Rangs de vigne sur une terre rouge des Côtes de Provence, au pied des collines boisées des Maures

Cépage noir

Cinsault

Le raisin des rosés pâles de Provence, qui tient bon sous la sécheresse.

66 domaines bio du site cultivent le Cinsault
Sommaire

Cinsaut au catalogue, Cinsault sur l’étiquette

Un méridional aux cent vingt noms

Le catalogue officiel des variétés de vigne l’écrit Cinsaut, sans l, alors que l’usage a retenu Cinsault, une graphie que la réglementation admet aussi pour les plants de pépinière. Les deux orthographes désignent le même cépage Cinsault, un raisin noir du Midi que l’on dit né en Provence et à qui aucune analyse génétique n’a encore trouvé de parents.

Il a beaucoup voyagé, et chaque vignoble l’a rebaptisé : le catalogue international de la vigne lui prête 122 synonymes, du Gros Marocain à l’Ottavianello, son nom officiel en Italie. Cette abondance entretient des confusions.

L’Oeillade, qu’on lui donne souvent pour synonyme, est une variété distincte, que le cahier des charges de l’AOC Languedoc cite à part. Le Picardan, lui, est un raisin blanc que Châteauneuf-du-Pape autorise à côté du Cinsault.

Hermitage au Cap, et parent du Pinotage

En Afrique du Sud, on l’appelait Hermitage. C’est sous ce nom qu’un professeur sud-africain l’a croisé, au milieu des années 1920, avec le Pinot noir, dans l’idée de marier l’élégance du bourguignon à la robustesse du méridional. Le semis a donné le Pinotage, dont l’ADN a depuis confirmé les deux parents.

Il a fallu attendre 1941 pour goûter le premier Pinotage. En 2015, ce cépage couvrait 8 000 hectares en Afrique du Sud, soit plus d’une vigne sur vingt.

Le raisin des rosés pâles, de la Sainte-Victoire à Cabrières

Fraise, pêche et framboise sous une robe claire

C’est en rosé que le Cinsault se montre le plus à son avantage. Ses grosses baies juteuses donnent un vin de Cinsault à la robe pâle et au fruit immédiat, où l’on reconnaît la fraise, la pêche et la framboise, parfois relevées d’une pointe d’épices. Dans l’assemblage, il apporte la finesse, tandis que le Grenache donne la rondeur et le Mourvèdre l’aptitude à vieillir.

Les Côtes de Provence, le plus étendu des vignobles de Provence, le rangent parmi leurs cinq cépages principaux, et 89 % de leurs volumes sortaient en rosé en 2009. Sur les coteaux de la Sainte-Victoire, il mène avec le Grenache et la Syrah des rosés aux notes acidulées de cerise et de framboise.

Le marché suit : parmi les rosés les plus chers relevés dans le monde en 2021, il arrivait au deuxième rang des cépages, derrière le Grenache.

Au cœur de l’Hérault, la dénomination Cabrières lui fait une place à part, puisque ses rosés nés sur les schistes doivent en contenir au moins 30 %. Dans la vallée du Rhône, il compte aussi parmi les cépages principaux de Tavel, premier rosé de France reconnu en appellation, et de Lirac.

Avec une bouillabaisse, des fleurs de courgette ou un banon

Un rosé de Provence où entre le Cinsault se sert entre 10 et 12 °C, et sa légèreté appelle la cuisine du Sud. Des fleurs de courgette farcies ou des tomates à la mozzarella profitent de son fruit. Avec un rouget grillé ou une bouillabaisse, sa fraîcheur répond à l’iode et au safran.

Côté fromage, un banon de chèvre lui convient. Plus généreux, un Tavel tient tête à un artichaut ou à une grillade au barbecue.

Un cépage qui tient sans eau, pourvu qu’on le bride

Des terres pauvres, sinon des grappes trop lourdes

Le Cinsault résiste remarquablement à la sécheresse, une qualité qui l’a fait adopter dans tout le Midi et jusqu’en Algérie. En sol fertile, ce tempérament devient un piège : il charge ses grosses grappes au détriment de la qualité. On le réserve donc aux terres pauvres et sèches, où ses faibles rendements donnent les rosés les plus fins, sur les schistes en particulier.

Peu vigoureux, avec des bois fins et un port retombant, il se taille court et émet tant de gourmands qu’il faut l’ébourgeonner avec soin. Sa vendange arrive environ trois semaines après celle du Chasselas, le cépage qu’on prend pour repère.

