Cépage noir
Syrah
Poivre, violette et robe d’encre : le grand cépage noir des coteaux du Rhône nord.
136 domaines bio du site cultivent la SyrahSommaire
Une Persane imaginaire, née au bord du Rhône
Chiraz, la Syrie ou Syracuse
À en croire son nom, le cépage Syrah viendrait de loin, et on l’a dit tour à tour né en Perse, en Syrie ou à Syracuse. Sa ressemblance avec Chiraz, la ville iranienne, a longtemps servi d’argument.
La génétique a tranché beaucoup plus près. Née au nord de la vallée du Rhône ou dans le Dauphiné, la Syrah descend de deux cépages de la région, la Mondeuse blanche, venue de Savoie, et la Dureza, un raisin noir d’Ardèche.
Scyra devenu Shiraz, de l’autre côté du monde
Le nom oriental, c’est l’Australie qui l’a fixé. Au XIXe siècle, on appelait parfois la Syrah scyra, et ce vieux nom a suivi, sous la forme Shiraz, les ceps partis pour l’Australie, où elle couvrait 40 000 hectares en 2015.
Hors d’Europe, c’est souvent ainsi qu’elle se présente : une bouteille étiquetée Shiraz, qu’elle vienne d’Australie ou du Chili, contient le même raisin qu’un Cornas. Son berceau lui garde des noms à lui, Serine à Ampuis ou « plant de l’Ermitage ».
Sur les coteaux du Rhône nord, seule ou presque
Cornas, où aucun autre cépage n’entre
Dans le nord de la vallée du Rhône, la Syrah est le seul raisin noir des crus, plantés sur des coteaux de granite ou de micaschistes. Cornas va plus loin, puisqu’aucun autre cépage n’y est admis, pas même une pointe de blanc : c’est l’étiquette à chercher pour la goûter sans mélange.
Un peu de Viognier à Côte-Rôtie, de Marsanne à l’Hermitage
À Côte-Rôtie, où les pentes atteignent 60 %, l’usage admet le Viognier, un cépage blanc, jusqu’à un cinquième des pieds d’une parcelle, et les deux raisins passent ensemble en cuve.
L’Hermitage et Crozes-Hermitage font de même avec la Marsanne et la Roussanne, jusqu’à 15 % des pieds, tandis que Saint-Joseph s’arrête à 10 %. Dans tous ces crus, la Syrah garde donc la main sur le vin, qu’elle doit composer au moins aux quatre cinquièmes.
Quatrième cépage de France, partenaire du Grenache dans le Midi
De 1 600 hectares au premier rang du Languedoc
En 1958, la France ne comptait que 1 602 hectares de Syrah. Elle a ensuite gagné le Rhône méridional, la Provence et surtout le Languedoc-Roussillon, où elle est devenue le premier cépage noir. Avec près de 60 000 hectares, elle se place aujourd’hui au quatrième rang des cépages français, et le Languedoc prévoit d’en planter davantage qu’il n’en arrachera d’ici 2028.
Des Côtes du Rhône aux Côtes de Provence, toujours en assemblage
Plus au sud, elle quitte le premier rôle pour s’assembler, le plus souvent avec le Grenache ou le Mourvèdre. Dans les Côtes du Rhône rouges, le Grenache garde la tête et la Syrah occupe un peu plus d’un quart des vignes.
L’AOC Languedoc la compte parmi ses cépages principaux, avec le Grenache, le Lledoner pelut et le Mourvèdre. La Provence lui fait la même place dans les Côtes de Provence, rouges comme rosés, et l’on tire d’elle des rosés très fruités.
Des rameaux qui cassent au vent, une vendange qui n’attend pas
Palisser au printemps, choisir le jour de la récolte
La vigne pousse de longs rameaux cassants, que le vent du printemps brise si le vigneron ne les a pas attachés avec soin au palissage. Elle mûrit en deuxième époque, et la maturité suit de si près la véraison que la date de vendange devient délicate : plutôt que de se fier au seul taux de sucre, le vigneron goûte les baies.
Elle craint enfin le calcaire actif, qui la fait jaunir : c’est la chlorose, à laquelle elle est très sensible.
Épargnée par le mildiou, pas par la pourriture grise
Le vigneron bio part avec un avantage, puisque le mildiou la touche peu, alors que c’est contre lui que la viticulture biologique compte surtout sur le cuivre. Ses faiblesses tiennent plutôt à la pourriture grise, qui menace en fin de maturation et donne une raison de plus de ne pas retarder la récolte.
Elle souffre aussi d’un mal qui porte son nom, le dépérissement de la Syrah : les feuilles rougissent, le point de greffe se crevasse et le cep peut mourir, sans qu’on en connaisse la cause. Les clones y réagissent très différemment, et la plupart de ceux qui sont agréés n’en montrent que de rares symptômes.
Une robe d’encre et des tanins faits pour durer
Bleutée dans sa jeunesse, grenat avec les années
Un vin de Syrah se repère d’abord à sa couleur intense, bleutée dans sa jeunesse, presque noire à Côte-Rôtie, puis au nez de violette, de poivre et de fruits noirs, parfois d’olive noire. En bouche, des tanins marqués lui donnent sa charpente, mais l’acidité reste modeste, surtout sur les schistes, où le pH monte parfois haut.
Cette structure le destine à la garde, et les Cornas n’atteignent leur apogée qu’après de longues années. Le temps fait alors tirer la robe vers le grenat, tandis que la violette s’efface derrière le cuir, la truffe, la fumée ou le café.
Un gigot, un civet de chevreuil, une daube aux olives
Pour fondre, ses tanins demandent du gras et de la mâche. Un gigot d’agneau rôti à l’ail et aux herbes fait l’accord le plus simple, car la graisse arrondit le vin et son poivre répond aux aromates. Un Saint-Joseph ou un Côte-Rôtie accompagne un civet de chevreuil, dont la sauce rejoint ses notes de cuir et de truffe.
Assemblée au Grenache, une Syrah du Languedoc ou de Provence se plaît avec une daube aux olives noires, qui partage son parfum d’olive. Les versions plus souples conviennent à une volaille rôtie, et toutes se servent entre 16 et 18 °C.
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