Domaine La Colombière - Rangs de vigne devant les bâtiments du domaine, à Villaudric

Domaine La Colombière

  • Sud-Ouest

    Région viticole

  • 13ha

    Surface du vignoble

  • 1970

    Année de fondation

  • BioBiodyvin

    En bio depuis 2007

Sommaire

Le bouysselet, un cépage blanc retrouvé à Villaudric

À Villaudric, au nord de Toulouse, le Domaine La Colombière cultive 13 hectares de vignes en biodynamie, dans l’appellation Fronton. Diane et Philippe Cauvin y font des rouges de négrette, le cépage du Frontonnais. Leur nom reste pourtant attaché à un blanc que plus personne ne cultivait : le bouysselet.

Des souches d’avant le phylloxéra

En 2009, le couple repère à Villaudric de vieilles souches d’un cépage blanc, plantées avant la crise du phylloxéra. Elles poussent sur une parcelle voisine. L’analyse génétique ne les rattache à aucune variété de la collection nationale de Vassal.

C’est une feuille d’herbier de 1954, conservée par l’Inrae, qui a permis de l’identifier. Le bouysselet s’était perdu en 1975, quand le VDQS de Villaudric a cédé la place à l’AOC Fronton. Il est inscrit depuis 2016 sur la liste A du Catalogue des variétés de vigne.

Surgreffer pour le faire renaître

Dès 2010, les Cauvin surgreffent le bouysselet et en tirent une première cuvée parcellaire. En 2017, une deuxième parcelle est surgreffée grâce à une souscription ouverte à leurs clients. Le cépage occupe aujourd’hui 3 hectares au domaine.

« Il a besoin d’être confortable », résume Diane Cauvin : ni sol trop pauvre, ni terre trop drainante. Sa maturité est tardive, et il garde son acidité là où la chaleur fait chuter celle des autres. Au départ, le couple ne pensait pas qu’il donnerait un bon vin seul. Il le vinifie aujourd’hui en monocépage comme en assemblage.

Un blanc dans une appellation de rouges

Le vignoble de Fronton est dédié aux rouges et aux rosés. Le retour d’un blanc y a pourtant suscité un engouement, selon le président de l’appellation : le bouysselet couvre près de 20 hectares dans le secteur. Une AOC construite autour de ce cépage est en préparation dans le Frontonnais.

La Revue du vin de France appelle les Cauvin les « inventeurs » du bouysselet, au sens où l’archéologue est l’inventeur du site qu’il découvre. Elle voit dans leur travail un repère vers de futurs frontons blancs.

Cinq siècles de vigne au lieu-dit Bellouguet

De Jean de Bellouguette à Jules Chauvet

L’histoire viticole du lieu remonte à 1470. Jean de Bellouguette s’installe alors à Villaudric avec sa famille pour cultiver la vigne, et donne son nom au lieu. Le logo du domaine porte toujours cette date.

En 1970, Jean-René Chabanon bâtit un chai au lieu-dit Bellouguet, plante la vigne et crée le Domaine de la Colombière sur 7 hectares. Formé auprès de Jules Chauvet dans le Beaujolais, il vinifie en grappes entières. Il en sort des vins fruités, épicés et très digestes.

François de Driésen mise sur la négrette

François de Driésen rachète le domaine en 1984. Il garde le style de son prédécesseur mais recentre les vins sur la négrette. Il arrête le négoce et produit autour de 80 000 bouteilles par an. Il fait aussi connaître la Colombière en France et à l’export, auprès des sommeliers.

Diane et Philippe Cauvin depuis 2006

En 2006, sa fille Diane et son mari Philippe Cauvin reprennent l’exploitation. Ils convertissent à la biodynamie les 17 hectares de vignes de la propriété. Le domaine en cultive aujourd’hui 13, entourés de 15 hectares de bois.

Domaine La Colombière - Philippe et Diane Cauvin assis sur une voiture jaune au milieu des vignes d’automne
Diane et Philippe Cauvin dans les vignes, à l’automne.

Le couple installe des habitudes qui tiennent encore : vinifications parcellaires, vendanges manuelles avec tri de la récolte, vinifications naturelles et douces. Les cépages du pays passent au premier plan, et la redécouverte du bouysselet suit trois ans plus tard.

Galets, rougets et boulbènes sur les terrasses du Tarn

Fronton, l’appellation de la négrette

L’AOP Fronton couvre vingt communes de Haute-Garonne et de Tarn-et-Garonne, à une vingtaine de kilomètres au nord de Toulouse. Ses vins viennent surtout de la négrette, qui doit rester majoritaire dans un assemblage. Ce cépage, jadis cultivé dans tout le Sud-Ouest, a trouvé sa place sur les terrasses alluviales du Tarn.