Contre la pourriture, aérer les grappes avant de traiter

Pour qui conduit du Cinsault bio, l’oïdium n’est pas la première menace, puisque le cépage n’y est que moyennement sensible. La pourriture grise et le ver de la grappe, l’eudémis, l’inquiètent davantage, d’autant que les dégâts du second ouvrent la voie à la première.

Faute de produits de synthèse, tout se joue en amont. L’ébourgeonnage, que ses gourmands rendent de toute façon nécessaire, aère la zone des grappes, et l’effeuillage autour des raisins complète le travail. Un enherbement ou une fumure azotée modérée calment la vigueur qui entretiendrait l’humidité. Il craint également l’esca et l’eutypiose, qui attaquent le bois du cep, ainsi que les acariens.

Second rôle en rouge, et regain en Languedoc

De Châteauneuf à Bandol, la souplesse d’un assemblage

En rouge, le Cinsault tient presque toujours les seconds rôles. Autorisé à Châteauneuf-du-Pape, il reste accessoire dans les Côtes du Rhône et dans l’AOC Languedoc, qui plafonne sa part à 40 % des vignes rouges d’un domaine. Bandol le range en revanche parmi ses cépages principaux, et le cahier des charges des Coteaux d’Aix-en-Provence fait de même.

Partout, il assouplit l’assemblage et donne des rouges fruités, parfois épicés. Un rouge de Provence où il entre se sert autour de 14 °C, avec un sauté d’agneau ou une grillade aux aromates. Vinifié seul, il se rencontre surtout en IGP, le plus souvent en rosé.

Plus planté qu’arraché depuis 2019

La France en cultivait plus de 51 000 hectares à la fin des années 1970, et les arrachages l’ont ramené à 19 731 hectares en 2024, au dixième rang des cépages du pays.

Le mouvement s’inverse pourtant en Languedoc-Roussillon, qui en porte plus de la moitié avec 10 806 hectares. Entre 2019 et 2025, les vignerons y ont planté 2 760 hectares de Cinsault pour 1 997 arrachés, quand la Syrah perdait plus du double de ce qu’elle gagnait. D’ici 2028, leurs intentions de plantation font même de lui le cépage noir qui devrait le plus progresser, avec 902 hectares de plus.

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Souvent assemblé avec

Les domaines bio qui cultivent le Cinsault

  • Pradels Quartironi

    Au hameau du Priou, sur la commune de Pierrerue, la famille Quartironi cultive la vigne depuis 1950 sur les schistes de l’AOP Saint-Chinian. Frère et sœur, Magali et Guilhem Quartironi conduisent aujourd’hui ces coteaux situés entre 300 et 400 mètres d’altitude. Certifié bio par Ecocert depuis 2012, le domaine vendange à la main et élève plusieurs cuvées en jarres de grès. Parmi ses douze cuvées, le Skhistos Blanc a reçu la médaille d’or au Challenge Millésime Bio 2026.

  • La Jasse Castel

    Fondé en 1997 par Pascale Rivière, ancienne journaliste devenue vigneronne, le domaine La Jasse Castel doit son nom à une bergerie du XVIIe siècle qui domine la vallée de l’Hérault. Ses premières vignes, à 400 mètres sur le causse, sont les plus hautes de Montpeyroux. Conduit en agriculture biologique depuis 2008, son vignoble de 11 hectares est vendangé à la main et de nuit. La gamme compte neuf vins, des Terrasses du Larzac à une cartagène, dont deux rouges médaillés d’or au Challenge Millésime Bio.

  • Domaine Ollier-Taillefer

    Le Domaine Ollier-Taillefer cultive 36 hectares à Fos, dans le nord-est de l’AOP Faugères, sur des schistes entre 200 et 350 mètres. Nicole et Alain Ollier y vendent la première bouteille en 1976, et Luc et Françoise Ollier fêtent le 50e millésime en 2026. Converti au bio en 2009 et certifié en 2012, le domaine vinifie dans un chai gravitaire en pierre du Gard. Il propose sept vins de Faugères, une Fine Faugères XO et des balades dans ses vignes.

  • Domaine de Roquemale

    Créé de toutes pièces en 2001 par Valérie et Dominique Ibanez, le Domaine de Roquemale cultive ses vignes sous l’ancien viaduc de Villeveyrac, dans l’aire des Grés de Montpellier. Son nom signifie « mauvaise roche » en patois : sur ces sols argilo-calcaires caillouteux, la vigne donne peu, autour de 30 hl/ha. Conduit en agriculture biologique depuis 2008, il vendange à la main, et de nuit pour les blancs et les rosés. Le domaine produit neuf cuvées, dont deux sans sulfites ajoutés, et propose trois hébergements au village.

