Le vignoble de La Bastane

La Bastane

Région viticole

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Le « Petit Yquem » de Rions, relancé par deux vignerons des deux rives

Un cru du Féret rebaptisé La Bastane

La Bastane est un domaine viticole bio de Gironde. Il est installé à Rions, sur la rive droite de la Garonne. Au XIXe siècle, la propriété s’appelait encore Château de L’Espinglet. Le Féret, ouvrage de référence des vins de Bordeaux, la comptait déjà parmi les meilleurs crus de la région.

Ses blancs liquoreux ont longtemps fait sa réputation. Au village et alentour, les anciens aiment rappeler qu’on surnommait le domaine le « Petit Yquem ». Le château, qui domine Rions, était déjà connu des marchands de vin de Bordeaux en 1855. Dans la seconde moitié du XXe siècle, le vignoble a été en partie replanté en cépages rouges.

En février 2017, Anaïs Bernard et Bastien Pestourie reprennent la propriété et la rebaptisent La Bastane. Leur première récolte est le millésime 2017. Dès ce premier millésime, ils font baisser les rendements et travaillent parcelle par parcelle.

Le domaine de La Bastane

Elle vient du Médoc, lui de la rive droite

Anaïs a grandi dans le vignoble médocain. Diplômée d’HEC en 2009, elle rentre sur ses terres, où elle gère l’exploitation viticole familiale. Elle complète ensuite ses connaissances techniques à Bordeaux Sciences Agro.

Bastien aurait pu reprendre l’entreprise familiale, Unikalo. Il choisit la vigne et apprend le métier dans plusieurs domaines de la rive droite bordelaise. Dans le Saint-Émilionnais, il devient chef de culture, puis directeur technique. Lui aussi passe par Bordeaux Sciences Agro, dont il sort ingénieur. C’est là que les deux vignerons se rencontrent.

Quelques années plus tard, ils se recroisent. En 2016, ils tombent amoureux de cette propriété perchée sur la colline. Au départ, ils ne voulaient exploiter que 4 hectares. Les trois types de sols du domaine les ont décidés à s’agrandir.

Quinze hectares sur le premier coteau de la Garonne

Graves, argilo-calcaires et cailloux de fer

La Bastane compte 15 hectares de vignes d’un seul tenant, au sommet de la colline d’Espinglet. Le vignoble est exposé au sud et au sud-est. Il domine la Garonne sur des dizaines de kilomètres. Avec beaucoup de chance, on aperçoit les Pyrénées au loin.

Sur le coteau, Bastien montre les traces d’un ancien rivage. Il y a 35 millions d’années, la mer arrivait jusqu’ici. On y retrouve des fossiles d’huîtres et des calcaires à astéries, recouverts ensuite de graves. Trois sols se partagent aujourd’hui la propriété : argilo-calcaires, graves et cailloux de fer.

Un minerai aurait d’ailleurs été exploité sur la propriété. Selon Anaïs, ces cailloux de fer drainent le sol et gardent la chaleur. Le raisin y gagne une meilleure maturité, avec moins de variations de température.

Sept cépages gardés par les anciens propriétaires

Le vignoble a été reconstitué dans la seconde moitié du XXe siècle. Les anciens propriétaires ont gardé les blancs de sa réputation : sémillon, sauvignon et muscadelle. Ils y ont ajouté les principaux rouges bordelais : merlot, cabernet sauvignon, cabernet franc et malbec.

Cet encépagement varié ouvre une gamme large. Elle va du crémant rosé au rouge de garde, en passant par le blanc sec et le liquoreux. Le domaine y ajoute un vin sans sulfites ajoutés et des jus de raisin pétillants.

Côtes de Bordeaux et Cadillac, sur la rive droite

Rions appartient à la région des Cadillac Côtes de Bordeaux, autrefois appelée Premières Côtes de Bordeaux. Ce vignoble longe la rive droite de la Garonne sur une soixantaine de kilomètres, de Bassens à Saint-Maixant. Sa largeur ne dépasse jamais 5 kilomètres, et ses collines ont une altitude moyenne de 50 mètres.