Le vignoble a bâti sa réputation au XIIe siècle, quand l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem administrait la cité de Fronton. Le vin de Fronton accède à l’appellation en 1975.

Trois sols chauds et drainants

Les vignes de la Colombière poussent sur trois sols drainants : des galets riches en fer, des rougets et des boulbènes caillouteuses et argileuses. La négrette de Coste Rouge vient de graves siliceuses sur argiles rouges, sur des vignes d’une soixantaine d’années.

Domaine La Colombière - Sol de galets et de cailloux au pied des vignes
Galets et cailloux au pied des vignes.

Une biodynamie certifiée Biodyvin

La biodynamie se pratique ici depuis 2006. L’exploitation s’engage en agriculture biologique auprès d’Ecocert en 2007. En 2015, elle obtient la certification biodynamique Demeter, puis celle de Biodyvin, dont elle est adhérente.

En hiver, les Cauvin apportent un compost naturel pour fortifier les racines et les défenses de la vigne. Ils taillent en Guyot Poussard, une taille douce qui évite les grosses plaies sur le vieux bois, porte d’entrée de l’esca. Taille et vendanges se font entièrement à la main.

Domaine La Colombière - Labour au cheval dans les rangs de vigne en hiver
Le cheval dans les rangs, hiver 2017.

Des cépages rares à côté de la négrette

La négrette reste le premier cépage du domaine. Elle côtoie la syrah, le malbec, le gamay et les deux cabernets. En 2021, les Cauvin ont planté le négret punjut, un autre cépage noir local. En blanc, le bouysselet domine, avec un peu de chenin et de sauvignon.

Négrette en foudre, bouysselet en barrique

Les rouges, de la négrette seule aux assemblages

Coste Rouge est une négrette seule, élevée 12 mois en cuves de bois et en foudres de 30 hectolitres. Sa robe est sombre, son nez va de la mûre à la violette, du clou de girofle au poivre noir. Les tanins sont soyeux, et le vin se garde huit à dix ans.

Les autres rouges associent la négrette à un second cépage. Bellouguet la marie au malbec, pour un vin poivré à 11,5 %. Les Frontons Flingueurs l’assemble à la syrah. Si Vis Pacem Para Vinum la joint au gamay, dans un style souple et fruité, à boire légèrement rafraîchi.

Dans son Guide vert 2027, la Revue du vin de France range le domaine « parmi l’élite de l’appellation Fronton ». Elle salue une gamme « au sommet de sa forme ». Le Guide Hachette des vins 2013 avait déjà accordé deux étoiles à Ce Vin Qui Chante 2010, un rouge de négrette et de syrah.

Les blancs de bouysselet, du sec au rancio

Le Grand B. est un bouysselet de terroir, issu d’une parcelle surgreffée. Il fermente et s’élève 12 mois en barriques de 500 litres. Minéral, sur les fruits jaunes, il se garde dix ans. À Fleur de Peau passe par une macération légère, d’où sa robe jaune orangé.

Solaire est un rancio sec : un bouysselet oxydatif, vieilli en barrique perpétuelle depuis le millésime 2014. Il évoque le zeste de pamplemousse et les fruits secs. Les Jacquaires assemble bouysselet, chenin et sauvignon blanc, élevés neuf mois en cuve inox.

Des chais repensés en 2024

En 2024, le domaine a réaménagé ses chais de vinification et de stockage selon ses cépages et ses élevages. Chaque vin y trouve son contenant : cuve béton, foudre de bois ou demi-muid. Les vinifications restent naturelles, sans artifice ni ajout superflu.

Domaine La Colombière - Le chai, ses cuves inox et ses foudres de chêne
Cuves inox et foudres de bois au chai.

Déguster à Villaudric, à trente minutes de Toulouse

Un chai de réception ouvert en 2019

En 2019, le domaine ouvre son vignoble et son chai de réception au public, pour des événements et des rencontres autour de ses vins. La même année, il obtient le label d’œnotourisme Vignobles & Découvertes.

De la découverte à la verticale

Trois formules de visite accueillent des groupes jusqu’à huit personnes, en anglais sur demande. La Découverte fait goûter quatre cuvées emblématiques après le tour du chai. La Culte raconte comment le bouysselet a été retrouvé, et comment la négrette s’élève en foudre de chêne.

La Verticale ouvre la cave privée : quatre cuvées d’élevage choisies entre les millésimes 2011 et 2023, puis une cinquième goûtée à la barrique. Des fromages de chez Sena et de la charcuterie locale accompagnent la dégustation.

