturelle à peau rosée qu’on avait remarquée voici plus d’un siècle dans des vignes champenoises et bourguignonnes.

Dans le Jura, on l’appelle aussi melon

Le Jura lui consacre plus de 40 % de ses vignes. Une vieille forme locale, le Melon à queue rouge, se distingue après la véraison par ses rafles qui virent au rouge, mais l’étiquette ne peut afficher que « chardonnay » ou « melon blanc ».

Dans les Côtes du Jura, la plupart des blancs secs l’associent au Savagnin. Il entre aussi dans le vin de paille, dont les raisins sèchent six semaines au moins avant un pressurage très lent.

Premier réveillé, dernier à mûrir en Champagne

De l’eau sur les bourgeons, du calcaire sous les racines

En Champagne, il débourre le premier des trois grands cépages et mûrit pourtant le dernier. Ce réveil précoce expose ses pousses aux gelées de printemps : Chablis, où le gel frappe plus souvent, asperge d’eau ou chauffe ses parcelles dès qu’une alerte commune se déclenche, et le Mâconnais pratique la taille à queue, qui courbe les longs bois pour les protéger.

Il cherche des sols moyennement fertiles, calcaires ou marneux, comme les marnes du Kimméridgien à Chablis ou la craie de Champagne, dont la porosité rend l’eau à la vigne par temps sec. Dans le Midi, une sécheresse trop marquée le pénalise.

Le soufre contre l’oïdium, l’ortie arrachée contre le bois noir

Le cépage craint d’abord l’oïdium. En bio, la protection passe surtout par le soufre, difficile à remplacer tant il reste efficace pour un coût modeste. La pourriture grise guette aussi les grappes en fin de maturation quand la vigne pousse trop fort.

Il réagit très nettement aux jaunisses, flavescence dorée et bois noir, qui jaunissent les nervures et enroulent les feuilles. Aucun insecticide n’arrête le bois noir, alors on arrache l’ortie et le liseron autour des parcelles, puisque l’insecte qui transmet la maladie vit sur eux.

Silex au nord, noisette et beurre au sud

Lire le climat dans le verre

Son raisin accumule beaucoup de sucre sans perdre son acidité, ce qui donne des blancs amples et gras, et pourtant équilibrés. Sous un climat frais, le vin reste vif et minéral, et un Chablis sent le citron, la pomme verte et le silex. Plus au chaud, il prend des notes de beurre et de miel.

La Côte de Beaune lui donne des fruits à chair blanche et des notes lactées et boisées. La fermentation malolactique arrondit souvent ces vins, et la barrique leur apporte la noisette et le pain grillé. Un Chablis premier cru trouve sa plénitude vers 8 à 10 ans.

Des huîtres pour un Chablis, une blanquette pour un Mâcon

Un Chablis tient le rôle du citron sur des huîtres, et sa note minérale prolonge l’iode du coquillage. Il va aussi aux poissons grillés, quand un Petit Chablis accompagne un tartare de poisson ou des crevettes. On le sert entre 10 et 11 °C.

Plus ronds, un Mâcon ou un Pouilly-Fuissé répondent à la sauce d’une blanquette de veau, surtout quand un boisé léger renforce leur gras. Même logique pour un poulet de Bresse à la crème, avec un service un peu moins froid, entre 11 et 13 °C.

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Souvent assemblé avec

  • Pinot noir
  • Meunier
  • Savagnin
  • Chenin
  • Mauzac
  • Aligoté

Les domaines bio qui cultivent le Chardonnay

  • Château de Passavant

    Le Château de Passavant occupe une place forte bâtie par Foulques Nerra au début du XIe siècle, à la source du Layon, en Anjou. La famille qui l’a acheté en 1900 y cultive 56 hectares de vignes, en bio depuis 1998 et certifiées Demeter depuis 2011. Depuis 2021, 52 brebis charmoises pâturent les rangs en automne et en hiver, aux côtés de 10 ruches. Sur les schistes, Chenin, Cabernet Franc et Grolleau noir donnent sept appellations et des cuvées sans sulfites ajoutés.

  • La Jasse Castel

    Fondé en 1997 par Pascale Rivière, ancienne journaliste devenue vigneronne, le domaine La Jasse Castel doit son nom à une bergerie du XVIIe siècle qui domine la vallée de l’Hérault. Ses premières vignes, à 400 mètres sur le causse, sont les plus hautes de Montpeyroux. Conduit en agriculture biologique depuis 2008, son vignoble de 11 hectares est vendangé à la main et de nuit. La gamme compte neuf vins, des Terrasses du Larzac à une cartagène, dont deux rouges médaillés d’or au Challenge Millésime Bio.

  • Domaine de Montcalmès

    Le Domaine de Montcalmès est né en 1998, quand Frédéric Pourtalié et son père ont quitté la coopérative pour créer leur cave à Puéchabon. Dirigé avec sa sœur Muriel, il cultive 22 hectares en Terrasses du Larzac, la syrah sur calcaire lacustre et le mourvèdre sur galets roulés. Engagé en agriculture biologique depuis 2012, il limite ses rendements à 20 à 25 hl/ha et élève ses vins 24 mois en fût. Il ne produit qu’un rouge d’appellation et un blanc de roussanne et de marsanne, en AOC Languedoc.

