Coteau de tuffeau planté de Cabernet Franc au bord de la Loire, à Saumur

Cépage noir

Cabernet Franc

Framboise et violette : le rouge de Loire que Rabelais appelait breton.

84 domaines bio du site cultivent le Cabernet Franc
Sommaire

« Ce bon vin de breton », un surnom qui raconte un voyage

Remonté de Nantes jusqu’au pays de Véron

Quand Rabelais vante dans Gargantua, en 1534, « ce bon vin de breton », il prend soin d’ajouter que ce vin ne pousse pas en Bretagne mais au pays de Véron, dans le Chinonais. Son breton, c’est le cépage Cabernet franc, que les vignerons de Chinon, de Bourgueil et de Saumur appellent toujours ainsi.

Le surnom garde la trace de son chemin. Probablement né dans le Sud-Ouest, le plant serait entré par le port de Nantes, ce qui lui a valu son nom, avant de remonter le fleuve jusqu’en Anjou et en Touraine.

Le cardinal arrivé après le plant

Une autre version fait intervenir Richelieu. Vers 1630, le cardinal aurait expédié à son intendant des milliers de pieds du cépage le plus prisé à Bordeaux pour Saumur, Bourgueil et Chinon.

Le breton était pourtant là depuis longtemps. Il aurait voyagé dès le XIIe siècle, quand Aliénor d’Aquitaine, en épousant Henri II Plantagenêt, a rapproché l’Aquitaine de l’Anjou.

Graviers ou tuffeau, les deux visages du rouge de la Loire

Presque seul dans la bouteille

Il est le premier cépage rouge de la Loire et occupe 30 % du vignoble du Val de Loire. On l’y boit presque sans mélange, même si l’étiquette ne porte que l’appellation : Saint-Nicolas-de-Bourgueil, Chinon et Bourgueil laissent au Cabernet Sauvignon 10 % au plus, et le Saumur-Champigny repose sur lui à plus de 95 %.

Deux sols s’y partagent les vignes, et le verre s’en ressent. Sur les terrasses de sables et de graviers laissées par la Loire et la Vienne, il donne des rouges souples et gourmands, qu’on ouvre entre deux et cinq ans.

Sur les coteaux, le tuffeau, une craie tendre qui se gorge d’eau pendant les saisons humides et la rend aux racines en été, produit des vins plus denses, marqués par la mûre, la réglisse et les épices. Ces « vins de tuffeau » demandent du temps, et les beaux millésimes tiennent des décennies.

Rosés d’Anjou et bulles de Saumur

Saumur tirait déjà du breton un vin clair, le clairet, au XVe siècle, bien avant d’en faire du rouge. L’Anjou a gardé ce goût du rosé avec le Cabernet d’Anjou, qui n’admet que les deux Cabernets.

Le cépage sait aussi mousser : le Saumur mousseux rosé en contient au moins 60 %, et le Crémant de Loire le range parmi ses raisins noirs.

Une vigne de deuxième époque qui cherche la chaleur et le calcaire

Trois semaines derrière le Chasselas

Ses bourgeons s’ouvrent cinq jours après ceux du Chasselas, le cépage repère, puis l’écart se creuse : ses raisins mûrissent deux semaines et demie à trois semaines plus tard. Assez vigoureux, il se plaît en argilo-calcaire et supporte les sables pourvu que l’eau ne lui manque pas.

À Chinon, il approche de sa limite de culture mais profite du climat le plus chaud et le plus sec de Touraine. Ses puys, des buttes calcaires où poussent le genévrier et l’amandier comme dans le Midi, donnent les rouges les plus structurés, faits pour la garde.

Des cicadelles à guetter, des moutons entre les rangs

Parmi les ennemis qu’un vigneron bio doit surveiller, la pourriture grise, l’esca et l’eutypiose ne l’atteignent que moyennement, et ce sont surtout les cicadelles qui s’en prennent à lui.

Chinon montre jusqu’où peut aller sa culture en bio : en 2024, 55 % de l’appellation était conduite ainsi. Autour de Saumur, quelques vignerons essaient même des moutons de race Solognote pour entretenir l’herbe entre les rangs.

Bouchet à Saint-Émilion, voisin du Tannat à Irouléguy

Un père éclipsé par ses enfants

En Gironde, où on l’appelle bouchet, il vit dans l’ombre de sa descendance : croisé avec le Sauvignon blanc, il a donné le Cabernet Sauvignon, et avec une vigne des Charentes, le Merlot. Ses deux enfants couvrent près de neuf vignes rouges sur dix dans le Bordelais, lui environ 8 %.