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Les autres domaines de la région Sud-Ouest

  • Château de la Jaubertie

    À Colombier, au sud de Bergerac, le Château de la Jaubertie conduit 42 hectares de vignes en bio depuis 2006, autour d’un château Directoire inscrit aux Monuments historiques. La famille Ryman en est propriétaire depuis 1973, et l’œnologue Hugh Ryman y signe les vins aux côtés d’Anne Ryman. Le domaine produit du Bergerac dans les trois couleurs, un Monbazillac et quelques vins en IGP Périgord. Sa gamme Les Cépages Oubliés assemble la mérille et le fer servadou, sans aucun intrant.

  • Clos Lapeyre

    Le Clos Lapeyre cultive 18 hectares de Petit et de Gros Manseng sur les coteaux de Chapelle-de-Rousse, à Jurançon, en bio depuis 2002 et en pratiques biodynamiques. Ancienne ferme de fraises et de vaches blondes, le domaine naît en 1985 avec Jean-Bernard Larrieu, troisième génération de la famille. Ses terrasses, plantées dès 1972, comptent parmi les premières de l’appellation, avant un retour à la plantation dans la pente. Il produit des Jurançon secs de garde, des moelleux passerillés et quelques vins nature.

  • Domaine Nigri

    Au quartier Candeloup de Monein, le Domaine Nigri est une propriété viticole depuis 1685, tenue par la quatrième génération de Lacoste. L’œnologue Jean-Louis Lacoste y conduit 15 hectares de coteaux en Jurançon, engagés en bio depuis 2001. Le domaine garde deux cépages béarnais devenus très rares, le camaralet et le lauzet, qui entrent dans ses cuvées Confluence et Hors Piste. Sa production se partage à parts égales entre jurançon sec et jurançon doux.

  • Château les Miaudoux

    Le Château les Miaudoux cultive la vigne à Saussignac, en Dordogne, où Gérard et Nathalie Cuisset se sont installés en 1987. Converti en bio en 2003, le domaine est passé en biodynamie certifiée Demeter à l’arrivée de leur fils Samuel et de son épouse Lisa, en 2014. Il produit du bergerac blanc, rouge et rosé, et des liquoreux de Saussignac issus de ses plus vieilles vignes, dont une cuvée sans sulfite ajouté. Brebis, cheval et pruneaux d’Agen complètent une ferme qui préfère l’observation du sol au dogme.

  • Château Lafitte

    Le Château Lafitte cultive 5 hectares de petit manseng et de gros manseng à Monein, dans le vignoble du Jurançon, en biodynamie certifiée Demeter. Depuis 2012, Antoine Arraou y vinifie des vins naturels, sans aucun produit œnologique ni sulfites ajoutés, élevés en jarre de grès, en amphore ou en solera. Son chai de 2018, enterré et équipé de panneaux solaires, fait circuler les vins par gravité. Le Sec 2013 du domaine a reçu trois étoiles et un coup de cœur au Guide Hachette 2016.

  • Château Barouillet

    Le Château Barouillet appartient à la famille Alexis depuis huit générations, à Pomport, au milieu de l’aire du Monbazillac. Revenu en 2010, Vincent Alexis a quitté le vrac, converti le vignoble en bio puis obtenu la certification Demeter en 2021. Ses 40 hectares, répartis entre Pomport, Mescoules et Lembras, portent plus de vingt-cinq cépages en Bergerac et en Pécharmant. Levures indigènes, amphores et soufre minimal donnent des blancs macérés, des rouges souvent sans sulfites et un liquoreux déclassé en Vin de France.

  • Château Feely

    Le Château Feely cultive 7 hectares de vignes à Saussignac, en Dordogne, repris en 2005 par Caro et Sean Feely. Engagé en bio auprès d’Ecocert en 2007, le vignoble suit aussi des pratiques biodynamiques et n’utilise en moyenne que 1,5 kg de cuivre par hectare. La plupart des vins sortent en Vin de France sous des noms en « ité », dont le Silex, né d’un sémillon planté en 1945. Les rouges sont des vins naturels depuis 2014, et un parcours biodynamique balisé fait découvrir les vignes.

  • Château de Mayragues

    Le Château de Mayragues cultive 12 hectares de vigne en biodynamie depuis 1999 dans l’appellation Gaillac, près de la forêt de la Grésigne. Premier domaine du Gaillacois labellisé en biodynamie, il porte aujourd’hui le label Demeter. Ses vins reposent sur les cépages locaux, duras et braucol en rouge, mauzac et loin de l’œil en blanc, du sec jusqu’au vin de voile. La famille Geddes restaure depuis 1980 cette maison forte du XIIe siècle, inscrite aux Monuments historiques.

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