  • Château de L’Ou

    Au lieu-dit L’Ou, « l’œuf » en catalan, Séverine et Philippe Bourrier conduisent le Château de L’Ou en agriculture biologique depuis 1998, à Montescot. Le domaine couvre 50 hectares sur quatre terroirs, des marnes alluvionnaires de la plaine aux schistes de Maury et de la haute vallée de l’Agly. La Syrah y passe en barriques de 300 litres, les Grenaches en jarres, en œufs de terre cuite ou en foudre rotatif. Le Château de L’Ou rouge 2020 a obtenu deux étoiles dans le Guide Hachette 2023.

  • La Grange de Quatre Sous

    Arrivée de Suisse en 1983, Hildegard Horat a créé La Grange de Quatre Sous au sud d’Assignan, en bordure de l’ancienne voie romaine. Le vignoble de 8 hectares, engagé en bio depuis 2000, est conduit en lyre sur un plateau à 300 mètres. Elle a choisi l’IGP Pays d’Oc pour planter Malbec, Cabernets et Viognier, plus une Petite Arvine valaisanne. Ses huit cuvées fermentent en levures indigènes, et les rouges de garde s’élèvent 30 mois sans filtration.

  • Champagne M.Beauchamp

    Installé à Janvry, près de Reims, le Champagne M.Beauchamp signe ses bouteilles depuis 1983 et presse ses raisins depuis l’arrivée de son premier pressoir en 2000. Ses 6,5 hectares se répartissent sur 10 villages, de Janvry au Massif de Saint-Thierry en passant par Aÿ. Engagé en bio en 2020, le domaine est certifié en agriculture biologique depuis la vendange 2023 et pratique l’agroforesterie depuis 2016. Ses huit cuvées vont du brut Signature aux millésimes peu dosés, dont le blanc de blancs Pépite, sans dosage.

  • Champagne Bailly

    Fondé en 1962 à Serzy-et-Prin par Alain et Monique Bailly, le Champagne Alain Bailly est aujourd’hui mené par Franck et son fils Maxime, chef de cave. Ses 13 hectares se dispersent en 86 parcelles entre vallée de l’Ardre et premiers crus de Sacy et Villedommange, avec le meunier pour cépage phare. Certifié HVE, le domaine cultive la parcelle des Longs Vals sans produits de synthèse depuis 2002, mais sa conversion bio a été arrêtée en 2024. Il fait visiter ses vignes en trottinette électrique.

  • Champagne Michez La Villesenière

    À Boursault, dans la Vallée de la Marne, le domaine prolonge la marque de champagne lancée en 1973 par Jacqueline et Claude Michez. Leur fille Laurence et son mari Cyrille ont quitté la coopérative en 2010 pour vinifier eux-mêmes leurs 4,2 hectares, où domine le Meunier. Certifié HVE depuis 2016 et engagé en bio en 2020, le vignoble est certifié à partir de la récolte 2023. Deux étiquettes cohabitent : Claude Michez et La Villesenière, dont les millésimes sont vinifiés en barrique.

  • Abbaye de Lérins

    Sur l’île Saint-Honorat, les moines cisterciens de l’Abbaye de Lérins cultivent 8,5 hectares de vignes en IGP Méditerranée. Leurs sols mêlent calcaires, dolomies et limon argileux rouge, et une source d’eau douce venue des Alpes épargne à la vigne le stress hydrique. Certifiés en agriculture biologique depuis le millésime 2019, ils vendangent à la main avec des bénévoles et vinifient chaque parcelle à part. Syrah, mourvèdre, pinot noir et chardonnay donnent surtout des monocépages de garde, élevés plus de 20 mois en fût.

  • Champagne Albin Martinot

    Installé à Bar-sur-Seine, dans l’Aube, le Champagne Albin Martinot cultive 4,5 hectares répartis sur six villages de la Côte des Bar. Albin et Peggy Martinot élaborent leurs propres champagnes depuis 2005, à partir d’un vignoble transmis sur trois générations. Certifiées HVE en 2019, les vignes sont labellisées bio depuis juin 2024 et accueillent désormais l’Arbane et le Petit Meslier. Les neuf cuvées vont des bruts Clin d’Œil aux extra bruts Clair Choisi, sans soufre ajouté.

  • Château de Juliénas

    Construit en 1582, le Château de Juliénas appartient à la famille Condemine depuis 1907 et garde 350 mètres de caves voûtées. Thierry et Aurélie Condemine y exploitent 15 des 40 hectares du vignoble, en Juliénas, Fleurie, Moulin-à-Vent et Beaujolais-Villages. Engagé en bio en 2019 et certifié en 2022, le domaine vise des Gamay de garde, dont une cuvée élevée en foudres centenaires. On le visite en cave, en pique-nique au sommet du Mont de Bessay ou à bord d’un Combi Volkswagen de 1964.

  • Domaine Bonnet-Huteau

    À La Chapelle-Heulin, le Domaine Bonnet-Huteau produit du Muscadet Sèvre et Maine depuis plus de 150 ans, sur 40 hectares. Engagé en bio en 2005, il est conduit en biodynamie depuis 2010 et certifié Biodyvin. Jean-Jacques Bonnet et Vincent Pineau tirent une cuvée de parcellaires d’amphibolite, de granite et d’orthogneiss, plus un Cru Goulaine élevé 24 mois sur lie. La gamme va jusqu’à un vin orange de Pinot gris, macéré en œufs de terre cuite.

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