  • Les Terres d’Armelle

    Après 15 ans à vendre du vin dans le monde, Armelle Tafoiry crée Les Terres d’Armelle en 2013, sur 5,5 hectares des coteaux de Corneilhan. Seule, elle y cultive des cépages locaux de 17 à 55 ans, dont l’Aramon, l’Alicante et le Cinsault. Certifiée AB depuis 2016, elle applique des pratiques biodynamiques depuis 2019 et embouteille selon le calendrier lunaire. Ses dix cuvées, toutes baptisées d’un A, sortent en IGP Coteaux de Béziers et Côtes de Thongue.

  • Château La Dournie

    Propriété de la famille Etienne depuis six générations, le Château La Dournie cultive 45 hectares d’un seul tenant à Saint-Chinian, dans l’Hérault. Ses 20 hectares de coteaux de schiste donnent les rouges et rosés d’appellation, ses sols d’alluvions en bord de rivière les vins de pays. Engagé en agriculture biologique depuis 2014, le domaine cultive 14 cépages et vinifie en intervenant le moins possible. Sa cuvée Sous le figuier 2022 a reçu une étoile au Guide Hachette des Vins 2026.

  • Mas Seren

    Créé de toutes pièces en 2009 par Emmanuelle Schoch le Mas Seren cultive 6 hectares à Monoblet, dans le Parc national des Cévennes. Son nom veut dire « étoile » en gallois, et ses cuvées portent des noms d’étoiles, de Mintaka à Capella. En agriculture biologique, les vignes sont entretenues par les brebis du berger voisin et deux chevaux comtois, Nuage et Cosinus. Sur des sols de schistes, calcaires, grès rouges et marnes, le domaine produit neuf vins en IGP Cévennes, tous élevés en cuves.

  • Château Beaubois

    Fondé au XIIIᵉ siècle par les moines cisterciens de l’abbaye de Franquevaux, le Château Beaubois surplombe l’étang du Scamandre, sur les galets roulés des Costières de Nîmes. Fanny et François Boyer, frère et sœur, y représentent la quatrième génération de la famille. Conduit en bio depuis 2009, le domaine est certifié Demeter depuis les vendanges 2020. Sa gamme va de la Cinso Bistro à l’Idole, tirée à 1 000 bouteilles numérotées, et il loue un gîte dans les vignes.

  • Domaine de Montcalmès

    Le Domaine de Montcalmès est né en 1998, quand Frédéric Pourtalié et son père ont quitté la coopérative pour créer leur cave à Puéchabon. Dirigé avec sa sœur Muriel, il cultive 22 hectares en Terrasses du Larzac, la syrah sur calcaire lacustre et le mourvèdre sur galets roulés. Engagé en agriculture biologique depuis 2012, il limite ses rendements à 20 à 25 hl/ha et élève ses vins 24 mois en fût. Il ne produit qu’un rouge d’appellation et un blanc de roussanne et de marsanne, en AOC Languedoc.

  • Le Clos des Nines

    Fondé fin 2002 par Isabelle Mangeart, le Clos des Nines doit son nom à ses trois filles, les « nines » de la langue d’Oc. Ses 10 hectares d’un seul tenant, dont 8 hectares de vignes, s’étendent sur les Collines de la Moure, entre Montpellier et Sète. Engagé en bio en 2013 et certifié en 2016, le domaine vendange à la main, sur des sols semés d’huîtres fossilisées. Il produit neuf vins en AOP Languedoc, Grés de Montpellier et vin de pays, ainsi que deux huiles d’olive.

  • Château Coupe-Roses

    Installé à La Caunette, dans le Minervois, le Château Coupe-Roses doit son nom à une argile gorgée de manganèse, dont la famille tirait des tuiles entre le XVIIe et le XIXe siècle. Ses 22 hectares de petites parcelles s’étagent entre 250 et 400 mètres, sur calcaires, argiles et schistes. Engagé en bio depuis 2010 et adhérent Demeter, il complante des cépages endémiques résistants à la sécheresse, comme l’Aramon. En cave, rien n’est ajouté, hormis un peu de soufre à la mise en bouteille sur certaines cuvées.

  • Domaine de la Réserve d’O

    Créé en 2004 par Marie et Frédéric Chauffray, le Domaine de la Réserve d’O est repris depuis août 2025 par Émilie Grill et Arthur Travaux. Ses 12 hectares de vignes poussent entre 300 et 400 mètres d’altitude à Arboras, sur des éclats de calcaire fracturés par le gel. Labellisé Biodyvin, le domaine vendange à la main en cagettes et fermente sur levures indigènes. Il signe des mono-cépages en IGP Saint-Guilhem-le-Désert et des assemblages en AOP Terrasses du Larzac.

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