Les sols y mêlent graves caillouteuses, terres argilo-calcaires et argilo-graveleuses, dont des sols bruns calcaires à astéries. Le merlot domine l’encépagement rouge de la région, devant le cabernet sauvignon, le cabernet franc et le malbec.

À La Bastane, cela donne trois appellations. Les rouges sortent en AOC Côtes de Bordeaux. Les blancs secs et les rosés sont en AOC Bordeaux, le liquoreux en AOC Cadillac. Cette dernière ne couvre qu’environ 180 hectares, pour une soixantaine de producteurs.

En bio depuis 2017, la biodynamie sans label

Certifiés à partir du millésime 2020

Le couple engage tout le vignoble en agriculture biologique dès son arrivée. L’engagement auprès d’Ecocert date du 10 mars 2017. Après trois années de conversion, les vins sont certifiés bio à partir du millésime 2020. Aucun produit chimique de synthèse ni aucun désherbant n’entre dans les vignes.

La terre est travaillée sous les pieds de vigne, tandis que les rangs restent enherbés naturellement. L’épamprage, période clé en bio, se fait à la main. On retire les pousses en trop, pour que les raisins mûrissent sans pourrir. Le couple entretient et recrée talus et bosquets, et élève trois petites ruches.

« Bio et dynamiques », une méthode fondée sur l’observation

Anaïs et Bastien se disent engagés en biodynamie, « bio et dynamiques ». Ces pratiques biodynamiques ne sont pas certifiées : elles s’ajoutent au bio pour soigner davantage la vigne. Tous deux ont grandi dans des fermes où l’on « vivait » l’agriculture. Ils reproduisent ce modèle à Rions.

Leur méthode repose sur l’observation de chaque parcelle. Couleur et taille des feuilles, vigueur, grosseur des branches : c’est le langage de la vigne. Il faut savoir le décrypter. On demande à la vigne ce dont elle est capable. Les sols ne sont travaillés en surface que si c’est vraiment nécessaire.

Au chai, le même souci vaut pour les sulfites. En 2021, Bastien expliquait avoir divisé les doses presque par trois. Elles restent sous les limites imposées, même en bio. Le domaine produisait alors environ 30 000 bouteilles par an, et vendait aussi du vin bio en vrac.

Des rouges en cuve béton, un blanc étoilé et un Cadillac à 8 hl/ha

Les rouges des Côtes de Bordeaux, cépage par cépage

Les rouges se vendangent tôt le matin. Ils cuvent environ quatre semaines, surtout en cuves béton, pour leur inertie thermique. Remontages et délestages rythment la cuvaison. L’élevage se fait ensuite pour deux tiers en barriques de 400 litres, chaque cépage dans ses propres fûts. L’assemblage final n’intervient qu’après l’élevage.

Le Rouge 2022 assemble 60 % de cabernet sauvignon et 40 % de merlot. Il atteint 15 000 bouteilles. Édition ne dépasse pas 300 bouteilles. Son millésime 2019 réunit 80 % de merlot et du cabernet sauvignon, à 25 hl/ha, élevés en barrique neuve. Le Malbec fermente en grosses barriques de 400 litres, et Préface complète la gamme.

Naturiste, en AOC Bordeaux, est vinifié sans sulfites. Son nom est un clin d’œil au Médoc d’Anaïs et à Montalivet, où sont nés les premiers camps naturistes. C’est un vin « à nu », rien ne le protège. Il assemble aujourd’hui merlot, malbec et cabernet franc, vinifiés en cuve inox.

Vendange à Rions, deux fois étoilé au Guide Hachette

Côté blanc sec, Vendange à Rions assemble à parts égales muscadelle, sémillon et sauvignon. L’élevage se fait en fûts de 400 litres. Le Guide Hachette des Vins 2026 a donné une étoile au 2023, produit à 5 000 bouteilles. Le guide y goûte beaucoup de volume, des fruits jaunes bien mûrs et une bouche qui reste fraîche.