À Saint-Émilion, le partage se fait selon le sol : le Merlot prend les argiles fraîches, le Cabernet franc le calcaire ou les sables et graves plus chauds. Il apporte à l’assemblage sa fraîcheur, une finesse un peu épicée et des tanins plus fermes, et tient le même second rôle à Pomerol et à Castillon.

La moitié d’un Irouléguy

Dans le Sud-Ouest, on le trouve dans les appellations qui bordent la Gironde et jusqu’aux Coteaux-du-Quercy. Implanté de très longue date à Irouléguy, au Pays basque, il y forme avec le Tannat le cœur des rouges, dont ils fournissent ensemble au moins la moitié.

Framboise, violette et tanins fins, de l’apéritif au dessert

Plus parfumé que puissant

On le reconnaît à son nez de framboise, de groseille et de cerise, relevé d’une touche de violette, auquel le sol et la maturité ajoutent parfois du poivre ou des herbes. Ses tanins fins, presque veloutés, laissent une finale fraîche.

Un Chinon léger se boit dans ses premières années, à 14 ou 15 °C, après un passage en carafe qui l’assouplit. Les plus corsés, qui évoluent vers les fruits noirs compotés et le gibier, atteignent leur plénitude entre 10 et 20 ans et se servent vers 16 ou 17 °C.

Une volaille farcie, une truite au beurre rouge, un dessert au chocolat

La volaille farcie lui réussit : l’acidité du vin allège le gras, et son fruit répond aux herbes de la farce. Un Bourgueil souple accompagne même une truite au beurre rouge. Plus charpenté, il attend un faisan farci aux noix ou un chèvre moelleux.

Un Chinon peut même finir le repas sur un dessert au chocolat. Les rosés de Saumur, servis à 10 °C, accompagnent les crudités ou une petite friture, et les bulles se boivent plus froides encore, entre 6 et 8 °C.

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Les régions du Cabernet Franc

Souvent assemblé avec

Les domaines bio qui cultivent le Cabernet Franc

  • Château de Passavant

    Le Château de Passavant occupe une place forte bâtie par Foulques Nerra au début du XIe siècle, à la source du Layon, en Anjou. La famille qui l’a acheté en 1900 y cultive 56 hectares de vignes, en bio depuis 1998 et certifiées Demeter depuis 2011. Depuis 2021, 52 brebis charmoises pâturent les rangs en automne et en hiver, aux côtés de 10 ruches. Sur les schistes, Chenin, Cabernet Franc et Grolleau noir donnent sept appellations et des cuvées sans sulfites ajoutés.

  • Clau de Nell

    Le Clau de Nell cultive 12 hectares d’un seul tenant à Ambillou-Château (Anjou), sur des sables, argiles et silex posés sur le tuffeau. Conduit en biodynamie depuis 2000, il est racheté en 2008 par Anne-Claude Leflaive et Christian Jacques, avec Sylvain Potin comme régisseur dès 2009. Certifiés Demeter et Biodyvin, les vins sont élevés en pièces bourguignonnes dans des caves troglodytiques. La gamme compte cinq cuvées en AOC Anjou, IGP Val de Loire et Vin de France, du Grolleau centenaire au Blanc de Noir.

  • Château La Dournie

    Propriété de la famille Etienne depuis six générations, le Château La Dournie cultive 45 hectares d’un seul tenant à Saint-Chinian, dans l’Hérault. Ses 20 hectares de coteaux de schiste donnent les rouges et rosés d’appellation, ses sols d’alluvions en bord de rivière les vins de pays. Engagé en agriculture biologique depuis 2014, le domaine cultive 14 cépages et vinifie en intervenant le moins possible. Sa cuvée Sous le figuier 2022 a reçu une étoile au Guide Hachette des Vins 2026.

  • La Grange de Quatre Sous

    Arrivée de Suisse en 1983, Hildegard Horat a créé La Grange de Quatre Sous au sud d’Assignan, en bordure de l’ancienne voie romaine. Le vignoble de 8 hectares, engagé en bio depuis 2000, est conduit en lyre sur un plateau à 300 mètres. Elle a choisi l’IGP Pays d’Oc pour planter Malbec, Cabernets et Viognier, plus une Petite Arvine valaisanne. Ses huit cuvées fermentent en levures indigènes, et les rouges de garde s’élèvent 30 mois sans filtration.