Le 2019 avait déjà reçu une étoile dans l’édition 2022, avec ses notes d’agrumes et de miel d’acacia. Le Blanc AOC Bordeaux, lui, s’élève sur lies fines. Deux tiers passent en barriques de chêne et d’acacia, le reste en cuve inox.

Du Cadillac aux bulles sans sulfites

Le liquoreux AOC Cadillac prolonge l’histoire du lieu, en petite quantité. Sémillon et muscadelle sont vendangés à la main et triés à la parcelle. Le rendement tombe à 8 hl/ha. Le vin fermente puis s’élève un an en barriques de chêne français, pour environ 1 200 bouteilles.

La Revue du vin de France a attribué 15 à 15,5/20 au Cadillac 2018. Elle y voyait « la renaissance d’un vignoble historique ».

Le crémant de Bordeaux rosé assemble sémillon, muscadelle et cabernet franc, vendangés à la main en cagettes. Un élaborateur bio assure la prise de mousse. Le dégorgement suit un an d’élevage sur lattes, en caves de calcaire. Tempête, pétillant naturel sans sulfites, marie sémillon et sauvignon. Il naît en barriques de 400 litres, par macération pelliculaire.

Le rosé AOC Bordeaux est un rosé de pressée, tiré des seuls cabernets. Enfin, le jus de raisin pétillant de muscadelle, sans sulfites ajoutés, s’adresse aux enfants, « mais pas seulement ».

Un château ouvert : chambres d’hôtes, spectacles et cuves peintes

Deux chambres et un gîte face à la Garonne

Un gîte a ouvert en 2017 dans l’aile est du château, pour 12 personnes au plus. Deux chambres d’hôtes ont suivi en 2018, à l’étage, avec vue sur la Garonne. Leurs noms rappellent la rencontre du couple : Rio a un balcon, Paris l’esprit loft.

Le petit-déjeuner mêle produits frais et bio, souvent cuisinés maison. Il se prend en salle ou au jardin, sous les marronniers. Sur réservation, Bastien et Anaïs partagent leur table. Au menu, omelette aux pourraganes, petits poireaux sauvages des vignes, ou entrecôte aux sarments. Le marché de Cadillac, le samedi matin, est à cinq minutes.

Un chai à barriques souterrain et des spectacles le dimanche

Le chai ne ressemble pas aux autres. Les cuves béton ont été peintes à la main. Au fond, le mur porte une œuvre de Selor, street-artiste de la région. « Les chais sont toujours un peu tristes », raconte Bastien. Le couple a voulu y faire ressortir l’énergie des fermentations.

En 2025, le domaine s’est doté d’un chai à barriques souterrain et d’une salle de réception. Une fois par mois environ, un spectacle musical ou théâtral s’y tient le dimanche soir. Il se joue au jardin, en salle ou sur la terrasse face à la Garonne. Chaque année, le couple ouvre aussi ses caves aux portes ouvertes de l’appellation.

Le domaine reçoit des groupes jusqu’à 80 personnes. Au programme : visite, atelier de dégustation, déjeuner, stage de taille ou vendanges. Yoga et trottinette électrique dans les vignes complètent l’offre.

En 2020, le CIVB les a retenus pour son projet « Apprentis vignerons ». Pendant un an, ils ont reçu Adrien Gallo, chanteur des BB Brunes. Ensemble, ils ont créé une cuvée qui fait la synthèse de leurs goûts.

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Les autres domaines de la région Bordeaux

  • Château de Chainchon

    Le Château de Chainchon appartient à la même famille depuis 1846, sur un coteau de Castillon-la-Bataille qui domine la vallée de la Dordogne. Michelle et Patrick Érésué y conduisent depuis 1996 15 hectares de vignes engagés en bio depuis 2010, en Castillon-Côtes de Bordeaux. Le merlot y prend plusieurs formes, de la cuve inox à l’amphore de la cuvée Teha, coup de cœur du Guide Hachette 2023. Le château reçoit sur rendez-vous pour une visite d’une heure et demie, du coteau au chai.

  • Château La Grâce Fonrazade

    Le Château La Grâce Fonrazade n’avait plus produit de vin depuis 1985 quand François-Thomas Bon et Bénédicte Simonet l’ont racheté en 2010. Ses parcelles de Saint-Émilion Grand Cru, réparties autour du village, mêlent graves fines, sables et argiles calcaires, à dominante de merlot. Engagé en bio depuis 2013, le domaine vinifie dans un chai reconstruit la même année et autonome en chauffage. Il signe aussi un bordeaux blanc de sauvignon gris, et son grand cru 2022 a reçu deux étoiles au Guide Hachette 2026.

  • Château de Chelivette

    Le Château de Chelivette, à Sainte-Eulalie, est l’une des plus anciennes propriétés viticoles de Gironde, aux mains des Jésuites de 1626 à 1764. Venus de la finance à Londres, Florence et Jacques Borel la reprennent en 2014 et la conduisent en biodynamie, certifiée Demeter depuis 2019. Sur 30 hectares, une douzaine d’hectares de vigne côtoient prairies, verger, potager, ruches et moutons. Le domaine signe des Bordeaux supérieur, un Cadillac Côtes de Bordeaux et des cuvées élevées en amphore.

  • Château Vieux Chevrol

    Le Château Vieux Chevrol cultive 34 hectares sur le plateau de Néac, commune du nord de l’appellation Lalande-de-Pomerol qui eut sa propre AOC avant de la rejoindre en 1954. Venue d’Auvergne par le négoce en 1921, la famille Champseix en est à sa troisième génération avec Michel, ingénieur agronome et œnologue arrivé en 2013. Il a converti tout le vignoble en bio dès 2015, deux ans après sa première vinification. Le domaine produit un seul vin rouge, à 80 % de merlot, élevé douze mois en demi-muids de 600 litres.

  • Château Paloumey

    Le Château Paloumey cultive 37 hectares en Haut-Médoc, sur les graves de Ludon-Médoc et de Cussac-Fort-Médoc. Arraché au XXe siècle, son vignoble a été replanté à partir de 1990 par Martine Cazeneuve, sur une propriété qui n’avait plus un pied de vigne. Son fils Pierre, ingénieur agronome, l’a engagé en bio dès 2016 et y plante des lignes d’arbres depuis 2021. Classé Cru Bourgeois Exceptionnel en février 2025, le château ouvre aussi son chai aux visiteurs.

  • Château Gadet Terrefort

    Le Château Gadet Terrefort est un cru artisan du Médoc fondé en 1921 à Gaillan-en-Médoc et tenu aujourd’hui par Anaïs Bernard, troisième génération. Ses 30 hectares de vignes se partagent entre les sables graveleux de Gaillan et les argilo-calcaires d’Ordonnac, au bord de l’estuaire. Engagé en bio en 2019, le domaine est entièrement conduit en agriculture biologique depuis 2023. Une cinquantaine de vaches limousines fournissent le fumier des vignes, et la scierie familiale taille les piquets d’acacia du palissage.

  • Château Bastor-Lamontagne

    Le Château Bastor-Lamontagne cultive 50 hectares de vignes d’un seul tenant à Preignac, dans l’appellation Sauternes, sur la deuxième terrasse de la Garonne. Engagé en bio en 2010, le vignoble est entièrement certifié depuis 2016, planté de 80 % de sémillon et de 20 % de sauvignon. Ancienne propriété royale passée par les Larrieu de Haut-Brion puis par le Crédit Foncier, il appartient depuis 2018 à la famille Helfrich. Ses Sauternes, fermentés en barriques neuves, misent sur le fruit, la fraîcheur et un sucre modéré.

  • Château Fougas

    Le Château Fougas cultive 22 hectares en Côtes de Bourg, sur un plateau de Lansac où des argiles bleues reposent sur la molasse du Fronsadais. Racheté en 1976 par Jean-Yves Béchet, qui le tient avec Michèle Béchet, il est certifié en biodynamie depuis 2010 et porte le label Demeter. Ses rouges à dominante de merlot, de Maldoror à Forces de Vie, cherchent « la violette plutôt que le goudron ». Premier à pratiquer la location de pieds de vigne, le château invite ses locataires à vendanger leur propre millésime.

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