  • Domaine Bonnet-Huteau

    À La Chapelle-Heulin, le Domaine Bonnet-Huteau produit du Muscadet Sèvre et Maine depuis plus de 150 ans, sur 40 hectares. Engagé en bio en 2005, il est conduit en biodynamie depuis 2010 et certifié Biodyvin. Jean-Jacques Bonnet et Vincent Pineau tirent une cuvée de parcellaires d’amphibolite, de granite et d’orthogneiss, plus un Cru Goulaine élevé 24 mois sur lie. La gamme va jusqu’à un vin orange de Pinot gris, macéré en œufs de terre cuite.

  • Domaine Haute Perche

    Créé en 1966 par la famille Papin et repris en 2019 par Thierry Denjean, le Domaine de Haute Perche cultive ses vignes à Saint-Melaine-sur-Aubance, près d’Angers. Ses trois îlots reposent sur les schistes rouges, verts, ocres et bleus de l’Anjou Noir. Engagé en agriculture biologique en 2016, il travaille en biodynamie et porte la certification Demeter depuis 2022. Le chenin y donne des blancs secs, des Coteaux de l’Aubance moelleux et des crémants, aux côtés de rouges d’Anjou Brissac en cabernet franc.

  • Domaine de la Cabernelle

    Né de l’union des familles Caslot et Pontonnier, le Domaine de la Cabernelle cultive 35 hectares de cabernet franc à Benais, en Indre-et-Loire. Ses vignes couvrent les appellations Bourgueil et Saint-Nicolas-de-Bourgueil, des sables et graviers jusqu’au tuffeau du coteau. Engagé en agriculture biologique depuis 2009, le domaine élève ses vins dans une cave de 5 000 m² creusée sous sa maison tourangelle. Claudia, Franck et Bertrand Caslot y reçoivent sur rendez-vous et présentent six cuvées, du rosé de saignée aux vieilles vignes.

  • Domaine de Grimardy

    Repris en juillet 2021 par Sophie Der Mikaélian et Gaël Valet, le Domaine de Grimardy cultive 10 hectares à Montazeau, dans l’appellation Montravel. Ses sols argilo-calcaires à huîtres fossilisées portent 75 % de vieilles vignes, dont des sémillons de 70 et 80 ans. Engagé en agriculture biologique en 2010 et certifié depuis le millésime 2013, le domaine est conduit en agroécologie depuis 2021. Son Bergerac rouge Nucléus, nommé d’après un silex taillé par Cro-Magnon, a reçu une médaille d’or à Mâcon en 2025.

  • Vignobles Arbeau

    Vignerons et négociants à Labastide-Saint-Pierre depuis 1878, les Vignobles Arbeau sont aujourd’hui dirigés par Anne et Géraud Arbeau, quatrième génération. Leur vignoble, le Château Coutinel, compte 52 hectares en AOP Fronton, sur des boulbènes, des graves et des sables. Engagé en bio en 2017, il est certifié à partir du millésime 2021, deux ans après la structure de négoce. La famille y cultive la négrette et signe aussi des vins de cépage en Vin de France.

  • Domaine de Lafage

    À Montpezat-de-Quercy, le Domaine de Lafage est une ferme où Kévin Barbet conduit environ 12 hectares de vignes en AOC Coteaux du Quercy depuis 2015. Engagée en bio depuis 1995, la ferme pratique la biodynamie depuis 1992 avec le compost de ses vaches Salers et blondes d’Aquitaine. Depuis 2021, Kévin y est fermier de la foncière Terre de Liens, qui a racheté les terres à Bernard Bouyssou. La gamme va des vins de soif légers aux rouges de garde de cabernet franc et de tannat.

  • Grande Maison

    Installée dans une maison forte du XIVe siècle, sur un coteau plein sud de Monbazillac, La Grande Maison cultive 14 hectares face à la Dordogne et à Bergerac. Engagé en agriculture biologique depuis 1995, le domaine est certifié Demeter à partir de la récolte 2018. Repris en 2012 par Jean-Louis et Benjamin Chabrol, il attend le botrytis pour ses monbazillac, de la Cuvée des Anges à la Cuvée des Monstres. Il produit aussi des Bergerac blancs secs, rosé et rouges, à déguster sur place.

  • Domaine Laougué

    Installé à Viella, dans le Gers, le Domaine Laougué cultive 25 hectares de vignes en Madiran et en Pacherenc du Vic-Bilh. Sylvain Dabadie, troisième génération après Charles et Pierre, a repris l’exploitation familiale en 2014 et l’a engagée en bio en 2021. Vendangés à la main, ses vins fermentent le plus souvent en levures indigènes, et son Pacherenc sec L’Orée repose sur le Petit Courbu. Le domaine produit onze cuvées et ouvre ses chais aux visiteurs, notamment lors de ses portes ouvertes de novembre.

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